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Juan-Jose Daboub, Directeur gĂ©nĂ©ral de la Banque mondiale au Forum Ă©conomique États-Unis - Monde arabe

Disponible en: English

Juan-Jose Daboub

Directeur général de la Banque mondiale

Forum Ă©conomique États-Unis - Monde arabe, Washington, D.C.

7 mai 2008

 

Masae al kheir !

 

Excellences, Mesdames et Messieurs, Membres de la presse,

 

Je vous remercie de m’avoir invitĂ© Ă  parler ce soir devant un parterre de personnalitĂ©s politiques, de chefs d’entreprises et d’universitaires aussi Ă©minents.

 

Étant moi-mĂȘme issu d’une famille palestinienne qui a Ă©migrĂ© au Salvador il y a plus d’un siĂšcle, le Monde arabe est proche de mon cƓur.

 

Tout comme l’importance Ă  accorder Ă  la poursuite et au renforcement de la longue histoire de l’engagement, dans les deux sens, entre le Monde arabe et les AmĂ©riques.

 

Permettez-moi de vous faire partager quelques réflexions sur 3 sujets :

  • les rĂ©cents succĂšs Ă©conomiques rencontrĂ©s dans le Monde arabe ;
  • les opportunitĂ©s Ă  saisir pour rĂ©pondre aux dĂ©fis Ă©mergents sur le plan rĂ©gional et international ;
  • le cadre qui permet aux pays arabes de jouer un plus grand rĂŽle face aux problĂšmes de dĂ©veloppement Ă  l’échelle mondiale.

 

Les récents succÚs économiques rencontrés dans le Monde arabe

Les pays du Monde arabe ont rĂ©alisĂ© d’importants progrĂšs Ă©conomiques ces derniĂšres annĂ©es.

 

Ce rĂ©sultat est souvent ignorĂ© dans une rĂ©gion qui a tendance Ă  faire les gros titres de l’actualitĂ© pour d’autres raisons.

 

  • Depuis 2003, la croissance Ă©conomique dans l’ensemble de la rĂ©gion a Ă©tĂ© en moyenne supĂ©rieure Ă  6 % par an – la plus forte performance de croissance soutenue depuis les annĂ©es 70.
  • La croissance s’est accompagnĂ©e de crĂ©ations d’emplois et d’une amĂ©lioration des indicateurs sociaux.

La performance économique a été alimentée en partie par la hausse des prix du pétrole.

 

Mais celle-ci n’est qu’un facteur parmi d’autres.

 

Cette forte croissance est également due aux efforts réalisés par les gouvernements pour améliorer le climat des affaires et permettre ainsi au secteur privé de développer une activité économique, créer des emplois et offrir de nouvelles opportunités.

 

Dans cette rĂ©gion, de nombreux pays ont lancĂ© des rĂ©formes Ă©conomiques de grande envergure, amĂ©liorant ainsi les perspectives de dĂ©veloppement : l’Égypte est un exemple parmi d’autres.

 

Les efforts entrepris par le gouvernement pour amĂ©liorer le climat des investissements, simplifier le systĂšme d’immatriculation des entreprises et d’enregistrement des propriĂ©tĂ©s, assurer une meilleure exĂ©cution des contrats, faciliter les procĂ©dures d’importation et d’exportation et intensifier la concurrence dans les secteurs clĂ©s de l’économie ont soutenu la rĂ©cente croissance annuelle de 7 à 8 %.

 

