| Le 20 mars 2008 â ĂgĂ© de 58 ans, Gervais Rakotomamonjisoa est cheminot depuis 1970. Autant dire quâen matiĂšre de conduite de locomotives, il est un des spĂ©cialistes malgaches les plus expĂ©rimentĂ©s. La sociĂ©tĂ© Madarail ne sây est pas trompĂ©e, et lâa nommĂ© responsable de la formation traction. Câest donc en vĂ©ritable connaisseur quâil apprĂ©cie Ă sa juste valeur lâarrivĂ©e rĂ©cente de cinq locomotives neuves. Cette acquisition marque une Ă©tape supplĂ©mentaire dans le dĂ©veloppement des activitĂ©s de Madarail, qui a obtenu en 2003 la concession de lâexploitation du rĂ©seau des chemins de fer pour 25 ans.  LâarrivĂ©e des nouvelles locomotives va permettre de doubler la production de Madarail Lâacquisition de cinq locomotives flambant neuf a coĂ»tĂ© au total 6 millions de dollars, financĂ©s Ă parts Ă©gales par la Banque mondiale et la Banque europĂ©enne dâinvestissement. « Câest avec Ă©motion que jâai assistĂ© au dĂ©barquement de ces locomotives neuves au port de Toamasina » raconte Gervais.  | Les cinq locomotives neuves financĂ©es par la Banque mondiale © Madarail | « Pour lâemployĂ© ayant plus de 30 ans de service que je suis, lâarrivĂ©e de ces cinq machines conforte ma confiance dans lâavenir des chemins de fer Ă Madagascar. Câest important aprĂšs la situation catastrophique dâil y a quelques annĂ©es ». Gervais sait de quoi il parle : en 2002, le RĂ©seau national des chemins de fer de Madagascar (RNCFM) sâest retrouvĂ© dans lâincapacitĂ© de payer les salaires de ses employĂ©s pendant 7 mois. Le RNCFM avait Ă©galement des difficultĂ©s sur le plan matĂ©riel : en 2003, seule une locomotive sur sept marchait encore. La rĂ©habilitation et le renforcement du parc figuraient donc au rang des prioritĂ©s. DĂšs 2004, 12 locomotives Ă©taient alors opĂ©rationnelles : sept locomotives avaient Ă©tĂ© achetĂ©es dâoccasion au Portugal, et les cinq autres ont pu ĂȘtre rĂ©habilitĂ©es Ă partir du parc du RNCFM. Toutefois, lâĂąge moyen de ces derniĂšres Ă©tait de 30 ans. « La performance des vielles locomotives nous oblige Ă limiter la charge dâun convoi entre 260 et 280 tonnes entre Antananarivo et Toamasina, et ce Ă cause dâune double falaise quâil faut grimper » explique ThĂ©odore Rasolonjatovo, Directeur de lâexploitation de Madarail.  Les cinq locomotives qui viennent dâĂȘtre achetĂ©es prĂ©sentent plusieurs avantages pour la sociĂ©tĂ©. Du point de vue de lâexploitation, selon M. Rasolonjatovo, « ces locomotives permettent dâenvisager une croissance de 50% de la production par rapport Ă lâannĂ©e derniĂšre ». En effet, ces machines permettent de tirer une charge de 450 tonnes et dâaller plus vite, dâoĂč un rendement beaucoup plus Ă©levĂ©.  Mais le conducteur voit en plus dâautres avantages dans le choix de ces locomotives. « La technologie qui est installĂ©e Ă bord nous facilite Ă©normĂ©ment la tĂąche, aussi bien pour la conduite que pour le diagnostic dâanomalies ». Un ordinateur de bord gĂ©rĂ© par Ă©cran tactile a catapultĂ© la conduite des locomotives Ă Madagascar dans le XXIĂšme siĂšcle. La centaine de conducteurs et dâaides-conducteurs de la sociĂ©tĂ© a bĂ©nĂ©ficiĂ© dâune sĂ©rie de formations spĂ©cifiques.  