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« Les États fragiles : SĂ©curiser le dĂ©veloppement »

Disponible en: Deutsch, Español, English, Ű§Ù„ŰčŰ±ŰšÙŠŰ©

Seul le prononcé fait foi

 

Robert B. Zoellick

Président

Groupe de la Banque mondiale

Institut international des études stratégiques

GenĂšve, Suisse

12 septembre 2008

 

 

Introduction

 

Vous vous demandez peut-ĂȘtre pourquoi John Chipman a invitĂ© le prĂ©sident du Groupe de la Banque mondiale Ă  s'exprimer devant l'Institut international des Ă©tudes stratĂ©giques?

 

Outre le plaisir que j'Ă©prouve Ă  voir ici de nombreux amis, j'ai une raison bien particuliĂšre de vouloir m'adresser Ă  cet auditoire.

 

En 1944, les délégués de 45 pays se sont réunis à Bretton Woods, dans le New Hampshire, pour examiner les raisons économiques qui avaient conduit à la guerre mondiale qui faisait alors rage. Leur objectif n'était pas seulement de remporter une victoire militaire, mais également d'assurer le maintien de la paix, ce que leurs prédécesseurs n'avaient pas réussi à accomplir en 1919. 

 

Cette gĂ©nĂ©ration, comme les autres, n'Ă©tait pas exempte d'un certain esprit de clocher, ne partageait pas nĂ©cessairement les mĂȘmes points de vue, et n'avait pas le pouvoir de prĂ©dire l'avenir. Mais elle avait pris conscience d'un principe fondamental, Ă  savoir que les questions Ă©conomiques, de gouvernance et de sĂ©curitĂ© sont indissociables.

 

Les participants Ă  la ConfĂ©rence de Bretton Woods sont convenus de crĂ©er la Banque internationale pour la reconstruction et le dĂ©veloppement, la premiĂšre institution de ce qui est maintenant devenu le Groupe de la Banque mondiale. Pour reprendre la formulation des dĂ©lĂ©guĂ©s, « les programmes de reconstruction et de dĂ©veloppement accĂ©lĂ©reront le progrĂšs Ă©conomique partout dans le monde et contribueront Ă  renforcer la stabilitĂ© politique et Ă  promouvoir la paix ». Le premier prĂȘt approuvĂ© par la BIRD a Ă©tĂ© consenti Ă  la France en 1947. Cet investissement de 250 millions de dollars reste, en valeur rĂ©elle, le plus gros prĂȘt jamais accordĂ© par la Banque Ă  ce jour.

 

Durant la pĂ©riode de plus de 60 ans qui s'est Ă©coulĂ©e depuis, le « R » de la BIRD a pris un nouveau sens, en dĂ©signant les opĂ©rations de reconstruction menĂ©es en Afghanistan, au Cambodge, en CĂŽte d'Ivoire, en HaĂŻti, dans les Ăźles Salomon, en Irak, au Kosovo, au LibĂ©ria, dans les territoires palestiniens, dans le sud du Soudan, au Timor-Leste et dans d'autres zones de conflit ou d'autres États en dĂ©liquescence. Au cours de l'exercice 08, le Groupe de la Banque mondiale a engagĂ© plus de 3 milliards de dollars au titre de l’aide au dĂ©veloppement des États fragiles ou touchĂ©s par un conflit.

 

L’effondrement des structures de l’État ou leur destruction par un conflit est source de dangers, qui dĂ©ferlent en vagues successives. C'est d'abord la population locale qui est menacĂ©e, par la mort et la maladie, la stagnation Ă©conomique et la dĂ©gradation de l'environnement. On estime Ă  un milliard le nombre de personnes qui vivent dans des États fragiles, dont environ 340 millions sont parmi les plus dĂ©shĂ©ritĂ©es de la planĂšte. Ces pays sont Ă  la traĂźne au regard de tous les objectifs de dĂ©veloppement pour le MillĂ©naire.  C’est dans ces pays que survient le tiers environ des dĂ©cĂšs dus au VIH/ SIDA dans les pays pauvres, que vivent un tiers des habitants de la planĂšte n’ayant pas accĂšs Ă  de l'eau propre, et que l’on dĂ©nombre un tiers des enfants qui ne terminent pas le cycle d'enseignement primaire. La moitiĂ© des enfants qui meurent avant l'Ăąge de cinq ans naissent dans des États fragiles. Et le taux de pauvretĂ© dans ces pays est de 54 % en moyenne, contre 22 % dans les autres pays Ă  faible revenu. 

 

La deuxiĂšme vague de dangers dĂ©ferle sur les pays voisins. Elle est constituĂ©e par les rĂ©fugiĂ©s, les groupes belligĂ©rants, les maladies contagieuses et les rĂ©seaux criminels impliquĂ©s dans le trafic transnational de drogue, d'armes et de personnes. Comme on a pu le constater tout rĂ©cemment en Asie du Sud et en Afrique, un État fragile peut fragiliser toute une rĂ©gion. Il est beaucoup plus difficile pour une Ă©conomie de prospĂ©rer lorsqu’elle ne peut pas entretenir de relations commerciales, d’investissement, voire de transit, avec ses voisins. Les pays enclavĂ©s ayant pour voisins des États dĂ©faillants ou en faillite peuvent ĂȘtre coupĂ©s de l’économie mondiale. 

 

Il y a sept ans hier, le monde a vu comment un État en ruine peut ĂȘtre le maillon faible de la chaĂźne de sĂ©curitĂ© mondiale lorsqu’il est infiltrĂ© par des terroristes qui mettent cette dĂ©vastation Ă  profit pour recruter, entraĂźner et prospĂ©rer.

 

Face aux traumatismes des États fragiles et aux interconnexions de la mondialisation, notre gĂ©nĂ©ration doit de nouveau reconnaĂźtre que les dimensions Ă©conomiques, la gouvernance et la sĂ©curitĂ© sont indissociables. La plupart des guerres sont dĂ©sormais des conflits nationaux, qui affectent le plus souvent des États fragiles. Mais notre connaissance des moyens d’y faire face est encore bien limitĂ©e.

 

Nous restons dans cet Ă©tat d'ignorance Ă  notre pĂ©ril. Les maladies, l’afflux de dĂ©sespĂ©rĂ©s, la criminalitĂ© et le terrorisme qui peuvent prendre de l’ampleur dans le vide crĂ©Ă© par la fragilisation de l'État peuvent rapidement devenir des menaces mondiales. En outre, songez un instant Ă  la perte que reprĂ©sente pour la planĂšte le fait de laisser un milliard de personnes dans le plus complet dĂ©nuement, en termes d'Ă©nergie, de crĂ©ativitĂ©, d'invention et de possibilitĂ©s gaspillĂ©es au plan humain.

 

Les États fragiles posent le plus grave problĂšme de dĂ©veloppement de notre Ă©poque.   

Ceux qui s'efforcent de le rĂ©soudre sur le terrain ont assurĂ©ment raison lorsqu'ils mettent en garde contre l'application d'une « formule universelle ». Comme me l'a expliquĂ© un spĂ©cialiste, le pire serait que la communautĂ© du dĂ©veloppement mette au point un manuel qui indique Ă©tape par Ă©tape la marche Ă  suivre pour traiter le cas des États fragiles.