  • Les indicateurs dĂ©veloppĂ©s par l’équipe Doing Business de la Banque mondiale semblent indiquer que l’Égypte s’est classĂ©e au premier rang des pays du monde pour la rapiditĂ© de ses rĂ©formes en 2007 – progressant de plus de 25 places dans le classement.
  • Des efforts similaires pour mobiliser le potentiel du secteur privĂ© peuvent ĂȘtre observĂ©s dans d’autres pays voisins.
  • L’Arabie saoudite s’est rapidement engagĂ©e sur la voie des rĂ©formes et est devenue l’un des premiers pays au monde pour ce qui est de la facilitĂ© de faire des affaires.
  • Les progrĂšs sont Ă©galement visibles au Maroc, en Tunisie et en Jordanie – pour n’en nommer que quelques-uns.
  • Lors d’une rĂ©cente visite dans les pays du Golfe, j’ai Ă©tĂ© impressionnĂ© par leurs capacitĂ©s Ă  encourager l’investissement privĂ© dans diffĂ©rent secteurs pour diversifier leurs Ă©conomies.
  • De nombreux pays en dĂ©veloppement peuvent tirer des leçons prĂ©cieuses de cette expĂ©rience.
  • Le dynamisme et l’habitude de travailler dur du peuple arable sont constamment mis Ă  l’épreuve dans des circonstances trĂšs difficiles.
  • Les Palestiniens et les Libanais en sont de parfaits exemples. Leurs efforts hĂ©roĂŻques doivent ĂȘtre reconnus.
  • Mais, il ne s’agit pas ici de parler de MASARI : il s’agit d’éliminer les obstacles, de sorte que les gens puissent prendre leur destin en main.
  • Ce n’est pas seulement une question d’aide, mais d’investissement.
  • Les leaders politiques de la rĂ©gion ont la capacitĂ© et la responsabilitĂ© de prĂȘter assistance.
  • Des promesses de dons ont Ă©tĂ© faites Ă  Paris l’an dernier Ă  la fois pour la Palestine et le Liban.
  • Les contributions qui ne se sont pas encore concrĂ©tisĂ©es doivent le devenir.
  • J’attends avec impatience de participer Ă  la ConfĂ©rence sur l’investissement en Palestine qui aura lieu Ă  BethlĂ©em Ă  la fin du mois ; j’aurai ainsi l’occasion de visiter des entreprises qui rĂ©ussissent malgrĂ© un environnement peu propice.

Saisir les opportunités offertes

 

Les réformes entreprises à ce jour dans de nombreux pays fournissent une plate-forme qui permettra de réaliser des progrÚs à un rythme encore plus rapide.

 

Il est essentiel que les pays puissent saisit les opportunitĂ©s qui se prĂ©sentent s’ils veulent gĂ©nĂ©rer une croissance Ă©conomique et des emplois pour la population locale.

 

C’est d’autant plus important qu’il sera nĂ©cessaire de crĂ©er 80 millions de nouveaux emplois au cours des 15 prochaines annĂ©es pour le vaste nombre de jeunes dans cette rĂ©gion qui vont entrer sur le marchĂ© du travail.

 

Nous nous trouvons Ă©galement Ă  un point de jonction favorable pour prendre des mesures dĂšs maintenant afin de rĂ©gler les questions d’actualitĂ© concernant l’environnement.

 

Une meilleure gestion rĂ©gionale des ressources limitĂ©es en eau et des investissements pour profiter du crĂ©neau des Ă©nergies renouvelables permettront d’assurer que la rĂ©gion reste sur la voie d’une croissance durable.

 

Et des efforts supplémentaires seront nécessaires pour permettre aux pays de réagir efficacement à la flambée des prix alimentaires dans le monde.

 

Au niveau national, le programme de rĂ©formes dans la plupart des pays de la rĂ©gion n’est que partiellement terminĂ©.

 

Bien que des progrÚs considérables aient été réalisés, les indicateurs semblent montrer que seuls 3 pays au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (Arabie saoudite, Koweït et Oman) se classent actuellement parmi les 50 premiers pays quant à la facilité de faire des affaires.

 

MalgrĂ© une amĂ©lioration de plus de 25 places, le classement de l’Égypte en valeur absolue, c’est-Ă -dire 126e sur 178 pays, indique qu’il reste encore un vaste programme de rĂ©formes Ă  mettre en place.

 

D’autres pays Ă  revenu intermĂ©diaire, comme la ThaĂŻlande et la Malaisie, ont su mettre systĂ©matiquement en Ɠuvre des rĂ©formes de grande envergure pour renforcer un environnement propice aux affaires et accroĂźtre la responsabilitĂ© des institutions publiques.

