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Les prix alimentaires montent : une nouvelle réalité difficile
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 | | 24 avril 2008:
16 avril 2008 14 avril 2008: Nouvelle politique alimentaire mondiale (avec l'appui du Comité du développement |

| 29 fĂ©vrier 2008 - Des manifestations de masse contre le prix des tortillas Ă Mexico. Des conflits par rapport au rationnement de la nourriture au Bengale-Occidental. Des Ă©meutes au sujet du prix des cĂ©rĂ©ales au SĂ©nĂ©gal, en Mauritanie et ailleurs en Afrique. Enfin, une marche dâenfants pour attirer lâattention du public sur la faim des enfants au YĂ©men. Cette chaĂźne dâĂ©vĂ©nements contraste fortement avec la baisse des prix des aliments auxquels les consommateurs se sont habituĂ©s au cours des derniĂšres dĂ©cennies. Le 13 fĂ©vrier, lâOrganisation des Nations Unies pour lâalimentation et lâagriculture (FAO) a annoncĂ© que 36 pays sont en crise en raison dâune hausse des prix des aliments et quâils auront par consĂ©quent besoin dâaide extĂ©rieure. Dans bon nombre de ces pays, lâinsĂ©curitĂ© alimentaire a Ă©tĂ© aggravĂ©e par des conflits, des inondations ou des conditions climatiques extrĂȘmes. Le mois dernier, Ă Davos et Ă Addis Ababa, le prĂ©sident de la Banque mondiale, Robert Zoellick, a incitĂ© Ă lâaction pour lutter contre la faim et la malnutrition dans un monde oĂč le prix des aliments augmente sans cesse. « La faim et la malnutrition sont les plus oubliĂ©s des objectifs de dĂ©veloppement pour le MillĂ©naire. Ces objectifs ont reçu moins dâattention que dâautres, mais la hausse des prix des aliments ainsi que les menaces qui en dĂ©coulent non seulement pour les citoyens, mais Ă©galement pour la stabilitĂ© politique indiquent quâil est urgent de leur porter lâattention quâils mĂ©ritent », dit-il. Bien que les prix Ă©levĂ©s des aliments fassent la une, ce qui constitue un phĂ©nomĂšne relativement rĂ©cent, la hausse des prix des marchandises de base dans son ensemble a commencĂ© en 2001. Les changements structurels importants de lâĂ©conomie mondiale, notamment la demande croissante en Chine et en Inde, se sont traduits par une Ă©lĂ©vation du prix des marchandises, particuliĂšrement le mĂ©tal et lâĂ©nergie. Les prix des aliments ont augmentĂ© en raison de plusieurs facteurs : les prix plus Ă©levĂ©s de lâĂ©nergie et des engrais; une demande accrue pour les biocarburants, surtout aux Etats-Unis et dans lâUnion europĂ©enne, sans compter les sĂ©cheresses que connaissent lâAustralie et dâautres pays. Les stocks mondiaux de cĂ©rĂ©ales nâont jamais Ă©tĂ© aussi bas, et les prix de lâannĂ©e prochaine dĂ©pendent du succĂšs de la prochaine rĂ©colte dans lâhĂ©misphĂšre Nord. Depuis le dĂ©but du siĂšcle, les prix du blĂ© (en dollars) ont augmentĂ© de 200 %, et les prix des aliments dans leur ensemble (en dollars) ont augmentĂ© de 75 %. Lâajustement des taux de change et de lâinflation domestique permet de rĂ©duire les augmentations de prix que subissent les pays en dĂ©veloppement, mais ces hausses demeurent tout de mĂȘme importantes pour des millions de consommateurs pauvres. « La hausse du prix des cĂ©rĂ©ales nâest pas causĂ©e par des problĂšmes dâoffre Ă court terme, comme cela est normalement le cas, et plusieurs annĂ©es seront probablement nĂ©cessaires avant que lâoffre nâaugmente suffisamment pour renflouer les stocks et faire baisser les prix », explique Don Mitchell, Ă©conomiste en chef du groupe Perspectives du dĂ©veloppement de la Banque mondiale.
