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États fragiles : « Le plus grave problĂšme de dĂ©veloppement de notre Ă©poque »

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  • Les problĂšmes des États fragiles et en conflit se propagent parfois au-delĂ  de leurs frontiĂšres
  • Le nouveau Fonds pour la construction de la Paix et de l’État va octroyer 100 millions de dollars de subventions au cours des trois prochaines annĂ©es
  • L’objectif est de renforcer la capacitĂ© des gouvernements Ă  fournir des services et Ă  relancer l’économie

19 septembre 2008—«  AprĂšs plusieurs dĂ©cennies de conflits et d’instabilitĂ© politique, la RĂ©publique centrafricaine est aujourd’hui un pays qui manque de tout» affirme Eric Bell, Ă©conomiste Ă  la Banque mondiale.

 

Ailleurs dans le monde, Ă  HaĂŻti, une vague rĂ©cente de kidnappings menĂ©s par des bandes organisĂ©es fait remonter Ă  la surface les tensions anciennes. «Vous vous rĂ©jouissez parce que les choses s’amĂ©liorent, raconte Peter Holland, qui travaille pour la Banque mondiale Ă  Port-au-Prince, puis de nouveau il y a un retour en arriĂšre. »

 

Selon la Mission d'Assistance des Nations Unies en Afghanistan, la spirale de la violence qu’a connu ce pays cette annĂ©e a provoquĂ© la mort de deux fois plus de civils, parmi lesquels des employĂ©s d’ONG qui tentaient d'apporter des services et de l’aide humanitaire.

 

Un milliard de personnes vivent dans des Etats dĂ©faillants ou paralysĂ©s par un conflit. Ces pays sont souvent pauvres ou prĂ©sentent de larges poches de pauvretĂ©. Leurs gouvernements sont gĂ©nĂ©ralement incapables ou peu disposĂ©s Ă  fournir des services de base et une sĂ©curitĂ© minimum permettant aux habitants d’amĂ©liorer leurs conditions de vie.

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« Ces États fragiles posent le plus grave problĂšme de dĂ©veloppement de notre Ă©poque », a rĂ©cemment dĂ©clarĂ© le prĂ©sident de la Banque mondiale, Robert B. Zoellick, devant  l’Institut international des Ă©tudes stratĂ©giques de GenĂšve.

 

Lors du discours d’ouverture de la 6Ăšme ConfĂ©rence Global Strategic Review (a), le prĂ©sident de la Banque mondiale a Ă©galement affirmĂ© que « les maladies, l’afflux de dĂ©sespĂ©rĂ©s, la criminalitĂ© et le terrorisme peuvent prendre de l’ampleur dans le vide créé par la fragilisation de  l’État et peuvent rapidement devenir des menaces mondiales. En outre, songez Ă  la perte que reprĂ©sente pour la planĂšte le fait de laisser un milliard de personnes dans le dĂ©nuement le plus complet, en termes d'Ă©nergie, de crĂ©ativitĂ©, d'invention et de possibilitĂ©s gaspillĂ©es au plan humain. ».  

 

Un milliard de personnes vivent dans des États fragiles

Alors que le 21 septembre, nous cĂ©lĂ©brons la JournĂ©e internationale de la paix, environ un milliard de personnes vivent dans des pays fragiles ou en conflit. Ce chiffre inclut les 340 millions de personnes extrĂȘmement pauvres vivant sur la planĂšte. Ces pays concentrent les deux-cinquiĂšmes de la mortalitĂ© infantile dans le monde, tandis qu’en 2005, un tiers des enfants ĂągĂ©s de 12 ans n’y avaient pas terminĂ© sa scolaritĂ© dans le primaire. La moitiĂ© des enfants morts avant l'Ăąge de 5 ans, sont nĂ©s dans ces Etats fragiles.

 

Sécuriser le Développement

 

Cela fait un an que Robert B. Zoellick a inscrit les États fragiles parmi les  six dĂ©fis mondiaux de la Banque mondiale. A GenĂšve, il a insistĂ© sur la nĂ©cessitĂ© de « sĂ©curiser le dĂ©veloppement », en assurant notamment la sĂ©curitĂ©, la lĂ©gitimitĂ©, la gouvernance et l'Ă©conomie au sein des États fragiles, afin de faciliter le passage de situations de conflit Ă  un Ă©tat de paix. « Ce n’est qu’en sĂ©curisant le dĂ©veloppement que nous pourrons assurer des bases suffisamment solides pour briser l’engrenage de la fragilitĂ© et de la violence».

 

Robert B.Zoellick a plaidĂ© en faveur d’un renforcement des forces de maintien de la paix et de leur maintien sur place pendant des durĂ©es plus longues pour permettre la reconstruction, le redressement Ă©conomique et la stabilitĂ©.

 

Entre autres prioritĂ©s, cette approche consiste Ă  rechercher la participation des autoritĂ©s locales dans l’organisation de l’aide, de façon Ă  permettre aux gouvernements faibles de dĂ©velopper leur propre expertise et de devenir ainsi capable de fournir eux-mĂȘmes des services et de gagner en lĂ©gitimitĂ© auprĂšs de leur peuple.

