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Des enseignants africains affichent courage et espoir dans leur combat personnel contre le VIH/Sida

Disponible en: English
  • Environ 122 000 enseignants d’Afrique subsaharienne vivraient avec le VIH
  • Courage and Hope (Courage et espoir), un nouveau rapport et un film du mĂȘme titre, raconte l’histoire de 12 enseignants sĂ©ropositifs
  • Les enseignants sont souvent Ă  l’avant-garde du combat menĂ© pour apprendre aux enfants Ă  Ă©viter le VIH/Sida

WASHINGTON, 8 dĂ©cembre 2008 — Pendant les nombreuses annĂ©es extrĂȘmement pĂ©nibles qui se sont Ă©coulĂ©es depuis la dĂ©couverte du VIH aux États-Unis en 1981, ce virus s’est propagĂ© inexorablement sur tous les continents et dans toutes les communautĂ©s, et il a profondĂ©ment influencĂ© notre conception de la santĂ©, de la politique et de la culture Ă  l’échelle mondiale. Pour nombre de personnes toutefois, cette maladie reste un sujet trop polarisant et honteux pour ĂȘtre abordĂ© ouvertement.

Un nouveau rapport et un documentaire du mĂȘme titre financĂ©s par la Banque mondiale et lancĂ©s le 3 dĂ©cembre lors d’un sommet sur le Sida tenu Ă  Dakar (SĂ©nĂ©gal), relatent les expĂ©riences personnelles de 12 enseignants africains qui ont offert de parler ouvertement de leur combat contre le VIH.

D’aprĂšs « Courage and Hope: Stories from Teachers with HIV in Sub-Saharan Africa » (Courage et espoir : tĂ©moignages d’enseignants porteurs du VIH en Afrique subsaharienne), quelque 122 000 enseignants vivraient avec le VIH dans la rĂ©gion, et la grande majoritĂ© d’entre eux ne s’étant pas fait tester, ignorent le stade d’évolution de la maladie, un facteur clĂ© de l’efficacitĂ© du traitement.

MĂȘme les enseignants qui ont consenti Ă  se faire interviewer en vue du rapport de la Banque mondiale n’ont utilisĂ© que leurs prĂ©noms, bien que quatre courageux hommes et femmes aient acceptĂ© d’ĂȘtre filmĂ©s pour le documentaire.

Lutte contre la stigmatisation

En dĂ©pit du fait que l’on possĂšde une connaissance Ă©tendue du VIH dans tous les pays africains couverts par le rapport —Burkina Faso, Cameroun, Ghana, Kenya, Mozambique, Rwanda, SĂ©nĂ©gal, Tanzanie et Zambie —, les enseignants ont dĂ©clarĂ© que la stigmatisation et la discrimination demeurent les caractĂ©ristiques majeures de la rĂ©action communautaire face au VIH, et constituent une entrave Ă  l’accessibilitĂ© et Ă  la fourniture des soins, du soutien et du traitement.

« Le VIH ne tue pas. Ce sont la stigmatisation et la discrimination associées au virus qui tuent », explique Beldina Atieno, enseignante kényane de 38 ans, qui a appris à ses dépens à faire face à la discrimination aprÚs avoir été répudiée par son mari, perdant ses enfants et son travail.

Avant qu’Atieno ne perde son poste d’enseignante, ses collĂšgues avaient pris l’habitude de briser ses tasses et de vider ses bouteilles de jus dans l’évier. RamenĂ©e au monde des vivants par la thĂ©rapie antirĂ©trovirale, elle a retrouvĂ© son emploi et montre son attachement renouvelĂ© Ă  la vie en aidant ses jeunes Ă©lĂšves Ă  rester Ă  l’abri du VIH, tout en conseillant Ă  ses collĂšgues enseignants de se faire dĂ©pister.

Une nouvelle vie

« Mon seul dĂ©fi est de trouver un moyen d’amener les enseignants Ă  connaĂźtre leur statut sĂ©rologique, afin que les sĂ©ronĂ©gatifs le demeurent et que les sĂ©ropositifs puissent vivre de façon positive », a indiquĂ© Atieno. « J’ai fait comprendre aux gens qu’une sĂ©rologie positive marque simplement le dĂ©but d’une nouvelle vie. Les problĂšmes auxquels j’étais confrontĂ©e auparavant, la discrimination par exemple, relĂšvent aujourd’hui du passĂ© — je les ai surmontĂ©s ».

Margaret Wambete de l’Association des enseignants sĂ©ropositifs du Kenya, dont l’histoire a inspirĂ© « Courage and Hope », dit vouloir aider ses Ă©lĂšves et les jeunes enseignants de demain Ă  tirer par eux-mĂȘmes des enseignements de l’expĂ©rience de sa vie.

« Lorsque les jeunes enseignants entreront dans la profession demain, je ne serai plus là
 je me rĂ©jouis au moins Ă  l’idĂ©e que d’autres, faisant fond sur tout ce que j’ai accompli, prendront le relais du combat et maintiendront le cap. J’en suis trĂšs heureuse », a confiĂ© Wambete Ă  l’équipe de tournage du documentaire.