 

L'avertissement vaut pour tout problĂšme sĂ©curitaire, diplomatique, politique ou Ă©conomique. Sans appliquer de formules toutes faites, nous pouvons et nous devons faire mieux, en tirant les leçons de l'expĂ©rience. Comme l’a sagement fait remarquer Mark Twain, « L’histoire ne se rĂ©pĂšte pas, elle rime ». 

 

Trop souvent, la communautĂ© du dĂ©veloppement traite les États fragilisĂ©s ou touchĂ©s par un conflit simplement comme des cas de dĂ©veloppement plus difficiles. Or, nul ne doute que les nouveaux aspects de la mondialisation comme le changement climatique, l'urbanisation rapide et le creusement des inĂ©galitĂ©s Ă  l’échelon national risquent de devenir indissociables de la fragilitĂ© et de la violence. 

 

Il ne faut plus se cantonner aux aspects analytiques du dĂ©veloppement — mais bien Ă©riger un nouveau cadre ayant pour axes le renforcement de la sĂ©curitĂ©, la lĂ©gitimitĂ©, la gouvernance et l’économie. Et il ne s’agit plus de concevoir la sĂ©curitĂ© ou le dĂ©veloppement au sens habituel de ces deux termes, pas plus qu’il ne s’agit de renforcer ou de maintenir la paix comme nous nous y efforçons actuellement. Il s’agit en fait de sĂ©curiser le dĂ©veloppement — c’est-Ă -dire d’assurer Ă  la fois la sĂ©curitĂ© des populations et le dĂ©veloppement, dans un premier temps pour faciliter le passage de situations de conflit Ă  un Ă©tat de paix, et ensuite pour faire de la stabilitĂ© une constante qui permette au dĂ©veloppement de prendre racine sur une dizaine d’annĂ©es et au-delĂ . Ce n’est qu’en sĂ©curisant le dĂ©veloppement que nous pourrons assurer des bases suffisamment solides pour briser l’engrenage de la fragilitĂ© et de la violence.

 

L’enjeu est formidable. C'est pourquoi je n'ai pas tardĂ©, aprĂšs avoir pris mes fonctions de prĂ©sident l'annĂ©e derniĂšre, Ă  dĂ©clarer que les États sortant d’un conflit ou dont les structures sont menacĂ©es d’effondrement seraient l'un des six axes stratĂ©giques qui guideraient l'action du Groupe de la Banque mondiale.

 

Je voudrais vous faire part ce soir de ce que nous avons pu observer sur les États fragiles et suggĂ©rer ensuite certaines idĂ©es sur la maniĂšre dont nous pouvons aider ces pays.

 

Comprendre les États fragiles

 

Je voudrais commencer par quelques considĂ©rations gĂ©nĂ©rales. Il existe diffĂ©rentes maniĂšres d’apprĂ©hender la fragilitĂ©, en fonction des systĂšmes de mesure, de rĂ©partition par  catĂ©gories et de classements retenus, mais trois caractĂ©ristiques principales ressortent de l’analyse : la fragilitĂ© est une combinaison malĂ©fique d’inefficacitĂ© gouvernementale, de pauvretĂ© et de conflits.

 

Selon le ministĂšre britannique du dĂ©veloppement international, les États fragiles sont des pays oĂč « le gouvernement n’a pas les moyens ou la volontĂ© de fournir des services essentiels Ă  la majoritĂ© de la population, y compris les pauvres ». Ce ministĂšre propose Ă©galement une liste des services les plus importants.

 

Ashraf Ghani et son collĂšgue Clare Lockhart se rĂ©fĂšrent quant Ă  eux au « dĂ©ficit de souveraineté », c’est-Ă -dire au dĂ©couplage entre la capacitĂ© de l’État Ă  gouverner en faisant respecter la primautĂ© du droit et sa capacitĂ© Ă  satisfaire concrĂštement les besoins de la population. Ce qui fait dĂ©faut selon eux dans les États fragiles, c’est « un processus qui permette aux citoyens de se faire entendre du gouvernement et qui oblige les gouvernants Ă  rendre compte de leurs dĂ©cisions aux citoyens.

 

La fragilitĂ© n’est pas seulement synonyme de croissance faible, mais de dysfonctionnement du processus normal de croissance, si bien que la pauvretĂ© devient persistante. La mauvaise gestion des affaires publiques, la corruption et l’insĂ©curitĂ© combinent leurs effets en une spirale infernale.

 

Les États fragiles courent aussi davantage le risque d’ĂȘtre affectĂ©s par un conflit que d’autres pays en dĂ©veloppement. La fragilitĂ© et la pauvretĂ© ne sont pas des facteurs qui, Ă  eux seuls, mĂšnent nĂ©cessairement Ă  un conflit, mais la faiblesse ou la stagnation des revenus, le chĂŽmage et une administration inefficace sont autant d’élĂ©ments qui peuvent crĂ©er un environnement propice Ă  des explosions de violence. Ces Ă©lĂ©ments peuvent aussi donner davantage la possibilitĂ© Ă  des prĂ©dateurs de persuader des jeunes gens marginalisĂ©s que la brutalitĂ© est un moyen de parvenir Ă  la puissance et de se procurer des gains illicites.

 

Les États fragiles dotĂ©s de ressources naturelles abondantes sont particuliĂšrement vulnĂ©rables dans la mesure oĂč ces richesses peuvent inciter des personnes dangereuses Ă  se battre pour se les approprier.

 

Paul Collier insiste en particulier sur l’engrenage de la faillite de l’État, de la pauvretĂ© persistante et de la guerre civile. Selon lui, les États fragiles sont pris dans un cercle vicieux, oĂč la violence affaiblit la sĂ©curitĂ© et les capacitĂ©s institutionnelles, ampute la croissance d’environ 2,3 % par an, dĂ©prime les revenus, dĂ©truit les infrastructures et dĂ©tourne des ressources du dĂ©veloppement. Cet engrenage inverse la dynamique de progrĂšs. Il expose les pays sortant d’un conflit Ă  un risque d’effondrement encore plus grand qu’avant le conflit. « La guerre civile, c’est l’inverse du dĂ©veloppement », affirme Collier. 

 

Collier estime que les pays sortant d’un conflit risquent deux fois plus de resombrer dans un conflit que d’autres pays en dĂ©veloppement, et que la moitiĂ© environ des pays qui se relĂšvent d’un conflit voit les hostilitĂ©s reprendre dans les dix annĂ©es qui suivent.

 

Une Ă©tude rĂ©cente de la RAND examine les problĂšmes des États fragiles en termes de zones de chevauchement des sphĂšres gouvernementale, Ă©conomique et sĂ©curitaire. De l’avis des auteurs, tout dysfonctionnement dans l’une de ces zones renforce les dysfonctionnements dans les autres. Ce qui a pour effet non seulement de crĂ©er un cercle vicieux, mais aussi d’établir les liens entre insuffisances de l’administration, effondrement de l’économie et insĂ©curitĂ©, qui alimentent la violence.

