RĂ©duction de la pauvretĂ© en Chine : des leçons pour l’Afrique ?

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Woman in field in China


Ressources

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Document de recherche: "Les succÚs de la Chine dans la lutte contre la pauvreté: quelles leçons pour l'Afrique?"

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Site web de recherche sur la pauvreté (a)

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Site sur l'Afrique


Green bullet Les politiques chinoises de rĂ©duction de la pauvretĂ© peuvent-elles ĂȘtre mises en oeuvre en Afrique?
Green bullet La lutte contre la pauvreté en Chine et en Afrique : 1981-2004
Green bullet Caractéristiques de la réussite chinoise dans le domaine de la réduction de la pauvreté
Green bullet Leçons pour l’action des pouvoirs publics en Afrique


Les politiques chinoises de rĂ©duction de la pauvretĂ© peuvent-elles ĂȘtre mises en oeuvre en Afrique?

Le 20 mai 2008
— Le rĂŽle d’investisseur et de donateur jouĂ© par la Chine auprĂšs des pays africains suscite beaucoup d’attention. Alors que les investissements privĂ©s et les flux d’aide envoyĂ©s par la Chine peuvent profiter aux populations pauvres en Afrique, la contribution la plus importante sera sans doute les leçons que les pays africains peuvent tirer des succĂšs de la lutte contre la pauvretĂ© en Chine.

Certains chercheurs ayant soulignĂ© le danger d’imposer des pratiques occidentales aux institutions africaines, un risque similaire est Ă  prĂ©voir lorsqu’il s’agit de transposer des idĂ©es en provenance de l’Asie. Il serait naĂŻf de croire que l’Afrique n’a qu’à copier certaines politiques d’actions pour obtenir les mĂȘmes succĂšs qu’en Chine.

L’Afrique d’aujourd’hui fait face Ă  des contraintes bien diffĂ©rentes de celles rencontrĂ©es par la Chine au moment oĂč celle-ci s’est embarquĂ©e dans son programme de rĂ©formes. Citons, par exemple, une plus forte inĂ©galitĂ© de revenus, une plus faible densitĂ© de la population et un taux plus Ă©levĂ© de personnes Ă  charge.

Toutefois, l’Afrique peut tirer des leçons importantes de l’expĂ©rience chinoise, d’aprĂšs Martin Ravallion, directeur du Groupe de recherche sur le dĂ©veloppement de la Banque mondiale. En fait, certaines de ces leçons pointent du doigt des travers dans lesquels pays africains doivent éviter de tomber, comme la forte hausse des inĂ©galitĂ©s en Chine. 

« La rĂ©ussite chinoise illustre le principe gĂ©nĂ©rique que la libĂ©ralisation des marchĂ©s peut servir les intĂ©rĂȘts des pauvres », a dĂ©clarĂ© M. Ravallion. « Les fermiers chinois ont rĂ©agi de façon spectaculaire aux incitations du marchĂ© et les fermiers africains ne devraient pas se comporter diffĂ©remment Ă  cet Ă©gard – mais la rĂ©ussite chinoise ne se borne pas Ă  laisser les marchĂ©s faire leur travail. »

Dans un nouveau document de recherche, M. Ravallion indique qu’un des messages dont l’Afrique devrait s’inspirer est la prioritĂ© Ă  accorder immĂ©diatement Ă  l’économie rurale et Ă  la hausse de productivitĂ© des petits fermiers.

Justin Lin, actuellement professeur, directeur et fondateur du Centre chinois de recherche Ă©conomique de l’universitĂ© de PĂ©kin, deviendra Économiste en chef de la Banque mondiale en juin 2008. Le professeur Lin a effectuĂ© les premiers travaux de recherche sur les rĂ©percussions Ă©conomiques des rĂ©formes agraires en Chine. C’est en Afrique qu’il effectuera son premier voyage d’étude oĂč, parmi d’autres missions, il visitera des projets agricoles en Ethiopie.

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La lutte contre la pauvreté en Chine et en Afrique : 1981-2004

En s'appuyant sur les meilleures donnĂ©es disponibles, M. Ravallion a relevĂ© que, en 1991, deux Chinois continentaux sur trois vivaient avec moins de 1 dollar par jour, sur la base des prix internationaux de 1993. À la mĂȘme Ă©poque, seulement 40 % environ de la population d’Afrique subsaharienne Ă©tait dans la mĂȘme situation.

Et pourtant, la Chine et l’Afrique ont obtenu des rĂ©sultats trĂšs diffĂ©rents quant Ă  la rĂ©duction de la pauvretĂ©. DĂšs 2004, moins d’un Chinois sur dix vivait dans la pauvretĂ©, en fonction des mĂȘmes critĂšres, alors que la proportion des pauvres en Afrique subsaharienne s’élevait encore Ă  40 %.

