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« Moderniser le multilatéralisme et les marchés »

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Tel que préparé pour l'allocution

Assemblées annuelles

 

 

Conseil des Gouverneurs du Groupe de la Banque mondiale

 

Remarques de

 

 

Robert B. Zoellick

Président

Groupe de la Banque mondiale

 

Washington

 

13 octobre 2008

 

« Moderniser le multilatéralisme et les marchés » 

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Gouverneurs, Mesdames et Messieurs,

J’ai le plaisir de vous souhaiter la bienvenue Ă  ces AssemblĂ©es annuelles.  Je voudrais remercier tout particuliĂšrement notre PrĂ©sident, Monsieur Zoran Stavreski, et, de nouveau, Monsieur AgustĂ­n Carstens pour son rĂŽle Ă  la tĂȘte du ComitĂ© du dĂ©veloppement ainsi que pour son appui et son amitiĂ©. Je n’aurais pas pu espĂ©rer pouvoir m’appuyer sur un meilleur prĂ©sident durant ma premiĂšre annĂ©e.

Je tiens aussi Ă  mentionner mon Ă©minent collĂšgue, Monsieur Dominique Strauss-Kahn.   Nous travaillons en Ă©troite collaboration et je me fĂ©licite d’avoir un partenaire dotĂ© d’une telle expĂ©rience et profondeur de vue et aussi d’un sens de l’humour aussi fin.

Nous nous rĂ©unissons ici en des temps extraordinairement difficiles — caractĂ©risĂ©s par l’incertitude et l’insĂ©curitĂ©, et le risque que ces craintes ne nous Ă©loignent, au lieu de nous rapprocher, d’une mondialisation plus solidaire et durable. 

Les derniĂšres semaines ont fait de 2008 une annĂ©e marquĂ©e par l’instabilitĂ©. L’effondrement des marchĂ©s des capitaux, du crĂ©dit et du logement. Les tensions persistantes exercĂ©es par la chertĂ© des denrĂ©es alimentaires, des combustibles et des produits de base. Les anxiĂ©tĂ©s suscitĂ©es par l’économie mondiale.

 

Les gens souffrent. Les familles craignent les jours qui viennent.

 

D’abord en proie au dĂ©sarroi, elles sont gagnĂ©es par l’inquiĂ©tude, puis la colĂšre et enfin la peur. 

Ce sont lĂ  des rĂ©actions naturelles, comme on a pu l’observer dans les pays dĂ©veloppĂ©s. Les effets psychologiques de la crise se propageront dans le monde entier en mĂȘme temps que les rĂ©percussions financiĂšres et Ă©conomiques. Nous devons leur accorder l’attention qu’ils mĂ©ritent. 

 

La situation au mois d’octobre pourrait complĂštement changer la donne pour de nombreux pays en dĂ©veloppement. Une chute des exportations ainsi que des entrĂ©es de capitaux provoquera un flĂ©chissement des investissements. Le ralentissement de la croissance et la dĂ©gradation des conditions financiĂšres entraĂźneront la faillite d’entreprises et crĂ©eront des situations d’urgence dans le secteur bancaire. Pour certains pays, ces dĂ©rapages seront les prĂ©curseurs de crises de la balance des paiements. Comme c’est toujours le cas, ce sont les plus pauvres qui sont les moins Ă  mĂȘme de se dĂ©fendre.

 

Les événements survenus cette année sont un rappel à la réalité. Le multilatéralisme et les marchés traversent une sombre période.

 

Lorsque les prix alimentaires sont montĂ©s en flĂšche, les marchĂ©s agricoles ont commencĂ© Ă  se disloquer sous les pressions politiques. Une quarantaine de pays ont frappĂ© d’interdictions ou de restrictions les exportations de produits alimentaires, d’autres ont imposĂ© des contrĂŽles de prix et arrĂȘtĂ© les transactions. L’ONU a dĂ©ployĂ© des efforts considĂ©rables pour amener les pays Ă  doubler leurs contributions Ă  l’aide alimentaire destinĂ©e Ă  ceux qui sont le plus dans le besoin. La pauvretĂ©, la faim et la malnutrition ont empirĂ©.

 

Alors que le systĂšme agricole mondial s’est enlisĂ©, l’Organisation mondiale du commerce est partie Ă  la dĂ©rive dans des eaux dangereuses. Le cycle des nĂ©gociations de Doha a Ă©chouĂ©. 

 

Les nĂ©gociations sur les changements climatiques organisĂ©es dans le contexte de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques seront difficiles, et l’échec des nĂ©gociations Ă  l’OMC ne fera qu’aggraver la situation.

 

Les besoins augmentent, mais le systùme d’aide internationale ne soutient pas le rythme.

Les bailleurs de fonds apportent idĂ©es, Ă©nergie et ressources, mais ils peuvent compromettre l’adhĂ©sion nationale des pays en dĂ©veloppement et, partant, l’efficacitĂ© de l’aide. En 2006, ils ont procĂ©dĂ© Ă  plus de 70 000 transactions d’aide au titre de projets dont le montant s’est Ă©tabli, en moyenne, Ă  seulement 1,7 million de dollars. L’annĂ©e derniĂšre, les pays en dĂ©veloppement ont reçu, en moyenne, 260 visites de bailleurs de fond. Le Viet Nam en a comptĂ© 752.

 

Les gouvernements nationaux semblent de plus en plus prĂ©fĂ©rer accorder leur aide au nom de leur pays plutĂŽt que par le biais de mĂ©canismes multilatĂ©raux qui encouragent une action cohĂ©rente et favorisent l’obtention de l’adhĂ©sion locale. Globalement, le G-7 est loin d’avoir honorĂ© l’engagement qu’il a pris Ă  Gleneagles de renforcer son aide au dĂ©veloppement.