 

Si nous examinons les diffĂ©rents cadres d’analyse utilisĂ©s pour comprendre les États fragiles, nous pouvons voir qu’ils prĂ©sentent plusieurs points communs – mais aussi quelques lacunes.

 

Tout d’abord, il s’agit de prendre en compte non seulement les structures de l’État, mais aussi l’état de la sociĂ©tĂ©.

 

La communautĂ© du dĂ©veloppement est habituĂ©e Ă  traiter avec des pays souverains : le dialogue que nous entretenons avec eux porte sur l’édification de l’État et le renforcement des capacitĂ©s de gouvernements lĂ©gitimes et comptable de leurs actes. Mais lorsque les fonctions de l’État se dĂ©litent, les citoyens sont souvent amenĂ©s Ă  rechercher les moyens de combler ce dĂ©ficit de souverainetĂ© auprĂšs d’autres entitĂ©s—pas seulement des organisations humanitaires internationales, mais aussi des autoritĂ©s religieuses, des  structures claniques, ethniques ou tribales, des chefs de guerre ou des organisations criminelles ou terroristes, entre autres. Les rĂ©seaux politiques, sociaux, militaires ou Ă©conomiques qui peuvent opĂ©rer aux Ă©chelon local, rĂ©gional, voire mondial, pĂšsent parfois sur la capacitĂ© des États fragiles Ă  fonctionner efficacement, compromettant ainsi leur lĂ©gitimitĂ©. 

 

Lorsque l’État n’est plus en mesure d’assurer les fonctions les plus essentielles, comme la sĂ©curitĂ© et la primautĂ© du droit, ou ne peut subvenir Ă  ses besoins qu’en exploitant des sources de revenus illicites, on ne peut mĂȘme plus parler d’un État « fragile » puisque l’État en tant qu’entitĂ© n’existe pas rĂ©ellement. C’est ce que l’on observe en Somalie.

 

Il serait donc peut-ĂȘtre plus appropriĂ© de considĂ©rer les États fragiles comme des pays enlisĂ©s dans une situation qui les fragilise. Ce ne sont pas uniquement des intervenants extĂ©rieurs qui peuvent contribuer Ă  cette fragilitĂ©, mais aussi des facteurs sociaux, Ă©conomiques et environnementaux, tels que les pressions dĂ©mographiques, l’afflux massifs de rĂ©fugiĂ©s, une forte contraction de l’économie ou la dĂ©sertification, ou encore l’absence d’un sentiment national. Nous ne pourrons aider les pays fragilisĂ©s que si nous comprenons l’état de leur sociĂ©tĂ© et les forces extĂ©rieures qui s’exercent sur elle. Dans certaines parties du monde, en particulier en Afrique, il s’agit de construire non seulement des États, mais aussi des nations.

 

DeuxiĂšmement, les liens et les chevauchements qui existent entre gouvernance, pauvretĂ© et conflit aident Ă  expliquer pourquoi les États peuvent rester fragilisĂ©s pendant plusieurs dĂ©cennies. Ce constat donne Ă©galement Ă  penser que si nous voulons aider ces pays – surtout en Ă©vitant la reprise des hostilitĂ©s –  il nous faut beaucoup mieux comprendre les interconnexions entre ces divers Ă©lĂ©ments.

 

Il s’agit dans un premier temps d’examiner de plus prĂšs les Ă©ventuels indicateurs ou signes prĂ©curseurs d’un conflit civil, qu’il s’agisse de divisions historiques, de revendications ethniques ou tribales, de facteurs environnementaux comme la sĂ©cheresse, ou de conflits Ă©conomiques. Dans le cas d’un conflit rĂ©current, il faudra accorder davantage d’attention aux moyens Ă  mettre en Ɠuvre pour enrayer l’engrenage.

 

La majeure partie de l’aide au dĂ©veloppement va actuellement Ă  des opĂ©rations de reconstruction et de renforcement de la paix Ă  l’issue d’un conflit, ce qui est comprĂ©hensible. Il est en effet difficile d’attirer l’attention des bailleurs de fonds sur des problĂšmes qui ne se sont pas encore matĂ©rialisĂ©s. Mais la prĂ©vention est un moyen plus efficace d’assurer la stabilitĂ© et la paix que de tenter de recoller les morceaux une fois que le conflit a dĂ©truit la sociĂ©tĂ©, les institutions et des vies humaines. La prĂ©vention ne recouvre pas seulement les efforts dĂ©ployĂ©s en dernier ressort pour Ă©viter la violence, mais les mesures destinĂ©es Ă  assurer que les accords de paix soient vĂ©ritablement appliquĂ©s grĂące Ă  une aide et une sĂ©curitĂ© renforcĂ©es sur le long terme. Lorsqu’une mĂ©diation est possible, il faut pouvoir faire preuve de davantage de souplesse et apporter une aide Ă©conomique rapide.

 

TroisiĂšmement c’est dans les domaines oĂč la gouvernance, l’économie et la sĂ©curitĂ© se recoupent que se posent les problĂšmes les plus difficiles. Nous devons intĂ©grer les moyens militaires, politiques, juridiques, financiers, techniques et de dĂ©veloppement en associant une large gamme d’intervenants allant des États aux organisations internationales, Ă  la sociĂ©tĂ© civile et au secteur privĂ©. Ce ne sera pas tĂąche facile. 

 

J’ai Ă©tĂ© frappĂ© de voir Ă  quel point les observations d’Anthony Lake, ex-conseiller Ă  la sĂ©curitĂ© nationale des Etats-Unis, reflĂštent mon expĂ©rience :

 

Mentionnez Ă  une rĂ©union de planificateurs les effets nĂ©fastes au plan politique d’un programme Ă©conomique judicieux, et vous les verrez tambouriner impatiemment des doigts sur la table. PrĂ©sentez une analyse Ă©conomique dĂ©taillĂ©e Ă  une confĂ©rence de diplomates qui s’efforcent de parvenir Ă  un rĂšglement politique, et vous verrez leur expression se figer. Expliquez Ă  un responsable politique qu’il est important de consentir aujourd’hui des sacrifices difficiles pour conforter l’économie Ă  plus long terme, et vous verrez l’inquiĂ©tude grandir dans ses yeux.

 

Pour faciliter la prise en compte global de ces diffĂ©rents aspects, je voudrais proposer dix principes qui pourraient aider Ă  se faire une idĂ©e de ce qu’il convient de faire – ou au moins des questions qu’il convient de poser – pour traiter des cas de fragilitĂ©.

 

 

Dix priorités

 

1) S’employer tout d’abord Ă  renforcer la lĂ©gitimitĂ© de l’État

 

Il faut avant tout renforcer la lĂ©gitimitĂ© de l’État fragile. C’est ce que Clausewitz appelle le « Schwerpunkt » de la stratĂ©gie, son centre de gravitĂ©. 

 

La sĂ©curitĂ© est naturellement d’une importance fondamentale, mais elle doit aussi contribuer Ă  la rĂ©alisation de l’objectif stratĂ©gique. Le modĂšle de contre-insurrection, fondĂ© sur le triptyque « clear–hold-build » (nettoyer, tenir, construire) ne peut donner de rĂ©sultats que si la sĂ©curitĂ© va de pair avec une gouvernance et un dĂ©veloppement efficaces. 

