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Les envois de fonds au secours des pays en développement

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  • Les envois de fonds à destination des pays en développement devrait connaître une forte progression en 2009-2010
  • Les pays en développement devraient tirer parti du potentiel de leur diaspora
  • Les envois de fonds sont de plus en plus considérés comme une source importante de financement du développement

24 novembre 2008 – Si la pauvreté a reculé au Népal au cours des dix années de guerre civile qui ont ravagé le pays, c’est en grande partie grâce aux fonds envoyés par les Népalais vivant à l’étranger. D’après le rapport "Nepal: Resilience Amidst Conflict" - PDF(a), le nombre de personnes vivant en-dessous du seuil de pauvreté a diminué de 11 % et en 2005, la mortalité infantile et maternelle, l’espérance de vie et les services de santé s’étaient considérablement améliorés, alors même que ce pays, le plus pauvre de l’Asie du Sud, était en proie à d’importantes difficultés politiques et économiques. Les chercheurs affirment que ces progrès ont été réalisés grâce aux fonds envoyés par les travailleurs népalais émigrés.

 

D’après l’économiste de la Banque mondiale Dilip Ratha, à l’heure où la crise financière internationale engendre un fléchissement considérable des financements et des investissements dans les pays en développement du monde entier, les envois de fonds sont de plus en plus considérés comme une source importante de financement du développement.

 

Selon l’Équipe chargée des migrations et des envois de fonds de la Banque mondiale, dirigée par M. Ratha, les transferts de fonds devraient moins souffrir de la crise que les flux de capitaux ou l’aide officielle d’ici 2010. D’après la nouvelle  fiche thématique de la Banque mondiale sur les migrations et les envois de fonds - PDF (a) , 200 millions de migrants environ devraient envoyer vers leur pays d’origine 283 milliards de dollars cette année, contre 265 milliards en 2007. Malgré le ralentissement de la croissance des envois de fonds, qui devrait passer de 6,7 % à 0,9 % en 2009, ces transferts dépasseront toujours de loin l’aide publique au développement, qui s’élève en moyenne à 100 milliards de dollars par an.

 

« Le phénomène de migration fait partie intégrante du développement, tant pour les pays développés que pour les pays en développement », déclare M. Ratha, co-auteur du Recueil de statistiques 2008 sur les migrations et les envois de fonds et de l’ouvrage « Innovative Financing for Development » (Des mécanismes de financement innovants pour le développement), tous deux récemment publiés. L’économiste suggère que les pays en développement devraient tirer parti du potentiel de leur diaspora, notamment par le biais d’obligations ou d’autres instruments financiers permettant de lever des capitaux.

 

Impact de la crise

 

En raison de leur relative stabilité, les envois de fonds sont désormais largement considérés comme une source de financement permettant d’atténuer les effets de la crise. M. Ratha fait remarquer qu’au cours des trois derniers mois, les demandes de données et d’évaluation concernant les transferts de fonds n’ont cessé d’affluer. Les envois de fonds constituent d’ores et déjà une partie importante du PIB de plusieurs pays, tels que le Tadjikistan (45 %), la Moldavie (38 %), Tonga (35 %), le Lesotho (29 %) et le Honduras (25 %).

 

On s’attend à ce que certains secteurs et certains couloirs d’envois de fonds soient davantage touchés par la crise, notamment les transferts liés au secteur de la construction, effectués des États-Unis vers le Mexique ou des États du Golfe vers des pays de l’Asie du Sud, de l’Afrique ou du Moyen-Orient.

 

Il est probable que le Mexique, à l’instar de l’Inde et de la Chine, reste parmi les trois premiers pays bénéficiaires des envois de fonds, bien que d’après les estimations de la Banque mondiale, les transferts vers ce pays devraient diminuer de 4,4 % en 2008. On prévoit un net ralentissement des flux d’envois de fonds vers l’Asie du Sud (passant d’une croissance supérieure à 16 % en 2008 à une croissance nulle en 2009), tandis que les flux vers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord devraient diminuer de près de 7 %.