Les sociĂ©tĂ©s et les marchĂ©s des capitaux privĂ©s continueront d’ĂȘtre les principaux moteurs de la croissance et du dĂ©veloppement dans le monde. Toutefois, les systĂšmes financiers du monde dĂ©veloppĂ©, en particulier aux États-Unis, ont rĂ©vĂ©lĂ© des failles bĂ©antes aprĂšs avoir subi des pertes colossales.

 

L’architecture internationale conçue pour faire face Ă  ces situations craque et gĂ©mit sur ses fondations. 

 

Au cours des 20 derniĂšres annĂ©es, le G-7 a perdu la capacitĂ©, et peut-ĂȘtre la volontĂ©, de guider les politiques Ă©conomiques internationales

 

Un nouveau multilatéralisme

 

Alors mĂȘme que les États-Unis et le monde s’évertuent Ă  sortir de la crise actuelle, il nous faut contempler un avenir plus lointain : nous devons moderniser le multilatĂ©ralisme et les marchĂ©s pour servir une nouvelle Ă©conomie mondiale. 

 

Certains disent que la crise actuelle doit mobiliser toute notre Ă©nergie et toute notre attention. Mais, en 1944, les architectes de Bretton Woods ont posĂ© les fondations de l’avenir, tandis qu’ils combattaient encore les ennemis du passĂ©.

 

Pour nous, demain est déjà arrivé.

 

De nouvelles économies montent en puissance.

 

Les opĂ©rations de ces puissances en mouvement dans le cadre de l’économie mondiale en ont fait des « parties prenantes » d’un systĂšme mondial dont elles ont tirĂ© profit. 

 

Ces puissances montantes veulent se faire entendre. Elles veulent savoir quel rĂŽle elles pourront jouer dans la formulation de nouvelles rĂšgles pour l’économie mondiale. 

 

Les Ă©conomies dĂ©veloppĂ©es « parties prenantes » profitent de ces transformations — mais elles se sentent aussi menacĂ©es par elles. Les Ă©conomies en dĂ©veloppement en ascension offrent de multiples pĂŽles de croissance qui facilitent le redressement des pays dĂ©veloppĂ©s et leur ouvrent de nouvelles perspectives, mais ces mĂȘmes Ă©conomies sont aussi prĂ©sentĂ©es sous un jour alarmant par ceux qui cherchent Ă  semer un vent de panique. 

 

Si l’on considĂšre que leur taux de croissance moyen s’est Ă©tabli aux environs de 6,6 % entre 1997 et 2007, quelque 25 pays d’Afrique subsaharienne, qui comptent prĂšs des deux tiers de la population de la rĂ©gion, brossent un tableau qui permet d’escompter l’apparition d’un autre pĂŽle de croissance au cours des prochaines dĂ©cennies. Ce pourrait ĂȘtre une avancĂ©e majeure qui, non seulement contribuerait Ă  surmonter la pauvretĂ© et Ă  poursuivre le dĂ©veloppement, mais aussi permettrait Ă  des talents et Ă  des Ă©nergies multiples de se manifester. 

Mais cette avancĂ©e ne se produira pas si nous n’avons pas l’imagination et le courage nĂ©cessaires pour rĂ©sister, ici mĂȘme, Ă  un courant d’isolationnisme Ă©conomique et pour fournir l’impulsion qui aidera Ă  y parvenir. 

 

Nous devons adopter une nouvelle approche.

 

Lorsqu’il fonctionne de maniĂšre optimale, le multilatĂ©ralisme offre aux pays dĂ©sireux et Ă  mĂȘme de prendre ensemble des mesures constructives la possibilitĂ© de s’asseoir autour d’une table pour trouver des solutions.  Mais lorsqu’il est dysfonctionnel, la mondialisation peut recrĂ©er une Tour de Babel dans laquelle les intĂ©rĂȘts nationaux s’affrontent sans faire aucun gagnant.

 

La gĂ©nĂ©ration de Bretton-Woods nous a laissĂ© un double hĂ©ritage. Elle nous a lĂ©guĂ© des institutions internationales et des rĂ©gimes mondiaux bien dĂ©finis — plus ou moins performants et fonctionnels. Mais aussi, et surtout, elle nous a transmis les grands principes et la dĂ©termination intellectuelle et politique de mener une action multilatĂ©rale pour rĂ©soudre les problĂšmes qui peuvent se poser de maniĂšre Ă  en tirer des opportunitĂ©s nouvelles.

 

Le nouveau multilatĂ©ralisme que demande notre Ă©poque est probablement un rĂ©seau souple et non pas un systĂšme fixe. Il doit exploiter au maximum les points forts d’intervenants et d’institutions, publiques et privĂ©es,  d’organismes Ă  but lucratif et d’ONG de la sociĂ©tĂ© civile, dont les actions sont interconnectĂ©es.

 

Le nouveau multilatéralisme doit respecter la souveraineté nationale, tout en apportant des solutions aux problÚmes interconnectés qui transcendent les frontiÚres nationales.

 

Le nouveau rĂ©seau multilatĂ©ral doit ĂȘtre pragmatique. Sa mission fondamentale consiste Ă  promouvoir la coopĂ©ration en encourageant les intervenants Ă  Ă©changer leurs vues sur des questions d’intĂ©rĂȘt, nationales et internationales. Souvent, le simple fait de partager des informations marque un pas en avant.

 

Nous devons encourager la recherche d’intĂ©rĂȘts mutuels. Parfois, des incitations peuvent promouvoir ces derniers —et les institutions internationales peuvent catalyser l’action. La recherche de solutions concrĂštes Ă  des problĂšmes promeut une culture de coopĂ©ration. 