 

Pour garantir la lĂ©gitimitĂ© dans les États fragiles, il ne suffit pas de tenir des Ă©lections ou de signer des accords qui rĂ©partissent les pouvoirs entre les factions en prĂ©sence.  Dans certains cas, des Ă©lections prĂ©maturĂ©es peuvent en fait dĂ©clencher une nouvelle vague de violence. La lĂ©gitimitĂ© doit reposer sur des rĂ©sultats tangibles. Elle doit ĂȘtre gagnĂ©e en fournissant des services essentiels et, surtout, visibles, comme le ramassage des ordures.

 

Il faut renforcer les capacitĂ©s institutionnelles par des mesures concrĂštes : des services d’alimentation en eau potable et d’assainissement ; de simples routes pour relier les territoires entre lesquels les liaisons ont Ă©tĂ© coupĂ©es ; l’électricitĂ© pendant une partie de la journĂ©e ; des services essentiels de prĂ©vention sanitaire comme la vaccination ; la scolarisation des filles et des garçons Ă  un jeune Ăąge, comme en Afghanistan. 

 

Les nouveaux gouvernements, notamment ceux qui sont Ă©lus dans un climat persistant de division politique et de fragilitĂ©, doivent rĂ©aliser des amĂ©liorations concrĂštes et rapides – et non des plans grandioses. Comme la PrĂ©sidente Johnson-Sirleaf du LibĂ©ria l’a rappelĂ© lors d’une rĂ©union rĂ©cente, « Pour nous, un dollar aujourd’hui a plus de valeur que 50 dollars dans trois ans ».

 

Dans certains cas, l’État peut avoir en fait jouĂ© un rĂŽle nocif et le nouveau gouvernement doit dĂ©montrer ses bonnes intentions. Les amĂ©liorations concrĂštes peuvent redonner espoir Ă  la population, crĂ©er un sentiment de progrĂšs, responsabiliser les pouvoirs publics et dĂ©montrer qu’il est possible de gĂ©rer des ressources mĂȘme limitĂ©es – autant de facteurs qui instaurent la confiance. 

 

La pĂ©rennitĂ© des projets est importante, mais il faut dans certains cas parer au plus pressé  — par exemple fournir des semences, des engrais et des outils nĂ©cessaires aux agriculteurs pour les premiĂšres plantations — et relĂ©guer les questions de pĂ©rennitĂ© au second plan. Certains organismes de dĂ©veloppement ont du mal Ă  l’accepter.

 

Pour garantir la lĂ©gitimitĂ©, il ne s’agit pas seulement d’assurer les services mais de dĂ©cider qui s’en charge : dans toute la mesure du possible, ils doivent ĂȘtre assurĂ©s par l’État et par les collectivitĂ©s locales. Cette considĂ©ration stratĂ©gique doit guider non seulement le passage du stade de l’aide humanitaire Ă  celui du dĂ©veloppement, mais aussi la conception des services de transition. Les observateurs extĂ©rieurs peuvent faire connaĂźtre les expĂ©riences rĂ©ussies Ă  travers le monde, tandis que le nouveau gouvernement et les groupes communautaires peuvent dĂ©finir les mesures Ă  prendre et les moyens de les adapter Ă  la situation locale. Tout en poursuivant leurs objectifs Ă  court terme, les bailleurs de fonds doivent commencer Ă  renforcer et transfĂ©rer les responsabilitĂ©s aux ministĂšres et aux autoritĂ©s locales.

 

Il est essentiel de gĂ©rer les ressources de maniĂšre transparente. Dans les situations fragiles, les rumeurs et les prĂ©dateurs abondent. Le meilleur antidote est d’informer clairement et rĂ©guliĂšrement le public sur ce que l’État fait et pourquoi il le fait. Au LibĂ©ria, j’ai assistĂ© avec la PrĂ©sidente Johnson-Sirleaf Ă  l’un des dĂ©bats publics qu’elle tient Ă  travers le pays pour expliquer les objectifs du gouvernement, prĂ©senter les ministres, rĂ©pondre aux questions et susciter un enthousiasme patriotique en faveur de la reconstruction. En HaĂŻti, le PrĂ©sident PrĂ©val a donnĂ© l’exemple en promulguant une loi qui oblige ses ministres Ă  divulguer le montant de leurs avoirs financiers, pour Ă©tablir un contrĂŽle public et faire barrage Ă  la corruption et aux conflits.  

 

 

2) Assurer la sécurité

 

Le tout premier des services majeurs qu’un pays fragile doit fournir consiste Ă  crĂ©er un environnement relativement sĂ»r. Les dĂ©bats auxquels j’ai assistĂ© entre les spĂ©cialistes de la sĂ©curitĂ© et du dĂ©veloppement, tous aussi bien intentionnĂ©s les uns que les autres, reflĂštent des Ă©coles de pensĂ©e, des attentes et des attitudes diffĂ©rentes face aux systĂšmes de type dirigiste et Ă  ceux qui reposent sur les incitations Ă©conomiques. Compte tenu du lien qui existe entre les dĂ©faillances de l’économie et l'instabilitĂ©, sĂ©curitĂ© et dĂ©veloppement doivent aller de pair et se renforcer mutuellement. Il pourrait ĂȘtre plus logique de considĂ©rer « la sĂ©curisation du dĂ©veloppement » comme une dĂ©marche simultanĂ©e plutĂŽt que sĂ©quentielle.

 

Dans la pratique, cela veut dire qu’il faut accroĂźtre les Ă©changes sur le terrain entre les  services de sĂ©curitĂ© et les services de dĂ©veloppement pour qu’ils puissent se faire part de leurs capacitĂ©s, de leurs contraintes et de leurs intĂ©rĂȘts respectifs. Comme me l’a fait observer un responsable canadien du dĂ©veloppement en Afghanistan, le terme « sĂ©curité » peut ne pas avoir le mĂȘme sens pour un soldat vĂȘtu d’un gilet pare-balles et pour une villageoise travaillant pour une ONG. Trop souvent, les chefs de file des diffĂ©rentes cultures professionnelles se tiennent Ă  distance, alors que j’ai pu constater le profond sentiment de respect mutuel qui rĂšgne entre les agents de terrain. Les Ă©quipes de reconstruction des provinces en Iraq et en Afghanistan en sont un bon exemple.

 

Les soldats  ne souhaitent peut-ĂȘtre pas – ou pensent qu’ils ne peuvent pas – dĂ©fendre des points ou des lignes fixes tels que des villages, des lignes Ă©lectriques, des olĂ©oducs, des gazoducs ou des routes. Mais sans stratĂ©gie visant Ă  rĂ©duire au minimum les risques et les perturbations, le dĂ©veloppement risque d’ĂȘtre impossible et la lĂ©gitimitĂ© d’un État fragile compromise.

 

L’expĂ©rience montre clairement que les chiffres sont importants : 15 000 soldats sont chargĂ©s du maintien de la paix au LibĂ©ria, qui a une population de 3,6 millions d’habitants, alors que les Casques bleus sont Ă  peine plus nombreux en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo, un pays de plus de 50 millions d’habitants aussi vaste que l’Europe de l’Ouest. Les États-Unis ont appris qu’ils devaient dĂ©ployer plus de forces pour parvenir Ă  leurs fins en Iraq, et l’OTAN a besoin de renforcer ses troupes en Afghanistan.

