Le maire de New York, M. Bloomberg, se rend au Mexique pour apprendre.
La Banque mondiale étend son assistance aux programmes de transfert conditionnel de fonds.
L'amélioration des résultats scolaires est récompensée par de l'argent.
Le 11 février 2008 — D'habitude, les bonnes solutions en matière de développement circulent du Nord au Sud ou entre pays du Sud. Mais aujourd'hui, une des réalisations les plus réussies prend la direction inverse - du Mexique aux États-Unis.
Pour aider les plus démunis à briser le carcan de la misère souvent vécue sur plusieurs générations, la ville de New York utilise actuellement Oportunidades , un programme mexicain de transfert conditionnel de fonds comme modèle adapté aux circonstances nouvelles.
Environ 5 100 familles habitant dans le Bronx, Harlem et le quartier de Brownsville à Brooklyn participeront au programme « Opportunity NYC », le premier du genre aux États-Unis. Les familles bénéficieront de transferts en espèces allant de 4 000 à 6 000 dollars par an à condition de réaliser certains objectifs en matière d’éducation, de santé et d’emploi.
Avant le lancement du programme « Opportunity NYC » en décembre dernier, Michael Bloomberg, le maire de New York, avait emmené en avril 2007 une équipe composée de ses hauts fonctionnaires à Tepotzlan et Toluca, deux municipalités rurales du Mexique, pour voir comment fonctionnait le programme Oportunidades et quelle était la clé de sa réussite.
Les programmes de transfert conditionnel de fonds profitent à des millions de personnes
« Cette expérience était particulièrement convaincante, surtout la manière dont les programmes sont adaptés aux circonstances individuelles », a déclaré Linda Gibbs, adjointe au maire de New York, qui faisait partie de l’équipe Bloomberg partie étudier le programme mexicain de lutte contre la pauvreté.
Le programme Oportunidades profite à 25 millions de Mexicains à faible revenu – soit environ un quart de la population du pays. D’un coût annuel de 2,5 milliards de dollars, il est similaire à d’autres programmes de transfert conditionnel de fonds adoptés en Amérique Latine, comme le Bolsa Familia , qui touche 46 millions de Brésiliens à faible revenu.
La réussite des transferts conditionnels de fonds, qui font l’objet d’une évaluation rapprochée, a inspiré le déploiement de programmes similaires en Asie et en Afrique. La Banque mondiale finance actuellement 16 programmes dans 12 pays pour un coût de 1,2 milliard de dollars offerts sous forme de prêts, auxquels s’ajoutent des prêts en cours de préparation se montant à plus de 700 millions de dollars. La Banque a offert un service de conseils préliminaires au lancement du programme « Opportunity NYC ».
Commentant la nouvelle direction Sud-Nord suivie par les programmes de transfert conditionnel de fonds, Pamela Cox, vice-présidente de la Banque mondiale pour l’Amérique Latine et les Caraïbes, a pu déclarer : « La collaboration en matière de développement va bien au-delà du concept traditionnel d’aide ou d’assistance ; il ne s’agit pas d’un processus à sens unique qui se limiterait à des flux financiers allant des pays riches aux pays en développement, mais d’un processus d’apprentissage véritablement mutuel, où les idées innovantes et les connaissances les plus poussées font partie de nos ressources communes pour bâtir un monde meilleur. »
Au lieu d’être simplement distribué, l’argent est donné en fonction des performances
Là où ils existent, lesprogrammes de transfert conditionnel de fonds (a) partagent le même objectif : briser le carcan de la pauvreté qui, trop souvent, passe d’une génération à l’autre. Au lieu de donner de la nourriture, des bons d’échange ou autres dons par le biais d’organisations communautaires, dans le cadre de programmes traditionnels de lutte contre la pauvreté, les transferts conditionnels de fonds permettent de donner de l’argent directement aux familles en fonction de leurs performances. Pour continuer à recevoir des paiements mensuels, les foyers participant au nouveau programme suivi à New York doivent atteindre des cibles spécifiques, notamment :
l’assiduité scolaire avec obtention de bonnes notes ;
une couverture santé, notamment des visites médicales et dentaires périodiques ;
un travail à plein temps ou une formation professionnelle combinée à un emploi.
Lorsque les participants ouvrent un compte en banque, ils reçoivent même une petite somme d’argent. Des évaluations montrent que les transferts conditionnels de fonds ont pour effet de réduire les taux d’abandon scolaire, d’améliorer la santé familiale et d’augmenter les perspectives d’emploi – trois conséquences qui aident les familles à se sortir dune pauvreté extrême.
Un bilan du programme Oportunidades établi par la Banque mondiale a fait apparaître que le taux de pauvreté parmi les participants avait baissé de 4,9 % pendant la première année d’étude et de 18 % pendant la deuxième.
Mme Cox de la Banque mondiale a dit que le programme Oportunidades et d’autres du même type renforçaient aussi l’autonomie des femmes pauvres vivant seules, qui possèdent désormais un compte en banque et la possibilité de participer à des activités communautaires.
La possession d’une carte de bibliothèque permet de gagner 50 dollars
Opportunity NYC (a) est un programme doté d’un budget de 53 millions de dollars, pour une période de deux ans. Il est financé par des fonds privés provenant de la Fondation Rockefeller et d’autres donateurs afin d’accélérer sa mise en route. Les premiers versements en espèces, d’une moyenne de 524 dollars, ont été effectués en décembre au profit de 1 431 familles.
Ces paiements en espèces comprennent des sommes de 25 ou 50 dollars par mois pour récompenser une assiduité scolaire à 95 % des écoliers, collégiens et lycéens ; 25 dollars pour assister aux rencontres parents-professeurs et 50 dollars pour la possession d’une carte de bibliothèque.
L’amélioration des résultats aux examens peut donner droit à une somme de 300 à 600 dollars. Les lycéens partageront la somme de 600 dollars avec leurs parents s’ils accumulent 11 unités de cours par an, ainsi qu’une prime de 400 dollars pour l’obtention du diplôme de fin d’études secondaires. Parallèlement, il existe plusieurs séries d’incitations touchant aux soins de santé et au maintien de l’emploi.
Ce programme fera l’objet d’une évaluation rigoureuse.
Lors de sa rencontre avec les premiers participants, le maire, M. Bloomberg, a déclaré à propos du programme « Opportunity NYC » : « Il est conçu pour encourager les parents et les jeunes enfants à prendre les mesures qui s’imposent pour rester à l’école, rester en bonne santé et augmenter leur revenu – des conditions importantes pour sortir de la pauvreté. »
La Banque a permis au programme « Opportunity NYC » d’exister
Lorsque Michael Bloomberg, maire de New York, a donné comme tâche à sa Commission pour l’expansion économique de développer un programme prioritaire de réduction de la pauvreté, la Commission s’est tournée vers la Banque mondiale, un bailleur de fonds et conseiller majeur en matière de programmes de transfert conditionnel de fonds, pour lui demander son aide.
Laura B. Rawlings, spécialiste en ressources humaines pour la région d’Amérique Latine et des Caraïbes de la Banque, leur a parlé du programme Oportunidades. Avec d’autres employés de la Banque, elle a collaboré étroitement avec la Commission et l’État-major du maire, M. Bloomberg, pour aider à donner forme au projet « Opportunity NYC ».