 

Augmentation du pouvoir d’achat lié aux envois de fonds

 

Bien que le revenu des migrants soit affecté par le ralentissement économique, M. Ratha affirme que la baisse des prix des matières premières et la hausse du dollar ont conduit à une augmentation du pouvoir d’achat lié aux envois de fonds, en permettant aux travailleurs migrants d’envoyer moins de fonds sans que les pays bénéficiaires en soient lésés. Selon la fiche thématique sur les migrations et les envois de fonds, « malgré la diminution de la part des envois de fonds dans le PIB, la contribution des envois de fonds à la position extérieure des pays en développement devrait connaître une forte progression en 2009-2010 ».

 

Des études démontrent que les migrants travaillant dans certains secteurs gravement affectés par la crise, comme la construction, continuent d’envoyer des fonds vers leur pays d’origine en dépit de la baisse de leur revenu. La fiche thématique indique que, le montant moyen des envois de fonds effectués par les migrants mexicains demeure situé autour de 340 à 350 dollars depuis 2005. De plus, les travailleurs migrants originaires d’Amérique latine et des Caraïbes sont moins nombreux à avoir perdu leur emploi dans la construction que les travailleurs américains non hispaniques durant la période de ralentissement économique survenue en 2007-2008 aux États-Unis. Par ailleurs, M. Ratha souligne que, dans le monde entier, il existe une forte demande de personnel médical (médecins, infirmiers et aides-soignants), et qu’il est peu probable que des licenciements aient lieu dans ce secteur.

 

Des perspectives incertaines

 

Toutefois, d’après la fiche thématique, « l’avenir des envois de fonds est tout aussi incertain que celui de la croissance mondiale, du prix du pétrole et d’autres matières premières ainsi que des taux de change ».

 

Parmi les inconnues figure la réforme des politiques d’immigration : les pays vont-ils fermer leurs frontières aux travailleurs migrants ou les forcer à retourner dans leur pays d’origine ? « Les législations du travail sont déjà en train d’être modifiées. L’immigration est toujours perçue de façon plus négative en temps de crise économique », constate M. Ratha. « Le durcissement de la législation sur l’immigration a notamment pour effet d’allonger la durée des séjours à l’étranger des travailleurs immigrés : 18 mois environ pour les émigrés mexicains à l’heure actuelle, contre six mois il y a cinq ans », ajoute-t-il. « Je ne crois pas que le nombre de migrants contraints de retourner dans leur pays sera supérieur au nombre de travailleurs ayant récemment émigré, car ceux qui sont déjà à l’étranger disposent probablement d’un travail régulier et d’un logement. Ils seront sans doute moins affectés par la crise économique que les travailleurs nés dans le pays ».

 

Obligations souscrites par la main d’œuvre émigrée : une source de fonds potentielle

 

Dilip Ratha affirme que les pays en développement pourraient exploiter le potentiel de leurs travailleurs migrants, dont le nombre est relativement stable et les revenus souvent largement supérieurs au PIB de leur pays d’origine.

 

Depuis plus de 50 ans, Israël émet des obligations destinées à ses travailleurs émigrés, permettant ainsi de lever environ 800 millions de dollars par an. L’inde a également émis trois obligations similaires, levant ainsi 15 milliards de dollars.

 

M. Ratha a récemment exhorté les Philippines, le Kenya, le Pakistan et le Ghana à mettre en place de telles obligations en faveur de leurs travailleurs émigrés. « Si l’envoi de fonds constitue un moyen d’exploiter les revenus drainés par les migrants, ces obligations permettent de tirer parti de la richesse considérable de la diaspora à l’étranger », a-t-il affirmé.

 

D’après l’économiste, l’avantage de ces obligations réside dans le fait que « les migrants n’ont pas la même perception du risque relativement à leur pays d’origine que les investisseurs ». Tandis que l’objectif des investisseurs étrangers est de gagner de l’argent, les travailleurs émigrés envoient généralement des fonds dans leur pays d’origine afin de subvenir aux besoins de leur famille, ou pour des raisons philanthropiques. « Les travailleurs migrants ont pour objectif de rapatrier des fonds. Leur patriotisme et leur nostalgie peuvent les inciter à souscrire à ces obligations. Ils ont une vision plus positive de leur pays. De plus, ils ont besoin de disposer de devises locales et ne sont pas autant préoccupés par le risque de dévaluation que les autres investisseurs », explique M. Ratha.

 

 

 




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