
La République kirghize a subi une dépréciation de son taux de change réel de 43 % à la suite de la crise financière qui a ébranlé sa région en août 1998. Avec l’aggravation du chômage et l’effondrement des systèmes sociaux, la pauvreté s’est aggravée et les indicateurs de santé se sont dégradés. Les taux de mortalité liés aux maladies non transmissibles ont affiché des tendances inquiétantes, et l’incidence de maladies comme la syphilis et la tuberculose s’est accrue rapidement. Le taux de mortalité infantile était 1,8 fois plus élevé chez les 20 % des ménages les plus pauvres que chez les 20 % les plus riches, et le taux de mortalité juvénile presque deux fois plus. Les priorités de dépenses publiques de santé étaient mal ciblées et mal réparties, de sorte que les pauvres risquaient davantage de ne pas pouvoir profiter du système de santé en raison du niveau élevé des dépenses à la charge de ses usagers.

Le Deuxième projet de réforme du secteur de la santé visait à renforcer les soins de santé primaires qui sont dispensés à une grande partie des habitants des zones rurales du pays. Il avait aussi pour but d’améliorer l’accès aux soins en fournissant une protection financière à un large segment de la population qui ne se faisait pas soigner en raison des sommes exorbitantes à débourser pour les visites chez le médecin ou les examens de laboratoire et les médicaments.

Désormais, 98 % des habitants sont affiliés à un régime qui leur donne droit aux soins de base.
Principales réalisations :
- Avec l’extension de la couverture des soins de base, l’accès des pauvres aux services du deuxième niveau de réference s’est lui aussi sensiblement accru, passant de 1,6 % en 2000 à 3,8 % en 2004.
- Les taux d’hospitalisation chez les patients suivis par un médecin généraliste ont nettement diminué. Entre 2000 et 2004, les cas d’hospitalisation par leur médecin de patients souffrant d’hypertension sont tombés de 15,8 à 9,3 %, ce qui traduit en partie l’amélioration qualitative des soins au niveau primaire, où un traitement peut désormais être assuré pour ce type de patient.
- L’instauration d’un régime de prise en charge des médicaments pour les traitements ambulatoires a permis de réduire les paiements qu’avaient à effectuer eux-mêmes les patients. Cela a été déterminant en termes de réduction des éléments faisant obstacle à l’accès aux soins, car les achats de médicaments accaparaient la plus grande part du budget santé des ménages.
- Au niveau de l’État, la part du budget de santé consacrée aux soins primaires est passée de 10,2 % en 2000/2001 à 25,1 % en 2004/2005. Les importants postes de dépenses qui étaient affectés aux salaires et aux services collectifs dans le financement des hôpitaux ont progressivement fait place à un surcroît de dotations pour les médicaments, les fournitures médicales, le matériel et autres ressources essentielles, augmentant par là même la part des dépenses de santé consacrée aux prestations directes de soins aux patients, qui est passée de 16,4 % en 2000 à 36,6 % en 2004.
- Une amélioration est intervenue dans les indicateurs de santé, et cela est probablement en rapport avec ces réformes : c’est ainsi que la mortalité infantile liée aux infections respiratoires a décliné de 60 % entre 1996 et 2004, le nombre de décès tombant de 123 à 48 pour 10 000 naissances vivantes ; et la mortalité due à la tuberculose a diminué, dans des proportions plus modérées, grâce à l’application réussie du traitement DOTS (traitement de brève durée sous surveillance directe), pour tomber de 13,4 à 11,8 pour 100 000 entre 1995 et 2004.
- Le modèle de prestation des soins par le biais du médecin de famille a été bien accueilli par les usagers et les professionnels de santé, et cela tient à ce que ce modèle fondé sur le rôle du médecin généraliste est tout entier axé sur le patient.
- Des changements institutionnels clés ont été apportés aux fonctions essentielles du système de santé : le ministère de la Santé a ainsi été réorganisé à tous les niveaux, et au prestataire de services a fait place une institution plus moderne, qui assure l’élaboration des politiques, l’établissement des priorités, la mobilisation des ressources, ainsi que le travail de préparation, de suivi et d’évaluation des budgets.

- Les ressources de l’IDA (18,5 millions de dollars pour la période 1996-2002) ont été déterminantes pour porter à l’échelle supérieure un très concluant programme de réforme sanitaire dans ce pays, qui avait débuté dans le cadre du Premier projet de réforme du secteur de la santé. Elles ont été indispensables à la mise en place des institutions nécessaires pour permettre au ministère de la Santé de jouer dans ce secteur un rôle d’orientation plutôt que d’exécution.
- Pour ce qui est de l’IDA, son rôle pivot ressort nettement de l’exemplaire collaboration entre donateurs qui a abouti à la réussite du programme de réforme et pas seulement du projet lui-même. En partie grâce à cette étroite coordination, le projet que finance actuellement l’Association s’inscrit dans le cadre d’une approche de portée sectorielle (SWAp) faisant intervenir l’appui des bailleurs de fonds pour le financement des coûts récurrents ou de fonctionnement, ainsi que des efforts menés pour harmoniser les procédures et renforcer les systèmes fiduciaires dans ce secteur de la santé.
- L’apport financier de l’IDA était de 15 millions de dollars, sur les 19,5 millions représentant le coût total du projet. Le pays lui-même et le ministère britannique du Développement international (DFID) ont fourni une contribution de 1,5 et 3 millions de dollars, respectivement.

L’expérience et l’incidence positives de ce projet ont amené le gouvernement à solliciter pour lui un appui supplémentaire, et l’IDA a récemment approuvé un deuxième don de 15 millions de dollars pour poursuivre sa mise en œuvre et l’étendre au reste du pays. Il est en outre prévu que le DFID fournisse 7 millions de livres sterling à titre de cofinancement pour la deuxième phase du projet.