 

Notre nouveau multilatĂ©ralisme doit viser Ă  Ă©tablir un sentiment de responsabilitĂ© partagĂ©e de la santĂ© et du bon fonctionnement de l’économie politique mondiale. Cela signifie — principalement et fondamentalement — qu’il doit faire participer ceux qui ont beaucoup Ă  perdre ou Ă  gagner dans cette Ă©conomie, ceux qui sont prĂȘts Ă  partager les responsabilitĂ©s tout autant que les avantages de son maintien en bonne santĂ©.

 

Nous devons redĂ©finir le multilatĂ©ralisme Ă©conomique au-delĂ  du cadre traditionnel de la finance et du commerce. Aujourd’hui, l’énergie, les changements climatiques et la stabilisation d’États fragiles et sortant d’un conflit sont autant de problĂšmes Ă©conomiques. Ces questions rentrent dĂ©jĂ  dans le cadre du dialogue sur la sĂ©curitĂ© internationale et sur l’environnement. Elles doivent Ă©galement rentrer dans celui du multilatĂ©ralisme Ă©conomique.

 

 

Priorités

 

Un nouveau Groupe de coordination

 

 

Le nouveau multilatĂ©ralisme continuera de s’appuyer principalement sur le leadership national et sur la coopĂ©ration. La dimension nationale est importante.

 

Il nous faut un groupe restreint de ministre des finances qui assument la responsabilitĂ© d’anticiper les difficultĂ©s, d’échanger des informations et des points de vue, de s’enquĂ©rir de leurs intĂ©rĂȘts mutuels, de mobiliser les Ă©nergies pour rĂ©gler les problĂšmes, et, Ă  tout le moins, de gĂ©rer les diffĂ©rences.

 

Dans le domaine de la coopĂ©ration financiĂšre et Ă©conomique, nous devrions envisager la crĂ©ation d’un Groupe de coordination qui rĂ©unirait l’Afrique du Sud, l’Arabie saoudite, le BrĂ©sil, la Chine, l’Inde, le Mexique, la Russie, et les pays actuellement membres du G-7.

 

Les membres de ce Groupe de coordination reprĂ©senteraient plus de 70 % du PIB mondial, 62 % de l’énergie produite Ă  l’échelle de la planĂšte, les pays Ă©mettant le plus de carbone, les principaux bailleurs d’aide au dĂ©veloppement, les grands acteurs rĂ©gionaux, et les plus gros opĂ©rateurs sur les marchĂ©s internationaux des capitaux, des produits de base et des changes. 

 

Mais ce Groupe de coordination ne serait pas un G-14. Nous n’édifierons pas un nouveau monde en reconstruisant l’ancien. Ce groupe ne devrait pas compter un nombre de membres fixe, mais ĂȘtre souple et capable d’évoluer au fil du temps. Il pourrait accueillir de nouveaux membres, en particulier des pays dont l’influence grandissante va de pair avec la volontĂ© d’assumer leur part de responsabilitĂ©.

 

Ce nouveau Groupe de coordination devrait tenir des réunions et des vidéoconférences à intervalles réguliers pour promouvoir un sentiment de responsabilité collective. 

 

Le FMI et le Groupe de la Banque mondiale, Ă©ventuellement en collaboration avec l’OMC, peuvent apporter un appui Ă  ce Groupe de coordination. Nous pouvons identifier les nouveaux problĂšmes qui se posent, conduire des analyses, proposer des solutions et mettre nos États membres plus nombreux Ă  contribution pour former des coalitions qui s’attaquent aux dossiers Ă  traiter.

Les membres du Groupe de coordination devront toujours agir par l’intermĂ©diaire des institutions et des rĂ©gimes internationaux, auxquels participent d’autres États. Mais avec ce groupe restreint, les pays seraient plus susceptibles de collaborer pour s’attaquer Ă  des problĂšmes qui transcendent les frontiĂšres nationales.

 

Nous avons besoin d’un tel mĂ©canisme pour que les pays en situation d’échec ne soient plus abandonnĂ©s Ă  leur sort Ÿavec toutes les consĂ©quences que cela comporte aux plans humain, Ă©conomique et politique, pour eux-mĂȘmes et pour leurs voisins. Nous en avons besoin pour pouvoir anticiper les problĂšmes mondiaux, et non pas seulement pour remettre les choses en ordre aprĂšs coup. Nous en avons besoin pour cultiver l’habitude du dialogue et les relations de confiance qui doivent ĂȘtre Ă©tablies avant que la crise n’éclate. Nous en avons besoin pour forger des solutions multilatĂ©rales.

 

 

Finance internationale et développement

 

Nous avons vu le cÎté sombre de la mondialisation. Il nous faut maintenant en promouvoir les aspects positifs.

 

Cet effort devra commencer par une remise en ordre du systÚme de réglementation et de supervision financiÚre qui a failli à sa mission.

 

Nous devons nous demander pourquoi un aussi grand nombre d’institutions assujetties Ă  une rĂ©glementation et une supervision rigoureuses se sont fourvoyĂ©es. Tout modĂšle basĂ© sur les risques, indĂ©pendamment de son degrĂ© de complexitĂ© et de la supervision dont il fait l’objet, dĂ©pend fondamentalement des hypothĂšses sur lesquelles il repose. Que se passe-t-il lorsque ces hypothĂšses se rĂ©vĂšlent fausses ?

 

Les changements de situation qui dĂ©clenchent les dĂ©faillances dĂ©pendront de plus en plus des Ă©volutions de l’économie mondiale. C’est Ă  cause de cette interdĂ©pendance que la crise est internationale, c’est pourquoi les rĂ©formes devront ĂȘtre multilatĂ©rales. 

