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Au LibĂ©ria, la gestion des dĂ©chets, la santĂ© et l’environnement paient le prix d’annĂ©es de guerre civile

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Durant des annĂ©es, Monrovia, la capitale du LibĂ©ria, s’est rĂ©veillĂ©e tous les matins sous une brume bleue toxique Ă©manant de dĂ©chets brĂ»lĂ©s. Le rĂ©seau de drainage dĂ©labrĂ© et le systĂšme d’égout Ă©taient engorgĂ©s par les ordures, ce qui causait des inondations Ă  la saison des pluies et permettait aux moustiques et autres vecteurs de maladies de prolifĂ©rer.

 

Les habitants survivaient tant bien que mal en brĂ»lant leurs ordures, en les enterrant ou encore en les jetant n’importe oĂč. Beaucoup de communautĂ©s ont fini par se servir de leurs dĂ©chets comme moyen de restauration des terres, des dĂ©charges Ă  ciel ouvert venant combler les zones de marĂ©cages et Ă©largir les berges de cours d’eau. D’aprĂšs les estimations, les amas d’ordures les plus visibles de la ville reprĂ©sentaient Ă  eux seuls plus de 70 000 tonnes de dĂ©chets.

 

Monrovia compte désormais huit camions-bennes qui rammassent reguliÚrement les ordures.

Monrovia compte désormais huit camions-bennes qui rammassent réguliÚrement les ordures.

Telle Ă©tait la situation Ă  Monrovia en 2005, celle d’une ville oĂč prĂšs de 1 million de personnes ont vĂ©cu pendant toutes les annĂ©es de guerre civile sans systĂšme organisĂ© de collecte et d’élimination des ordures. L’accumulation de dĂ©chets solides a eu de lourdes rĂ©percussions sur la santĂ© des habitants et la qualitĂ© de l’environnement : pollution des cours d’eau et des sources d’eau potable, augmentation exponentielle des cas de maladie et des taux d’infection. Plus de 26 650 cas de cholĂ©ra ont Ă©tĂ© signalĂ©s par l’UNICEF en 2005.

 

Le conflit terminĂ©, quelques grandes campagnes d’assainissement ponctuelles menĂ©es par l’ONU, l’UNICEF, des ONG et la municipalitĂ© ont permis de collecter et d’éliminer une partie des dĂ©chets jonchant la ville. Mais ils continuaient quand mĂȘme de s’accumuler et, en l’absence d’un systĂšme de collecte, les amas d’ordures faisaient vite leur rĂ©apparition.

 

Lancement d’une vaste campagne d’assainissement

 

Les choses ont vraiment commencĂ© Ă  changer en avril 2007. À la demande du Gouvernement libĂ©rien, la Banque mondiale a lancĂ© Ă  cette date un ambitieux projet destinĂ© Ă  ressusciter un systĂšme rudimentaire de ramassage des dĂ©chets solides pour la municipalitĂ© de Monrovia.

 

L’enjeu Ă©tait de taille, l’entreprise municipale chargĂ©e de la collecte des dĂ©chets solides Ă©tant pratiquement dĂ©pourvue des capacitĂ©s voulues pour s’acquitter de ses responsabilitĂ©s. Elle Ă©tait dotĂ©e de deux camions seulement en Ă©tat de marche, et son budget annuel Ă©tait d’environ 500 000 dollars, le huitiĂšme de ceux de villes d’une taille comparable Ă  Monrovia.

 

Population rassemblée pour nettoyer les cÎtes des déchets.

Population rassemblée pour nettoyer les cÎtes des déchets.

Le projet financĂ© par la Banque mondiale a dĂ©butĂ© par un vaste effort de nettoyage des dĂ©pĂŽts d’ordures menĂ© par des entrepreneurs locaux. Il a par ailleurs mis en place un systĂšme de collecte rĂ©gulier, et donnĂ© lieu Ă  l’achat de 120 bennes et de huit camions-bennes pour la municipalitĂ©. Les bennes Ă  ordures ont Ă©tĂ© placĂ©es dans des centres de collecte communautaires dissĂ©minĂ©s dans toute la ville, et le service de ramassage a Ă©tĂ© sous-traitĂ© Ă  des entreprises locales, qui utilisent les camions de la municipalitĂ© pour rĂ©cupĂ©rer et vider ces bennes de quartiers. 