 

S’ils se classent parmi les 25 premiers pays pour la facilitĂ© Ă  faire des affaires et s’ils rĂ©ussissent Ă  attirer un trĂšs grand volume d’investissements Ă©trangers, ce n’est pas une coĂŻncidence.

 

L’amĂ©lioration de la qualitĂ© de l’enseignement est la pierre angulaire de l’innovation et l’assurance que les jeunes entrant sur le marchĂ© du travail auront les compĂ©tences nĂ©cessaires pour ĂȘtre compĂ©titifs dans une Ă©conomie moderne.

 

Les pays du Monde arabe possĂšdent une longue tradition sur le plan de l’acquisition de connaissances et des bourses d’études.

 

Au cours des siÚcles, les innovations dans les domaines de la science, de la médicine et des mathématiques sont provenues du Monde arabe.

 

Les pays de cette rĂ©gion ont rĂ©ussi ces derniĂšres annĂ©es Ă  Ă©tendre l’accĂšs Ă  l’éducation.

Lors d’une visite en Oman en fĂ©vrier, par exemple, j’ai Ă©tĂ© impressionnĂ© par la rĂ©ussite sans prĂ©cĂ©dent du programme d’enseignement primaire quasiment pour tous – alors qu’il y a 30 ans, on ne dĂ©nombrait qu’une poignĂ©e d’écoles.

 

Toutefois, le prochain dĂ©fi auquel doit s’atteler la rĂ©gion consistera Ă  revigorer la qualitĂ© de l’éducation, encourager l’innovation et la pensĂ©e critique et fournir les compĂ©tences nĂ©cessaires aux jeunes pour rĂ©ussir dans un monde en Ă©volution rapide.

 

Il existe de remarquables Ă©tablissements d’enseignement et des centres de renommĂ©e mondiale au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, qui constituent de solides assises pour le renforcement de la qualitĂ© dans l’ensemble des systĂšmes Ă©ducatifs de tous les pays de la rĂ©gion.

 

Pour tirer parti des opportunitĂ©s offertes et soutenir la croissance et la crĂ©ation d’emplois grĂące au secteur privĂ©, il sera Ă©galement nĂ©cessaire de mobiliser les compĂ©tences et l’esprit d’entreprise de la population toute entiĂšre, notamment des femmes.

 

Lors de visites que j’ai effectuĂ©es au BahreĂŻn, au KoweĂŻt et Ă  DubaĂŻ au dĂ©but de l’annĂ©e, j’ai rencontrĂ© des femmes chefs d’entreprise qui ont une Ă©norme influence dans leurs pays – crĂ©ant des emplois et offrant des avantages sociaux Ă  leurs communautĂ©s.

 

La crĂ©ation d’opportunitĂ©s, qui permettraient Ă  un plus grand nombre de femmes d’assumer un rĂŽle prĂ©pondĂ©rant dans les affaires, est indispensable si l’on veut exploiter le plein potentiel de tous les habitants et accĂ©lĂ©rer encore la prospĂ©ritĂ© de cette rĂ©gion.

 

De maniĂšre plus gĂ©nĂ©rale, il sera essentiel d’assurer une plus forte intĂ©gration Ă©conomique entre les pays du Monde arabe afin de crĂ©er l’environnement qui permettra aux habitants et aux pays de progresser selon une approche coopĂ©rative.

 

Le Monde arabe n’est pas homogĂšne, c’est plutĂŽt une extraordinaire mosaĂŻque d’ethnies et de confessions diffĂ©rentes.

 

Les Ă©conomies de la rĂ©gion prĂ©sentent des caractĂ©ristiques distinctes, certaines disposant d’abondantes ressources naturelles, d’autres d’un vaste rĂ©servoir de main-d’Ɠuvre.

 

D’autre part, les pays arabes partagent une langue, une histoire et une civilisation communes.

 

Dans cet environnement, tous les pays devraient pouvoir bĂ©nĂ©ficier d’une plus grande intĂ©gration rĂ©gionale de leurs marchĂ©s.

 

La diversité est telle que les avantages comparatifs des différentes économies devraient se compléter mutuellement, alors que les valeurs partagées devraient encourager le partenariat et la tolérance.