Comment tout a commencé

Don Bundy, spĂ©cialiste principal de l’éducation et du VIH au sein du RĂ©seau du dĂ©veloppement humain de la Banque mondiale, a encouragĂ© l’institution et le Partenariat pour le dĂ©veloppement de l’enfance (Partnership for Child Development) Ă  financer « Courage and Hope », aprĂšs avoir Ă©coutĂ© l’intervention de Wambete lors d’un sommet sur l’éducation tenu au Gabon en 2006. Dans son discours, l’oratrice racontait comment, grĂące Ă  de miraculeux mĂ©dicaments antiSida, des enseignants sĂ©ropositifs regagnaient leurs postes et jouaient dĂ©sormais un rĂŽle moteur dans la lutte contre le VIH/Sida.

« On assiste Ă  un processus des plus Ă©tonnants avec ces enseignants
 dĂ©couvrant pour la premiĂšre fois qu’ils sont sĂ©ropositifs, ils sont profondĂ©ment abattus, puis ils sont rejetĂ©s par leurs anciens amis, leurs parents et leur communauté  mais lorsqu’ils commencent le traitement, ils renaissent Ă  la vie, retrouvent leurs salles de classe et s’adonnent Ă  leur travail avec plus de passion et de dĂ©vouement que jamais », a prĂ©cisĂ© Bundy. « Ce type d’appui apportĂ© aux enseignants aide Ă  prĂ©server la main-d’Ɠuvre qualifiĂ©e et Ă  donner aux jeunes, comme modĂšles Ă  suivre, des adultes crĂ©dibles », a-t-il ajoutĂ©.

Selon Bundy et Elizabeth Lule, sa collĂšgue de longue date et responsable du programme ActAfrica — la rĂ©ponse de la rĂ©gion Afrique de la Banque mondiale au VIH/Sida —, ces derniĂšres annĂ©es, le secteur Ă©ducatif a jouĂ© un rĂŽle de plus en plus important dans la prĂ©vention du VIH. Les enfants d’ñge scolaire, relĂšvent-ils, constituent le segment de la population affichant les plus faibles taux d’infection au VIH, et mĂȘme dans les pays les plus touchĂ©s, la grande majoritĂ© des Ă©lĂšves ne sont pas infectĂ©s.

Une vie possible sans le Sida

Il est possible, pour ces enfants, de vivre Ă  l’abri du Sida s’ils peuvent acquĂ©rir des connaissances, des compĂ©tences et des valeurs qui les aideront Ă  se protĂ©ger tout au long de leur vie. Offrir aux jeunes, en particulier aux filles, une Ă©ducation, vĂ©ritable « vaccin social », revient Ă  leur donner une possibilitĂ© rĂ©elle d’avoir une vie productive, sans VIH.

« Les enseignants sont Ă  l’avant-garde des efforts visant Ă  faire acquĂ©rir Ă  leurs jeunes Ă©lĂšves des connaissances sur la prĂ©vention du VIH et pourtant, parce que tout le monde a une si haute opinion d’eux, ils peuvent finir par essuyer de lourds reproches et rĂ©criminations de la part des parents, des autoritĂ©s villageoises et d’autres enseignants s’ils contractent le VIH », explique Lule, spĂ©cialiste de la santĂ© gĂ©nĂ©sique et des adolescents.

La plus grande fĂ©dĂ©ration mondiale des syndicats d’enseignants, l’Internationale de l’Éducation, a collaborĂ© Ă  l’élaboration de l’ouvrage et s’est fĂ©licitĂ©e de la rĂ©alisation de ce nouveau documentaire qui montre le professionnalisme des enseignants et leur aptitude Ă  surmonter l’adversitĂ©, dans leur dĂ©sir de retrouver leur emploi et de transmettre Ă  leurs jeunes Ă©lĂšves les prĂ©cieuses leçons de leur vie.

« Cela prouve que le courage et l’espoir sont plus forts que le VIH/Sida, et que les enseignants et leurs syndicats doivent s’organiser afin que l’espoir — et non le virus — triomphe Ă  la fin », a dĂ©clarĂ© Gaston De la Haye, consultant senior Ă  l’Internationale de l’Éducation Ă  Bruxelles. « Les enseignants qui apparaissent dans la vidĂ©o apportent la preuve que l’éducation est le meilleur vaccin social contre le VIH/Sida », a-t-il conclu.

Le documentaire a Ă©tĂ© projetĂ© simultanĂ©ment Ă  la ConfĂ©rence internationale sur le Sida et les infections sexuellement transmissibles en Afrique tenue Ă  Dakar et au festival cinĂ©matographique organisĂ© par l’ONUSIDA Ă  GenĂšve (Suisse) Ă  l’occasion de la JournĂ©e mondiale du Sida


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