 

Si l’on veut vĂ©ritablement briser l’engrenage de la violence et de l’effondrement de l’État, il faut dĂ©ployer des forces en plus grand nombre et pendant plus longtemps. Pour instaurer la confiance, les opĂ©rations de maintien de la paix de l’ONU devraient ĂȘtre autorisĂ©es et leur mandat prorogĂ© pour beaucoup plus longtemps que six Ă  douze mois. Dans certains cas, il faudrait envisager d’élargir leur mandat de façon Ă  permettre aux opĂ©rations des Nations Unies de prĂ©venir les flambĂ©es de violence.

 

Pour leur part, les spĂ©cialistes du dĂ©veloppement doivent  reconnaĂźtre qu’il importe au plus haut point d’utiliser le progrĂšs Ă©conomique pour promouvoir la sĂ©curitĂ©.  Lorsque les soldats parlent des aspects Ă©conomiques de la sĂ©curitĂ©, leur prioritĂ© numĂ©ro un est la crĂ©ation d’emplois – de quelque maniĂšre que ce soit.  Lorsqu’ils prĂ©sentent des avantages sur le plan de la sĂ©curitĂ©, il faut parfois se contenter de poursuivre des projets de dĂ©veloppement Ă©conomiquement sous-optimaux – « tout juste satisfaisants » plutĂŽt que les « meilleurs ». Lorsque la sĂ©curitĂ© n’a pas encore Ă©tĂ© rĂ©tablie dans certaines rĂ©gions d’un pays, le dĂ©veloppement doit parfois procĂ©der pas Ă  pas, dans le cadre de projets pilotes.

 

Pour renforcer la lĂ©gitimitĂ© et l’efficacitĂ©, les partenaires internationaux doivent aussi  aider l’État fragile Ă  mettre sur pied – Ă  ses propres frais – une armĂ©e et une police sur lesquelles il peut compter. Des forces militaires et de police bien organisĂ©es et proprement formĂ©es sont essentielles pour mobiliser le soutien du public, obtenir des renseignements et assurer une sĂ©curitĂ© durable.  L’investissement dans une force de police et une armĂ©e de qualitĂ© est justifiĂ© car des forces mal entraĂźnĂ©es ou un corps d’officiers qui ne respecte pas la lĂ©gitimitĂ© du Gouvernement perpĂ©tueront une situation destructrice et pourront mĂȘme l’aggraver. Il est Ă©galement impĂ©ratif d’assurer la formation professionnelle et le placement des anciens combattants pour en faire des agents du relĂšvement national —mais cela n’est rĂ©ellement accompli nulle part. 

 

 

3) Renforcer la primautĂ© du droit et l’ordre juridique

 

Un prĂ©alable fondamental du dĂ©veloppement durable est le respect de la primautĂ© du droit, y compris des droits de la personne humaine. Mais ceux qui Ɠuvrent pour la sĂ©curitĂ© internationale et le dĂ©veloppement ont nĂ©gligĂ© la tĂąche consistant Ă  renforcer l’appareil judiciaire et le systĂšme de maintien de l’ordre. Je ne suis pas sĂ»r que la communautĂ© internationale ait les moyens d’aider Ă  crĂ©er des tribunaux pour rĂ©gler les litiges, Ă  former des juges et des avocats, Ă  construire des prisons et Ă  mettre en place des forces de police, tout en tenant compte des traditions culturelles et juridiques locales. Les efforts dĂ©ployĂ©s par le DĂ©partement des opĂ©rations de maintien de la paix de l’ONU pour crĂ©er un bureau de l’état de droit et des institutions chargĂ©es de la sĂ©curitĂ© constituent au moins un pas dans la bonne voie.

 

Des forces de police insuffisamment formĂ©es et mal payĂ©es contribuent Ă  fragiliser l’État en armant les prĂ©dateurs et en leur donnant des moyens d’agir. Dans de nombreuses rĂ©gions de l’Afghanistan, la plus grande crainte des hommes d’affaires est d’ĂȘtre kidnappĂ©, souvent par la police. La Bosnie semble ĂȘtre l’exception qui confirme la rĂšgle : la mise en place d’une force de police a produit des rĂ©sultats positifs.

 

S’il est essentiel d’instaurer un ordre juridique pour assurer la sĂ©curitĂ© publique, il est aussi important de le faire pour Ă©riger une protection contre le grave risque de criminalisation de l’État. La corruption fragilise l’État et sape sa lĂ©gitimitĂ©. L’abus des pouvoirs de l’État dĂ©truit la confiance et, au bout du compte, l’objectif lĂ©gitime et fondamental de l’État. 

 

 

4) Promouvoir la prise en charge au niveau local et national

 

La participation locale et nationale Ă  l’édification de l’État est fondamentale pour assurer la lĂ©gitimitĂ©, instaurer la confiance et garantir l’efficacitĂ©. 

 

Les programmes de dĂ©veloppement de proximitĂ©, qui transfĂšrent le pouvoir de dĂ©cision aux groupes communautaires et aux collectivitĂ©s locales pour les petits investissements, se sont avĂ©rĂ©s trĂšs concluants. Le Programme de solidaritĂ© nationale de l’Afghanistan en est un bon exemple. LancĂ© il y a cinq ans par le gouvernement afghan avec l’aide de la Banque mondiale, ce programme permet aujourd’hui Ă  plus de 20 000 conseils de dĂ©veloppement communautaire Ă©lus d’accorder des subventions de faible montant pour faire face Ă  des besoins prioritaires au niveau locale — qu’il s’agisse de microcentrales hydroĂ©lectriques, d’écoles, de routes, ou encore de projets d’irrigation, de lutte contre l’érosion ou d’alimentation en eau. Ce programme touche plus de 17 millions d'Afghans dans l'ensemble des 34 provinces, et affiche un taux de rentabilitĂ© Ă©conomique de prĂšs de 20 %. 

 

Au Rwanda, les structures communautaires mises en place dans le cadre du projet de rĂ©insertion sociale et de dĂ©veloppement de la Banque mondiale forment aujourd’hui le pilier de la politique de dĂ©centralisation initiĂ©e par l’État et sont devenues le cadre d’exĂ©cution des projets rĂ©alisĂ©s dans diffĂ©rents secteurs. Ces types de programmes locaux reposent Ă  la fois sur l’entraide et l’autodĂ©termination. 

 

Au niveau national, les bailleurs de fonds doivent aider l’État Ă  se doter des moyens d’utiliser le budget national comme un outil transparent de planification cohĂ©rente et de responsabilisation. Il s’agit de renforcer Ă  la fois le ministĂšre des Finances et le processus ministĂ©riel.  Il faut tout d’abord aider Ă  mettre en place des systĂšmes simples de gestion financiĂšre, de paie et de passation de marchĂ©. Sinon, l’affectation des ressources au moyen d’un budget national reviendrait Ă  verser de l’eau sur du sable. Pire encore, l’aide fournie pourrait devenir un enjeu de convoitise et de disputes. 