 

Une plus forte intĂ©gration Ă©conomique entre le Monde arabe et l’économie globale sera aussi un Ă©lĂ©ment fondamental pour assurer la diversification et tirer profit des marchĂ©s dans plusieurs secteurs.

 

L’expĂ©rience vĂ©cue en Asie de l’Est a mis en Ă©vidence le rĂŽle que les industries exportatrices des secteurs secondaire et tertiaire peuvent jouer en termes de croissance et d’emplois – mĂȘme durant le rĂ©cent ralentissement enregistrĂ© sur les marchĂ©s aux États-Unis et dans l’OCDE.

 

Les pays arabes ont une longue tradition d’échanges commerciaux entre eux et avec le monde entier.

 

Les marchands arabes ont parcouru les eaux de l’OcĂ©an indien pendant des siĂšcles et les images de caravanes de commerçants arabes font partie du folklore.

 

Ma propre famille est la preuve de la longue histoire de l’engagement arabe Ă  l’égard des AmĂ©riques.

 

Les membres de la diaspora arabe sont rĂ©putĂ©s dans toute l’AmĂ©rique latine et ailleurs pour leur esprit d’entreprise.

 

Pourtant, malgrĂ© cette expĂ©rience historique, l’intĂ©gration Ă©conomique entre la rĂ©gion et l’économie mondiale se limite aujourd’hui au secteur de l’énergie.

 

Les efforts entrepris par la Ligue arabe auprĂšs des pays de la rĂ©gion pour faciliter le commerce et les formalitĂ©s douaniĂšres seront un facteur essentiel pour l’intĂ©gration Ă©conomique.

 

La Banque tient aussi à travailler en étroite collaboration avec la Ligue arabe pour apporter son soutien au prochain Sommet économique arabe.

 

Le besoin d’investissements transfrontaliers est considĂ©rable, qu’il s’agisse de moyens de transports, de ports plus efficaces, de gestion de l’eau, de meilleurs raccordements pour l’approvisionnement Ă©nergĂ©tique ou de l’emploi de sources renouvelables (comme l’énergie Ă©olienne et solaire), pour soutenir une plus forte intĂ©gration rĂ©gionale et mondiale.

 

Il sera essentiel de renforcer la gestion régionale des ressources limitées en eau pour soutenir une croissance durable.

 

Quelques pays constatent dĂ©jĂ  un ralentissement de leur croissance en raison d’un approvisionnement en eau irrĂ©gulier. Et cette situation pourrait empirer Ă  l’avenir.

 

La plupart d’entre nous ici aujourd’hui, et certainement nos enfants, souffrirons personnellement de cette situation dramatique.

 

Il faudra procĂ©der Ă  d’importants investissements, mais ceux-ci Ă  eux seuls ne suffiront pas.

 

Les pays de la rĂ©gion ont besoin de travailler ensemble harmonieusement, de planifier de maniĂšre rĂ©flĂ©chie et d’adopter des politiques avisĂ©es dans toute une gamme de secteurs (agriculture, utilisation des sols, Ă©nergie, et bien plus encore) pour faire un emploi plus judicieux des ressources en eau limitĂ©es.

 

Les projets d’infrastructure rĂ©gionale sont un domaine oĂč je suis heureux de constater que la Banque mondiale peut prĂȘter son assistance, conjointement avec des institutions telles que les Fonds Arabes et Islamiques.

 

Ce soutien sera important non seulement pour les investissements publics, mais aussi pour financer l’investissement privĂ© dans les infrastructures rĂ©gionales indispensables.

 

Encourager l’investissement privĂ© pour amĂ©liorer la productivitĂ© agricole, d’autant plus nĂ©cessaire vu la pĂ©nurie des ressources en eau, sera un Ă©lĂ©ment essentiel pour la rĂ©ussite Ă  long terme de toute politique face Ă  la flambĂ©e des prix alimentaires mondiaux.

 

Les prix alimentaires sont une préoccupation majeure.

 

L’an dernier, le prix du blĂ© a augmentĂ© de 120 % et celui du riz de 75 %. Le coĂ»t d’une miche de pain a plus que doublĂ©.

