Para ler a tradução em portuguĂȘs continental, dĂȘ um clique aqui SEUL LE PRONONCĂ FAIT FOI « Moderniser le multilatĂ©ralisme et les marchĂ©s »  Robert B. Zoellick PrĂ©sident Groupe de la Banque mondiale Peterson Institute for International Economics, Washington 6 octobre 2008    I. Examiner le passĂ© â pour Ă©clairer l'avenir   Que dira-t-on en 2018 des Ă©vĂ©nements qui se sont dĂ©roulĂ©s cette annĂ©e ?  Cela dĂ©pend de ce que nous allons faire.  Septembre a Ă©tĂ© un mois difficile d'une annĂ©e marquĂ©e par lâinstabilitĂ©. L'effondrement des marchĂ©s des capitaux, du crĂ©dit et du logement. Les tensions persistantes exercĂ©es par la chertĂ© des denrĂ©es alimentaires et des combustibles. Les anxiĂ©tĂ©s suscitĂ©es par l'Ă©conomie mondiale.  Au cours de l'annĂ©e passĂ©e, la plupart des pays en dĂ©veloppement ont affichĂ© une robuste croissance malgrĂ© un contexte turbulent. En fait, de grands pays en dĂ©veloppement ont alimentĂ© un autre moteur de croissance. Leur PIB a augmentĂ©, en moyenne, au taux record de 7,9 % en 2007 et pourrait croĂźtre de 6,6 % en 2008, ce qui reste remarquable.  Mais les progrĂšs ne profitent pas Ă tous. La flambĂ©e des prix des denrĂ©es alimentaires et des combustibles fait tomber les plus vulnĂ©rables dans une zone dangereuse.  Les gens souffrent. Les familles craignent les jours qui viennent.  Les Ă©vĂ©nements du mois de septembre pourraient complĂštement changer la donne pour de nombreux pays en dĂ©veloppement. Une chute des exportations ainsi que des entrĂ©es de capitaux provoquera un flĂ©chissement des investissements. Le ralentissement de la croissance et la dĂ©gradation des conditions financiĂšres, conjuguĂ©e Ă un resserrement monĂ©taire, entraĂźneront la faillite dâentreprises et crĂ©eront peut-ĂȘtre des situations d'urgence dans le secteur bancaire. Pour certains pays, ces dĂ©rapages seront les prĂ©curseurs de crises de la balance des paiements. Comme c'est toujours le cas, ce sont les plus pauvres qui sont les moins Ă mĂȘme de se dĂ©fendre.  L'AmĂ©rique se focalise sur Wall Street et lâimpact de ses actions sur le citoyen ordinaire, mais le problĂšme dĂ©borde largement de ce cadre. Les mesures prises pour faire face Ă cette crise devront ĂȘtre de plus grande envergure et de portĂ©e mondiale.  Certains, en divers points du globe, blĂąment le libre marchĂ©. D'autres sâenquiĂšrent des dĂ©faillances des institutions publiques. Nombreux sont ceux qui dĂ©nonceront les erreurs des Ătats-Unis, l'architecte de l'Ă©conomie mondiale actuelle.  Nous ne pouvons pas revenir sur le processus de mondialisation. Nous ne pouvons pas non plus laisser la crise nous faire oublier les opportunitĂ©s futures.  Nous devons tirer les leçons du passĂ© pour construire l'avenir. Nous devons moderniser le multilatĂ©ralisme et les marchĂ©s pour appuyer une Ă©conomie mondiale en mutation.  Nous devons promouvoir une mondialisation dans le cadre de laquelle les opportunitĂ©s et les responsabilitĂ©s seront plus largement partagĂ©es. Sinon, la structure que nous Ă©difierons ne sera qu'un chĂąteau de cartes.  Le multilatĂ©ralisme, lorsquâil fonctionne de maniĂšre optimale, offre aux pays dĂ©sireux et Ă mĂȘme de prendre ensemble des mesures constructives la possibilitĂ© de sâasseoir autour dâune table pour trouver des solutions.  J'ai une expĂ©rience concrĂšte des rouages du multilatĂ©ralisme. Depuis plus de 20 ans, je participe aux efforts dĂ©ployĂ©s pour faire fonctionner le systĂšme international. La semaine prochaine, durant les AssemblĂ©es annuelles de la Banque et du FMI, jâexaminerai ce que signifient les Ă©vĂ©nements des 12 derniers mois pour le Groupe de la Banque mondiale. Aujourd'hui, toutefois, face Ă la crise que nous traversons et Ă la perspective des trĂšs prochaines Ă©lections, je brosserai un tableau plus large.    II.  Transformation de l'Ă©conomie politique mondiale  Pour comprendre la crise actuelle, nous devons examiner ce qui s'est passĂ© au cours des 20 derniĂšres annĂ©es.  La mondialisation et les marchĂ©s actuels tĂ©moignent des transformations considĂ©rables qui se sont produites au niveau des technologies de l'information et des communications, des flux financiers et commerciaux, de la mobilitĂ© de la main-d'Ćuvre, de l'interconnectivitĂ© mondiale â « lâabolition des distances » et lâapparition de vastes forces compĂ©titives.  Mais mĂȘme ces transformations ne font pas ressortir le plus important : au cours des 25 derniĂšres annĂ©es, la population associĂ©e Ă l'Ă©conomie de marchĂ© mondiale est passĂ©e d'environ un milliard Ă quatre ou cinq milliards dâĂȘtres humains. Les marchĂ©s dâexportation fournissent un emploi Ă plus de 800 millions de personnes. Ces augmentations sont phĂ©nomĂ©nales pour une pĂ©riode de temps relativement courte.  La concurrence associĂ©e Ă la mondialisation, l'expansion considĂ©rable de la population active mondiale et la faiblesse relative des prix des produits de base ont conjuguĂ© leurs effets pour produire un autre phĂ©nomĂšne : un Ăąge d'or pour les responsables des banques centrales. Ceux-ci, grĂące Ă l'effet d'amortissement sur les prix des mutations observĂ©es, sont devenus des magiciens technocrates â et leur magie nous a plu.  