50 milliards de dollars de pertes annuelles dans le secteur des pĂȘches maritimes

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Washington, 8 Octobre - Selon un nouveau rapport conjoint de la Banque mondiale et de la FAO, les pertes Ă©conomiques dans le secteur des pĂȘches maritimes, qui rĂ©sultent de la mauvaise gestion, d’inefficacitĂ©, et de la surpĂȘche se montent Ă  plus de 50 milliards de dollars par an. Si l’on considĂšre ces pertes sur les trois derniĂšres dĂ©cennies, le manque Ă  gagner est de plus de 2 milliards de dollars, ce qui Ă©quivaut plus ou moins au PIB de l’Italie.  

 

Cependant le rapport conjoint entre les deux agences, "Les milliards engloutis: la justification Ă©conomique pour une rĂ©forme des pĂȘches", note Ă©galement qu’une bonne gestion des pĂȘcheries peut transformer une bonne partie de ce manque Ă  gagner en bĂ©nĂ©fices Ă©conomiques durables pour des millions de pĂȘcheurs et les communautĂ©s cĂŽtiĂšres.

 

"La pĂȘche durable requiert une volontĂ© politique pour remplacer les primes Ă  la surpĂȘche par des incitations Ă  plus de responsabilitĂ© de la part des parties prenantes," dĂ©clare Kieran Kelleher, leader de l’équipe pĂȘche Ă  la Banque mondiale. "Nous ne parlons pas seulement de bateaux et de poissons dans ce rapport. Nous offrons aux dĂ©cideurs les arguments Ă©conomiques nĂ©cessaires pour la rĂ©forme des pĂȘches."

 

Le renforcement des droits de pĂȘches peut inciter les pĂȘcheurs, ainsi que leurs communautĂ©s, Ă  ĂȘtre plus responsables et permettre une exploitation Ă©conomiquement plus efficace. La suppression progressive des subventions, qui engendrent la surexploitation des pĂȘcheries, permettra aussi d’amĂ©liorer l’efficacitĂ© du secteur. Une transparence accrue dans l’allocation des ressources halieutiques et une obligation accrue de rendre des comptes publics sur la gestion des pĂȘcheries et l’état des stocks faciliteront l’obtention de label Ă©cologique pour les pĂȘcheries durables.

 

La majorité des pertes se fait sentir de deux façons, nous raconte "Les milliards engloutis" :

 

PremiĂšrement, l’épuisement des stocks se traduit par une rarĂ©faction de poissons Ă  pĂȘcher, et par consĂ©quent les coĂ»ts associĂ©s Ă  la recherche et Ă  la capture de ces poissons augmentent.

 

DeuxiĂšmement, la surcapacitĂ© extrĂȘme des flottilles de pĂȘches – souvent dĂ©crite comme "trop de pĂȘcheurs pourchassant trop peu de poissons" – veut dire que les bĂ©nĂ©fices Ă©conomiques de la pĂȘche sont dissipĂ©s par des investissements et des coĂ»ts d’opĂ©ration superflus. 

 

Le rapport souligne que le chiffre de 50 milliards de dollars reprĂ©sente une estimation prudente – il n’inclut pas les pertes liĂ©es Ă  la pĂȘche sportive, au tourisme et Ă  la pĂȘche illĂ©gale.

 

SurcapacitĂ© de pĂȘche

 

Bien avant l’augmentation des prix du pĂ©trole en 2008, la santĂ© Ă©conomique globale des pĂȘcheries maritimes Ă©tait en baisse.

 

L’accroissement des flottes, le dĂ©ploiement de technologies de pĂȘche de plus en plus efficaces, et l’augmentation de la pollution ainsi que la perte d’habitats ont contribuĂ© Ă  l’épuisement des stocks de poissons de par le monde. Les prises mondiales en mer stagnent Ă  environ 85 millions de tonnes par an depuis plus d’une dĂ©cennie. En attendant, le rendement des pĂȘcheries – mesurĂ© en termes de prise par pĂȘcheur, ou par bateau – a baissĂ©, alors mĂȘme que les technologies de pĂȘche Ă©taient amĂ©liorĂ©es et que l’effort de pĂȘche augmentait.

 

 «Il y a une importante surcapacitĂ© de la flotte mondiale», indique Kelleher. "Ces flottilles se font concurrence pour des ressources limitĂ©es, ce qui conduit Ă  une stagnation de la productivitĂ© et Ă  l’inefficacitĂ© Ă©conomique".

 

Le rapport poursuit en dĂ©clarant que si les stocks mondiaux de poissons Ă©taient reconstituĂ©s, environ la moitiĂ© de l’effort de pĂȘche actuel suffirait Ă  atteindre les prises actuelles.

 

Sous performance et coûts dissimulés

 

Selon la FAO, plus de 75 % des stocks mondiaux de poissons sont soit pleinement exploités ou surexploités.

 

Mais l’accent mis sur l’état des stocks a eu tendance Ă  masquer l’état encore plus critique de la santĂ© Ă©conomique des pĂȘcheries. "Les milliards engloutis" indique que lorsque les stocks de poissons sont pleinement exploitĂ©s, les pĂȘcheries qui en dĂ©pendent opĂšrent presque toujours en deçà de leur optimum Ă©conomique. Certaines pĂȘcheries peuvent mĂȘme perdre de l’argent alors qu’elles sont considĂ©rĂ©es comme durables d’un point de vue biologique.