 

Les prix d’autres produits de consommation courante ont Ă©galement augmentĂ©.

 

Il est peu probable que cette situation soit temporaire. Des travaux de recherche donnent à penser que les prix alimentaires devraient rester élevés au cours des prochaines années.

 

La hausse des prix alimentaires est un phénomÚne mondial provoqué par une série de facteurs.

 

Notamment :

 

  • la demande accrue de denrĂ©es alimentaires dans les Ă©conomies Ă©mergentes ;
  • la hausse des prix des carburants, qui augmente les coĂ»ts du transport et des engrais ;
  • la baisse du financement de l’agriculture et de la recherche agricole ces dix derniĂšres annĂ©es ;
  • l’emploi accru de cultures vivriĂšres pour la production de biocarburants ;
  • le dĂ©tournement des subventions et les barriĂšres douaniĂšres ;
  • la spĂ©culation financiĂšre ;
  • les problĂšmes dus aux intempĂ©ries.

Alors que la hausse des prix alimentaires profite aux mĂ©nages et aux pays producteurs, la plupart des pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, principalement des importateurs, en subissent le contre-coup.

 

Dans le cas de plusieurs pays arabes, les effets de la flambĂ©e des prix alimentaires ont Ă©tĂ© compensĂ©s, Ă  l’échelle nationale, par l’augmentation des revenus due Ă  la hausse des prix pĂ©troliers.

 

Mais pour ceux qui sont importateurs nets de produits alimentaires et pĂ©troliers, l’effet combinĂ© dĂ©favorable est un vĂ©ritable choc.

 

Les plus démunis en zones urbaines ont été particuliÚrement touchés, dans les pays arabes comme dans le reste du monde.

 

Dans la plupart des pays dĂ©veloppĂ©s, les pauvres consacrent environ 75 % de leur revenu Ă  l’achat de denrĂ©es alimentaires.

 

À l’échelle mondiale, on estime que la hausse des prix alimentaires a sans doute fait retomber dans la pauvretĂ© prĂšs de 100 millions de personnes ces 2 derniĂšres annĂ©es et que le doublement des prix alimentaires sur une pĂ©riode de 3 ans pourrait faire reculer de 7 ans les objectifs de lutte contre la pauvretĂ©.

 

Robert Zoellick, président de la Banque, propose une approche globale pour répondre à la hausse des prix alimentaires, une sorte de « New Deal » pour la politique alimentaire internationale.

 

Cette nouvelle donne comportera une réponse à court, à moyen et à long terme.

Par exemple :

 

  • un soutien pour l’instauration de filets de sĂ©curitĂ©, comme des programmes de repas scolaires, de travail rĂ©tribuĂ© en vivres et de transferts conditionnels de fonds ;
  • l’augmentation de la production agricole ;
  • une meilleure comprĂ©hension de l’impact des biocarburants ;
  • une intervention sur le plan commercial afin de rĂ©duire le dĂ©tournement des subventions et les barriĂšres douaniĂšres.

Les gouvernements doivent agir en faveur des groupes vulnérables de la société.

 

Mais il est tout aussi important que le soutien fourni aux pauvres le soit d’une maniĂšre qui n’ait pas pour consĂ©quence de les enfermer dans de nouvelles distorsions de marchĂ©s qui entraĂźneront leurs propres rĂ©percussions nĂ©fastes par la suite.

 

Toutes les interventions Ă©conomiques visant Ă  rĂ©duire l’impact des prix alimentaires Ă©levĂ©s devront ĂȘtre ciblĂ©es, temporaires, transparentes, supportables sur le plan fiscal et faire partie d’une approche politique coordonnĂ©e qui permet aux marchĂ©s locaux de rĂ©pondre et de s’adapter aux changements, notamment en matiĂšre de prix.

 

En outre, le contrĂŽle des prix ou les subventions sans objectif dĂ©fini risquent de fausser les signaux du marchĂ© – ils encouragent le marchĂ© noir et, Ă  plus long terme, dĂ©couragent la production alimentaire.

 

Ils créent également une situation entraßnant le risque de corruption.

