| Ăditorial extrait du magazine "Les Ăchos de la Banque mondiale". NumĂ©ro 10 - avril 2008 AprĂšs lâeuphorie provoquĂ©e par le Sommet de lâOrganisation de la confĂ©rence islamique (OCI), la rĂ©alitĂ© a vite refait surface, masquĂ©e un temps par la mobilisation pour la rĂ©ussite de cette rencontre. Et tout comme le Niger, le Mozambique, le Cameroun, le Burkina Faso, lâĂgypte, la SlovĂ©nie (84 centrales syndicales de 29 pays europĂ©ens) ou la CĂŽte dâIvoire, le SĂ©nĂ©gal a eu sa part de « manifestions contre la vie chĂšre ». Dans tous ces pays, la tentation est toujours forte pour les gouvernements, confrontĂ©s Ă une situation difficile, de prendre des dispositionsâŠfaciles pour juguler la montĂ©e des prix et les difficultĂ©s. Le SĂ©nĂ©gal nâĂ©chappe pas Ă la rĂšgle et des mesures qui sonnent bien Ă lâoreille comme « baisse temporaire de la fiscalitĂ© », « crĂ©ation de magasins de rĂ©fĂ©rence », y sont brandies. Ces mesures...faciles ont, toutefois, leur revers : pour viables quâelles puissent ĂȘtre, elles ne le sont quâĂ trĂšs court terme !  | Madani M. Tall - Directeur des opĂ©rations au SĂ©nĂ©gal pour la Banque mondiale | Il est indĂ©niable que le choc imposĂ© par le baril de brut Ă plus de 100 dollars a eu un impact nĂ©gatif sur la situation Ă©conomique globale et, en particulier, sur les mĂ©nages, lâinflation flirtant avec les 6 %, niveau jamais atteint depuis la dĂ©valuation du franc CFA en 1994. Mais nâomettons pas dâadmettre que le SĂ©nĂ©gal nâest pas allĂ© au bout des rĂ©formes en profondeur qui, menĂ©es Ă bon terme, auraient pu amortir le choc. Il faut regarder les choses en face et braquer son regard sur lâagriculture, dĂ©laissĂ©e au profit dâindustries sur-protĂ©gĂ©es, sans pour autant ĂȘtre compĂ©titives et rĂ©ellement crĂ©atrices dâemplois. Ă force de diffĂ©rer lâapplication diligente de rĂ©formes restructurant ce secteur et notamment la filiĂšre arachidiĂšre, on dĂ©bouche sur une situation paradoxale : au SĂ©nĂ©gal, les prix des produits alimentaires sont de 24 % supĂ©rieurs Ă la moyenne africaine et sont les plus Ă©levĂ©s de la CEDEAO, hormis le NigĂ©ria et le Cap Vert ! Pour un pays dotĂ© dâun port desservant jusquâĂ des pays enclavĂ©s, câest un paradoxe quâil faut proscrire. Dâautant que la conjoncture intĂ©rieure a tout pour Ă©clairer le gouvernement et ses partenaires au dĂ©veloppement : les prix des denrĂ©es alimentaires sont, Ă Kaolack, infĂ©rieurs de 11 % Ă ceux de Dakar. La raison en est simple : le mĂ©nage kaolackois profite de la concurrence des produits gambiens. Alors Ă quoi sert, dans ces conditions, dâimposer des surtaxes sur lâhuile vĂ©gĂ©tale et le sucre importĂ©s ? Sinon quâĂ restreindre le pouvoir dâachat des mĂ©nages les plus pauvres ! Examiner, dans le dĂ©tail, les facteurs internes qui contribuent Ă la hausse des prix, devient crucial. Il ne sâagit pas de prendre des mesures Ă la hussarde sous la dictĂ©e de lâenvolĂ©e du prix du pĂ©trole. Elles ne seront ni adĂ©quates, ni durables. En revanche la bonne conduite Ă tenir serait de se « hĂąter lentement », en visant au minimum le moyen terme. Il nây a aucune main magique pour passer de lâimportation de riz Ă lâautosuffisance cĂ©rĂ©aliĂšre. Il nây a que la sueur et des rĂ©formes rationnelles, ne sâannulant pas les unes les autres par leurs effets contradictoires, pour remĂ©dier Ă la situation. Pour ce faire, encore faut-il, non seulement, une vision partagĂ©e avec les producteurs et les consommateurs sur les orientations Ă prendre dans le secteur agricole, dans sa globalitĂ©, mais aussi et surtout un consensus large sur des questions telles que la production des semences, la gestion des terres, le financement de lâagriculture, la modernisation des pratiques culturales et jâen passe⊠Cette vision partagĂ©e est aussi celle qui doit prĂ©valoir dans le secteur de lâĂ©ducation. Nâabsorbe-t-il pas lâessentiel des ressources du pays sans produire les rĂ©sultats attendus ? Le dossier de ce numĂ©ro lui est consacrĂ©. Quand une nation accepte que ses enfants perdent annuellement le tiers de lâinstruction que ses enseignants leur doivent, câest son dĂ©clin Ă long terme quâelle construit. Et cela nâa rien Ă voir avec un baril de brut Ă plus de cent dollars ! Par Madani M. Tall - Directeur des opĂ©rations au SĂ©nĂ©gal pour la Banque mondiale Cet article est un extrait du magazine trimestriel, Ăchos de la Banque mondiale, publiĂ© par le Bureau rĂ©gional de Dakar (SĂ©nĂ©gal, Cap-Vert, Gambie, GuinĂ©e-Bissau, Niger). Pour consulter le magazine en format PDF, veuillez cliquer ici (PDF). Pour en savoir plus sur ce magazine, veuillez contacter mademba@worldbank.org.
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