Le Forum de stabilitĂ© financiĂšre (FSF), prĂ©sidĂ© de maniĂšre Ă©mĂ©rite par Mario Draghi de la banque d’Italie, a commencĂ© Ă  s’attaquer Ă  ces problĂšmes. Or, ces questions de supervision financiĂšre devront ĂȘtre traitĂ©es dans un cadre multilatĂ©ral plus vaste, que ce soit sous la forme d’un Forum Ă©largi, de relations plus Ă©troites entre le FSF et le FMI, ou du Groupe de coordination.

 

Nous devons soutenir la mise en place par le FMI d’un systĂšme d’alerte prĂ©coce pour l’économie mondiale, qui soit axĂ© sur la prĂ©vention et pas seulement sur la solution des crises.

 

Les ondes de choc nĂ©es de la crise financiĂšre qui secoue les États-Unis et l’Europe se propageront Ă  travers l’économie mondiale. La dure rĂ©alitĂ© est que les pays en dĂ©veloppement doivent s’attendre et se prĂ©parer Ă  une chute des Ă©changes, des envois de fonds des travailleurs Ă©migrĂ©s et des investissements domestiques. 

 

Les pays dont la situation budgĂ©taire et la balance des paiements sont solides doivent ĂȘtre encouragĂ©s Ă  relancer la demande intĂ©rieure par la consommation et l’investissement. Mais il en est d’autres qui ont des dĂ©ficits budgĂ©taires bĂ©ants, des dĂ©ficits courants hasardeux, des problĂšmes de balance des paiements ou un secteur financier en danger, ou qui sont confrontĂ©s Ă  ces quatre difficultĂ©s Ă  la fois. Le FMI et les banques de dĂ©veloppement devront leur apporter une aide. 

 

Le nouveau multilatĂ©ralisme doit attacher autant de valeur au dĂ©veloppement mondial qu’à la finance internationale. 

 

Tout comme un portefeuille de placements diversifiĂ©, une Ă©conomie multipolaire est source de stabilitĂ© et d’opportunitĂ©s. Mais si nous voulons promouvoir une croissance plus solidaire et durable, il nous faut repenser l’aide.

 

Il y a deux semaines, aux Nations Unies, les partenaires internationaux ont mobilisé 16 milliards de dollars pour financer des projets de développement. Cet argent est essentiel, et il nous en faut davantage pour atteindre les objectifs de développement pour le Millénaire.

 

Mais il nous faut aussi voir les choses dans une optique plus large. Nous devons ĂȘtre Ă  l’écoute des Africains, qui sont de plus en plus nombreux Ă  nous dire qu’ils veulent avoir accĂšs Ă  des marchĂ©s et Ă  des opportunitĂ©s, et non dĂ©pendre de l’aide. Les capitaux et les marchĂ©s privĂ©s resteront les moteurs de la croissance. Au-delĂ  des projets et des programmes, nous devons rechercher de nouveaux moyens concrets de promouvoir le dĂ©veloppement.

 

Le Groupe de la Banque rĂ©oriente son action pour ne plus ĂȘtre principalement un organisme de prĂȘt mais devenir un prestataire de programmes financiers et de dĂ©veloppement adaptĂ©s pour surmonter la pauvretĂ© et aiguillonner la croissance.

 

Nous mettons aussi en place une plateforme d’investissement dans le cadre de l’IFC pour faciliter l’intermĂ©diation des prises de participation — et non pas de l’aide — des Fonds souverains afin d’offrir Ă  l’Afrique et Ă  d’autres rĂ©gions pauvres des opportunitĂ©s de croissance. Je fais rĂ©fĂ©rence ici Ă  la « Solution Ă  1 % » que j’ai proposĂ©e au printemps. 

 

La disponibilitĂ© de capitaux privĂ©s — en particulier de capitaux propres — sera dĂ©terminante pour la construction d’infrastructures, l’approvisionnement Ă©nergĂ©tique, le financement des entreprises et du commerce, et la promotion de l’intĂ©gration rĂ©gionale au sein d’une Ă©conomie mondiale ouverte. Nous allons dĂ©jĂ  dans cette direction.   En 2008, l’IFC a accordĂ© Ă  nos clients un montant d’investissements (syndications comprises) supĂ©rieur Ă  celui des prĂȘts de la BIRD ou de l’aide de l’IDA. Plus de 40 % des investissements de l’IFC sont allĂ©s Ă  des pays IDA cette annĂ©e.

Notre programme d’investissement dans les obligations en monnaie nationale des pays Ă©mergents (GEMLOC) a pour objet de catalyser le dĂ©veloppement de marchĂ©s  obligataires en monnaie nationale dans les pays Ă  marchĂ©s Ă©mergents et de faciliter les possibilitĂ©s d’investissement Sud-Sud.

 

Nous aidons nos clients — des petits agriculteurs aux autoritĂ©s nationales — Ă  gĂ©rer les risques de dĂ©veloppement grĂące Ă  des programmes d’assurance contre les catastrophes et les phĂ©nomĂšnes mĂ©tĂ©orologiques extrĂȘmes. Nous avons collaborĂ© avec le DFID Ă  la mise au point d’une transaction portant sur la gestion du risque climatique pour le compte du Malawi. GrĂące Ă  cette transaction, le Malawi peut recevoir jusqu’à 5 millions de dollars si un indice de pluviositĂ© tombe nettement en dessous de la moyenne historique. 

 

Nous développons nos opérations avec des entités infranationales pour pouvoir agir sur les causes profondes de la pauvreté au niveau local et renforcer la gouvernance et les prestations à tous les niveaux.  

