| Le 1er mai -- Les prix alimentaires mondiaux ont connu une flambĂ©e au cours des derniers mois, entraĂźnant une forte envolĂ©e des prix du riz, du maĂŻs et du blĂ©, lesquels occupent une place importante dans nombre de rĂ©gimes alimentaires en Afrique. Cette flambĂ©e a amenĂ© certains pays Ă solliciter de lâaide alimentaire dâurgence. Dans dâautres pays, on a assistĂ© Ă des Ă©meutes populaires. Dans la sĂ©rie de questions et rĂ©ponses ci-aprĂšs, M. Robert Townsend, Ăconomiste senior au sein de lâunitĂ© chargĂ©e de lâagriculture Ă la Banque mondiale, examine les facteurs qui sont Ă lâorigine de lâenvolĂ©e des prix, lâincidence de cette situation sur lâAfrique et les mesures adoptĂ©es par la Banque mondiale pour contribuer Ă rĂ©soudre ce problĂšme. Quelles sont les principales raisons de la rĂ©cente augmentation des prix alimentaires mondiaux ?
RT : La forte augmentation de la demande de denrĂ©es vivriĂšres a Ă©tĂ© plus rapide que celle de lâoffre, en raison principalement des politiques pratiquĂ©es par les pays industrialisĂ©s en matiĂšre de biocarburant et, dans une moindre mesure, de lâĂ©volution des habitudes alimentaires dans les pays en dĂ©veloppement qui connaissent une croissance rapide. Les politiques relatives aux biocarburants ont dĂ©tournĂ© les denrĂ©es vivriĂšres des marchĂ©s traditionnels dâexportation vers la production de lâĂ©thanol et du biodiesel. La demande croissante de produits dâĂ©levage, surtout en Asie, a augmentĂ© la consommation des cĂ©rĂ©ales fourragĂšres. LâirrĂ©gularitĂ© des conditions climatiques, les politiques commerciales et les dĂ©calages saisonniers ont ralenti la rĂ©ponse des producteurs Ă cette envolĂ©e des prix. Dans des pays tels que lâAustralie, la sĂ©cheresse a rĂ©duit le volume jadis important des exportations de blĂ© et de riz. Certains pays ont rĂ©cemment adoptĂ© des mesures dâinterdiction des exportations, ce qui a Ă son tour interrompu les Ă©changes. Qui plus est, la nature saisonniĂšre de lâagriculture entraĂźne une rĂ©ponse tardive de lâoffre. La demande ayant dĂ©passĂ© lâoffre, les prix se sont accrus considĂ©rablement, en ce qui concerne surtout le maĂŻs, le riz et le blĂ©. Le prix de lâengrais sâest par ailleurs accru de façon spectaculaire au cours des deux derniĂšres annĂ©es, lâaugmentation de lâoffre pour rĂ©pondre Ă la demande croissante ayant Ă©tĂ© entravĂ©e par lâinsuffisance de capacitĂ© de production.  La flambĂ©e des prix alimentaires mondiaux est-elle une source de prĂ©occupation particuliĂšre pour la rĂ©gion Afrique ?
RT : Oui. En moyenne, les denrĂ©es de base, telles que le maĂŻs, le riz et le blĂ© reprĂ©sentent 20 % des produits alimentaires consommĂ©s en Afrique subsaharienne, et ces trois cultures fournissent Ă elles seules environ 30 % des calories. La hausse des prix alimentaires mondiaux a en outre entraĂźnĂ© une augmentation des prix alimentaires locaux, plus particuliĂšrement ceux du riz et du blĂ©. Dans la rĂ©gion, 45 % du riz et 85 % du blĂ© consommĂ©s sont importĂ©s. La rĂ©gion produit pratiquement assez de maĂŻs pour satisfaire la demande intĂ©rieure, les importations en provenance des marchĂ©s internationaux ne reprĂ©sentant que 5 % de la consommation. Des diffĂ©rences considĂ©rables entre les habitudes de consommation cĂ©rĂ©aliĂšre dâune rĂ©gion Ă lâautre se sont traduites par des incidences diffĂ©rentes. La rĂ©gion importe la quasi-totalitĂ© de lâengrais quâelle utilise, et le prix de lâengrais ayant doublĂ© au cours de la derniĂšre annĂ©e, lâon sâinquiĂšte de plus en plus au sujet des incidences nĂ©gatives de cette situation sur la production alimentaire lors de la prochaine pĂ©riode des semis. Quels sont les pays africains qui pĂątissent le plus de la flambĂ©e des prix alimentaires et pourquoi ? RT : Les pays dâAfrique de lâOuest, ceux de la corne de lâAfrique et les Ătats africains fragiles qui sortent dâun conflit sont tout particuliĂšrement vulnĂ©rables Ă la hausse des prix alimentaires mondiaux. Le riz constitue une part beaucoup plus grande des aliments consommĂ©s en Afrique de lâOuest, quâen Afrique orientale et australe. Ătant donnĂ© quâon importe plus de riz de maĂŻs, les prix alimentaires locaux en Afrique de lâOuest seront plus touchĂ©s. Les pays connaissant des interruptions dâapprovisionnement sont eux aussi tout particuliĂšrement vulnĂ©rables Ă lâaugmentation des prix mondiaux, comme lâa montrĂ© lâexpĂ©rience de la sĂ©cheresse au Burkina Faso, du rĂ©cent cyclone Ă Madagascar et des inondations localisĂ©es au Ghana. Lorsque lâapprovisionnement local diminue, la demande intĂ©rieure est satisfaite en recourant davantage aux importations, lesquelles sont actuellement beaucoup plus coĂ»teuses. Dans ces pays, les populations pauvres seront tout particuliĂšrement vulnĂ©rables, car elles consacrent souvent jusquâĂ la moitiĂ© de leur revenu disponible Ă lâalimentation.