La souplesse des politiques monĂ©taires et l'abondance des liquiditĂ©s ont incitĂ© les investisseurs à « faire la course au rendement » et Ă chercher Ă faire mieux les uns que les autres. Ils ont prĂȘtĂ© des fonds et se sont endettĂ©s en sâappuyant sur des actifs dont la valeur semblait ne jamais devoir cesser d'augmenter, sans prĂȘter attention au risque de crĂ©dit, Ă la productivitĂ© financiĂšre des actifs et aux flux de trĂ©sorerie. Ces investisseurs nâavaient pas lâintention de conserver ces actifs suffisamment longtemps pour se soucier de leur rentabilitĂ©. Et mĂȘme lorsqu'ils s'en sont inquiĂ©tĂ©s, leur part Ă©tait « garantie » par des assurances « fondĂ©es » sur le niveau Ă©levĂ© des prix de ces mĂȘmes actifs.  Lorsque la bulle de l'internet a Ă©clatĂ©, alors que la crise immobiliĂšre et bancaire se prolongeait au Japon, un dĂ©luge de liquiditĂ©s s'est rĂ©pandu jusque dans les pays en dĂ©veloppement, en particulier ceux dont les monnaies Ă©taient rattachĂ©es au dollar. Les prix des produits de base ont chutĂ© lorsque l'Union soviĂ©tique sâest effondrĂ©e, ce qui sâest soldĂ© par un sous-investissement, en particulier dans les hydrocarbures et les mĂ©taux ;  et puis ils ont grimpĂ© en flĂšche en rĂ©ponse Ă la demande de pays en dĂ©veloppement assoiffĂ©s de matiĂšres premiĂšres. La situation des combustibles et celle des produits alimentaires sont devenues de plus en plus inextricablement liĂ©es parce que la part de lâĂ©nergie disponible utilisĂ©e par la production alimentaire et par les transports a augmentĂ©  et que les consommateurs de produits alimentaires et d'Ă©nergie ont commencĂ© Ă se faire concurrence. Un signe prĂ©curseur dâune crise aliments contre pĂ©trole. Et cette annĂ©e, la crise a Ă©clatĂ©.  La hausse des prix pourrait faire retomber dans la pauvretĂ© une centaine de millions de personnes dans les pays en dĂ©veloppement. Nous courons le risque de voir resurgir lâinflation, des crises de la balance des paiements et des restrictions budgĂ©taires.  Les capitaux internationaux proviennent Ă©galement de nouvelles sources. Le boom des produits de base, en particulier dans le secteur de l'Ă©nergie, s'est traduit par des recettes considĂ©rables qui ont Ă©tĂ© placĂ©es dans des fonds souverains. AprĂšs le traumatisme des annĂ©es 1997-98, certains pays en dĂ©veloppement, dĂ©terminĂ©s Ă ne jamais se retrouver dans une telle situation, ont gĂ©rĂ© les taux de change de maniĂšre Ă crĂ©er des rĂ©serves considĂ©rables. Cette accumulation dâĂ©pargne a servi Ă crĂ©er d'autres fonds souverains.  Les mutations observĂ©es au niveau de la population active, de la liquiditĂ© financiĂšre, des marchĂ©s des produits de base et des fonds souverains sont les manifestations d'une transformation encore plus importante : la montĂ©e en puissance de nouvelles Ă©conomies.  Les opĂ©rations de ces puissances en mouvement dans le cadre de l'Ă©conomie mondiale en ont fait des « parties prenantes » du systĂšme mondial. La Chine est maintenant la troisiĂšme entitĂ© commerciale au monde. Au fur et Ă mesure que la classe moyenne se dĂ©veloppera en Asie, les Ă©pargnants qui la constituent deviendront dâimportants investisseurs de sociĂ©tĂ©s de pays dĂ©veloppĂ©s, ce qui renforcera encore les interconnections mondiales.  Ces puissances montantes veulent se faire entendre. Elles veulent savoir quel rĂŽle elles pourront jouer dans la formulation des nouvelles rĂšgles qui rĂ©giront l'Ă©conomie mondiale. Elles ont fait preuve de leur compĂ©titivitĂ©, mais elles pressentent que les parties prenantes Ă©tablies de plus longue date s'efforceront de les contenir, que ce soit en maintenant les rĂšgles passĂ©es du commerce et des finances, ou en imposant de nouvelles rĂšgles au titre du changement climatique et de la protection de l'environnement.  Les Ă©conomies dĂ©veloppĂ©es « parties prenantes » profitent de ces transformations â mais elles se sentent aussi menacĂ©es par elles. Les Ă©conomies en dĂ©veloppement en ascension offrent de multiples pĂŽles de croissance qui facilitent le redressement des pays dĂ©veloppĂ©s et leur ouvrent de nouvelles perspectives, mais ces mĂȘmes Ă©conomies sont aussi prĂ©sentĂ©es sous un jour alarmant par ceux qui cherchent Ă semer un vent de panique. Ă l'Ă©vidence, si l'on considĂšre que leur taux de croissance moyen s'est Ă©tabli aux environs de 6,6 % entre 1997 et 2007, quelque 25 pays d'Afrique subsaharienne, qui comptent prĂšs des deux tiers de la population de la rĂ©gion, brossent un tableau qui permet dâescompter lâapparition dâun autre pĂŽle de croissance au cours des prochaines dĂ©cennies. Ce pourrait ĂȘtre une avancĂ©e majeure qui, non seulement contribuerait Ă surmonter la pauvretĂ© et Ă poursuivre le dĂ©veloppement, mais aussi permettrait Ă des talents et Ă des Ă©nergies multiples de se manifester.  Mais cette avancĂ©e ne se produira pas si nous nâavons pas l'imagination et le courage nĂ©cessaires pour rĂ©sister, ici mĂȘme, Ă un courant dâisolationnisme Ă©conomique et pour fournir lâimpulsion qui aidera Ă y parvenir. Les difficultĂ©s et les craintes financiĂšres et Ă©conomiques renforceront la tendance au repli. Certains pensent que les rĂšgles du jeu â la formulation de plans de sauvetage financier, les dĂ©cisions concernant les taux de change, le commerce, l'immigration et lâaide extĂ©rieure â ne prennent pas en compte leurs besoins alors que ceux qui jouissent de revenus Ă©levĂ©s semblent ĂȘtre en mesure de profiter des changements. Nombreux sont ceux qui craignent que les anciens « filets de sĂ©curité » mis en place pour aider la population Ă sâadapter aux changements ne soient totalement obsolĂštes. Le programme d'action â non pas seulement les retombĂ©es des plans de sauvetage financier â doit ĂȘtre pris en main par de nouveaux leaders.    