Le 24 avril 2008 -- Le rapport annuel Doing Business publié par la Banque mondiale a suscité un intérêt largement partagé et un débat animé au Nigéria. Et pour cause. Depuis le retour à la démocratie en 1999, le Gouvernement nigérian a engagé de vastes réformes économiques et institutionnelles. Et les Nigérians sont naturellement pressés de voir ces réformes se traduire par la production de richesses et une amélioration de leur niveau de vie.
Le 7 avril, le Centre d’information du Groupe du sommet économique du Nigéria (NESG) de Lagos, en collaboration avec le bureau de la Banque mondiale au Nigéria, a organisé son deuxième dialogue annuel dont l’objectif est d’offrir aux parties prenantes une tribune pour décrire les problèmes liés à la compétitivité du climat des affaires et trouver des solutions y relatives.
Steven Dimitriyev, spécialiste senior au bureau de la Banque mondiale à Abuja dans le domaine du développement du secteur privé, a donné un aperçu de l’ouvrage, en prêtant tout particulièrement attention aux indicateurs de performance du Nigéria, classé 108e sur 178 pays.
Engr Mansur, directeur général du NESG et Steven Dimitriyev de la BIRD.
Selon Dimitriyev, le rapport présente une corrélation entre les secteurs public et privé, en examinant dans quelle mesure la réglementation que les pouvoirs publics ont mis en place se traduit par une sensibilisation aux bonnes pratiques dans le domaine des affaires.
Il a constaté que les réformes engagées par les pouvoirs publics ont abouti à des avancées remarquables dans des domaines, tels que l’inscription de nouvelles entreprises au registre du commerce, l’exécution des contrats et les réformes judiciaires. Compte tenu de l’âpre concurrence internationale et des progrès également accomplis par d’autres pays, le Nigéria, dit-il, devrait considérer le rapport comme une ressource et un recueil d’instructions devant aider le pays à se concentrer sur la mise en place d’un cadre d’activité économique compétitif.
Point de vue des investisseurs
Lors du débat, l’économiste en chef de la Société financière africaine (AFC), M. Temitope Oshokoya, a indiqué que le Nigéria a un long chemin à parcourir pour créer un environnement porteur pour les entreprises. À titre d’exemple, les frais d’inscription au registre du commerce au Nigéria sont parmi les plus élevés dans le monde.
Oshokoya a souligné la nécessité de simplifier les procédures administratives, mais il a trouvé à redire sur les données de référence utilisées pour le Nigéria dans ce rapport. Il a indiqué que le statut du Nigéria en tant que quatrième plus grand bénéficiaire de l’investissement étranger direct en Afrique devrait être comparé à celui des grands pays émergeants, tels que la Chine, l’Inde et le Brésil.
Oshokoya a également critiqué l’importance que le rapport accorde au cadre institutionnel, qui est loin d’être le meilleur moyen d’évaluer les performances d’un pays. Selon lui, les investisseurs prennent en compte différents facteurs et les institutions ne sont qu’un élément parmi d’autres. Les ressources naturelles, l’esprit d’entreprise, la taille de la population, la disponibilité de la main-d’œuvre, un secteur privé dynamique et des infrastructures adéquates constituent également des facteurs qu’il a cités.
M. Abugu en compagnie d’autres participants.
Point de vue des opérateurs économiques
Tout en faisant l’éloge du rapport, M. Ike Abugu, président national de l’Association des petites et moyennes entreprises du Nigéria (NASME) a relevé que le classement du Nigéria au 84e rang des bénéficiaires de crédits était « trop beau pour être vrai ».
Il a indiqué que l’absence dans le rapport d’indicateurs, tels que les infrastructures, la sécurité et la transparence en matière de gouvernance a été une grave lacune. Si ces indicateurs avaient été pris en compte, le Nigéria serait, selon lui, encore plus mal classé.
Abugu a signalé les multiples impôts, les strictes conditions à remplir en matière de garanties et les frais élevés d’immatriculation au registre du commerce comme étant les domaines sur lesquels le Gouvernement nigérian devrait se pencher. Il a plaidé pour un taux d’imposition des PME inférieur à 10 % et pour des avantages fiscaux sur cinq ans en faveur des jeunes entreprises du sous-secteur, comme cela est le cas dans des pays comme la Chine.
Point de vue des autorités réglementaires
En formulant des observations sur le rapport, le responsable de la Stratégie au Bureau de la gestion de la dette publique du Nigéria (DMO), M. Miji Amidu, a affirmé que la mise en place d’un cadre propice aux affaires est du ressort de toutes les parties prenantes.
Il a toutefois dénoncé l’immixtion de plus en plus grande des pouvoirs publics dans les activités des autorités publiques de contrôle, et a indiqué que moins d’ingérence permettrait d’obtenir des performances meilleures et efficaces dans le domaine des initiatives stratégiques. Amidu a souligné qu’il était nécessaire pour les pouvoirs publics de réexaminer en permanence les lois portant sur l’activité économique et sur la fiscalité.
Il a révélé que les pouvoirs publics s’efforcent de mettre en place un régime fiscal qui favorise l’activité économique dans le pays, et a indiqué qu’une unité a été spécialement créée pour examiner les problèmes d’ordre fiscal que connaît le Nigéria.
La loi sur l’administration fiscale fédérale (FIRS) de 2007 et la loi sur la réforme fiscale de 2007 visent toutes les deux à apporter des réformes à l’administration fiscale au Nigéria, conformément aux pratiques recommandées à travers le monde.