Cet Ă©cart est encore plus frappant si l’on considĂšre le nombre de personnes vivant dans la pauvretĂ©. En 1981, on dĂ©nombrait presque 4 fois plus de pauvres en Chine qu’en Afrique, mais dĂšs 2004, le nombre de Chinois qui vivaient avec moins de 1 dollar par jour avait baissĂ© de 500 millions comparĂ© Ă  1981, alors qu’en Afrique, le nombre des pauvres a augmentĂ© de 130 millions au cours de la mĂȘme pĂ©riode.

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Caractéristiques de la réussite chinoise dans le domaine de la réduction de la pauvreté
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Alors que les derniĂšres estimations (tirĂ©es des paritĂ©s du pouvoir d’achat en 2005) semblent indiquer que le nombre absolu de pauvres encore prĂ©sents en Chine est plus grand qu’on ne le pensait, ce qui demeure inchangĂ©, c’est l’ampleur gigantesque de la rĂ©duction de la pauvretĂ© Ă  l’échelle nationale depuis 1981, dans la mesure oĂč des centaines de millions de personnes ont Ă©tĂ© sorties de la pauvretĂ©.
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En dĂ©pit de la considĂ©rable rĂ©ussite de la Chine dans la lutte contre la pauvretĂ©, le fait est qu’aujourd’hui, de façon moins visible, 10 % de la population chinoise vit encore dans des conditions aussi misĂ©rables que les 40 % de pauvres de la population africaine. Il suffit de visiter les zones enclavĂ©es rurales dĂ©pourvues de ressources pour dĂ©couvrir la pauvretĂ© extrĂȘme qui persiste encore dans certaines parties du pays.
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Depuis le milieu des annĂ©es 1980, la Chine connaĂźt une forte hausse des inĂ©galitĂ©s, du fait des disparitĂ©s sociales et gĂ©ographiques en termes d’opportunitĂ©s. La diffĂ©rence frappante entre les niveaux de vie en zones urbaines et rurales reflĂšte l’accĂšs inĂ©gal aux ressources publiques. Cette situation crĂ©e des inĂ©galitĂ©s en termes d’opportunitĂ©s pour la santĂ© et l'Ă©ducation.

(
Le Rapport sur le développement dans le monde 2009 : Restructuration de la géographie économique (a)  sera publié en octobre 2008.)
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Il est tentant de penser que les exportations et l’essor du secteur secondaire,  avec l’aide des investissements Ă©trangers directs (IED), sont Ă  l’origine de la rĂ©duction de la pauvretĂ© en Chine. Pourtant l’expansion des IED est survenue dans les annĂ©es 1990 – aprĂšs le recul massif de la pauvretĂ© en Chine. En fait, MM. Ravallion et Chen (2007) ont dĂ©couvert que la croissance agricole pendant la pĂ©riode allant de 1981 Ă  2004 avait eu quatre fois plus d’impact sur la pauvretĂ© nationale que la croissance dans les secteurs secondaire et tertiaire.

« La croissance industrielle a aidĂ© Ă  rĂ©duire la pauvretĂ© dans les annĂ©es 1990 en absorbant l’excĂ©dent de la main-d’Ɠuvre rurale, mais il est important de noter que le « gros Ɠuvre » dans cette lutte a eu lieu au dĂ©but des annĂ©es 1980, dans le sillon des rĂ©formes de l’économie rurale en Chine », a indiquĂ© M. Ravallion.


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Industry and smokestacks in China
Il est tentant de penser que les exportations et l’essor du secteur secondaire sont Ă  l’origine de la rĂ©duction de la pauvretĂ© en Chine...

Rice field in China
... mais il est important de noter que le « gros Ɠuvre » dans cette lutte a eu lieu au dĂ©but des annĂ©es 1980, dans le sillon des rĂ©formes de l’économie rurale en Chine.

Leçons pour l’action des pouvoirs publics en Afrique

African farmer with oxen
La libĂ©ralisation des marchĂ©s peut servir les intĂ©rĂȘts des populations pauvres.

La libĂ©ralisation des marchĂ©s peut servir les intĂ©rĂȘts des populations pauvres. En prĂ©sence d’incitations commerciales, les fermiers chinois ont rĂ©agi de façon spectaculaire. Les fermiers africains ne rĂ©agiront pas diffĂ©remment et l’ouverture des marchĂ©s fera reculer la pauvretĂ©.

Une rĂ©forme axĂ©e sur le marchĂ© doit s’accompagner de solides institutions publiques. Le succĂšs chinois reposait sur de solides institutions publiques qui ont su mettre en Ɠuvre des politiques de soutien et des investissements publics. L’Afrique doit renforcer sa capacitĂ© de mise en Ɠuvre des politiques nĂ©cessaires.

Les politiques d’action doivent Ă©viter de porter prĂ©judice aux pauvres. Bien entendu, l’Etat doit utiliser ses capacitĂ©s pour mettre en Ɠuvre de bonnes politiques d’action et Ă©liminer les moins satisfaisantes. Une mĂ©thode pour aider les pauvres consiste Ă  diminuer les impĂŽts explicites et implicites qui leur sont souvent imposĂ©s et Ă  rĂ©duire les inĂ©galitĂ©s en leur dĂ©faveur dans la rĂ©partition des dĂ©penses publiques.