 

Nous utilisons notre position de bilan et nos capacitĂ©s de financement conjuguĂ©es Ă  celles des bailleurs de fonds pour Ă©largir la gamme des aides possibles : de l’émission d’obligations vaccination sur le marchĂ© de dĂ©tail japonais Ă  la prise d’engagements anticipĂ©s d’acheter des produits pharmaceutiques qui n’ont pas encore Ă©tĂ© mis au point pour sauver des vies.

 

Maintenant que nous dirigeons vers de nouveaux domaines, dotĂ©s de nouveaux instruments, il nous faut devenir de meilleurs partenaires. C’est pourquoi nous intensifions nos travaux pour fournir un appui aux systĂšmes de santĂ©, en encourageant la poursuite d’innovations comme l’octroi de financements sur la base des rĂ©sultats et l’adoption de nouveaux modes de collaboration avec le secteur privĂ© et la sociĂ©tĂ© civile.  Il y a deux semaines, Ă  l’occasion de la rĂ©union de haut niveau de l’ONU sur la rĂ©alisation des objectifs de dĂ©veloppement pour le MillĂ©naire, nous nous sommes joints Ă  l’ONU, Ă  des gouvernements nationaux,   Ă  des donateurs non traditionnels, au secteur privĂ© et Ă  la sociĂ©tĂ© civile pour intensifier l’appui Ă  la lutte contre le paludisme et Ă  l’éducation primaire en apportant une contribution supplĂ©mentaire de la Banque de 2,6 milliards de dollars. 

 

Le nouveau multilatĂ©ralisme a aussi besoin de mĂ©canismes qui permettent de venir en aide beaucoup plus rapidement et efficacement aux plus vulnĂ©rables en temps de crise.  Juste aprĂšs que nous ayons lancĂ© cette idĂ©e Ă  l’occasion de nos RĂ©unions de printemps, alors que la crise alimentaire faisait durement sentir ses effets, la Banque mondiale a créé un nouveau mĂ©canisme de financement rapide de 1,2 milliard de dollars en faveur des populations menacĂ©es par la hausse des prix alimentaires — pour financer des programmes de nutrition, de repas scolaires, de fourniture de semences et d’engrais, et d’autres moyens de protection. Nous nous employons Ă  prĂ©sent Ă  Ă©largir la portĂ©e de ce mĂ©canisme pour en faire bĂ©nĂ©ficier ceux qui sont touchĂ©s par la hausse des prix des combustibles et carburants.  Les mĂ©canismes de cette nature, conçus pour contrer des vulnĂ©rabilitĂ©s, doivent ĂȘtre souples et rapides et ils doivent ĂȘtre alimentĂ©s par des financements rĂ©guliers sous forme de dons.

 

Le Groupe de la Banque mondiale doit aussi s’adapter plus rapidement Ă  l’évolution des besoins de ses clients et des intĂ©rĂȘts de ses actionnaires. Nous devons mieux faire cadrer notre structure de gouvernance avec les rĂ©alitĂ©s du XXIe siĂšcle.  Hier, nous sommes parvenus Ă  un accord sur un programme de rĂ©forme initial sur la voix, la participation et la responsabilitĂ©. C’est un premier pas, mais nous devons aller plus loin. Les administrateurs ont progressĂ© dans les travaux qu’ils consacrent Ă  la gouvernance de l’institution.

Je me fĂ©licite qu’Ernesto Zadillo ait acceptĂ© de prĂ©sider un ComitĂ© de haut niveau pour Ă©tudier la modernisation des structures de gouvernance du Groupe de la Banque mondiale, de sorte que nous puissions opĂ©rer de façon plus dynamique, efficace, efficiente et lĂ©gitime dans une Ă©conomie politique mondiale nouvelle.  J’ai demandĂ© Ă  Ernesto de collaborer avec nos collĂšgues du Fonds qui examinent les questions concernant le FMI.  En 1944, les architectes du systĂšme de Bretton-Woods ont saisi la chance qui s’offrait Ă  eux de construire un avenir diffĂ©rent. Nous ne saurions ĂȘtre moins ambitieux aujourd’hui. 

 

L’OMC et le systĂšme d’échanges internationaux

 

Les nĂ©gociations de Doha sur le commerce mondial Ă  l’OMC sont moribondes. Il est crucial que l’OMC et le systĂšme d’échanges internationaux ouvert ne soient pas enterrĂ©s avec elles. 

 

Les nĂ©gociations commerciales se poursuivront dans d’autres forums. Des travaux rĂ©cents montrent que les nĂ©gociations portant sur des accords de libre-Ă©change peuvent contribuer Ă  l’ouverture des marchĂ©s. Mais les accords de libre-Ă©change et les accords prĂ©fĂ©rentiels de nature restreinte peuvent nuire Ă  la libĂ©ralisation des Ă©changes mondiaux. Ces accords devraient ĂȘtre liĂ©s Ă  des disciplines mondiales. Et le systĂšme multilatĂ©ral reste le seul moyen de combattre les aides agricoles qui faussent les Ă©changes et qui reprĂ©sentent encore quelque 260 milliards de dollars par an dans les pays de l’OCDE.

 

Pour continuer de promouvoir la libĂ©ralisation des Ă©changes mondiaux, une solution serait de replacer l’aide Ă  la facilitation des Ă©changes dans le cadre d’un plan de dĂ©veloppement. Les possibilitĂ©s de rĂ©duction du coĂ»t   des Ă©changes vont bien au-delĂ  de ce qui peut ĂȘtre fait au niveau des droits ou des barriĂšres commerciales. Les indicateurs commerciaux et logistiques du rapport Doing Business de la Banque mondiale ont posĂ© un diagnostic prĂ©liminaire. Des organismes rĂ©gionaux comme l’APEC montrent la voie Ă  suivre.