III. Une sombre pĂ©riode pour le multilatĂ©ralisme et les marchĂ©s   Les Ă©vĂ©nements survenus cette annĂ©e sont un rappel Ă la rĂ©alitĂ©.  Le multilatĂ©ralisme et les marchĂ©s traversent une sombre pĂ©riode.  Lorsque les prix alimentaires sont montĂ©s en flĂšche, les marchĂ©s agricoles ont commencĂ© Ă se disloquer sous les pressions politiques. Une quarantaine de pays ont frappĂ© dâinterdictions ou de restrictions les exportations de produits alimentaires, d'autres ont imposĂ© des contrĂŽles de prix, ont rompu des contrats et arrĂȘtĂ© les transactions. L'ONU a dĂ©ployĂ© des efforts considĂ©rables pour amener les pays Ă doubler leurs contributions Ă l'aide alimentaire destinĂ©e Ă ceux qui sont le plus dans le besoin. Les nations pauvres ont eu toutes les peines du monde Ă procurer des semences et des engrais Ă leurs agriculteurs. Ils ont tentĂ© de crĂ©er Ă la hĂąte des « filets de sĂ©curitĂ© » pour les groupes de populations les plus vulnĂ©rables. La pauvretĂ©, la faim et la malnutrition ont empirĂ©.  Alors que le systĂšme agricole mondial sâest enlisĂ©, l'Organisation mondiale du commerce est partie Ă la dĂ©rive dans des eaux dangereuses. Le cycle des nĂ©gociations de Doha a Ă©chouĂ©.  Les nĂ©gociations sur les changements climatiques organisĂ©es dans le contexte de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques souffriront de la discorde qui rĂšgne Ă l'OMC, car celle-ci exacerbera les tensions entre Ă©conomies dĂ©veloppĂ©es et Ă©conomies en dĂ©veloppement. Dans le meilleur des cas, ces nĂ©gociations seront difficiles.  En outre, le projet de loi « cap-and-trade » proposĂ© pour plafonner les Ă©missions et Ă©changer les quotas pour faire face aux changements climatiques, qui n'a pas Ă©tĂ© adoptĂ© par le SĂ©nat des Ătats-Unis cette annĂ©e, laisse prĂ©sager le prochain dĂ©fi qui surgira dans le contexte du multilatĂ©ralisme et des marchĂ©s. Pour Ă©viter que les industries dont les Ă©missions sont plafonnĂ©es ne se retrouvent dans une situation de concurrence dĂ©favorable, le projet de loi invoquait des protections commerciales contre les exportateurs non assujettis Ă de tels plafonds.  Les besoins augmentent, mais le systĂšme d'aide internationale ne soutient pas le rythme.  Les bailleurs de fonds apportent idĂ©es, Ă©nergie et ressources, mais ils peuvent compromettre l'adhĂ©sion nationale des pays en dĂ©veloppement et, partant, l'efficacitĂ© de l'aide. En 2006, ils ont procĂ©dĂ© Ă plus de 70 000 transactions dâaide au titre de projets dont le montant sâest Ă©tabli, en moyenne, Ă seulement 1,7 million de dollars. L'annĂ©e derniĂšre, les pays en dĂ©veloppement ont reçu, en moyenne, 260 visites de bailleurs de fond. Le Viet Nam en a comptĂ© 752.  Les gouvernements nationaux semblent de plus en plus prĂ©fĂ©rer accorder leur aide au nom de leur pays plutĂŽt que par le biais de mĂ©canismes multilatĂ©raux qui encouragent une action cohĂ©rente et favorisent l'obtention de l'adhĂ©sion locale. Il est vrai que, globalement, le G-7 est loin d'avoir honorĂ© lâengagement qu'il a pris Ă Gleneagles de renforcer son aide au dĂ©veloppement.  Les sociĂ©tĂ©s et les marchĂ©s des capitaux privĂ©s continueront d'ĂȘtre les principaux moteurs de la croissance et du dĂ©veloppement dans le monde. Toutefois, les systĂšmes financiers du monde dĂ©veloppĂ©, en particulier aux Ătats-Unis, ont rĂ©vĂ©lĂ© des failles bĂ©antes aprĂšs avoir subi des pertes colossales.  L'architecture internationale conçue pour faire face Ă ces situations craque et gĂ©mit sur ses fondations. La transformation peut ĂȘtre la plus frappante par rapport Ă ce que j'ai pu observer dans les annĂ©es 80 lorsque j'Ă©tais au TrĂ©sor des Ătats-Unis est la perte d'influence du G-7. Celui-ci jouait autrefois un rĂŽle prĂ©cieux de coordination des politiques, concrĂ©tisĂ©, notamment, par les accords du Plaza et du Louvre. Mais les sommets Ă©conomiques accordent de longue date la prioritĂ© au protocole plutĂŽt qu'Ă l'action publique. Je continue d'espĂ©rer que les rĂ©unions des ministres des Finances permettront de piloter sur une base multilatĂ©rale les efforts menĂ©s face aux problĂšmes Ă©conomiques et financiers mondiaux. Le forum est toutefois bien loin de rĂ©pondre Ă cette attente.    IV. Un nouveau rĂ©seau multilatĂ©ral pour une nouvelle Ă©conomie mondiale   Alors mĂȘme que les Ătats-Unis et le monde s'Ă©vertuent Ă sortir de la crise actuelle, il nous faut contempler un avenir plus lointain : nous avons besoin d'un nouveau rĂ©seau multilatĂ©ral pour servir une nouvelle Ă©conomie mondiale.  La gĂ©nĂ©ration de Bretton-Woods nous a laissĂ© un double hĂ©ritage. Elle nous a lĂ©guĂ© des institutions internationales et des rĂ©gimes mondiaux â plus ou moins performants et fonctionnels. Mais aussi, et surtout, elle nous a transmis les grands principes et la dĂ©termination intellectuelle et politique de mener une action multilatĂ©rale pour rĂ©soudre les problĂšmes qui peuvent se poser de maniĂšre Ă en tirer des opportunitĂ©s nouvelles.  