 

Malheureusement, de nombreux bailleurs de fonds qui cherchent Ă  obtenir des « rĂ©sultats » — souvent pour les revendiquer au lieu de les attribuer au gouvernement — contournent carrĂ©ment le processus budgetaire national. En Afghanistan, les deux tiers des fonds des bailleurs sont fournis hors budget.

 

Si les bailleurs de fonds ne peuvent pas aider un gouvernement Ă  crĂ©er un systĂšme de responsabilitĂ© nationale auxquels ils peuvent se fier, comment le public peut-il avoir confiance dans son propre gouvernement ? N’oublions pas que le centre de gravitĂ© stratĂ©gique est le renforcement de la lĂ©gitimitĂ© grĂące Ă  une gouvernance solide et efficace.

 

5) Assurer la stabilitĂ© Ă©conomique — pour servir de base Ă  la croissance et crĂ©er des opportunitĂ©s

 

La stabilitĂ© macroĂ©conomique est une condition nĂ©cessaire Ă  un rĂ©el redressement. Les pays ont besoin d’établir les bons fondamentaux — politiques budgĂ©taire, monĂ©taire et de change — pour mettre en place des conditions Ă©conomiques stables qui permettent au marchĂ© de se dĂ©velopper, au commerce de reprendre, Ă  la population de pouvoir compter sur la monnaie comme rĂ©serve de valeur, et aux investisseurs d’envisager avec plus de confiance d’épargner et de construire.

 

Mais il nous faut Ă©galement reconnaĂźtre que les États fragiles sont effectivement fragiles, en particulier en cas de choc soudain. Il leur faut bĂ©nĂ©ficier d’un suivi adaptĂ© et en temps rĂ©el de l’évolution des conditions extĂ©rieures — une rapide hausse des prix des denrĂ©es alimentaires et de l’énergie, par exemple — de maniĂšre Ă  pouvoir y faire face grĂące Ă  un appui immĂ©diat et souple. Le calendrier des rĂ©formes visant Ă  assurer la stabilitĂ© Ă©conomique doit tenir compte des cycles politiques pour Ă©viter de dĂ©clencher des crises de gouvernance qui rendront toute rĂ©forme Ă©conomique impossible.

 

Les institutions financiĂšres internationales — notamment le FMI et le Groupe de la Banque mondiale — ont besoin d’instruments qui leur permettent d’apporter rapidement leur aide, par exemple en Ă©liminant les arriĂ©rĂ©s, puis de combler promptement les manques, que ce soit au niveau des capacitĂ©s de l’État, des ressources alimentaires ou de la balance des paiements.

 

6) PrĂȘter attention Ă  l’économie politique

 

Pour aboutir, les efforts dĂ©ployĂ©s pour faire face aux situations fragiles et aux conflits doivent s’inscrire dans le cadre d’une Ă©conomie politique capable d’assurer une paix durable. Cela signifie qu’il faut prendre en compte les liens entre pouvoir et richesse dans la sociĂ©tĂ©. Les conflits et l’instabilitĂ© peuvent, aprĂšs tout, ĂȘtre lucratifs pour les personnes au pouvoir qui ont les moyens d’exploiter les ressources nationales ou de profiter des violences. Lorsque des liens se tissent entre le pouvoir politique et les activitĂ©s Ă©conomiques illicites, ces liens peuvent ĂŽter Ă  l’économie licite la possibilitĂ© de se dĂ©velopper, priver l’État de recettes et dĂ©truire dans les deux cas, toute lĂ©gitimitĂ©. Ce risque peut s’avĂ©rer particuliĂšrement grave dans les pays dont les ressources naturelles sont sources de richesse.

 

Si les bailleurs de fonds ne savent pas vraiment qui Ă  tout Ă  gagner ou Ă  perdre de rĂšglements de paix, la mise en place d’incitations Ă©conomiques peut ne pas suffire pour assurer la stabilitĂ© et la paix. Les bailleurs doivent connaĂźtre l’histoire du pays et de sa population, savoir qui dĂ©tient le pouvoir, de quelle maniĂšre celui-ci est attribuĂ© et utilisĂ© et comprendre les rapports entre le pouvoir et les institutions formelles. Ce n’est pas toujours chose aisĂ©e pour des spĂ©cialistes habituĂ©s Ă  traiter des aspects plus traditionnels du dĂ©veloppement d’acquĂ©rir ce type de savoir. Mais, trop nombreux sont les plans Ă©conomiques sans failles qui se sont brisĂ©s sur les Ă©cueils des rĂ©alitĂ©s politiques.

 

Les problĂšmes auxquels sont confrontĂ©s les bailleurs de fonds s’intensifient lorsque les technocrates qui peuvent ĂȘtre aux commandes au dĂ©but de la phase de reconstruction cĂšdent la place Ă  des dirigeants politiques. Il est peut-ĂȘtre regrettable que les technocrates du dĂ©veloppement dĂ©daignent bien souvent l’art de la politique et des compromis. Par ailleurs, les membres d’une Ă©quipe dirigeante parvenue au pouvoir Ă  l’issue d’un conflit ou Ă  un retour d’exil ont besoin d’un appui, et d’une certaine patience, pour bien saisir leurs rĂŽles et leurs responsabilitĂ©s.

 

7) Faire place au secteur privé

 

Il est important que l’attention portĂ©e Ă  la lĂ©gitimitĂ© de l’État, au renforcement des capacitĂ©s et Ă  l’amĂ©lioration des rĂ©sultats ne nous amĂšne pas Ă  nĂ©gliger le moteur durable du redressement et de la croissance qu’est un secteur privĂ© robuste.

 

Le dĂ©veloppement du secteur privĂ© et la crĂ©ation de petites entreprises encouragent les investissements, stimulent l’emploi, crĂ©ent des opportunitĂ©s et suscitent l’espoir. Ils donnent aux marchĂ©s les moyens de satisfaire aux besoins locaux, qu’il s’agisse de denrĂ©es alimentaires, de produits de base ou de services. Un secteur privĂ© robuste sera, Ă  terme, la source de revenus durables pour un État lĂ©gitime.

 

Le secteur privĂ© peut, dans une certaine mesure, se dĂ©velopper mĂȘme en l’absence d’un cadre juridique et d’un secteur financier formels grĂące aux envois de fonds sur salaires et autres transferts privĂ©s de l’étranger. La protection des droits de propriĂ©tĂ© par les institutions informelles et les rĂ©seaux traditionnels peut aussi avoir un impact positif comme on a pu le constater dans le nord de la Somalie. Il est toutefois important que l’équipe gouvernementale tĂ©moigne rapidement et concrĂštement de l’importance qu’a pour elle investir — en travail ou en capital — dans l’avenir. Cet effort aura pour fondation le respect des droits de propriĂ©tĂ© et des contrats et le maintien de conditions de sĂ©curitĂ© fondamentales pour faire obstacle aux prĂ©dateurs qui pourraient vouloir s’attaquer Ă  l’activitĂ© Ă©conomique. L’application de rĂšgles transparentes et simples rĂ©duit le coĂ»t de cette activitĂ© et permet Ă  la population de se lancer dans des entreprises sans craindre de se voir confisquer le fruit de son labeur par l’État.