 

Ce type d’interventions ne fera que prolonger et exacerber en fin de compte le problùme des personnes dans le besoin.

 

La Banque a demandé aux pays exportateurs du monde entier de ne pas imposer de restrictions à leurs exportations du fait que celles-ci poussent les prix à la hausse et pénalisent les pauvres.

 

Nous saluons la rĂ©cente dĂ©cision de l’Ukraine de lever ses restrictions Ă  l’exportation de cĂ©rĂ©ales, ce qui a eu pour effet immĂ©diat de faire baisser les cours du blĂ©.

 

Au-delĂ  des mesures immĂ©diates visant Ă  attĂ©nuer l’impact sur les plus pauvres, toute rĂ©action Ă  plus long terme Ă  la hausse des prix alimentaires doit privilĂ©gier l’augmentation de la production alimentaire mondiale.

 

On peut dĂ©jĂ  observer que la flambĂ©e des prix alimentaires entraĂźne l’accroissement des surfaces cultivĂ©es, bien que celui-ci ne soit pas suffisant.

 

Une hausse de la production cĂ©rĂ©aliĂšre nĂ©cessitera aussi de meilleures infrastructures en zones rurales, l’amĂ©lioration des systĂšmes d’irrigation, une plus forte participation du secteur privĂ© dans la production alimentaire, ainsi qu’une meilleure protection du rĂ©gime foncier et des droits de propriĂ©tĂ©, entre autres.

 

J’ai discutĂ© avec des investisseurs arabes qui ont soulignĂ© le besoin d’une plus grande sĂ©curitĂ© sur le plan juridique et d’une meilleure infrastructure des marchĂ©s comme conditions prĂ©alables Ă  l’investissement dans l’agriculture, dans des pays tels que le Soudan ou ailleurs en Afrique.

 

Un autre Ă©lĂ©ment essentiel est l’existence d’un systĂšme commercial plus libĂ©ralisĂ© et plus ouvert pour permettre l’exportation de produits alimentaires des pays excĂ©dentaires aux pays dĂ©ficitaires.

 

Les négociations commerciales dans le cadre du Cycle de Doha constituent une occasion unique.

 

S’il y a un moment meilleur que d’autres pour ouvrir les marchĂ©s aux importations alimentaires, c’est bien maintenant. Si non maintenant, quand alors ?

 

La Banque mondiale prend ses dispositions pour réagir rapidement à cette crise.

 

Nous avons déjà conseillé les gouvernements de Djibouti et du Yémen sur les options dont ils disposent pour renforcer des filets de sécurité sociale ciblés et atténuer les répercussions sur les pauvres.

 

Au cours des prochaines semaines, nous allons examiner la possibilitĂ© de crĂ©er une facilitĂ© de paiement rapide destinĂ©e aux pays particuliĂšrement fragiles et pauvres – ceux disposant d’une faible marge de survie et d’un accĂšs limitĂ© au financement.

 

D’autre part, la Banque s’engage Ă  rĂ©pondre rapidement – dans les limites de son mandat et en coordination avec d’autres organismes – Ă  toutes les demandes de financement ou de conseils de ses clients dans le but d’augmenter la production agricole, d’encourager une hausse des investissements privĂ©s et de mieux gĂ©rer les ressources limitĂ©es en eau.

 

L’initiative du Groupe de la Banque mondiale pour le Monde arabe

 

Le Groupe de la Banque mondiale s’est engagĂ© de longue date Ă  travailler avec les gouvernements, les entreprises et les populations du Monde arabe afin d’encourager le dĂ©veloppement Ă©conomique et social.

 

Pour contribuer des idĂ©es, des conseils politiques, partager le financement et les meilleurs modĂšles Ă  suivre afin que les populations de la rĂ©gion puissent participer et profiter des opportunitĂ©s qu’offre la croissance.

 

Accorder une plus grande importance au Monde arabe constitue une des six priorités stratégiques du Groupe de la Banque mondiale.

 

Tout en reconnaissant la diversitĂ© de la rĂ©gion, cette initiative donne au Groupe de la Banque l’occasion d’augmenter son appui pour rĂ©pondre aux problĂšmes rĂ©gionaux communs, ainsi qu’aux prioritĂ©s nationales.