Certains invoquent la nĂ©cessitĂ© d'une dĂ©marche nouvelle pour le XXIe siĂšcle, mais nombreux sont ceux qui se raccrochent aux modĂšles du milieu du XXe siĂšcle.  Le nouveau multilatĂ©ralisme, comme le demande notre Ă©poque, devra ĂȘtre un rĂ©seau souple et non pas un systĂšme fixe ou unitaire. Il devra exploiter au maximum les points forts d'intervenants et d'institutions, publiques et privĂ©es, dont les actions sont interconnectĂ©es et se chevauchent.  Nous avons vu que les Ă©conomies nationales qui s'adaptent le plus facilement font le mieux face aux chocs et aux changements qui se produisent inĂ©vitablement ; il sâensuit que le systĂšme multilatĂ©ral doit se caractĂ©riser par sa flexibilitĂ©. Il doit Ă©galement recourir aux marchĂ©s et aux incitations pour les organisations du secteur privĂ© et les particuliers, les organismes Ă but lucratif et les ONG de la sociĂ©tĂ© civile.  Le nouveau multilatĂ©ralisme doit respecter la souverainetĂ© nationale, tout en reconnaissant que de nombreux problĂšmes ne sâarrĂȘtent pas aux frontiĂšres nationales.  Le nouveau rĂ©seau multilatĂ©ral doit ĂȘtre pragmatique. Sa mission fondamentale consiste Ă promouvoir la coopĂ©ration en encourageant les intervenants Ă Ă©changer leurs vues sur des questions d'intĂ©rĂȘt, nationales et internationales. Souvent, le simple fait de partager des informations marque un pas en avant.  Nous devons ensuite encourager la recherche d'intĂ©rĂȘts mutuels. Parfois, des incitations peuvent promouvoir ces derniers âet les institutions internationales peuvent catalyser lâaction. La recherche de solutions concrĂštes Ă des problĂšmes promeut une culture de coopĂ©ration.  Notre nouveau multilatĂ©ralisme doit viser Ă Ă©tablir un sentiment de responsabilitĂ© partagĂ©e de la santĂ© de l'Ă©conomie politique mondiale. Cela signifie â principalement et fondamentalement â qu'il doit faire participer ceux qui ont tout Ă perdre ou Ă gagner dans cette Ă©conomie, ceux qui sont prĂȘts Ă partager les responsabilitĂ©s tout autant que les avantages de son maintien en bonne santĂ©.  Nous devons redĂ©finir le multilatĂ©ralisme Ă©conomique au-delĂ du cadre traditionnel de la finance et du commerce. L'Ă©volution de l'Ă©conomie mondiale exige que nous adoptions une perspective plus large. Aujourd'hui, l'Ă©nergie, les changements climatiques et la stabilisation dâĂtats fragiles et sortant d'un conflit sont autant de problĂšmes Ă©conomiques. Ces questions rentrent dĂ©jĂ dans le cadre du dialogue sur la sĂ©curitĂ© internationale et sur l'environnement. Elles doivent Ă©galement rentrer dans celui du multilatĂ©ralisme Ă©conomique.    V. PrioritĂ©s   Un nouveau Groupe de coordination  Le nouveau multilatĂ©ralisme continuera de sâappuyer principalement sur le leadership national et sur la coopĂ©ration. La dimension nationale est importante.  Le G-7 ne fonctionne pas. Nous avons besoin dâun groupe mieux adaptĂ© Ă une Ăšre nouvelle.  Le G-20, quoique prĂ©cieux, a une structure trop lourde pour que sa rĂ©flexion puisse dĂ©boucher sur une action concrĂšte.  Il nous faut un groupe restreint de ministre des finances qui assument la responsabilitĂ© dâanticiper les difficultĂ©s, dâĂ©changer des informations et des points de vue, de sâenquĂ©rir de leurs intĂ©rĂȘts mutuels, de mobiliser les Ă©nergies pour rĂ©gler les problĂšmes, et, Ă tout le moins, de gĂ©rer les diffĂ©rences.  Dans le domaine de la coopĂ©ration financiĂšre et Ă©conomique, nous devrions envisager la crĂ©ation dâun Groupe de coordination qui rĂ©unirait lâAfrique du Sud, lâArabie saoudite, le BrĂ©sil, la Chine, lâInde, le Mexique, la Russie, et les pays actuellement membres du G-7.  Les membres de ce Groupe de coordination reprĂ©senteraient plus de 70 % du PIB mondial, 56 % de la population du globe, 62 % de lâĂ©nergie produite Ă lâĂ©chelle de la planĂšte, les pays Ă©mettant le plus de carbone, les principaux bailleurs dâaide au dĂ©veloppement, les grands acteurs rĂ©gionaux, et les plus gros opĂ©rateurs sur les marchĂ©s internationaux des capitaux, des produits de base et des changes.  Mais ce Groupe de coordination ne serait pas un G-14. Nous ne crĂ©erons pas un nouveau monde en reconstruisant lâancien. Ce groupe ne devrait pas compter un nombre de membres fixe, mais ĂȘtre souple et capable dâĂ©voluer au fil du temps. Il pourrait accueillir de nouveaux membres, en particulier des pays dont lâinfluence grandissante va de pair avec la volontĂ© dâassumer leur part de responsabilitĂ©.  Ce nouveau Groupe de coordination devrait tenir des rĂ©unions et des vidĂ©oconfĂ©rences Ă intervalles rĂ©guliers pour promouvoir un sentiment de responsabilitĂ© collective. Les dĂ©lĂ©guĂ©s devraient avoir des discussions frĂ©quentes et informelles, qui sâappuieraient sur un systĂšme de consultations bilatĂ©rales en rĂ©seau, au sein du groupe et avec des acteurs extĂ©rieurs. Il nous faut un Facebook pour la diplomatie multilatĂ©rale dans le domaine Ă©conomique.  