MBABANE, SWAZILAND, le 31 janvier 2008 -- « Il faut un cœur aussi gros que l’océan », explique Portia Dube, institutrice et soignante au Centre Mangwaneni pour orphelins et enfants vulnérables de la capitale du Swaziland.
« Nous les instruisons, les nourrissons et les soignons du lundi au vendredi », ajoute-t-elle. « Nous préparons les plus jeunes à commencer l’école et nous envoyons les plus malades à la clinique afin qu’ils reçoivent de meilleurs soins. »
Quelque 230 enfants fréquentent le centre Mangwaneni, mais ce chiffre ne représente que la pointe de l’iceberg.
La pandémie du VIH/SIDA pose un problème de développement particulièrement difficile à résoudre au Swaziland. C’est devenu une crise nationale qui est traitée comme une urgence nationale. Ce petit royaume montagneux, sans littoral, qui partage des frontières avec l’Afrique du Sud et le Mozambique compte moins d’un million d’habitants, la population étant en déclin.
Enfants au Centre Mangwaneni pour orphelins et enfants vulnérables de la capitale du Swaziland
Derek von Wissell, directeur du National Emergency Response Council on HIV/AIDS (Comité de réponse d’urgence nationale ou NERCHA) du pays, déclare que la société swazie a changé.
« Nous avons le taux de VIH le plus élevé du monde. Selon les estimations, 16 000 personnes meurent chaque année des suites du VIH ; soit 45 personnes par jour. L’espérance de vie est passée de près de 60 ans dans les années 1990 à seulement 30 ans aujourd’hui. Chaque fin de semaine des gens sont enterrés. Trop de foyers s’occupent d’une personne malade. »
Selon la directrice des opérations de la Banque mondiale pour le Swaziland, Ritva Reinikka, la Banque est en train d’élargir son engagement auprès du gouvernement swazi.
« La pandémie du VIH/SIDA au Swaziland pose un grave problème de développement car elle dévaste la société », a déclaré Mme Reinikka. « Sa classification en tant que pays se situant dans la tranche inférieure du revenu intermédiaire masque une pauvreté et une inégalité importantes et pose un problème majeur car elle implique le statut de la BIRD (Banque internationale pour la reconstruction et le développement). »
Préparation d'un repas de maïs au Centre Mangwaneni
En termes opérationnel et analytique, le critère principal de la Banque mondiale servant à la classification des économies est le revenu national brut par habitant. Chaque économie est classée dans une catégorie : revenu faible, revenu intermédiaire (divisée en tranche inférieure et tranche supérieure) ou revenu élevé.
Les économies à faible revenu sont celles dont le revenu national brut par habitant atteignait 875 dollars ou moins en 2005. Les économies à revenu intermédiaire sont celles dont le revenu national brut par habitant dépassait 875 dollars mais sans atteindre 10 726 dollars. Les économies à revenu intermédiaire de la tranche inférieure et de la tranche supérieure sont séparées par un revenu national brut par habitant de 3 465 dollars. Les économies à revenu élevé sont celles dont le revenu national brut par habitant atteint 10 726 dollars ou plus.
Selon Mme Reinikka, les agences gouvernementales, la société civile et les partenaires du développement ont appelé la Banque à faire preuve de souplesse et d’innovation pour soutenir et traiter le Swaziland comme un cas particulier.
Un poster utilisé par NERCHA pour combattre la pandémie.
« La Banque mondiale est en train de mettre au point une Note de stratégie intérimaire [ISN] pour que le pays puisse gérer notre relation avec une participation active du gouvernement et d’autres parties prenantes », a-t-elle déclaré. « L’ISN présentera un programme d’aide sur deux ans, adapté au contexte particulier du Swaziland. »
Au Centre Mangwaneni, Mme Dube est l’une des nombreuses personnes impliquées dans la délivrance de soins à des milliers d’enfants orphelins et vulnérables, la plupart victimes de la pandémie du VIH/SIDA. De nombreux enfants passent des journées entières sans manger, sans abri ni vêtement décents. Selon M. von Wissell, il existe plus de 70 000 orphelins qui vivent au Swaziland et plus de 60 000 autres enfants qui sont vulnérables en raison de la maladie, de la pauvreté ou de l’insécurité alimentaire.
Chaque année, plus de 10 000 nouveaux enfants viennent grossir ces rangs.
« Bientôt, plus de 10 % de notre nation sera orpheline », a déclaré M. von Wissell. « Ce sera une première dans toute l’histoire. Aucune nation sur Terre n’a jamais connu une telle population massive d’enfants sans parent : ni après une famine, une sécheresse ou une guerre. Cette société n’est pas normale. »
La Banque mondiale s’associe au NERCHA pour assister des organisations locales dans leur lutte contre la pandémie par le biais du Human Development Civil Society Fund (Fonds de la société civile pour le développement humain) (anciennement programme de microfinancements). Le NERCHA et la Banque ont émis un appel de propositions qui s’étendra aux quatre provinces du pays au niveau communautaire. Le NERCHA mettra en place le programme avec la Banque, tandis que le gouvernement, d’autres partenaires du développement et l’ONG ombrelle du pays rejoindront un groupe d’évaluation indépendant, qui choisira les quatre destinataires du financement. Chacun recevra 5 000 dollars.
Pyramide des âges du Swaziland
Ce graphique montre l’espérance de vie et indique qu’une majorité de la population se situe dans la vingtaine et la trentaine. Depuis les années 1990, l’espérance de vie est passée de près de 60 ans à seulement un peu plus de 30 ans. (Données au 30 octobre 2007).
Le programme du Fonds de la société civile, bien que petit, complètera le travail de la Banque mondiale, en particulier dans son engagement avec le gouvernement pour combattre le VIH/SIDA.
M. Von Wissell s’est réjoui de cette initiative. Il a mentionné la réussite du programme régional Development Marketplace on HIV/AIDS de 2004 qui incluait le Swaziland et finançait sept projets, chacun d’une valeur d’environ 20 000 dollars. Il a exprimé l’espoir que le programme actuel du Fonds de la société civile soit le début d’un engagement continu et durable dans la lutte contre le VIH/SIDA.
« Ces situations anormales semblent aujourd’hui normales », a-t-il déclaré. « Nous en sommes arrivés à accepter l’inacceptable. La société est devenue folle. Nous devons penser aux enfants et à leur avenir. »
Par Mallory Saleson, Banque mondiale Afrique du Sud