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| Si vous vivez avec moins dâun dollar par jour
Imagine Imaginez une famille Ă faibles revenus du Bangladesh, qui payait son riz 20 centimes le kilogramme il y a un an et qui le paie dĂ©sormais 30 centimes le kilogramme. Pour ces personnes pauvres, qui consomment plus de nourriture quâelles nâen produisent, cette hausse continue des prix des produits de premiĂšre nĂ©cessitĂ© peut ĂȘtre dĂ©vastatrice. Dâautres personnes pauvres tireront cependant parti de cette situation, notamment celles qui produisent plus de nourriture quâelles nâen consomment. Les politiques doivent protĂ©ger les pauvres qui souffrent de cette situation, sans pour autant pĂ©naliser ceux qui en bĂ©nĂ©ficient. Le YĂ©men, qui importe prĂšs de 2 millions de tonnes mĂ©triques de blĂ© par annĂ©e, est un exemple illustrant comment la hausse des prix des aliments peut accroĂźtre la pauvretĂ©. AprĂšs une annĂ©e dâinflation record, le doublement du prix du blĂ© et des produits du blĂ© pourrait faire augmenter la pauvretĂ© de 6 % Ă lâĂ©chelle nationale. « Si aucune mesure nâest prise, cela pourrait complĂštement annuler les progrĂšs rĂ©alisĂ©s en matiĂšre de rĂ©duction de la pauvretĂ© dans ce pays entre 1998 et 2005 », souligne Thirumalai Srinivasan, Ă©conomiste pays de la Banque pour le YĂ©men.
MĂȘme si les pauvres vivant en milieux urbains sont les plus touchĂ©s par cette hausse du prix des aliments, il est important de souligner que la plupart des personnes qui vivent en milieu rural sont Ă©galement des acheteurs plutĂŽt que des vendeurs dâaliments. Ce phĂ©nomĂšne pourrait donc avoir de graves rĂ©percussions sur les travailleurs ruraux sans terre, dont les salaires de subsistance pourraient ne pas suivre la hausse des prix des aliments.
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Pas dâamĂ©lioration en vueIl est fort probable que les causes profondes du phĂ©nomĂšne de la hausse du prix des aliments (Ă savoir le prix Ă©levĂ© de lâĂ©nergie et de lâengrais, la demande pour des rĂ©coltes dâaliments destinĂ©s Ă la production de biocarburant et les faibles stocks dâaliments) perdureront Ă moyen terme. Il est probable que les prix de lâĂ©nergie et de lâengrais demeurent Ă©levĂ©s. Le prix de lâengrais a dĂ©jĂ augmentĂ© de 150 % au cours des cinq derniĂšres annĂ©es. Il sâagit dâun fait trĂšs important puisque le coĂ»t de lâengrais reprĂ©sente entre 25 % et 30 % du coĂ»t de la production cĂ©rĂ©aliĂšre aux Etats-Unis, qui est responsable de 40 % des exportations de cĂ©rĂ©ales du monde. Il est fort probable que la demande en biocarburants augmente Ă©galement. Cette annĂ©e, un quart de la production de maĂŻs des Etats-Unis (11 % de la production mondiale) a servi Ă produire du biocarburant, et les Etats-Unis sont responsables de plus de 60 % des exportations mondiales de maĂŻs. Il est Ă noter que les Etats-Unis, lâun des quelque 20 pays Ă exiger lâutilisation de biocarburants, vient de sâengager Ă doubler son utilisation de biocarburants dâici 2015. « Lâessor des biocarburants contribue Ă aggraver la situation en faisant augmenter la demande alors que les prix sont dĂ©jĂ Ă©levĂ©s et que les stocks sont bas », dit M. Mitchell. « LâĂ©thanol et le biodiesel produits par les Etats-Unis et lâUnion europĂ©enne ne semblent pas non plus tenir leur promesse « verte », les plaçant au centre dâune controverse. »
Par ailleurs, la capacitĂ© de production excĂ©dentaire est limitĂ©e. Les terres rĂ©servĂ©es par lâUnion europĂ©enne, initialement destinĂ©es Ă faire en sorte que les surplus soient faibles, ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© affectĂ©es Ă la production. Quant aux terres de la Conservation Reserve des Etats-Unis, mĂȘme en supposant quâune loi soit adoptĂ©e pour quâelles soient mises en production, leur rendement serait faible. Les retombĂ©es sur le commerceLe prix Ă©levĂ© des aliments nâentraĂźnera toutefois un dĂ©sĂ©quilibre des balances commerciales que dans un nombre relativement restreint de pays Ă©tant donnĂ© que la majoritĂ© des pays rĂ©aliseront des gains sur lâexportation de dâautres marchandises de base qui leur permettront largement de compenser la hausse des prix des aliments. Au nombre des pays les plus touchĂ©s, on compte la Jordanie, lâEgypte, la Gambie, le Lesotho, le Djibouti et HaĂŻti. Dâun point de vue mondial, le prix Ă©levĂ© des aliments pourrait inciter les pays riches Ă rĂ©duire leurs subventions agricoles et cela pourrait amĂ©liorer les perspectives dâune rĂ©ussite du cycle de Doha. Au vu du renversement de la situation, les politiques commerciales, autrefois motivĂ©es par le surplus dâaliments.