Le FMI et le Groupe de la Banque mondiale, Ă©ventuellement en collaboration avec lâOMC, peuvent apporter un appui Ă ce Groupe de coordination. Nous pouvons identifier les nouveaux problĂšmes qui se posent, conduire des analyses, proposer des solutions et mettre nos Ătats membres plus nombreux Ă contribution pour former des coalitions qui sâattaquent aux dossiers Ă traiter. Les membres du Groupe de coordination devront toujours agir par lâintermĂ©diaire des institutions et des rĂ©gimes internationaux, auxquels participent dâautres Ătats. Les souverainetĂ©s seront respectĂ©es. Mais avec ce groupe restreint, les pays seraient plus susceptibles de collaborer pour sâattaquer Ă des problĂšmes qui transcendent les frontiĂšres nationales.  Nous avons besoin dâun tel mĂ©canisme pour que les pays en situation dâĂ©chec ne soient plus abandonnĂ©s Ă leur sort Ÿavec toutes les consĂ©quences que cela comporte aux plans humain, Ă©conomique et politique, pour eux-mĂȘmes et pour leurs voisins. Nous en avons besoin pour pouvoir anticiper les problĂšmes mondiaux, et non pas seulement pour remettre les choses en ordre aprĂšs coup. Nous en avons besoin pour cultiver lâhabitude du dialogue et les relations de confiance qui doivent ĂȘtre Ă©tablies avant que la crise nâĂ©clate. Nous en avons besoin pour forger des solutions multilatĂ©rales.   Finance internationale et dĂ©veloppement  Nous avons vu le cĂŽtĂ© sombre de la mondialisation. Il nous faut maintenant en promouvoir les aspects positifs.  Cet effort devra commencer ici mĂȘme. Lâan prochain, les Ătats-Unis sâemploieront activement Ă remettre en ordre le systĂšme de rĂ©glementation et de supervision financiĂšre qui a failli Ă sa mission. Les procĂ©dures de compensation et de rĂšglement devront ĂȘtre amĂ©liorĂ©es. Les rĂšgles en matiĂšre de transparence, de capital, dâeffet de levier, de comptabilitĂ©, et surtout maintenant, de liquiditĂ©, doivent ĂȘtre modernisĂ©es.  Nous devons nous demander pourquoi un aussi grand nombre dâinstitutions assujetties Ă une rĂ©glementation et une supervision rigoureuses se sont fourvoyĂ©es. Tout modĂšle basĂ© sur les risques, indĂ©pendamment de son degrĂ© de complexitĂ© et de la supervision dont il fait lâobjet, dĂ©pend fondamentalement des hypothĂšses sur lesquelles il repose. Que se passe-t-il lorsque ces hypothĂšses se rĂ©vĂšlent fausses ?  Les changements de situation qui dĂ©clenchent les dĂ©faillances dĂ©pendront de plus en plus des Ă©volutions de lâĂ©conomie mondiale. Câest Ă cause de cette interdĂ©pendance que la crise est internationale, câest pourquoi les rĂ©formes devront ĂȘtre multilatĂ©rales.  Le Forum de stabilitĂ© financiĂšre (FSF), prĂ©sidĂ© de maniĂšre Ă©mĂ©rite par Mario Draghi de la banque dâItalie, a commencĂ© Ă sâattaquer Ă ces problĂšmes. Mais le FSF se concentre sur les pays de lâOCDE. Or, ces questions de supervision financiĂšre devront ĂȘtre traitĂ©es dans un cadre multilatĂ©ral plus vaste, que ce soit sous la forme dâun Forum Ă©largi, de relations plus Ă©troites entre le FSF et le FMI, ou du Groupe de coordination.  Nous devons soutenir la mise en place par le FMI dâun systĂšme dâalerte prĂ©coce pour lâĂ©conomie mondiale, qui soit axĂ© sur la prĂ©vention et pas seulement sur la solution des crises.  Les ondes de choc nĂ©es de la crise financiĂšre qui a Ă©clatĂ© en septembre aux Ătats-Unis se propagent Ă travers lâĂ©conomie mondiale. La dure rĂ©alitĂ© est que les pays en dĂ©veloppement doivent se prĂ©parer Ă une chute des Ă©changes, des apports de capitaux, des envois de fonds des travailleurs Ă©migrĂ©s et des investissements domestiques, ainsi quâĂ un ralentissement de la croissance.  Les pays dont la situation budgĂ©taire et la balance des paiements sont solides doivent ĂȘtre encouragĂ©s Ă relancer la demande intĂ©rieure par la consommation et lâinvestissement. Mais il en est dâautres qui ont une marge de manĆuvre budgĂ©taire limitĂ©e, des dĂ©ficits courants hasardeux, des problĂšmes de balance des paiements ou un secteur financier en danger, ou qui sont confrontĂ©s Ă ces quatre difficultĂ©s Ă la fois. Le FMI et les banques de dĂ©veloppement devront leur apporter une aide. En ce qui concerne quelques grands pays menacĂ©s, le Groupe de coordination et les pays dĂ©sireux dâaider devraient agir de concert avec le FMI et les banques pour fournir un appui subordonnĂ© Ă la mise en Ćuvre de rĂ©formes qui replaceront ces pays sur une trajectoire de croissance durable.  Il faut aussi que le FMI joue en permanence un rĂŽle dans le systĂšme des changes mondiaux qui aille au-delĂ de sa mission de surveillance. Comme Jean Pisani-Ferry lâa Ă©crit rĂ©cemment, un grand nombre de pays en dĂ©veloppement ne sont pas encore prĂȘts Ă laisser leur monnaie flotter librement, au motif dâune libĂ©ralisation financiĂšre incomplĂšte ou parce quâils sâinquiĂštent dâun ajustement incontrĂŽlĂ©. Le FMI, avec lâaide du Groupe de coordination, pourrait leur proposer dâautres options, par exemple arrimer leur taux de change Ă un panier de monnaies ou de produits de base. Nous devons nous prĂ©parer Ă la mise en place, Ă terme, dâun systĂšme financier international qui comptera plusieurs monnaies de rĂ©serve, auxquelles dâautres monnaies seront rattachĂ©es par diffĂ©rentes formules.  Le nouveau multilatĂ©ralisme doit attacher autant de valeur au dĂ©veloppement mondial quâĂ la finance internationale. Tant que nous nâaurons pas créé une mondialisation plus solidaire, le monde restera instable, indĂ©pendamment de lâampleur des plans de sauvetage financier.  Tout comme un portefeuille de placements diversifiĂ©, une Ă©conomie multipolaire est source de stabilitĂ© et dâopportunitĂ©s. Mais si nous voulons promouvoir une croissance plus solidaire et durable, il nous faut repenser lâaide.  