24 juin 2008 - Beaucoup de Maliens ne se doutent pas que 344 Ă©lĂ©phants vivent dans le nord de leur pays, dans le Gourma, rĂ©gion du sud du fleuve Niger. Les animaux partagent la mĂȘme zone dĂ©sertique avec les habitants de la rĂ©gion et, d’aprĂšs le Projet de conservation et de valorisation de la biodiversitĂ© du Gourma et des Ă©lĂ©phants (PCVBGE), initiative du Gouvernement malien financĂ©e par la Banque mondiale, ils pourraient bientĂŽt disparaĂźtre.
Visible depuis la route nationale 16, dans le Gourma, la mare de Gossi représente une importante source d’eau permanente jadis fréquentée par des centaines d’éléphants. Aujourd’hui, la présence humaine tout autour fait que la mare n’est plus visitée que par quelques éléphants mâles.
Dans le cadre dâune rĂ©cente visite de la Banque mondiale dans la rĂ©gion, on a pu, avec quelques collĂšgues, observer les Ă©lĂ©phants du Gourma aux abords du village dâInadiatafane. Aux dires des habitants, quelques animaux rentrent dans le village Ă la nuit tombĂ©e pour manger les feuilles des arbres, et il est aussi arrivĂ© quâils dĂ©truisent des installations.
TrĂšs tĂŽt le lendemain de notre arrivĂ©e, nous avons rencontrĂ© un troupeau dâune quarantaine dâanimaux sur une dune de sable. Restant Ă distance respectable sur les conseils des agents du projet, et dans la direction opposĂ©e du vent pour ne pas faire sentir notre prĂ©sence, nous avons pu observer le troupeau en silence. Le spectacle est saisissant, entre ces mastodontes qui consomment des tonnes de nourriture et le dĂ©nuement de lâenvironnement qui les entoure : de rares feuilles dâarbres, des Ă©pineux et du bois mort.
Les populations d’Ă©lĂ©phants occupaient autrefois tout le territoire malien mais, ces derniĂšres annĂ©es, l’expansion de la population humaine les a repoussĂ©es dans la seule rĂ©gion du Gourma, oĂč nourriture et eau sont rares. Ă part quelques autres rares unitĂ©s, les Ă©lĂ©phantsdu Gourma sont les seuls qui subsistent au Mali.
Pour survivre, ils entreprennent chaque annĂ©e une migration de 600 kilomĂštres vers le sud, Ă©vitant les zones peuplĂ©es, le long de cours d’eau et de fourrĂ©s qui leur apportent ombre et abri. Vers la fin de la saison sĂšche,ils convergent autour de Banzena, dans la partie sud du Gourma.
Ă l’arrivĂ©e des pluies, ils poursuivent leur pĂ©riple vers le sud, en quĂȘte de nourriture, traversant les collines appelĂ©es « Porte des Ă©lĂ©phants » et oĂč se situe le seul col encore praticable non encombrĂ© par un peuplement humain. Ils s’arrĂȘtent Ă Hamniganda, prĂšs de la frontiĂšre du Burkina Faso, profitant des vastes zones salines qui s’ytrouvent. Puis ils remontent vers le nord.
Mais en dĂ©pit de leurs efforts, le manque d’eau et de nourriture condamne ces Ă©lĂ©phants Ă l’extinction. C’est pourquoi le PCVBGE se donne pour but de sauver ces animaux en assurant leur coexistence avec le milieu ambiant et les populations humaines voisines, dans une zone oĂč lesressources sont rares.
LancĂ© en 2005 et financĂ© sur six ans, le projet couvre trois rĂ©gions administratives (Mopti, Tombouctou et Gao) et 18 communes du Mali. Il s’articule autour de quatre axes d’action principaux :
crĂ©ation et gestion efficace d’aires de conservation par les Organisations pour la gestion des aires de conservation (OGAC) ; amĂ©lioration des capacitĂ©s des communes bĂ©nĂ©ficiaires en matiĂšre de planification et de gestion des ressources biologiques dans leurs propres programmes de dĂ©veloppement ; coordination au niveau de ces communes pour planifier et mieux organiser la gestion de leurs ressources en terres et de leurs ressources biologiques ; et appui aux institutions publiques, pour qu’elles soient Ă mĂȘme de conseiller et d’aider les communes et les communautĂ©s dans la gestion de leurs ressources biologiques. Jusqu’ici le PCVBGE a permis de crĂ©er des aires de conservation sur sept sites, de lancer une campagne de sensibilisation Ă la biodiversitĂ© sur les radios locales dans les six langues parlĂ©es dans le Gourma, et de dresser un inventaire des Ă©lĂ©phants au niveau local. Les habitants de la rĂ©gion y ont pleinement adhĂ©rĂ©, et estiment que des ressources doivent ĂȘtre engagĂ©es pour qu’il puisse se poursuivre. « Conservation et valorisation de la biodiversitĂ© vont de pair, mais on ne pourra valoriser qu’Ă travers des initiatives locales financĂ©es », a dĂ©clarĂ© Ă cesujet le maire de Douentza, une ville du Gourma.