- La notion de citoyennetĂ© est au cĆur de la crise en CĂŽte d'Ivoire, oĂč un conflit armĂ© a Ă©clatĂ© en 2002
- Un accord de paix conclu en 2007 a mandatĂ© la modernisation de l'Ă©tat civil, et les Ă©lections prĂ©sidentielles ont Ă©tĂ© reportĂ©es en partie Ă cause des retards liĂ©s Ă lâidentification
- La Banque mondiale a fait don de 205 véhicules destinés aux administrateurs provinciaux qui jouent un rÎle clé dans le processus d'identification actuellement en cours
ABIDJAN, 24 novembre 2008â Une expression de joie et de soulagement pouvait se lire sur les visages de plus dâune centaine dâadministrateurs provinciaux qui, fin octobre dernier, se tenaient Ă cĂŽtĂ© des vĂ©hicules tout terrain quâils allaient bientĂŽt recevoir dans le parking du palais prĂ©sidentiel au centre-ville dâAbidjan, dans le cadre de la contribution de la Banque mondiale Ă lâassistance post-crise accordĂ©e Ă la CĂŽte-dâIvoire. Les 205 vĂ©hicules, dâune valeur de prĂšs de 6 millions de dollars, ont Ă©tĂ© offerts au gouvernement, au titre du Projet dâassistance post-conflit, pour appuyer la mise en place dâun systĂšme moderne dâenregistrement des actes dâĂ©tat civil. Un accord de paix signĂ© en 2007 prescrivait un programme de modernisation de l'Ă©tat civil, ainsi que la dĂ©livrance dâactes de naissance Ă ceux qui nâen avaient jamais eu ou dont les documents avaient Ă©tĂ© dĂ©truits pendant le conflit qui a Ă©clatĂ© en 2002. LâĂ©lection prĂ©sidentielle initialement prĂ©vue en novembre 2008 a, encore une fois, Ă©tĂ© reportĂ©e en partie en raison des retards enregistrĂ©s dans le processus dâidentification. Ces administrateurs, des sous-prĂ©fets, se serviront des vĂ©hicules reçus pour effectuer des tournĂ©es dans les villes et les villages, en vue dâinformer leurs administrĂ©s au sujet de la modernisation des registres dâĂ©tat civil et de les encourager Ă se faire Ă©tablir des cartes dâidentitĂ© ainsi quâĂ sâinscrire sur les listes Ă©lectorales. « Nous sommes si heureux de recevoir ces voitures. Elles faciliteront notre accĂšs aux rĂ©gions trĂšs Ă©loignĂ©es oĂč lâinfrastructure routiĂšre est souvent en piteux Ă©tat », a dĂ©clarĂ© Antoine Gbey, le sous-prĂ©fet de Worofla, localitĂ© situĂ©e Ă 400 km au centre-ouest du pays. Contrairement aux voitures ordinaires, les vĂ©hicules tout terrain peuvent circuler sur des voies difficilement praticables, telles que les routes inondĂ©es ou les chemins boueux. Selon Gnangny Pascal Dioulo, le sous-prĂ©fet de NoĂ©, ville situĂ©e Ă la frontiĂšre dâavec le Ghana voisin, ces vĂ©hicules seront utilisĂ©s Ă des fins qui iront au-delĂ du processus dâidentification pour sâĂ©tendre aux tĂąches de sensibilisation de la population aux problĂšmes de dĂ©veloppement, de renforcement de la cohĂ©sion sociale et dâexplication de lâaccord de paix qui est en vigueur depuis 2007. « Notre rĂŽle ne se limite pas uniquement Ă appuyer la modernisation des registres dâĂ©tat civil. Il comporte beaucoup dâautres dimensions, et pour tout cela nous sommes dĂ©sormais bien Ă©quipĂ©s. Sans ces vĂ©hicules, notre aptitude Ă remplir nos fonctions Ă©tait si limitĂ©e », a-t-il prĂ©cisĂ©. La Banque mondiale entend contribuer efficacement Ă la mobilitĂ© des autoritĂ©s locales participant aux efforts de reconstruction post-conflit, a indiquĂ© Madani M. Tall, Directeur des OpĂ©rations de la Banque en CĂŽte dâIvoire. « Nous avons pleinement repris notre coopĂ©ration et rĂ©activĂ© quatre projets suspendus dâune valeur de 104 millions de dollars. Nous avons par ailleurs engagĂ© quatre nouvelles opĂ©rations totalisant Ă peu prĂšs 662 millions de dollars dans divers secteurs comme la lutte contre le VIH/SIDA, les infrastructures urbaines, lâenvironnement, la rĂ©forme Ă©conomique et lâappui budgĂ©taire. Nous espĂ©rons intensifier nos opĂ©rations dans les annĂ©es Ă venir, si le contexte sociopolitique le permet », a-t-il ajoutĂ©. Lorsque Gbey avait pris service Ă Worofla en septembre 2007, lâune de ses premiĂšres tĂąches Ă©tait dâorganiser des « audiences foraines », qui sont des consultations publiques visant Ă Ă©tablir des actes de naissance Ă ceux qui nâen avaient pas. Pour ce faire, a-t-il expliquĂ©, il fallait effectuer de nombreux dĂ©placements dans les villages afin de sensibiliser les populations et dâassister les magistrats dans leur travail. Gbey, qui ne disposait alors dâaucun moyen de transport, avait dĂ» faire appel Ă Mamadou, un rĂ©sident de Worofla, qui lâamenait de village en village sur sa motocyclette. « Mamadou mâa Ă©tĂ© dâune si dâune grande aide », a-t-il dĂ©clarĂ© avec gratitude. Gbey avait fini par acquĂ©rir sa propre mobylette, car il Ă©prouvait de lâembarras, parce quâil en demandait trop Ă Mamadou. « Les jours de la mobylette sont dĂ©sormais derriĂšre nous », a-t-il constatĂ© avec soulagement. Lorsque Gbey est rentrĂ© Ă Worofla Ă bord de son vĂ©hicule tout terrain flambant neuf, les populations se sont ruĂ©es chez lui pour cĂ©lĂ©brer. Pendant la guerre civile de 2002-2003, les registres dâĂ©tat civil avaient Ă©tĂ© dĂ©truits dans certaines rĂ©gions et avaient disparu dans dâautres, surtout dans le nord contrĂŽlĂ© par les rebelles. Le projet soutenu par la Banque mondiale vise Ă reconstituer ces registres ainsi quâĂ moderniser et Ă prĂ©server les archives, ce qui contribuera Ă mettre fin aux diffĂ©rends sur la citoyennetĂ©, une notion qui a Ă©tĂ© au cĆur de la crise ivoirienne. Outre ces vĂ©hicules, la Banque mondiale aidera les pouvoirs publics Ă remettre en Ă©tat ou Ă construire prĂšs dâune centaine de sous-prĂ©fectures, pour un coĂ»t total de 9 millions de dollars. Le don dâassistance post-conflit de la Banque, qui se chiffre Ă 120 millions de dollars, a Ă©tĂ© approuvĂ© en juillet 2007. Il est destinĂ© Ă financer la rĂ©insertion Ă©conomique des ex-combattants et des jeunes vulnĂ©rables, ainsi que la remise en Ă©tat des infrastructures communautaires et le processus national dâidentification. Par Bakary Sanogo, SpĂ©cialiste en Communication, Banque mondiale, Abidjan, CĂŽte d' Ivoire |