Il y a deux semaines, aux Nations Unies, les partenaires internationaux ont mobilisĂ© 16 milliards de dollars pour financer des projets de dĂ©veloppement. Cet argent est essentiel, et il nous en faut davantage pour atteindre les objectifs de dĂ©veloppement pour le MillĂ©naire.  Mais il nous faut aussi voir les choses dans une optique plus large. Nous devons ĂȘtre Ă lâĂ©coute des Africains, qui sont de plus en plus nombreux Ă nous dire quâils veulent avoir accĂšs Ă des marchĂ©s et Ă des opportunitĂ©s, et non dĂ©pendre de lâaide. Les capitaux et les marchĂ©s privĂ©s resteront les moteurs de la croissance. Au-delĂ des projets et des programmes, nous devons rechercher de nouveaux moyens concrets de promouvoir le dĂ©veloppement. Nous avons besoin dâinstruments novateurs et de services dâintermĂ©diation qui aident Ă relier les fonds souverains Ă des investissements de portefeuille en Afrique ; Ă crĂ©er des marchĂ©s obligataires en monnaie nationale dans les pays Ă©mergents ; Ă gĂ©rer les risques de dĂ©veloppement grĂące Ă des programmes dâassurance contre les catastrophes et les phĂ©nomĂšnes mĂ©tĂ©orologiques extrĂȘmes et Ă soutenir les petits producteurs ; Ă dĂ©montrer la viabilitĂ© des partenariats public-privĂ© pour financer lâamĂ©nagement dâinfrastructures ; et Ă Ă©largir la gamme des instruments dâaide, depuis les engagements anticipĂ©s destinĂ©s Ă financer la mise au point de produits pharmaceutiques permettant de sauver des vies humaines jusquâĂ la conversion des conditions de crĂ©dit.  Alors que la mise en place des marchĂ©s et des institutions sâinscrit dans une perspective Ă moyen ou Ă long terme, le nouveau multilatĂ©ralisme a besoin de mĂ©canismes qui permettent de venir en aide beaucoup plus rapidement et efficacement aux plus vulnĂ©rables en temps de crise. Le nouveau mĂ©canisme de financement rapide de 1,2 milliard de dollars créé par la Banque mondiale pour aider les populations menacĂ©es par la hausse des prix alimentaires en est un bon exemple.  Un autre exemple est celui de la rĂ©forme de lâaide alimentaire. En modernisant quelque peu le cadre de lâappui fourni par les bailleurs de fonds au Programme alimentaire mondialŸpar exemple en finançant les activitĂ©s de base ou en accordant des financements pluriannuels et en ouvrant une ligne de crĂ©ditŸil serait possible dâutiliser les instruments du marchĂ© financier pour aider le PAM Ă gĂ©rer les risques opĂ©rationnels, de marchĂ© et de liquiditĂ©. Une collaboration avec lâOrganisation mĂ©tĂ©orologique mondiale aiderait le PAM et la Banque Ă mieux se prĂ©parer, Ă rĂ©duire les coĂ»ts et Ă accroĂźtre la rapiditĂ© de leurs interventions. Il nous faut Ă©galement un accord international par lequel les pays sâengagent Ă ne pas interdire lâexportation de denrĂ©es alimentaires et Ă ne pas imposer de taxes prohibitives sur les achats Ă vocation humanitaire, ainsi quâun accord en vertu duquel ils utiliseraient leurs stocks nationaux en cas de hausse excessive des prix rĂ©sultant de comportements de thĂ©saurisation ou de spĂ©culation. Ces instruments de gestion des risques seront au XXIe siĂšcle ce quâĂ©tait autrefois lâaccumulation de rĂ©serves alimentaire importantes Ă des fins de sĂ©curitĂ©. Mais nous avons besoin de leadership politique pour venir Ă bout des anciens modĂšles bureaucratiques.  Le Groupe de la Banque mondiale doit aussi sâadapter plus rapidement Ă lâĂ©volution des besoins de ses clients et des intĂ©rĂȘts de ses actionnaires. Nous devons mieux faire cadrer notre mode de gouvernance avec les rĂ©alitĂ©s du XXIe siĂšcle. Au-delĂ des premiĂšres rĂ©formes engagĂ©es dans le domaine de la voix, de la reprĂ©sentation et de la responsabilitĂ©, je constituerai un ComitĂ© de haut niveau qui sera chargĂ© dâĂ©tudier la modernisation des structures de gouvernance du Groupe de la Banque mondiale, de sorte que nous puissions opĂ©rer de façon plus dynamique, efficace, efficiente et lĂ©gitime dans une Ă©conomie politique mondiale nouvelle. Je me fĂ©licite quâErnesto Zadillo ait acceptĂ© de diriger ces travaux. Je lui ai demandĂ© de collaborer avec nos collĂšgues du Fonds qui examinent les questions de gouvernance au FMI.  En 1944, Ă Bretton-Woods, les PĂšres fondateurs du multilatĂ©ralisme Ă©conomique ont saisi la chance qui sâoffrait Ă eux de construire un avenir meilleur. Nous ne saurions ĂȘtre moins ambitieux aujourdâhui.   LâOMC et le systĂšme dâĂ©changes internationaux  Les nĂ©gociations de Doha sur le commerce mondial Ă lâOMC sont moribondes. Il est crucial que lâOMC et le systĂšme dâĂ©changes internationaux ouvert ne soient pas enterrĂ©s avec elles.  Les nĂ©gociations commerciales se poursuivront dans dâautres forums. Des travaux rĂ©cents montrent que les nĂ©gociations portant sur des accords de libre-Ă©change peuvent contribuer Ă lâouverture des marchĂ©s. Mais les accords de libre-Ă©change et les accords prĂ©fĂ©rentiels de nature restreinte peuvent nuire Ă la libĂ©ralisation des Ă©changes mondiaux. Ces accords devraient ĂȘtre liĂ©s Ă des disciplines mondiales. Et le systĂšme multilatĂ©ral reste le seul moyen de combattre les aides agricoles qui faussent les Ă©changes et qui reprĂ©sentent encore quelque 260 milliards de dollars par an.  