 

Le développement institutionnel est crucial

 

« Le dĂ©veloppement institutionnel est crucial, explique Alastair McKechnie, directeur Ă  la Banque mondiale du Groupe des États fragiles et en conflit. Aider la construction d'un ministĂšre des Finances viable ne fait peut-ĂȘtre pas partie des actions les plus prestigieuses et les plus remarquĂ©es que nous menons, mais il est trĂšs important de donner au gouvernement la capacitĂ© et la crĂ©dibilitĂ© qui lui permettront de gĂ©rer les ressources des bailleurs de fonds et de fournir des services. »

 

« Au cours de la derniĂšre dĂ©cennie, poursuit-il, la Banque mondiale s’est de plus en plus appliquĂ©e Ă  dĂ©velopper les compĂ©tences des gouvernements fragiles, Ă  savoir fournir des services de base et entamer un redressement Ă©conomique. ParallĂšlement, elle a intensifiĂ© les projets de dĂ©veloppement local tout en utilisant les ONG pour que les aides arrivent rapidement aux communautĂ©s locales ».

 

 

La reconstruction d’un État et de la Paix

 

Il s’agit d’un dĂ©fi rendu encore plus difficile par le fait que de nombreux États fragiles ont Ă©tĂ© relativement nĂ©gligĂ©s par la communautĂ© internationale.   « Ils reçoivent peu d’aides par habitant, explique Alastair McKechnie, notamment Ă  cause de l’idĂ©e qu’ils n’ont pas assez de compĂ©tence institutionnelle ou de rĂ©elle gouvernance pour profiter efficacement des aides fournies.”

 

Afin de combler ce fossé, la Banque mondiale a créé en 1997 le Fonds Post-Conflit (a) et en 2004, le Fonds fiduciaire LICUS (a). Ils sont destinés à octroyer rapidement des subventions aux pays fragiles ou sortant d'un conflit, tout en renforçant leurs institutions.

En avril, la Banque mondiale a fusionnĂ© les deux fonds qui sont devenus le Fonds de la Paix et de la Reconstruction de l’État (a). La Banque a Ă©galement acceptĂ© de lui allouer 100 millions de dollars pour les trois prochaines annĂ©es Ă  partir de son budget d’administration.

 

« Une vingtaine de pays vont recevoir des subventions, affirme Alastair McKechnie, en commençant par une premiÚre allocation de 33 millions de dollars pour cette année fiscale. »

 

Pour l’annĂ©e fiscale 2007, qui a pris fin en juin 2007, les fonds Post-Conflit et LICUS ont accordĂ© 254 subventions, allant de 25 000 dollars Ă  plusieurs millions, pour un total de 154 millions de dollars. Elles Ă©taient destinĂ©es Ă  recrĂ©er des services sociaux ou des services de santĂ©, fermĂ©s au cours de guerres, ou encore Ă  piloter des programmes qui pourront ĂȘtre par la suite renforcĂ©s par d’autres financements.

 

Apporter de l’aide aux personnes

 

En Afghanistan, les subventions ont fourni un capital de départ qui a permis de former des enseignantes, de proposer des services de santé et de promouvoir le microcrédit. Au Soudan, ces subventions ont financé de petites bourses destinées au développement de la communauté dans la région des montagnes Nuba, épuisée par la guerre.

 

En HaĂŻti, elles ont revigorĂ© les programmes d'alimentation scolaire dans les parties les plus pauvres de l’üle. LĂ , pour 60% des enfants, les repas distribuĂ©s gratuitement Ă  l’école constituent probablement le seul repas de la journĂ©e. « Mettre les enfants Ă  l’école reprĂ©sente un important facteur de progrĂšs », estime Peter Holland, qui dirige en HaĂŻti un nouveau projet d’Education pour tous, appelĂ© Projet Ă©largi d’alimentation scolaire (a).

 

« Lorsque c’est la communautĂ© qui dirige le dĂ©veloppement, c’est elle qui dĂ©cide comment utiliser l’argent, explique Alastair McKechnie. De cette façon, non seulement on obtient un taux de rentabilitĂ© Ă©levĂ©, mais cela renforce Ă©galement les liens entre la communautĂ© et le gouvernement lĂ©gitime. »

 

En Afghanistan, par exemple, le  Programme de SolidaritĂ© Nationale, lancĂ© il y a cinq ans, propose des subventions modestes destinĂ©es Ă  dĂ©velopper des projets locaux prioritaires, tels que des gĂ©nĂ©ratrices de micro-hydroĂ©lectricitĂ©, des Ă©coles, des routes et des systĂšmes d’irrigation. Ces projets, dont le taux de rendement Ă©conomique s’élĂšve Ă  prĂšs de 20%, ont profitĂ© Ă  17 millions d’Afghans, dans les34 provinces.

