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L’intégration régionale, mot d’ordre de la nouvelle stratégie définie par la Banque pour le développement de l’Afrique subsaharienne

WASHINGTON, le 9 juin 2008 — Pour l’Afrique, renforcer le niveau de collaboration et d’intégration par-delà ses frontières constitue une étape majeure à franchir en vue de s’intégrer vraiment à l’économie mondiale, et un élément fondamental à mettre en place pour s’assurer un niveau de croissance plus élevé et réduire la pauvreté. Tel est le mot d’ordre qui sous-tend la Stratégie d’aide à l’intégration régionale (RIAS) pour l’Afrique subsaharienne que la Banque mondiale a présentée en avril dernier à son Conseil des administrateurs, et qui représente en quelque sorte une première pour elle. 

Comme ses propres dirigeants et ses partenaires le reconnaissent de plus en plus, l’Afrique paie, de par sa fragmentation géographique, politique et économique et son manque d’intégration aux marchés internationaux, un tribut de plus en plus lourd et qui devient, à bien des égards, intenable. Dans le même temps où certains de ses pays jouissent de la manne que leur procure le niveau sans précédent des prix pétroliers, bien d’autres sont aux prises avec les pénuries d’électricité et les délestages tournants. Pour la plupart, les pays africains souffrent d’échelles de production insuffisantes et d’un manque de compétitivité internationale en raison du niveau élevé de leurs coûts et du faible degré de fiabilité de leurs systèmes de transport, d’électricité et de télécommunications, conjugués à l’existence d’obstacles souvent insurmontables au mouvement des biens, capitaux et personnes au sein même du continent.

Stratégie d’aide à l’intégration régionale (RIAS)« En s’attaquant à ces obstacles, l’intégration régionale peut ouvrir la voie à une Afrique plus compétitive et bénéficiant d’une croissance plus soutenue », estime Mark Tomlinson, directeur du Département de l’intégration régionale de la Vice-présidence Afrique à la Banque mondiale. « L’intégration régionale est particulièrement riche de promesse pour les 15 pays d’Afrique enclavés, dans la mesure où leur potentiel économique est intrinsèquement lié aux intérêts et contextes particuliers de leurs pays voisins. »

Selon lui, le processus d’intégration et de coopération régionale offre aussi la possibilité « d’assurer une gestion bien meilleure et plus durable des ressources naturelles communes, l’eau et les écosystèmes fragiles en particulier ». Il devrait aussi permettre un traitement plus efficace des problèmes qui se posent à la région, comme par exemple les maladies migratoires et le changement climatique.
 
La Banque mondiale n’est pas le premier bailleur de fonds à s’impliquer activement dans le processus d’intégration régionale du continent africain, mais elle a sensiblement accru ses efforts dans ce domaine au cours des cinq dernières années : avec le lancement du Programme pilote régional de l’Association internationale de développement (IDA) en 2003, puis en mettant en place le Département de l’intégration régionale au sein de sa Vice-présidence Afrique en 2004. Ce département gère aujourd’hui un portefeuille de prêt de 2,2 milliards de dollars (ce qui en fait le deuxième par ordre de grandeur dans la structure de cette vice-présidence), ainsi qu’un vaste programme d’activités de développement des capacités et des connaissances. Les moyens pouvant être mis à la disposition de la région ont augmenté de 100 % avec la récente reconstitution des ressources de l’IDA, et jusqu’à 2,1 milliards de dollars d’investissements supplémentaires peuvent y être ainsi réalisés dans les trois années qui viennent (ce qui représente 12 à 15 % de l’ensemble de l’aide fournie par l’IDA à l’Afrique).