 

Les dirigeants avec lesquels j’ai parlĂ© aimeraient voir un engagement accru de la Banque mondiale sur les prioritĂ©s essentielles.

 

Notamment :

 

  • l’appui Ă  de nouvelles rĂ©formes Ă©conomiques et une plus forte intĂ©gration Ă©conomique entre le Monde arabe et l’économie internationale pour permettre la crĂ©ation d’opportunitĂ©s et d’emplois ;
  • l’amĂ©lioration de la qualitĂ© de l’enseignement pour encourager l’innovation et doter les jeunes de compĂ©tences essentielles ;
  • une exploitation plus gĂ©nĂ©ralisĂ©e des talents de la population toute entiĂšre, notamment des femmes ;
  • une gestion renforcĂ©e des ressources limitĂ©es en eau et le relĂšvement des dĂ©fis environnementaux ;
  • l’ouverture de nouvelles opportunitĂ©s aux personnes se trouvant dans des situations de conflit.

 

J’apprĂ©cie le soutien que des dirigeants rĂ©gionaux, les entreprises et les groupes de la sociĂ©tĂ© civile ont formulĂ© Ă  l’égard de cette initiative, dans le cadre d’un vaste processus consultatif.

 

Les rĂ©sultats obtenus jusqu’à maintenant sont encourageants et nous sommes rĂ©solus Ă  aller encore plus loin.

 

  • Le financement procurĂ© par la Banque mondiale pour les investissements publics dans les pays arabes a plus que doublĂ© ces derniĂšres annĂ©es, passant de 600 millions de dollars en 2002 Ă  plus de 1,3 milliard cette annĂ©e.
  • Le soutien de la Banque a permis de renforcer la prestation de services et d’appuyer les principaux investissements publics.
  • Les nouveaux engagements de la SociĂ©tĂ© financiĂšre internationale (IFC), membre du Groupe de la Banque, dans les pays arabes sont passĂ©s de 300 millions de dollars en 2005 Ă  prĂšs de 1 milliard en 2007.
  • À titre d’exemple, le soutien de l’IFC permet d’augmenter l’accĂšs au financement du logement dans les territoires palestiniens, ce qui crĂ©era plus de 3 000 emplois et permettra Ă  des milliers de gens de trouver de meilleures habitations.
  • L’Agence multilatĂ©rale de garantie des investissements (MIGA), membre du Groupe de la Banque, possĂšde actuellement un portefeuille garantissant plus de 700 millions de dollars d’investissements dans la rĂ©gion.
  • Cela inclut notamment une garantie innovante, conforme Ă  la Sharia, pour un investissement par la sociĂ©tĂ© Dubai Ports World destinĂ© Ă  moderniser le terminal Ă  conteneurs de Djibouti.

J’espĂšre que la Banque pourra examiner d’autres options de financement islamique pour tous nos secteurs d’activitĂ©.

 

Mais le plus important est que la Banque soit en mesure de partager ses connaissances et de prodiguer ses conseils afin de fournir des solutions « sur mesure » aux défis que doivent affronter gouvernements et investisseurs.

 

En tant qu’ancien ministre et homme d’affaires, je comprends le besoin de ne pas prĂȘcher la solution du « modĂšle universel », mais de travailler avec les clients, qu’ils soient du secteur public ou du secteur privĂ©, pour trouver des rĂ©ponses pragmatiques.

 

Un Ă©lĂ©ment clĂ© de ce partage de connaissances sera aussi de pouvoir transmettre les leçons tirĂ©es des succĂšs rĂ©alisĂ©s dans la rĂ©gion arabe Ă  d’autres pays en dĂ©veloppement.

 

Comment répondre aux défis mondiaux : un plus grand rÎle pour le Monde arabe

 

Les succĂšs obtenus dans les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord ont jetĂ© les bases qui permettront Ă  cette rĂ©gion de jouer un plus grand rĂŽle pour rĂ©soudre les dĂ©fis mondiaux – dans l’intĂ©rĂȘt de chacun.