 

Le Groupe de la Banque mondiale aide les pays Ă  simplifier et Ă  harmoniser les procĂ©dures et la documentation associĂ©es Ă  la chaĂźne d’approvisionnement. Nous travaillons actuellement Ă  l’élaboration d’un MĂ©canisme de facilitation des Ă©changes qui couvrira l’assistance technique, le renforcement des capacitĂ©s et la prĂ©paration de projets.  Nous pouvons appuyer aussi bien des projets de portĂ©e nationale qui rĂ©pondent aux besoins des pays clients que des projets de portĂ©e plurinationale qui peuvent faciliter l’intĂ©gration du commerce rĂ©gional.  Et  nous pouvons aider Ă  traduire dans les faits les engagements de facilitation des Ă©changes pris dans le cadre des accords commerciaux multilatĂ©raux et rĂ©gionaux.  

 

Un nouveau programme de dĂ©veloppement et d’aide Ă  la facilitation du commerce mettra  l’intĂ©rĂȘt qu’a chaque pays Ă  abaisser le coĂ»t des Ă©changes au service de l’intĂ©rĂȘt multilatĂ©ral qui est de promouvoir une plus grande intĂ©gration, des gains d’efficacitĂ© et davantage d’opportunitĂ©s, autrement dit de stimuler la croissance, de crĂ©er des emplois et de rĂ©duire la pauvretĂ©.

 

Il s’agit lĂ  d’un multilatĂ©ralisme qui avance Ă  pas concrets, partout oĂč c’est possible.

 

 

Énergie et changement climatique

 

Le nouveau rĂ©seau multilatĂ©ral doit Ă©galement considĂ©rer qu’énergie et changement climatique sont indissociables.

 

Les marchĂ©s Ă©nergĂ©tiques mondiaux sont en piteux Ă©tat. Les producteurs, qui craignent un effondrement des prix, hĂ©sitent Ă  investir. Les pays consommateurs veulent des prix plus bas, alors que des prix suffisamment Ă©levĂ©s encouragent la conservation et l’utilisation plus rationnelle de l’énergie, le recours Ă  des approvisionnements de substitution et la mise au point de nouvelles technologies. Et ce sont les pays et les populations les plus vulnĂ©rables, frappĂ©s de plein fouet par le renchĂ©rissement et la volatilitĂ© des prix ainsi que par le changement climatique, qui paient le prix de ce chaos total.

 

L’essentiel de la production de pĂ©trole est Ă  prĂ©sent contrĂŽlĂ©e par des compagnies pĂ©troliĂšres nationales. Ces fournisseurs ne rĂ©pondent pas aux signaux du marchĂ© de la mĂȘme maniĂšre que les producteurs privĂ©s.

 

Les principaux producteurs et consommateurs d’énergie doivent conclure un « marchĂ© mondial ». Il y a quelques annĂ©es, la Chine a proposĂ© que les principaux consommateurs d’énergie s’organisent pour traiter plus efficacement avec le cartel des producteurs. C’est une idĂ©e qui mĂ©rite d’ĂȘtre Ă©tudiĂ©e, mais dans une perspective plus large.

 

À tout le moins, les parties Ă  un tel « marché » devraient se communiquer les plans qu’elles ont Ă©tablis en vue d’accroĂźtre les approvisionnements, y compris en Ă©nergies de substitution ; de dĂ©gager  des gains d’efficacitĂ© et de rĂ©duire la demande ; de faciliter l’approvisionnement Ă©nergĂ©tique des pauvres ; et d’analyser leurs implications en ce qui concerne la production de carbone et le changement climatique.  Le Groupe de la Banque mondiale peut jouer un rĂŽle important en ce domaine.  L’annĂ©e derniĂšre, nos financements au titre de projets d’énergies renouvelable et de maĂźtrise de l’énergie dans les pays en dĂ©veloppement ont augmentĂ© de plus de 80 % pour atteindre USD 2,7milliards.

 

Ce « marché » consistera aussi, notamment, Ă  fournir aux pays en dĂ©veloppement la possibilitĂ© d’effectuer des investissements Ă  long terme pour rĂ©duire leur vulnĂ©rabilitĂ© au renchĂ©rissement et Ă  la volatilitĂ© des prix des carburants, tout en mettant en place des filets de sĂ©curitĂ© pour les pauvres. Sachant que moins d’un quart de la population d’Afrique subsaharienne a actuellement accĂšs Ă  l’électricitĂ©, des actions destinĂ©es Ă  amĂ©liorer cet accĂšs pour les plus dĂ©munis devront absolument ĂȘtre prises en complĂ©ment aux investissements dans des Ă©nergies propres.  De la mĂȘme maniĂšre que nous aidons ceux qui sont les plus vulnĂ©rables face Ă  la chertĂ© des denrĂ©es alimentaires en accroissant la production agricole, il nous faut aider ceux qui ne sont pas en mesure de faire face Ă  des prix de l’énergie Ă©levĂ©s et volatiles en amĂ©liorant le rendement et en rationnalisant l’utilisation de l’énergie, en offrant d’autres possibilitĂ©s d’approvisionnement et des technologies hors rĂ©seaux, et en appuyant la coopĂ©ration rĂ©gionale.  À la demande d’actionnaires, le Groupe de la Banque mondiale a entrepris d’élaborer une initiative destinĂ©e Ă  mettre l’énergie au service des pauvres pour aider les pays les plus dĂ©favorisĂ©s Ă  satisfaire leurs besoins Ă©nergĂ©tiques de maniĂšre efficace et durable. 