La stabilitĂ© macroĂ©conomique est un Ă©lĂ©ment crucial. L’expĂ©rience de la Chine (ainsi que celle d’autres pays en dĂ©veloppement) indique qu’il est prĂ©fĂ©rable d’éviter les chocs inflationnistes pour assurer un recul durable de la pauvretĂ©.

L’intĂ©gration du marchĂ© intĂ©rieur ne doit pas ĂȘtre nĂ©gligĂ©e. Bien qu’il s’agisse d’un domaine oĂč la Chine ait rĂ©alisĂ© des progrĂšs rapides (en partie en raison des restrictions Ă  la migration intĂ©rieure), l’intĂ©gration du marchĂ© intĂ©rieur a jouĂ© un rĂŽle clĂ© dans la rĂ©duction de la pauvretĂ©. Toutefois, l’Afrique est confrontĂ©e Ă  des obstacles plus grands que la Chine, en raison notamment de problĂšmes de coordination au-delĂ  des frontiĂšres nationales.

Little boy in Kalahari Desert
Une stratĂ©gie axĂ©e sur l’agriculture doit ĂȘtre au centre de toute politique efficace de lutte contre la pauvretĂ©.

Le secteur agricole doit ĂȘtre privilĂ©giĂ©. Bien que la forte croissance de l’agriculture en Chine dans les annĂ©es 1980 soit en partie imputable Ă  un Ă©vĂ©nement historique ponctuel (la dĂ©collectivisation), elle souligne Ă©galement que mettre l’accent sur le dĂ©veloppement rural et agricole est primordial pour assurer une croissance favorisant les pauvres ; en particulier dans les premiers stades du processus, dans la mesure oĂč les petites fermes peuvent rapidement donner du travail Ă  une main-d’Ɠuvre non qualifiĂ©e. Vu les niveaux de pauvretĂ© et l’abondance relative des terres disponibles en Afrique, auxquels s’ajoutent les prix alimentaires Ă©levĂ©s actuellement, une stratĂ©gie axĂ©e sur l’agriculture doit ĂȘtre au centre de toute politique efficace de lutte contre la pauvretĂ©.

Rapport sur le développement dans le monde 2008 : Agriculture et développement

La Chine peut aider l’Afrique Ă  concevoir des systĂšmes de recherche et de vulgarisation agricoles. La croissance agricole n’est pas une chose facile et elle nĂ©cessitera des investissements dans la recherche et le dĂ©veloppement (R&D) d’une agriculture adaptĂ©e aux conditions africaines (culture sous pluie le plus souvent) et des efforts pour faire parvenir les rĂ©sultats des travaux de recherche aux fermiers locaux. La Chine peut aider l’Afrique Ă  mettre ces systĂšmes sur pied et offrir, par la mĂȘme occasion, un marchĂ© pour les exportations agricoles africaines.

La Chine peut aider l’Afrique Ă  concevoir des systĂšmes de recherche et de vulgarisation agricoles. La croissance agricole n’est pas une chose facile et elle nĂ©cessitera des investissements dans la recherche et le dĂ©veloppement (R&D) d’une agriculture adaptĂ©e aux conditions africaines (culture sous pluie le plus souvent) et des efforts pour faire parvenir les rĂ©sultats des travaux de recherche aux fermiers locaux. La Chine peut aider l’Afrique Ă  mettre ces systĂšmes sur pied et offrir, par la mĂȘme occasion, un marchĂ© pour les exportations agricoles africaines.

La hausse des inĂ©galitĂ©s sociales n’est pas le rĂ©sultat inĂ©vitable d’une forte croissance et d’un recul de la pauvretĂ©. Les observateurs africains de la rĂ©ussite chinoise pourraient ĂȘtre tentĂ©s de conclure que l’accroissement des inĂ©galitĂ©s sociales est le prix Ă  payer pour la rĂ©duction de la pauvretĂ©. En rĂ©alitĂ©, les rĂ©sultats varient d’un pays Ă  l’autre. Les pĂ©riodes au cours desquelles la rĂ©duction de la pauvretĂ© a Ă©tĂ© la plus rapide en Chine ont Ă©tĂ© caractĂ©risĂ©es par une baisse des inĂ©galitĂ©s. Lorsque la croissance est due Ă  un relĂąchement des contraintes qui empĂȘchent les pauvres d’avoir accĂšs aux marchĂ©s, elle peut aider Ă  contrer la montĂ©e des inĂ©galitĂ©s.

« Il ne faut pas oublier que l’Afrique est constituĂ©e de 48 pays, pas d’un seul », indique M. Ravallion. « Il n’y a pas un gouvernement central africain qui transmet des leçons destinĂ©es aux pouvoirs publics d’un endroit Ă  l’autre, et c’est lĂ  oĂč la communautĂ© internationale, notamment la Chine, peut apporter son aide. »

Photos: Curt Carnemark (Banque mondiale), Oldens Wang, Icewind78, Pg-images, et Lucian Coman (Dreamstime.com).

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