 

Un exemple rĂ©side dans la croissance de la richesse souveraine – en particulier dans les pays Ă  marchĂ© Ă©mergent – qui a Ă©tĂ© une des tendances les plus notoires ces dix derniĂšres annĂ©es dans le monde financier.

 

Il est important de reconnaĂźtre les opportunitĂ©s procurĂ©es par ces fonds, Ă  la fois pour les investisseurs et pour les pays oĂč ils investissent.

 

La majeure partie des investissements effectués par les fonds souverains, notamment ceux de pays du Moyen-Orient, ont été au centre des efforts mondiaux pour au moins commencer à calmer les récentes turbulences des marchés financiers.

 

Les investissements effectuĂ©s par les fonds souverains dans les marchĂ©s Ă©mergents ont le potentiel d’aider Ă  diversifier les portefeuilles, gĂ©nĂ©rer des retours sur investissement et procurer le financement nĂ©cessaire pour encourager la croissance et la crĂ©ation d’emplois menĂ©es par le secteur privĂ© dans les pays en dĂ©veloppement.

 

C’est dans ce contexte que M. Zoellick, prĂ©sident de la Banque, a proposĂ© que le Groupe de la Banque mondiale Ă©tende son engagement avec les fonds souverains pour aider Ă  surmonter les obstacles Ă  une gestion des actifs Ă  haut rendement et pour Ă©largir les opportunitĂ©s d’investissement qui leur sont offertes sur les « marchĂ©s frontiĂšres » dans l’intĂ©rĂȘt de toutes les parties.

 

L’offre de possibilitĂ©s et d’instruments pour encourager les fonds souverains Ă  investir jusqu’à 1 % de leurs actifs en Afrique et dans les Ă©conomies Ă©mergentes n’est pas faite Ă  des fins altruistes, mais tout simplement parce qu’elle s’inscrit dans la logique de l’investissement.

 

Conclusion

 

Guafi al jitam, la rĂ©gion arabe fait face Ă  une sĂ©rie unique d’opportunitĂ©s et de dĂ©fis.

 

Les progrĂšs rĂ©alisĂ©s rĂ©cemment sont encourageants et ne doivent pas ĂȘtre ignorĂ©s.

 

Mais il reste un long chemin Ă  parcourir.

 

Les succĂšs visibles dans les pays en Asie de l’Est, comme la CorĂ©e, ainsi que l’expĂ©rience de pays arabes tels que les États du Golfe, montrent qu’un progrĂšs rapide peut ĂȘtre rĂ©alisĂ© en l’espace d’une seule gĂ©nĂ©ration.

 

Les réussites peuvent découler des situations suivantes :

 

·         des politiques Ă©conomiques saines et ouvertes qui peuvent promouvoir le commerce et l’investissement, et qui encouragent les entreprises Ă  affronter la concurrence sur le plan mondial pour devenir les meilleures dans leur domaine d’activité ;

·         Ă©galement la saisie des opportunitĂ©s offertes pour devenir leaders mondiaux dans des domaines tels que l’énergie renouvelable, la gestion de l’eau ou les services financiers ;

·         de solides institutions publiques qui jouent un rĂŽle d’arbitre et non pas de chef d’orchestre, ce qui peut changer bien des choses ;

·         un engagement en faveur de l’enseignement, afin de soutenir l’innovation et les nouvelles idĂ©es qui contribueront Ă  assurer un progrĂšs durable ;

·         l’exploitation des compĂ©tences de chacun rendra les avancĂ©es rĂ©alisĂ©es irrĂ©versibles.

 

En tant que dirigeants, vous ĂȘtes dans une position unique pour affronter ces dĂ©fis, saisir les opportunitĂ©s offertes et assurer que les rĂ©cents succĂšs obtenus dans de nombreuses parties du Monde arabe servent de tremplin Ă  d’autres succĂšs.

 

Vous ĂȘtes en mesure de faire qu’un tel avenir devienne rĂ©alitĂ©, et vous en avez la responsabilitĂ©.

 

Le Groupe de la Banque mondiale est ici pour y contribuer.

 

Shukran jazilan !

 





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