 

Nous pourrions envisager de pousser ce « marchĂ© mondial » plus loin. Les pays pourraient avoir collectivement intĂ©rĂȘt Ă  gĂ©rer une fourchette de prix qui concilie les intĂ©rĂȘts de tous, pendant la pĂ©riode de transition vers des stratĂ©gies de croissance Ă  plus faible intensitĂ© de carbone, un portefeuille d’approvisionnements plus diversifiĂ© et une sĂ©curitĂ© internationale renforcĂ©e.

 

Il pourrait Ă©galement se rĂ©vĂ©ler essentiel pour les nĂ©gociations sur les changements climatiques dans le cadre de la Convention-cadre des Nations Unies pour les changements climatiques de conclure des accords multilatĂ©raux sur les contrats Ă  terme dans le domaine de l’énergie pour que la tarification du carbone soit clairement Ă©tablie. 

 

Un accord dans le domaine des changements climatiques devra Ă©galement ĂȘtre soutenu par de nouveaux mĂ©canismes qui encouragent le boisement et qui permettent d’éviter la dĂ©forestation, qui soutiennent la mise au point de nouvelles technologies et leur diffusion rapide, qui fournissent un appui financier aux pays plus dĂ©favorisĂ©s et qui facilitent l’adaptation. Comme nous l’avons vu hier, durant le « petit-dĂ©jeuner de Bali », nous devons renforcer les marchĂ©s du carbone.  Le lancement par le Groupe de la Banque mondiale de deux nouveaux mĂ©canismes — le Fonds de partenariat pour la rĂ©duction des Ă©missions dues Ă  la dĂ©forestation et le Fonds carbone de partenariat — nous permet de fournir un appui aux clients souhaitant suivre des sentiers de croissance Ă  moindre intensitĂ© de carbone.

 

Il y a deux semaines, la Banque, afin de contribuer Ă  la mobilisation de ressources supplĂ©mentaires pour relever ces dĂ©fis, a organisĂ© une session consacrĂ©e Ă  des annonces de contributions qui a permis de lever 6,1 milliards de dollars auprĂšs de dix pays pour doter de nouveaux fonds d’investissements climatiques ; les pays en dĂ©veloppement peuvent utiliser ces ressources pour mener une action axĂ©e sur le changement climatique dans le cadre de leurs propres stratĂ©gies de dĂ©veloppement et de lutte contre la pauvretĂ©. 

 

 

États fragiles : SĂ©curiser le dĂ©veloppement

 

Plus que partout ailleurs, c’est dans les États fragiles ou sortant d’un conflit, dans lesquels vit le milliard d’habitants le plus pauvre, qu’un nouveau rĂ©seau multilatĂ©ral est nĂ©cessaire. 

 

Trop souvent, la communautĂ© du dĂ©veloppement traite les États fragilisĂ©s ou touchĂ©s par un conflit simplement comme des cas de dĂ©veloppement plus difficiles. Or, dans ce contexte, il ne faut plus se cantonner aux aspects analytiques du dĂ©veloppement, mais bien Ă©riger un nouveau cadre axĂ© sur le renforcement de la sĂ©curitĂ©, de la lĂ©gitimitĂ©, de la gouvernance et de l’économie. Il ne s’agit plus de concevoir la sĂ©curitĂ© ou le dĂ©veloppement au sens habituel de ces deux termes. 

 

Il s’agit de sĂ©curiser le dĂ©veloppement, c’est-Ă -dire d’assurer Ă  la fois la sĂ©curitĂ© des populations et le dĂ©veloppement, dans un premier temps pour faciliter le passage d’une situation de conflit Ă  un Ă©tat de paix, et ensuite pour faire de la stabilitĂ© une constante qui permette au dĂ©veloppement de prendre racine sur une dizaine d’annĂ©es et au-delĂ . Ce n’est qu’en sĂ©curisant le dĂ©veloppement que nous pourrons assurer des bases suffisamment solides pour briser l’engrenage de la fragilitĂ© et de la violence.

 

Nous n’avons encore qu’une comprĂ©hension limitĂ©e des meilleurs moyens de sĂ©curiser le dĂ©veloppement—d’intĂ©grer les questions de sĂ©curitĂ©, de gouvernance et d’économie pour avoir une action aussi efficace que possible. Les capacitĂ©s internationales font sĂ©vĂšrement dĂ©faut Ă  cet Ă©gard.

 

En fin de compte, ce sont les populations des États fragiles ou sortant d’un conflit qui sont le facteur le plus important. Mais l’aide multilatĂ©rale devra ĂȘtre grandement renforcĂ©e et s’inscrire beaucoup plus dans la durĂ©e pour aider les habitants de ces pays Ă  ne plus ĂȘtre des victimes et Ă  devenir les principaux agents du renouveau. 

 

À la Banque mondiale, nous nous employons Ă  forger de nouveaux et, je l’espĂšre, de meilleurs partenariats, notamment avec l’Organisation des Nations Unies. Un nouvel Accord entre l’ONU et la Banque mondiale sur les principes fiduciaires nous permettra de mener beaucoup plus rapidement des ripostes conjointes en cas de crise.  Nous nous employons Ă  faire progresser les opĂ©rations d’apurement des arriĂ©rĂ©s dont le besoin se fait cruellement sentir et nous mettons en place un nouveau Fonds d’édification de l’État et de consolidation de la paix de 100 millions de dollars pour appuyer une approche plus stratĂ©gique et plus novatrice des problĂšmes de conflit et de fragilitĂ©.  

Les six thÚmes stratégiques

 

Monsieur le Président,

 

L’annĂ©e derniĂšre, j’ai dĂ©fini les six thĂšmes stratĂ©giques devant guider les travaux du Groupe de la Banque mondiale   – les pays les plus pauvres, notamment en Afrique ; les États fragiles et sortant d’un conflit ; les pays Ă  revenu intermĂ©diaire ; les biens publics mondiaux et rĂ©gionaux ; l’élargissement des opportunitĂ©s pour le monde arabe ; et le renforcement du savoir et de l’apprentissage. 