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| Un vaste éventail de réponses
Les gouvernements proposent des solutions variĂ©es, dont certaines procurent un soulagement immĂ©diat, mais risquent dâaggraver le problĂšme Ă long terme. A titre dâexemple, interdire les exportations pour maintenir les prix des aliments domestiques bas peut avoir de graves rĂ©percussions sur les producteurs qui sont souvent pauvres. Une telle mesure rĂ©duit Ă©galement lâoffre nĂ©cessaire pour rĂ©pondre Ă la croissance future de la demande. Or, lâinquiĂ©tude ressentie par certains pays face Ă lâimpact des prix Ă©levĂ©s sur les citoyens les a poussĂ©s Ă mettre en place des contrĂŽles de prix, des subventions et des interdictions dâexportations. Parmi ces pays, on compte le Honduras, lâInde, lâIndonĂ©sie, la Moldavie, les Philippines et la Russie.  « Les gouvernements doivent agir de maniĂšre ciblĂ©e, en accordant des subventions directes aux pauvres plutĂŽt quâĂ lâensemble du pays », affirme M. Mitchell. « Des transferts de revenus ou des aides alimentaires pour les pauvres seront plus efficaces et plus viables que des mesures plus gĂ©nĂ©rales dĂ©ployĂ©es Ă lâĂ©chelle nationale. » Parmi les 36 pays qui, selon la FAO, traversent une crise relative Ă la sĂ©curitĂ© alimentaire, 21 dâentre eux se situent en Afrique. Dans certains pays, tels le Lesotho et le Swaziland, la sĂ©cheresse a nui Ă la production ; dans dâautres pays, comme le Sierra Leone, les citoyens ont difficilement accĂšs aux aliments vendus sur les marchĂ©s locaux, notamment en raison de leurs faibles salaires et des prix trĂšs Ă©levĂ©s des aliments ; et plus dâune dizaine de pays, dont le Ghana, le Kenya et le Tchad, connaissent une grave insĂ©curitĂ© alimentaire localisĂ©e. GrĂące aux gĂ©nĂ©reuses reconstitutions de fonds de lâIDA, au cours des deux prochaines annĂ©es, le dĂ©partement agricole et rural de la RĂ©gion de lâAfrique de la Banque pourra potentiellement accroĂźtre jusquâĂ 30 % ses prĂȘts agricoles annuels, en fonction de la demande des clients. Cette augmentation favoriserait la croissance agricole, une mesure recommandĂ©e par le Rapport sur le dĂ©veloppement dans le monde de 2008 de la Banque mondiale. La rĂ©gion de lâAfrique de la Banque a lâintention dâĂ©largir son soutien aux programmes de protection sociale, accordant davantage de ressources Ă des projets tels que les programmes de travail rĂ©tribuĂ© en vivres et de travail rĂ©munĂ©rĂ©, qui sont en cours en Ethiopie (a).
La Banque a Ă©galement lâintention dâaider les pays dâAfrique Ă poursuivre leurs Ă©changes de cĂ©rĂ©ales au-delĂ des frontiĂšres nationales et Ă adopter de meilleures techniques agricoles, telles que la culture sans labour, qui rĂ©duit les coĂ»ts de production tout en diminuant les Ă©missions de gaz Ă effet de serre et en prĂ©servant la terre. En partenariat avec le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR) et dâautres organisations, la Banque aidera lâAfrique Ă investir davantage dans la recherche agricole. Celle-ci a fait ses preuves en permettant la crĂ©ation de manioc rĂ©sistant aux virus en Ouganda, et de riz NERICA rĂ©sistant aux virus en Afrique occidentale. Des projets de recherche analytique et opĂ©rationnelle sont Ă©galement en cours dans dâautres domaines. Par exemple, des projets dâinfrastructure peuvent permettre de rĂ©duire les coĂ»ts de transport des aliments vers les marchĂ©s, et des instruments financiers de couverture pourraient ĂȘtre offerts aux petites entreprises dâagrinĂ©goce pour les aider Ă composer avec les fluctuations des prix des aliments.
Dans toutes les rĂ©gions, la Banque encouragera les pays Ă intensifier plutĂŽt quâĂ Ă©tendre leur agriculture afin de prĂ©venir des coĂ»ts Ă©levĂ©s pour lâenvironnement. Plus la demande agricole augmente, plus le risque dâempiĂštement sur les zones forestiĂšres et de grande biodiversitĂ© est Ă©levĂ©. Entre temps, la hausse du prix des aliments continue de nourrir les inquiĂ©tudes Ă lâĂ©chelle mondiale, tandis que le Programme alimentaire mondial des Nations Unies organise dĂ©sormais des rĂ©unions de crise pour discuter de la possibilitĂ© de rationner lâaide alimentaire, une mesure qui pourrait sâavĂ©rer nĂ©cessaire Ă moins dâobtenir davantage dâaide alimentaire Ă court terme.
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| Photos: Elena Elisseeva, Jiri Vaclavek, Scott Wallace, and Ray Witlin
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