Lâaide alimentaire dâurgence peut-elle remĂ©dier Ă ces consĂ©quences nĂ©fastes ? Quelles sont les autres formules qui permettent dâallĂ©ger les pressions rĂ©sultant de cette situation ? RT : GrĂące Ă lâaide alimentaire dâurgence, on peut contrecarrer quelques-uns de ces effets immĂ©diats sur les groupes les plus vulnĂ©rables. Le niveau de lâaide alimentaire disponible tend toutefois Ă ĂȘtre plus faible lorsque les prix alimentaires mondiaux sont Ă©levĂ©s, car les dons alimentaires antĂ©rieurs sont orientĂ©s vers dâautres fins. Les achats dâaliments au titre de lâaide dâurgence sont Ă©galement plus coĂ»teux Ă lâheure actuelle. Il sâensuit que les pays confrontĂ©s Ă la flambĂ©e des prix alimentaires et qui financent leurs propres programmes alimentaires doivent disposer de ressources suffisantes pour satisfaire les besoins dâimportations dâaliments. La rĂ©duction des droits dâimportation et des taxes intĂ©rieures sur les aliments peut entraĂźner une baisse des prix intĂ©rieurs. Les transferts monĂ©taires peuvent amĂ©liorer le pouvoir dâachat des pauvres, tout comme les programmes de travaux publics. Quelques pays ont, par le passĂ©, imposĂ© une interdiction dâexporter et Ă©tabli des prix plafonds, mais ces mĂ©thodes ne sont pas efficaces. Elles rĂ©duisent certes les prix payĂ©s par les consommateurs, mais aussi la rĂ©munĂ©ration des agriculteurs, et elles font obstacle Ă lâexpansion de lâoffre pendant la saison suivante. La rĂ©ponse la plus efficace Ă la flambĂ©e des prix consiste Ă augmenter les quantitĂ©s disponibles grĂące Ă une croissance plus rapide du secteur agricole et des gains de productivitĂ© des cultures vivriĂšres de base.
Que peut-on faire pour amĂ©liorer la production alimentaire sur le continent africain ? RT : Beaucoup peut ĂȘtre fait et de nombreuses rĂ©alisations sont dĂ©jĂ en cours. La production alimentaire est en hausse â en Afrique, la flambĂ©e des prix ne tient pas aux tensions sur lâoffre. La croissance agricole doit cependant sâaccĂ©lĂ©rer. Lâutilisation de semences amĂ©liorĂ©es, de plus dâengrais et de meilleures mĂ©thodes culturales peut doubler le rendement. On peut sâassurer que lâeau disponible atteint les plantes dans les zones de culture pluviale exposĂ©es Ă la sĂ©cheresse en recourant davantage Ă des pratiques aratoires antiĂ©rosives. Lâinvestissement dans la recherche peut permettre dâamĂ©liorer les variĂ©tĂ©s, et de meilleures mĂ©thodes de vulgarisation peuvent aider les agriculteurs Ă les adopter. Des systĂšmes dâirrigation efficaces au plan du coĂ»t et bien gĂ©rĂ©s peuvent permettre dâassurer un approvisionnement fiable en eau et dâappuyer la production de cultures de grande valeur. Une plus grande libĂ©ralisation des Ă©changes transfrontaliers est bĂ©nĂ©fique Ă la fois pour les producteurs et les consommateurs. De nouvelles approches de gestion des risques, telles que lâassurance basĂ©e sur un indice mĂ©tĂ©orologique peuvent aider les agriculteurs Ă faire face Ă lâincertitude. Quelles sont les mesures prises par la Banque en rĂ©ponse Ă cette flambĂ©e des prix alimentaires mondiaux Ă court et Ă long termes ? RT : La Banque mondiale travaille en collaboration avec les pays africains afin de les aider Ă Ă©tablir des programmes de sĂ©curitĂ© sociale destinĂ©s aux pauvres, elle donne des conseils techniques sur les politiques commerciales et fiscales, elle soutient la rĂ©action de lâoffre Ă court terme, et elle contribue Ă financer la charge supplĂ©mentaire que reprĂ©sente pour le budget de lâĂtat lâaugmentation des prix des cĂ©rĂ©ales vivriĂšres. La Banque mondiale appuie les efforts dĂ©ployĂ©s par lâUnion africaine pour convoquer, Ă la fin du mois de mai, une rĂ©union technique lors de laquelle les pays africains les plus touchĂ©s par la flambĂ©e des prix alimentaires mettront au point leurs propres stratĂ©gies pour faire face Ă la crise et les prĂ©senteront aux partenaires de dĂ©veloppement Ă des fins de financement. Ă plus long terme, la Banque mondiale accroĂźt son soutien au secteur agricole dans quatre domaines essentiels pour la croissance de la productivitĂ©, Ă savoir : la gestion des terres et de lâeau, les marchĂ©s et les infrastructures, les risques et la vulnĂ©rabilitĂ©, et la technologie agricole. La flambĂ©e des prix alimentaires rend dâautant plus urgent dâaccroĂźtre lâaide Ă lâagriculture en Afrique. La Banque mondiale double pratiquement son volume de prĂȘt pour le secteur agricole â en le portant de 450 millions Ă 800 millions de dollars â et elle sâengage Ă Ćuvrer de concert avec les autres partenaires qui accroissent Ă©galement leur propre aide au profit de ce secteur.  |