Pour Jacob Kolster, responsable senior des opérations pour le département, il s’agit de démultiplier la capacité d’intervention de l’IDA au plan régional en jouant la carte de la coopération et des partenariats. « Une fois que assurez une prise en charge au niveau du pays, les projets régionaux peuvent alors être abordés comme des opérations conjointes entre pays », explique-t-il. « La communauté d’intérêt en place renforce la coopération en vue d’un objectif commun, tel que l’échange d’électricité à travers les frontières. »

Il y a déjà un certain nombre d’exemples probants des avantages que peuvent procurer aux populations de plus d’un pays les programmes de portée régionale. On peut citer à cet égard le Programme d’infrastructure de communication régionale (RCIP) et le Système de câble sous-marin d’Afrique de l’Est (EASSy), visant à assurer un accès à haut débit à l’internet dans cette région, et celui de Pool énergétique ouest-africain, qui relie entre eux les réseaux d’électricité des pays de cette partie du continent.

La RIAS a pour but de maximiser l’impact et l’effet de levier du volume accru d’aide à la région que permet la Quinzième reconstitution des ressources de l’IDA (IDA-15). Elle constitue le premier cadre stratégique global que la Banque ait mis en place pour orienter son action sur le continent.

Dans le cadre de cette stratégie, l’appui de la Banque doit s’articuler autour de trois grands piliers qui relèvent tous d’un seul et même thème transversal : i) développement de l’infrastructure régionale pour créer des économies d’échelle et permettre aux pays enclavés d’être reliés aux axes d’échanges régionaux et mondiaux ; ii) coopération institutionnelle et intégration économique, mettant en particulier l’accent sur l’harmonisation des politiques régionales, la réduction des obstacles tarifaires et non tarifaires, le climat des affaires en place dans les pays et le développement des marchés financiers de la région ; et iii) investissements coordonnés à l’appui des biens publics régionaux, l’accent étant mis à ce niveau sur les ressources en eau communes, le changement climatique, la réponse aux situations d’urgence, la productivité agricole, la propagation du VIH/SIDA, du paludisme et d’autres maladies par-delà les frontières, et la rationalisation de la recherche et de l’enseignement tertiaire.

Les priorités régionales devront être reprises dans les plans de développement définis par les pays, puisque c’est à ce niveau que se situe en grande partie le processus de mise en œuvre. Pour favoriser cela, l’aide de la Banque sera ciblée sur le renforcement des grandes communautés économiques régionales et des principaux organes techniques du continent, pour qu’ils dirigent le processus d’intégration au sein des pays membres et de leurs propres organismes responsables à ce niveau.

La mise au point de la RIAS a donné lieu à un processus de consultations approfondies avec toutes les parties intéressées — Union africaine, Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), communautés économiques régionales, milieux universitaires, donateurs bilatéraux, organisations de la société civile, gouvernements et partenaires de développement. Tous ces partenaires continueront d’être associés à sa mise en œuvre, pour pouvoir donner leur avis sur les aspects qui donnent satisfaction ou, au contraire, les corrections de trajectoire qu’il convient d’opérer au vu de leur propre expérience.

Dans l’immédiat, le point de focalisation de ce cadre stratégique est le programme régional de l’IDA et les activités de prêt ou hors prêt correspondantes. Mais à un niveau plus large, l’objectif est d’en étendre le champ d’action et la portée pour faire en sorte que les priorités régionales se reflètent d’une manière plus systématique dans les stratégies d’aide-pays et les programmes de la Banque.

Un autre objectif visé consiste à renforcer les synergies au sein même du Groupe de la Banque (IDA, BIRD, IFC et MIGA) par un meilleur niveau de collaboration et de coordination. Dans ce contexte, la mise en œuvre de la nouvelle stratégie s’inscrira dans le cadre de quatre programmes d’exécution sous-régionaux (couvrant, respectivement, l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale, l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe). Ces programmes seront mis au point avec la participation de l’ensemble des équipes-pays concernées, des services du bureau régional, de l’IFC et de la MIGA. Le premier d’entre eux est en cours d’élaboration et concerne l’Afrique de l’Ouest. Des rapports d’étape sur la nouvelle stratégie seront communiqués au Conseil de la Banque au fur et à mesure de sa mise en œuvre, ainsi qu’aux Délégués à l’IDA dans le cadre de l’examen à mi-parcours d’IDA-15.

 





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