 

Étant donnĂ© les risques et les incertitudes qui caractĂ©risent les investissements dans les rĂ©gions sortant d’un conflit, les États fragiles devront bĂ©nĂ©ficier d’un appui aussi bien du secteur public que du secteur privĂ©. Des organisations comme le Groupe de la Banque mondiale, par l’intermĂ©diaire de la SociĂ©tĂ© financiĂšre internationale qui est son institution chargĂ©e des opĂ©rations avec le secteur privĂ©, peuvent fournir des investissements et des services de conseil, aider Ă  Ă©valuer le climat de l’investissement, mettre en place des services financiers de base et des activitĂ©s de microcrĂ©dit, encourager l’amĂ©lioration de la gouvernance et le respect de la primautĂ© du droit et Ă©tablir un cadre pour l’activitĂ© du secteur privĂ©.

 

Nous devons concevoir des modĂšles plus novateurs pour dĂ©multiplier l’impact des capitaux publics et privĂ©s dans le but d’ériger l’infrastructure de base — notamment les centrales Ă©lectriques, les ports, les rĂ©seaux de communication, de transport et d’énergie. Les rĂ©gions sortant d’un conflit offrent Ă©galement aux petites et moyennes entreprises des opportunitĂ©s d’expansion.

 

Nous devons aussi accepter le fait que le risque est tout simplement un aspect de nos opĂ©rations dans les États fragiles. Si nous voulons que l’action globale menĂ©e Ă  leur appui ait une chance d'aboutir, nous devons ĂȘtre prĂȘts Ă  courir le risque que certains projets lancĂ©s dans ces pays Ă©choueront.

 

8)  Coordination des actions des institutions et des intervenants

 

Les États, les institutions internationales, les fondations, les ONG et le secteur privĂ© ont tous un rĂŽle Ă  jouer pour aider ces pays. Toutefois, si nous ne coordonnons pas mieux nos efforts, et peut-ĂȘtre mĂȘme si nous ne les regroupons pas, nous crĂ©erons des problĂšmes insurmontables pour les autoritĂ©s publiques que nous cherchons pourtant Ă  aider.

 

Un pays en dĂ©veloppement typique reçoit, en moyenne, 260 visites par an de bailleurs de fonds. Le Cambodge compte 22 bailleurs diffĂ©rents dans le secteur de la santĂ©, qui poursuivent 109 projets distincts. En 2006, Ă  l’échelle du monde en dĂ©veloppement, les bailleurs de fond ont procĂ©dĂ© Ă  70 000 transactions d’aide au titre de projets dont le montant s’est Ă©tabli, en moyenne, Ă  seulement 1,7 million de dollars. Cela reprĂ©sente un fardeau considĂ©rable pour les Ă©quipes rĂ©formatrices des pays en dĂ©veloppement ; dans le cas des États fragiles, ce fardeau peut ĂȘtre impossible Ă  assumer par de petites Ă©quipes qui ont aussi besoin de temps pour travailler avec leurs administrations et leurs concitoyens. Nous pouvons aussi compromettre notre propre situation en donnant Ă  nos partenaires nationaux la possibilitĂ© de se servir de certains intervenants contre d’autres.

 

Nous devons rĂ©aliser des Ă©valuations conjointes qui tĂ©moignent d’une dynamique inĂ©luctable de rĂ©Ă©quilibrage de la sĂ©curitĂ©, de la gouvernance et du dĂ©veloppement — toujours dans une optique de renforcement de la lĂ©gitimitĂ©. Il nous faut adopter des rĂ©fĂ©rences communes pour promouvoir la convergence de nos stratĂ©gies. Enfin, les pays  ont besoin que les bailleurs de fonds accroissent l’interopĂ©rabilitĂ© de leurs ressources —celles de l’ONU et de la Banque mondiale et celles de la Banque mondiale et de l’Union europĂ©enne, par exemple. Les bailleurs doivent Ă©galement procĂ©der Ă  une rĂ©partition judicieuse des tĂąches, exploiter les synergies et se communiquer les meilleures pratiques.

 

Un recours accru aux fonds fiduciaire — qui permettent de regrouper les ressources des bailleurs de fonds — pourrait rĂ©duire la charge administrative qu’impose Ă  des Ă©quipes gouvernementales Ă  l’assise incertaine la nĂ©cessitĂ© de suivre les diverses procĂ©dures requises par les bailleurs. Ce point fait l’objet d’un Ăąpre dĂ©bat entre la Commission europĂ©enne, qui est favorable aux fonds fiduciaires, et certains États membres et parlementaires europĂ©ens. Les États-Unis et le Japon manifestent Ă©galement une certaine rĂ©ticence Ă  contribuer au financement de fonds fiduciaires.

 

Par ailleurs, un groupe plus diversifiĂ© de partenaires pourrait ĂȘtre en mesure d’élargir l’appui Ă  ces pays. Le BrĂ©sil mĂšne l’opĂ©ration de maintien de la paix de l’ONU en HaĂŻti. Les investisseurs chinois sont une source de financement de plus en plus importante dans les pays en dĂ©veloppement, notamment dans de nombreux États fragiles, et le nombre de ressortissants chinois participant aux opĂ©rations de maintien de la paix des Nations Unies augmente. Les grands pays d’Asie du Sud contribuent de longue date aux missions des Casques bleus. La constitution par l’Union africaine de forces de maintien de la paix plus efficaces et plus importantes aurait de grands avantages, en particulier si ces forces Ă©taient interopĂ©rables avec celles de pays dĂ©veloppĂ©s et des rĂ©seaux logistiques.

 

9) Prendre en compte le contexte régional

 

Les États en situation fragile peuvent ĂȘtre Ă  la fois la cause de troubles rĂ©gionaux et l’objet de manipulations par les pays voisins.

 

Il peut ne pas suffire de rĂ©soudre les conflits Ă  l’intĂ©rieur des frontiĂšres nationales pour pouvoir Ă©tablir une paix durable. Nous devons prendre en compte les consĂ©quences des liens transfrontiĂšres, qu’ils soient tribaux, ethniques, religieux ou qu'ils dĂ©coulent d'une autre identitĂ© transnationale ; des dĂ©placements de population ; des routes commerciales et des circuits de contrebande ; des rĂ©seaux de narcotiques et autres groupes criminels ; et des relations politiques. Ces liens peuvent nourrir les hostilitĂ©s, ou offrir un moyen de les apaiser.

 

Pour rĂ©soudre les conflits, il est nĂ©cessaire d’adopter une dĂ©marche rĂ©gionale qui offre des incitations positives aux pays voisins et contribuent Ă  dissuader les prĂ©dateurs. Nous avons plusieurs exemples de rĂ©sultats probants tels que l’appui fourni par l’Union europĂ©enne Ă  une reconstruction des Balkans ouvrant la voie Ă  l’adhĂ©sion Ă  l’Union europĂ©enne, ou encore le rĂŽle jouĂ© par la CommunautĂ© Ă©conomique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en Sierra Leone et au LibĂ©ria, notamment en envoyant des forces rĂ©gionales de maintien de la paix. Le processus de Bonn pour l’Afghanistan a semblĂ©, au dĂ©part, amener les pays Ă  reconnaĂźtre qu’il Ă©tait dans leur intĂ©rĂȘt Ă  tous d’abaisser leurs barriĂšres commerciales, Ă  investir dans l’énergie et les transports, Ă  lutter contre le trafic illicite de narcotiques et Ă  s’engager Ă  s’abstenir de toute ingĂ©rence politique ; mais une grande partie du terrain gagnĂ© a Ă©tĂ© reperdu. Maintenant que le nouveau gouvernement iraquien a confortĂ© sa lĂ©gitimitĂ©, il s’efforce de conclure des ententes avec ses voisins.