 

Le rapport poursuit en dĂ©clarant qu’alors que beaucoup de pĂȘcheries sont profitables, au niveau mondial une majoritĂ© des activitĂ©s de pĂȘche sont artificiellement maintenues Ă  flot grĂące aux subventions. "Mondialement, pour chaque tonne de poisson capturĂ© il faut utiliser presque une demie tonne de gasoil – une grande partie de ce gasoil Ă©tant gaspillĂ©e du fait d’un effort de pĂȘche excessif."

 

"Actuellement, personne n’y gagne" dĂ©clare Rolf Willmaan, Cadre SupĂ©rieur pour la Planification des PĂȘches Ă  la FAO, et un des auteurs du rapport. "Les niveaux rĂ©els de revenu des pĂȘcheurs est en dĂ©clin, une grande partie de l’industrie  des pĂȘches n’est plus rentable, les stocks de poissons sont Ă©puisĂ©s et d’autre secteurs de l’économie payent les factures de ce secteur en difficultĂ©."

 

"Il y a deux moyens de récupérer ces milliards engloutis" nous dit le rapport.

 

PremiĂšrement, une rĂ©duction de l’effort de pĂȘche permettrait une augmentation de la productivitĂ©, de la rentabilitĂ©, et du bĂ©nĂ©fice Ă©conomique net. DeuxiĂšmement, rebĂątir les stocks de poissons mĂšnera Ă  une augmentation durable des rendements ainsi qu’à un abaissement de coĂ»ts de production.

 

Bénéfices pour les pays en voie de développement

 

Avoir des pĂȘcheries en bonne santĂ© Ă©conomique est fondamental, non seulement pour le rĂ©tablissement des stocks de poissons, mais aussi parce que cela amĂ©liore les moyens de subsistance des pĂȘcheurs, les exportations, la sĂ©curitĂ© alimentaire et la croissance Ă©conomique. Les pĂȘches maritimes ne reprĂ©sentent qu’une partie des 400 milliards de dollars de l’industrie mondiale des produits de la mer. NĂ©anmoins des pĂȘcheries Ă©conomiquement saines sont le fondement de la durabilitĂ© de l’approvisionnement ainsi que de la profitabilitĂ© des opĂ©rations de transformation et de distribution, spĂ©cialement dans les pays en dĂ©veloppement.

 

"Pour chaque emploi en mer, il y a trois autres emplois Ă  terre" note Willmann. "Le poisson est la principale source de protĂ©ine animale pour plus d’un milliard de personnes. C’est le gagne-pain de plus de 200 millions de personnes et 90% d’entre eux habitent dans des pays en voie de dĂ©veloppement."  

 

Des signes d’amĂ©lioration

 

L’aspect positif Ă  souligner est que des rĂ©formes, pour une bonne gouvernance du secteur, ont modifiĂ© la situation dans certaines pĂȘcheries, note "Les milliards engloutis".

 

"Le renforcement des systĂšmes de droits de pĂȘche est fondamental dans toute dĂ©marche pour rĂ©soudre les problĂšmes qui affectent le secteur" dĂ©clare Ragnar Arnason, Ă©conomiste des pĂȘches Ă  l’UniversitĂ© d’Islande et un des auteurs du rapport. Ragnar poursuit en utilisant des exemples d’expĂ©riences fructueuses en Islande, en Nouvelle ZĂ©lande, et en Namibie.

 

Le renforcement des droits d’usage, d’accĂšs, ou de propriĂ©tĂ© des pĂȘcheurs est une stratĂ©gie adoptĂ©e par de plus en plus d’organisations qui pensent qu’il faut crĂ©er des mesures incitatives afin de rendre les parties prenantes plus responsables. La promotion du principe des «droits de pĂȘches» fait partie d’une rĂ©solution de l’ASEAN sur les pĂȘches et la sĂ©curitĂ© alimentaire (Resolution on Sustainable Fisheries for Food Security for the ASEAN Region). En Afrique la DĂ©claration d’Abuja sur les PĂȘcheries et l’Aquaculture, qui fut adoptĂ©e par les chefs d’états prĂ©sents au Sommet NEPAD "Des Poissons pour tous" (Abuja, Nigeria, 25 aoĂ»t 2005), a Ă©galement approuvĂ© le principe des "droits de pĂȘches". La plus grande pĂȘcherie au monde, celle de l’anchois pĂ©ruvien, est elle aussi en train d’évoluer vers ce principe, et il y est mĂȘme proposĂ© qu’une assurance sociale soit créée pour les pĂȘcheurs.

 

"Les rĂ©formes de la gouvernance sont souvent politiquement difficiles, spĂ©cialement s’il s’agit de rĂ©duire les flottes de pĂȘche ou le nombre de pĂȘcheurs" indique Kelleher, "et les droits ainsi que le gagne-pain des pĂȘcheurs doivent ĂȘtre assurĂ©s quelles que soient les rĂ©formes."

 

"Les milliards engloutis: la justification Ă©conomique pour une rĂ©forme des pĂȘches" fut rendu possible grĂące au support de PROFISH, un partenariat de la Banque mondiale qui se penche sur les initiatives politiques menant Ă  des pĂȘches durables.





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