Le contentieux Ă lâOMC fait des gagnants et des perdants. Si un Ă©quilibre nâest pas restaurĂ© avec des nĂ©gociations oĂč toutes les parties seraient gagnantes, lâorganisation ne sera plus connue que pour ses contentieux et perdra probablement ses soutiens. Les pays membres de lâOMC devront rĂ©flĂ©chir aux moyens Ă mettre en Ćuvre pour continuer de promouvoir la libĂ©ralisation des Ă©changes mondiaux.  Une solution serait de replacer lâaide Ă la facilitation des Ă©changes dans le cadre non plus de nĂ©gociations, mais dâun plan de dĂ©veloppement. Les possibilitĂ©s de rĂ©duction du coĂ»t  des Ă©changes vont bien au-delĂ de ce qui peut ĂȘtre fait au niveau des droits ou des barriĂšres commerciales. Les indicateurs commerciaux et logistiques du rapport Doing Business de la Banque mondiale posent un diagnostic prĂ©liminaire. Des organismes rĂ©gionaux comme lâAPEC montrent concrĂštement la voie Ă suivre.  Nous pouvons aider les pays Ă simplifier et Ă harmoniser les procĂ©dures et la documentation associĂ©es Ă la chaĂźne dâapprovisionnement. Les pays peuvent appliquer les techniques de gestion des risques aux inspections Ă la frontiĂšre et aux formalitĂ©s douaniĂšres, avec lâaide de systĂšmes informatiques. Et nous pouvons renforcer les capacitĂ©s, les technologies et lâaccĂšs au financement des Ă©changes.  Au dĂ©part, la logique multilatĂ©rale des nĂ©gociations du GATT, qui a donnĂ© naissance Ă lâOMC, voulait que les pays « nĂ©gocient des droits ». Alors mĂȘme quâil aurait Ă©tĂ© dans lâintĂ©rĂȘt Ă©conomique des pays dâabaisser les tarifs et de rĂ©duire les coĂ»ts, il sâest avĂ©rĂ© nĂ©cessaire pour des raisons politiques de « nĂ©gocier » les barriĂšres voulues par des groupes protĂ©gĂ©s.  Un nouveau programme de dĂ©veloppement et dâaide Ă la facilitation du commerce mettra lâintĂ©rĂȘt quâa chaque pays Ă abaisser le coĂ»t des Ă©changes au service de lâintĂ©rĂȘt multilatĂ©ral qui est de promouvoir une plus grande intĂ©gration, des gains dâefficacitĂ© et davantage dâopportunitĂ©s, autrement dit de crĂ©er des emplois, de stimuler la croissance et de rĂ©duire la pauvretĂ©. Ă mesure quâexportateurs et importateurs dĂ©velopperont leurs activitĂ©s, ils pourront plaider plus vigoureusement pour des nĂ©gociations visant Ă libĂ©raliser les Ă©changes.  Il sâagit lĂ dâun multilatĂ©ralisme qui avance Ă pas concrets, partout oĂč câest possible.  Ănergie et changement climatique  Le nouveau rĂ©seau multilatĂ©ral doit Ă©galement considĂ©rer quâĂ©nergie et changement climatique sont indissociables. Les marchĂ©s Ă©nergĂ©tiques mondiaux sont en piteux Ă©tat. Les producteurs, qui craignent un effondrement des prix, hĂ©sitent Ă investir. Les pays consommateurs veulent des prix plus bas, alors que des prix suffisamment Ă©levĂ©s encouragent la conservation et lâutilisation plus rationnelle de lâĂ©nergie, le recours Ă des approvisionnements de substitution et la mise au point de nouvelles technologies. Et ce sont les pays et les populations les plus vulnĂ©rables, frappĂ©s de plein fouet par le renchĂ©rissement et la volatilitĂ© des prix ainsi que par le changement climatique, qui paient le prix de ce chaos total.  Lâessentiel de la production de pĂ©trole est Ă prĂ©sent contrĂŽlĂ©e par des compagnies pĂ©troliĂšres nationales. Ces fournisseurs ne rĂ©pondent pas aux signaux du marchĂ© de la mĂȘme maniĂšre que les producteurs privĂ©s.  Les principaux producteurs et consommateurs dâĂ©nergie doivent conclure un « marchĂ© mondial ». LâAgence internationale de lâĂ©nergie a organisĂ© les consommateurs de lâOCDE, mais elle nâinclut pas les pays qui montent en puissance. Il y a quelques annĂ©es, la Chine a proposĂ© que les principaux consommateurs dâĂ©nergie sâorganisent pour traiter plus efficacement avec le cartel des producteurs. Câest une idĂ©e qui mĂ©rite dâĂȘtre Ă©tudiĂ©e, mais dans une perspective plus large.  à tout le moins, les parties Ă un tel « marché » devraient se communiquer les plans quâelles ont Ă©tablis en vue dâaccroĂźtre les approvisionnements, y compris en Ă©nergies autres que le pĂ©trole et le gaz ; de dĂ©gager des gains dâefficacitĂ© et de rĂ©duire la demande ; de faciliter lâapprovisionnement Ă©nergĂ©tique des pauvres ; et dâanalyser leurs implications en ce qui concerne la production de carbone et le changement climatique.  Les pays dĂ©veloppĂ©s doivent mettre au point de nouvelles technologies et les commercialiser pour aider Ă la fois les pays dĂ©veloppĂ©s et ceux en dĂ©veloppement. Les pays en dĂ©veloppement doivent rĂ©duire leurs subventions coĂ»teuses et dĂ©gager des gains dâefficacitĂ© tout en maĂźtrisant lâinstabilitĂ© sociale. Ăviter que les ressources Ă©nergĂ©tiques ne deviennent une menace pour la sĂ©curitĂ© nationale devrait ĂȘtre lâaffaire de tous.  Ce « marché » consistera notamment Ă fournir aux pays en dĂ©veloppement la possibilitĂ© dâeffectuer des investissements Ă long terme pour rĂ©duire leur vulnĂ©rabilitĂ© au renchĂ©rissement et Ă la volatilitĂ© des prix des carburants, tout en mettant en place des filets de sĂ©curitĂ© pour les pauvres. Les investissements dans les Ă©nergies propres doivent impĂ©rativement sâaccompagner dâun meilleur accĂšs Ă lâĂ©nergie. Plus dâun milliard et demi dâĂȘtres humains nâont pas accĂšs Ă lâĂ©lectricitĂ©, y compris environ les trois quarts de la population de lâAfrique subsaharienne. Ă la demande des principaux actionnaires, le Groupe de la Banque mondiale a entrepris dâĂ©laborer une initiative destinĂ©e Ă mettre lâĂ©nergie au service des pauvres pour aider les pays les plus dĂ©favorisĂ©s Ă satisfaire leurs besoins Ă©nergĂ©tiques de maniĂšre efficace et durable.  