 

Ces thĂšmes stratĂ©giques s’inscrivent en filigrane dans tous nos travaux. J’en ai donnĂ© quelques exemples aujourd’hui. 

 

Dans le contexte de ces six thĂšmes, nous devons continuer de systĂ©matiquement intĂ©grer la lutte contre la corruption et la promotion d’une bonne gouvernance dans toutes nos activitĂ©s.  Les citoyens ont raison de vouloir qu’une attention plus focalisĂ©e soit portĂ©e Ă  la gouvernance et Ă  la lutte contre la corruption. La corruption est un impĂŽt cruel – qui frappe principalement les pauvres. Nous devons lutter contre elle partout oĂč nous la rencontrons. 

 

Je suis reconnaissant Ă  Paul Volcker et aux membres de son groupe de leurs excellents travaux – et de leurs recommandations concrĂštes. Nous avons pris les mesures nĂ©cessaires pour mettre en Ɠuvre les recommandations du groupe et poursuivre nos efforts Ă  plus grande Ă©chelle — notamment en renforçant notre Service de dĂ©ontologie institutionnelle, en crĂ©ant une nouvelle unitĂ© de prĂ©vention et de conseil pour mieux diffuser et appliquer les leçons apprises, et en nommant un Conseil consultatif international pour appuyer de ses conseils notre nouveau vice-prĂ©sident.

 

Ces mesures dĂ©coulent de nos obligations fiduciaires. Mais elles ne s’y   limitent pas.  Nous devons forger une culture institutionnelle d’honnĂȘtetĂ©, d’intĂ©gritĂ©, et de confiance. Et nous devons encourager et aider nos clients — aussi bien les jeunes chargĂ©s de la passation de marchĂ©s que les premiers ministres et les prĂ©sidents   — Ă  Ă©pouser eux aussi cette culture.

 

 

Conclusion

Monsieur le PrĂ©sident, comme l’a rĂ©cemment fait remarquer un administrateur, depuis les AssemblĂ©es annuelles de l’annĂ©e derniĂšre, le Groupe de la Banque mondiale est passĂ© d’une situation de crise Ă  un rĂŽle de catalyseur. 

 

Maintenant, c’est le monde qui est en crise.  Le moment est venu pour le Groupe de la Banque de monter au crĂ©neau.

 

Nous avons une solide assise financiĂšre, d’importantes liquiditĂ©s, une expĂ©rience inĂ©galĂ©e d’envergure mondiale, et un personnel extraordinaire.

Pourtant, nous pouvons, nous devons faire mieux.

Le Groupe de la Banque mondiale donne le meilleur de lui-mĂȘme lorsqu’il exploite ses connaissances spĂ©cialisĂ©es, toujours remises en question et toujours renouvelĂ©es, du monde entier, investit dans les ĂȘtres humains, les marchĂ©s et les institutions et procĂšde Ă  des financements novateurs— sans jamais oublier, comme l’a soulignĂ© cette annĂ©e la Commission sur la croissance, qu’il n’existe pas de modĂšle unique du dĂ©veloppement. Les conditions qui rĂšgnent dans chaque pays sont uniques — et spĂ©ciales.  Nous devons avoir l’humilitĂ©, le pragmatisme et l’honnĂȘtetĂ© d’apprendre ce qui donne de bons rĂ©sultats — et de changer ce qui n’en produit pas.

Notre plus grand atout, dans cette entreprise, est le personnel du Groupe de la Banque mondiale qui, ici Ă  Washington et dans le monde entier, a travaillĂ© sans rĂ©pit cette annĂ©e avec nos clients et nos partenaires pour appuyer ces efforts.   En attirant des personnes hautement compĂ©tentes de plus d’une centaine de pays, nous nous employons Ă  montrer comment des individus venant d’horizons trĂšs diffĂ©rents et de cultures diverses peuvent, ensemble, former un groupe dont la contribution globale dĂ©passe trĂšs largement la somme de leurs contributions individuelles.

Je me fĂ©licite vraiment de bĂ©nĂ©ficier de la richesse de leur diversitĂ©. Je tiens Ă  les en remercier et Ă  leur dire combien je suis fier d’eux.

Nos institutions bĂ©nĂ©ficient Ă©galement de la prĂ©sence d’administrateurs rĂ©solus avec lesquels nous travaillons chaque jour. Ils nous donnent de prĂ©cieuses indications sur la marche Ă  suivre dans le cadre des efforts que nous dĂ©ployons pour rĂ©pondre aux besoins de nos clients, et je leur en suis reconnaissant.  

Pour conclure, Monsieur le Président, et mettre la situation en perspective : 

 

Si nous ne partageons pas mieux les opportunitĂ©s et les responsabilitĂ©s dans le cadre de la nouvelle Ă©conomie mondiale ; si nous nous focalisons uniquement sur les plans de sauvetage financiers sans nous prĂ©occuper de l’aspect humain ; si nous ne parvenons pas Ă  formuler des politiques internationales qui permettront Ă  un plus grand nombre de personnes et Ă  davantage de pays de faire partie du courant gĂ©nĂ©ral de l’activitĂ© Ă©conomique, nous ne bĂątirons pas une mondialisation solidaire et durable et notre monde ne sera pas stable — quelle que soit l’ampleur de nos plans de sauvetage financiers.

 

Les circonstances nous imposent de moderniser le multilatéralisme et les marchés. Cette nécessité est en fait une chance. Nous devons la saisir.

 

Je vous remercie

 


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