 

« C’est une façon efficace d’utiliser l’argent, souligne Alastair McKechnie, anciennement Directeur des opĂ©rations de la Banque mondiale pour l’Afghanistan. Il parvient jusqu’aux plus pauvres, change leur vie et leur donne une raison de croire en l’avenir. Les insurgĂ©s n’osent pas dĂ©truire des Ă©coles qui sont la propriĂ©tĂ© de leur communautĂ©. »

 

« Les subventions financent souvent des services qui sont fournis par des Organisations Non-Gouvernementales (ONG), ajoute Alastair McKechnie. Elles connaissent bien le terrain et peuvent agir dans des rĂ©gions trĂšs pauvres, isolĂ©es et dangereuses. Il est cependant important de reconstruire la capacitĂ© du gouvernement Ă  gouverner et ceci aussi rapidement que possible. Ce que nous souhaitons rĂ©ellement, c’est de voir un État efficace, capable de fournir des services, lĂ©gitimĂ© par son peuple et qui est viable pour longtemps ».   

 

« Eléments pratiques de la gouvernance »

 

« Un gouvernement gagne en crĂ©dibilitĂ© et en lĂ©gitimitĂ© auprĂšs de son peuple dĂšs lors qu’il est capable de fournir des services, poursuit Alastair McKechnie. Ces Ă©lĂ©ments pratiques de la gouvernance, que nous finançons, sont cruciaux pour la construction d’un État mais aussi pour la stabilitĂ© de ces pays. »

 

« C’est en Ă©tant actifs que les gouvernements gagnent en compĂ©tence, en prenant la responsabilitĂ© d’assurer des services destinĂ©s Ă  leurs citoyens, indique-t-il. Lorsque des services sont proposĂ©s en parallĂšle par les ONG, l’ONU ou d’autres organisations, cela retarde souvent la construction d’un État et vide l’administration publique de ses fonctionnaires. Ceux-ci dĂ©sertent les institutions de l’État au profit d’organisations qui offrent un salaire plus Ă©levĂ© et fournissent des services publics de base habituellement assurĂ©s l'État ».

 

Dix prioritĂ©s pour les États fragiles

Le prĂ©sident de la Banque mondiale, Robert Zoellick, a annoncĂ© que les États fragiles posaient le plus grave problĂšme de dĂ©veloppement de notre Ă©poque. Il a Ă©noncĂ© 10 prioritĂ©s pour y rĂ©pondre.

  1. S’employer Ă  renforcer la lĂ©gitimitĂ© de l’État
  2. Assurer la sécurité
  3. Renforcer la primautĂ© du droit et l’ordre juridique
  4. Promouvoir la prise en charge au niveau local et national
  5. Assurer la stabilité économique pour servir de base à la croissance et créer des opportunités
  6. PrĂȘter attention Ă  l’économie politique
  7. Faire place au secteur privé
  8. Coordonner les actions des institutions et des intervenants
  9. Prendre en compte le contexte régional
  10. Accepter de prendre des engagements de longue durée

En République centrafricaine, les services gouvernementaux se sont érodés aprÚs des années de troubles politiques. La Banque mondiale a apporté du matériel et   fait venir des spécialistes pour de former des responsables gouvernementaux attachés au service du Premier ministre. Ils sont chargés de gérer les subventions destinées aux services sociaux et aux services de santé, aux besoins énormes.

 

GrĂące Ă  l’argent de la Banque mondiale, le gouvernement a Ă©galement pu dĂ©velopper un nouveau plan Ă©conomique s’attaquant aux problĂšmes les plus importants du pays. « Il s’agit de restaurer des systĂšmes de gestion crĂ©dibles des finances publiques et des ressources naturelles, ainsi que la gouvernance en gĂ©nĂ©ral » dĂ©taille Eric Bell, Ă©conomiste en chef pour la RĂ©publique centrafricaine.

 

«A prĂ©sent, ajoute-t-il, le gouvernement met en Ɠuvre ces rĂ©formes en toute responsabilitĂ©. Nous n’en sommes qu’au tout dĂ©but du succĂšs mais l’avenir s’annonce prometteur. S’atteler aux problĂšmes de gouvernance est quelque chose dont le pays avait dĂ©sespĂ©rĂ©ment besoin aprĂšs tant d’annĂ©es de dĂ©labrement de sa structure institutionnelle. L’objectif en RĂ©publique Centrafricaine, ainsi que dans les autres pays fragiles ou en conflit, est de mener les États sur le chemin d’une plus grande stabilitĂ© et d’une croissance Ă©conomique permettant la crĂ©ation d’emploi de longue durĂ©e ».

 

«De nombreux actes de violence, conclut-il, qu’ils soient liĂ©s Ă  la guerre civile ou Ă  la criminalitĂ©, sont causĂ©s par des hommes jeunes et sans avenir. Le problĂšme est partiellement rĂ©solu s’ils obtiennent un travail qui leur donne de rĂ©elles perspectives d’avenir ».

 


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