 

10) Accepter de prendre des engagements de longue durée

 

Les progrĂšs ne seront rapides dans aucun pays : notre appui doit ĂȘtre de longue durĂ©e. L’argent et l’aide humanitaires inondent les pays les plus fortunĂ©s immĂ©diatement aprĂšs le rĂšglement d’un conflit, souvent dans une mesure bien supĂ©rieure Ă  ce que l’État a la capacitĂ© d’absorber. Toutefois, comme a pu le constater le Timor-Leste en 2006, une fois la « minute CNN » passĂ©e, l’aide se tarit et l’attention se tourne vers une autre crise. En HaĂŻti, cette alternance d’attention et d’inattention a donnĂ© l’impression que les intervenants extĂ©rieurs n’étaient pas rĂ©ellement dĂ©terminĂ©s Ă  appuyer un effort de reprise de longue durĂ©e, ce qui a enhardi les prĂ©dateurs.

 

Si nous avons vraiment l’intention de nous attaquer au problĂšme des États fragilisĂ©s ou sortant d’un conflit, nous ne devons pas nous contenter de dispenser des remĂšdes ad hoc a posteriori. Nous devons repenser les confĂ©rences tenues par les bailleurs de fonds Ă  l’issue d’un conflit pour ne pas annoncer des aides importantes, d’un montant supĂ©rieur aux capacitĂ©s d’absorption et, ce faisant, crĂ©er des attentes qui peuvent ĂȘtre sources de dĂ©ception. Les mĂ©canismes financiers doivent assurer la poursuite et la stabilitĂ© des flux de ressources sur des pĂ©riodes d’au moins dix ans. Cela signifie qu’il faut gĂ©rer les attentes des bailleurs de fonds et, dans le cas de certaines organisations, modifier les paramĂštres de financement pour les États fragiles et sortant d’un conflit. La Banque mondiale, par exemple, doit opĂ©rer dans les limites imposĂ©es par la formule d’allocation que ses bailleurs de fonds Ă©tablissent pour l’Association internationale de dĂ©veloppement (IDA) qui la plus importante source de financements trĂšs concessionnels. (Ces financements revĂȘtent la forme de dons ou de crĂ©dits non rĂ©munĂ©rĂ©s ayant une Ă©chĂ©ance longue et un diffĂ©rĂ© de paiement de 10 ans.)

 

Mais nos efforts ne sont pas uniquement de nature financiĂšre. En nous engageant Ă  aider les États fragiles, nous devons aussi prĂȘter une attention soutenue aux signes de fragilitĂ© et de conflit, et contrer la myriade de risques qui compromettent la sĂ©curitĂ©, la gouvernance, le dĂ©veloppement — et la lĂ©gitimitĂ©.

 

Conclusion

 

De nombreuses questions pressantes mĂ©ritent l’attention de l’IIES dans le cadre de son Examen stratĂ©gique mondial. L’ascension de nouvelles puissances. La prolifĂ©ration des armes nuclĂ©aires. Le changement climatique. La concurrence qui s’exerce sur les ressources naturelles. Les technologies de pointe et les transformations militaires.

 

ConsidĂ©rons toutefois le lieu de nombreuses opĂ©rations militaires. Qu’elles soient menĂ©es pour promouvoir des intĂ©rĂȘts nationaux, rĂ©pondre Ă  des besoins humanitaires, faire face Ă  des situations rĂ©gionales instables, combler des vides qui sont source d’instabilitĂ© ou empĂȘcher les terroristes d’établir des bases et de prendre racine, elles prennent place principalement dans des États fragiles.

 

Les militaires ont perfectionnĂ© les stratĂ©gies de contre-insurrection ainsi que les opĂ©rations et les formations en ce domaine. Toutefois, la force militaire n’est qu’un Ă©lĂ©ment qu’il faut intĂ©grer aux capacitĂ©s politiques et Ă©conomiques pour parvenir Ă  de bons rĂ©sultats. En fin de compte, ce sont les populations des États fragiles ou sortant d’un conflit qui sont le facteur le plus important. Et celles qui ont fait la guerre doivent faire la paix.

 

Les soldats et les agents des organismes d’aide doivent coopĂ©rer pour aider les habitants de ces pays Ă  ne plus ĂȘtre des victimes et, en fait, Ă  devenir les principaux agents du renouveau. Sans cette coopĂ©ration, les efforts dĂ©ployĂ©s pour sauver les États fragiles Ă©choueront probablement et nous en subirons tous les consĂ©quences.

 

Nous n’avons encore qu’une comprĂ©hension limitĂ©e des meilleurs moyens de sĂ©curiser le dĂ©veloppement — d’intĂ©grer les questions de sĂ©curitĂ©, de gouvernance et d’économie pour avoir une action aussi efficace que possible.

 

J’encourage les ministres du dĂ©veloppement et des finances, les spĂ©cialistes et les praticiens Ă  reconsidĂ©rer la situation des États fragiles sous un angle nouveau et Ă  se tourner vers des spĂ©cialistes d’autres domaines pour mieux comprendre leur expĂ©rience et leurs idĂ©es.

 

Pour Ă©largir ses connaissances et dĂ©velopper ses travaux sur les États fragiles, le Groupe de la Banque mondiale organise des « sĂ©minaires d’actualité », rĂ©unit des spĂ©cialistes de domaines diffĂ©rents, publie des Ă©tudes et des notes d’information sur les meilleures pratiques, a constituĂ© un Groupe consultatif et entrepris un examen de ses procĂ©dures opĂ©rationnelles, de ses formations, de ses ressources et de son appui. J’espĂšre que l’IIES pourra nous aider Ă  accroĂźtre les Ă©changes entre spĂ©cialistes des questions de sĂ©curitĂ©, spĂ©cialistes des questions de gouvernance, praticiens du dĂ©veloppement et dirigeants politiques.

 

L’un des grands problĂšmes stratĂ©giques que doit relever le Groupe de la Banque mondiale consiste Ă  moderniser le multilatĂ©ralisme : nous devons contribuer Ă  moderniser les institutions et les rĂ©gimes de multilatĂ©ralisme qui, pour certains, ont plus de 60 ans, pour rĂ©pondre aux besoins d’une Ă©poque trĂšs diffĂ©rente. Les deux candidats Ă  la prĂ©sidence des États-Unis ont indiquĂ© qu’ils souhaitaient renforcer le caractĂšre multilatĂ©ral de la politique Ă©trangĂšre des États-Unis. Le moment est venu ; les dangers — ainsi que les opportunitĂ©s — associĂ©s aux États fragiles sont Ă  l'ordre du jour de chacun d’entre nous.

 




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