Nous pourrions envisager de pousser ce « marchĂ© mondial » plus loin. Les pays pourraient avoir collectivement intĂ©rĂȘt Ă gĂ©rer une fourchette de prix qui concilie les intĂ©rĂȘts de tous, pendant la pĂ©riode de transition vers des stratĂ©gies de croissance Ă plus faible intensitĂ© de carbone, un portefeuille dâapprovisionnements plus diversifiĂ© et une sĂ©curitĂ© internationale renforcĂ©e.  Il pourrait Ă©galement se rĂ©vĂ©ler essentiel pour les nĂ©gociations sur les changements climatiques dans le cadre de la CCCC de conclure des accords multilatĂ©raux sur les contrats Ă terme dans le domaine de lâĂ©nergie pour que la tarification du carbone soit clairement Ă©tablie. Les pays craignent que dans un monde caractĂ©risĂ© par des coĂ»ts, des technologies et des approvisionnements Ă©nergĂ©tiques incertains, un traitĂ© sur les changements climatiques limite leur croissance et leur capacitĂ© dâadaptation. La conclusion dâun « marché » entre les principaux producteurs et consommateurs pourrait contrer ces risques, et faciliter ainsi la prise dâengagements Ă rĂ©duire les Ă©missions de carbone.  Un accord dans le domaine des changements climatiques devra Ă©galement ĂȘtre soutenu par de nouveaux instruments. Il nous faut de nouveaux mĂ©canismes qui encouragent le boisement et qui permettent dâĂ©viter la dĂ©forestation, qui soutiennent la mise au point de nouvelles technologies et leur diffusion rapide, qui fournissent un appui financier aux pays plus dĂ©favorisĂ©s, qui facilitent lâadaptation, et qui renforcent les marchĂ©s du carbone.  Il y a deux semaines, la Banque, afin de contribuer Ă la mobilisation de ressources supplĂ©mentaires pour relever ces dĂ©fis, a organisĂ© une session consacrĂ©e Ă des annonces de contributions qui a permis de lever 6,1 milliards de dollars pour doter de nouveaux fonds dâinvestissements climatiques.  Le Groupe de coordinations devrait inciter Ă lâaction dans le domaine de lâĂ©nergie, de lâenvironnement et de la mobilisation de ressources financiĂšres pour faciliter les nĂ©gociations aux Nations Unies et la mise en Ćuvre concrĂšte dâun traitĂ©.  Ătats fragiles : SĂ©curiser le dĂ©veloppement  Plus que partout ailleurs, câest dans les Ătats fragiles ou sortant dâun conflit, dans lesquels vit le milliard dâhabitants le plus pauvre, quâun nouveau rĂ©seau multilatĂ©ral est nĂ©cessaire.  Trop souvent, la communautĂ© du dĂ©veloppement traite les Ătats fragilisĂ©s ou touchĂ©s par un conflit simplement comme des cas de dĂ©veloppement plus difficiles. Or, dans ce contexte, il ne faut plus se cantonner aux aspects analytiques du dĂ©veloppement, mais bien Ă©riger un nouveau cadre axĂ© sur le renforcement de la sĂ©curitĂ©, de la lĂ©gitimitĂ©, de la gouvernance et de lâĂ©conomie. Il ne sâagit plus de concevoir la sĂ©curitĂ© ou le dĂ©veloppement au sens habituel de ces deux termes, pas plus quâil ne sâagit de renforcer ou de maintenir la paix comme nous nous y employons aujourdâhui.  Il sâagit de sĂ©curiser le dĂ©veloppement, câest-Ă -dire dâassurer Ă la fois la sĂ©curitĂ© des populations et le dĂ©veloppement, dans un premier temps pour faciliter le passage dâune situation de conflit Ă un Ă©tat de paix, et ensuite pour faire de la stabilitĂ© une constante qui permette au dĂ©veloppement de prendre racine sur une dizaine dâannĂ©es et au-delĂ . Ce nâest quâen sĂ©curisant le dĂ©veloppement que nous pourrons assurer des bases suffisamment solides pour briser lâengrenage de la fragilitĂ© et de la violence.  Nous nâavons encore quâune comprĂ©hension limitĂ©e des meilleurs moyens de sĂ©curiser le dĂ©veloppementâdâintĂ©grer les questions de sĂ©curitĂ©, de gouvernance et dâĂ©conomie pour avoir une action aussi efficace que possible. Les capacitĂ©s internationales font sĂ©vĂšrement dĂ©faut Ă cet Ă©gard.  En fin de compte, ce sont les populations des Ătats fragiles ou sortant dâun conflit qui sont le facteur le plus important. Mais lâaide multilatĂ©rale devra ĂȘtre grandement renforcĂ©e et sâinscrire beaucoup plus dans la durĂ©e pour aider les habitants de ces pays Ă ne plus ĂȘtre des victimes et Ă devenir les principaux agents du renouveau. Au-delĂ dâune aide, il faudra que les forces de maintien de la paix et les praticiens du dĂ©veloppement Ă©tablissent de nouvelles relations en rĂ©seau et adoptent une nouvelle approche de la sĂ©curitĂ©.  VI. Conclusion Le mois prochain, les Ătats-Unis Ă©liront un nouveau prĂ©sident. La mission de ce prĂ©sident ne se limitera pas Ă mener le combat de la stabilisation financiĂšre. Lâune des principales responsabilitĂ©s de la prochaine Administration sera de faire face aux consĂ©quences Ă©conomiques de la crise.  Cette tĂąche ne concerne pas seulement lâAmĂ©rique. Les candidats parlent de renforcer les liens qui unissent lâAmĂ©rique et le reste du monde. La maniĂšre dont le prochain prĂ©sident des Ătats-Unis sây prendra pour y parvenir est importante.  Les circonstances nous imposent de moderniser le multilatĂ©ralisme et les marchĂ©s. Cette nĂ©cessitĂ© est en fait une chance.  |