La Banque mondiale a contribuĂ© de maniĂšre substantielle Ă la renaissance des chemins de fer Ă Madagascar Lâemprunt accordĂ© aux conditions concessionnelles offertes par lâAssociation internationale de dĂ©veloppement (deux crĂ©dits sans intĂ©rĂȘt, avec remboursement en 40 ans et un moratoire de 10 ans) ne coutera Ă lâĂtat malgache que 0.50% de coĂ»ts administratifs demandĂ©s par la Banque mondiale. Robert Blake, chef-pays Ă Madagascar, explique les raisons du soutien accordĂ© Ă Madarail. « Sur le plan Ă©conomique, le transport de marchandises par voies ferrĂ©es possĂšde un vĂ©ritable potentiel de croissance Ă Madagascar. Sur les cinq derniĂšres annĂ©es, les chiffres dĂ©montrent un dĂ©veloppement impressionnant, avec un quintuplement du tonnage transportĂ© de 2003 Ă 2007 ». Pour permettre dâenvisager une croissance de ses activitĂ©s, lâexploitation dâun parc roulant en quantitĂ© et en qualitĂ© suffisantes Ă©tait une condition primordiale pour Madarail. « L'acquisition de nouvelles locomotives devra permettre Ă Madarail de collecter assez de recettes pour subvenir Ă toutes les dĂ©penses d'exploitation, et donc devenir rentable » explique Patrick Claes, Directeur gĂ©nĂ©ral de Madarail.  De 2003 Ă 2008, le parc de locomotives est passĂ© dâune unitĂ© Ă 17, et celui des wagons de 20 Ă 260 unitĂ©s. Toutefois, pour quâun rĂ©seau de chemins de fer fonctionne efficacement, il faut aller au-delĂ du renforcement du matĂ©riel roulant.  Le total de lâintervention de la Banque mondiale pour appuyer le redressement de Madarail est de 50 millions de dollars. Cela a permis de financer le renouvellement en tout ou partie de 175 km de voie et le confortement de 235 km de voies, de 7 ponts, ainsi que lâachat de ces cinq nouvelles locomotives. La rĂ©habilitation de la gare dâAndasibe est Ă©galement prĂ©vue.   | Gervais Rakotomamonjisoa, fier d'ĂȘtre aux commandes d'une des nouvelles locomotives © Banque mondiale |
La rĂ©surrection du chemin de fer permet une diminution des coĂ»ts de transports le long des axes desservis par le rail, car le transport par rail est facturĂ© moins cher que le transport par route. Il y a Ă©galement dâautres avantages indirects, tels que la diminution du nombre de camions sur les routes nationales, et donc une rĂ©duction du nombre dâaccidents et des dĂ©gradations sur la chaussĂ©e.  « Lâimpact est Ă©galement positif en termes Ă©nergĂ©tiques et environnementaux, car la quantitĂ© de carburant consommĂ©e ainsi que la pollution gĂ©nĂ©rĂ©e par tonne de marchandises est moins Ă©levĂ©e sur le rail que sur la route. Pour la balance de paiements, cela est important dans la mesure oĂč le pays importe ses carburants » explique Pierre Graftieaux, spĂ©cialiste des transports senior de la Banque mondiale Ă Madagascar.  LâarrivĂ©e de ces cinq nouvelles locomotives finalement va bien au-delĂ dâune simple histoire de machines. Car si pour Madarail il sâagit avant tout de croissance Ă©conomique, pour son millier d'employĂ©s et leur famille, câest un pas de plus vers un avenir professionnel stable. Et dans la vie de tous ces ĂȘtres humains, ce projet aura fait une diffĂ©rence supplĂ©mentaire : celle du passage apprĂ©ciable de la crainte vers lâespoir. Erick Rabemananoro erabemananoro@worldbank.org |