 

Ce service est toujours en place aujourd’hui, et assure la collecte d’environ 30 % des dĂ©chets produits chaque jour dans la ville. Il a permis jusqu’ici le ramassage et l’élimination de prĂšs de 80 000 tonnes de dĂ©chets, ce qui a transformĂ© l’aspect de Monrovia et amĂ©liorĂ© du tout au tout le cadre de vie de ses habitants.

 

Le terme « libĂ©rateur » est celui employĂ© par Felicia Jubah, une habitante de Monrovia, pour qualifier l’impact du projet. « Enfin, on n’a plus besoin de vivre parmi notre saletĂ©. Les rues de Monrovia sont plus propres, et nous commençons Ă  nous sentir fiers de notre ville  »

 

Défis à venir pour assurer la pérennité du systÚme

 

L’élimination des dĂ©chets a soulevĂ© sa propre sĂ©rie de problĂšmes. La dĂ©charge de Fiamah, qui existait dĂ©jĂ  avant le projet, Ă©tait mal gĂ©rĂ©e et situĂ©e tout prĂšs d’une zone d’habitations, ce qui prĂ©sentait des risques importants pour la santĂ© et l’environnement. À titre provisoire, le projet a financĂ© un volet de rĂ©habilitation et d’amĂ©lioration de la gestion de ce site. Mais un emplacement plus adaptĂ© pour une dĂ©charge provisoire a Ă©tĂ© trouvĂ© dans le mĂȘme temps Ă  Whein Town, et est maintenant en cours d’amĂ©nagement dans le cadre du projet. 

 

Bennes placées stratégiquement autour de la ville afin de réduire les détritus.

Bennes placées stratégiquement autour de la ville afin de réduire les détritus.

« Ce projet constitue la premiĂšre Ă©tape d’un long processus », a expliquĂ© Bronwyn Grieve, consultante Ă  la Banque. « Le dĂ©fi Ă  l’heure actuelle n’est pas seulement de dĂ©velopper encore le systĂšme, mais de rĂ©soudre les problĂšmes systĂ©miques plus gĂ©nĂ©raux concernant la façon dont le systĂšme sera maintenu Ă  la suite du financement de la Banque mondiale. »

 

La mise en place d’un systĂšme de collecte des ordures de grande envergure et durable Ă  Monrovia prĂ©sente des dĂ©fis non nĂ©gligeables pour l’avenir. Des solutions novatrices devront ĂȘtre trouvĂ©es pour le recouvrement des coĂ»ts liĂ©s Ă  l’élimination des dĂ©chets solides dans une ville dotĂ©e de ressources limitĂ©es et oĂč, en outre, un large segment de la population est sans emploi et vit dans des habitations de fortune, ce qui le rend peu ou pas Ă  mĂȘme d’acquitter des frais d’ordures mĂ©nagĂšres.

 

La rĂ©forme et le renforcement des capacitĂ©s au sein de la municipalitĂ©, ainsi que l’identification et l’amĂ©nagement d’un site pour une dĂ©charge permanente, figurent aussi en tĂȘte de liste des prioritĂ©s pour la mise en place d’un systĂšme effectif de gestion des dĂ©chets solides. Mais en dĂ©pit de ces dĂ©fis, le rĂ©tablissement d’un service public primordial aprĂšs 14 annĂ©es de guerre a contribuĂ© Ă  renforcer l’esprit civique et redonnĂ© Ă  la population confiance dans ses responsables municipaux.

 

EncouragĂ©e par le soutien de sa population, la municipalitĂ© cherche Ă  prĂ©sent Ă  obtenir un appui supplĂ©mentaire de la Banque mondiale et d’autres donateurs pour pouvoir ĂȘtre mieux Ă  mĂȘme de fournir des services Ă  ses administrĂ©s. Quant Ă  la Banque, encouragĂ©e par les rĂ©sultats certes modestes mais prometteurs de ce projet d’urgence, elle reste dĂ©terminĂ©e Ă  accompagner la municipalitĂ© de Monrovia dans ses efforts de dĂ©veloppement, de modernisation et de prestation de services publics. Pour elle, le travail n’est pas fini.

 


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