- Les petits et microcrédits ont considérablement amélioré la qualité de vie de millions de personnes pauvres
- Les institutions de microfinancement sont soumises à une pression croissante du fait de l’épuisement ou du coût trop élevé des capitaux étrangers
- Ce nouveau fonds fournira jusqu’à 500 millions de dollars à plus de 100 institutions établies dans 40 pays. 60 millions d’emprunteurs pourront en bénéficier.
12 février 2009 —Devayanai travaillait dans les champs, dans l’État du Tamil Nadu (a), au sud de l’Inde. Jusqu’à ce qu’elle obtienne un prêt de 15 000 roupies (307 dollars) pour acheter une vache. Aujourd’hui, le lait qu’elle vend lui rapporte autant que son ancien travail, rémunéré à la journée. « Maintenant, dit-elle, je peux travailler chez moi et être avec les enfants. » Le fait de recevoir un petit, voire très petit prêt a beaucoup amélioré la qualité de vie de millions de personnes dans le monde entier. Mais certaines institutions de microfinancement qui prêtent de l’argent aux personnes ayant de faibles revenus, et peu ou pas de garanties, sont soumises à une pression croissante. Â
Les capitaux étrangers, abondants par le passé, se sont taris ou sont devenus trop coûteux du fait de la crise financière qui sévit dans le monde entier. Â
Au cours des 18 prochains mois, les besoins de refinancement des institutions de microfinancement devraient atteindre au moins 1,8 milliard de dollars, mettant en danger les 150 millions de clients (pauvres pour la plupart) de ces établissements, selon l’IFC  (l’institution de la Banque mondiale chargée du secteur privé).
Le Groupe de la Banque mondiale et l’Allemagne engagent des fonds
En réponse, l’IFC et la banque de développement allemande KfW ont lancé, le 5 février, un nouveau mécanisme de soutien au secteur de la microfinance pour aider les institutions confrontées à un manque de ressources financières.
Le Mécanisme de renforcement de la microfinance devrait fournir jusqu’à 500 millions de dollars à plus de 100 institutions réparties dans 40 pays.
L’argent permettra d’aider ces institutions à refinancer les prêts et à accéder à la demande de 60 millions d’emprunteurs.
La contribution initiale de l’IFC s’élève à 150 millions de dollars, celle de la KfW à 130 millions de dollars. Les deux organisations s’efforcent, en collaboration avec de nombreux autres partenaires, notamment le gouvernement allemand, de mobiliser des fonds supplémentaires pour financer ce mécanisme.
Lors du lancement à Berlin de ce mécanisme, la ministre allemande de la Coopération économique et du Développement, Heidemarie Wieczorek-Zeul, a souligné que « les microcrédits comptent parmi les instruments de développement les plus efficaces ». « Les institutions de microfinancement font un travail remarquable partout dans le monde. Nous ne pouvons pas laisser la crise financière et économique mondiale mettre en danger leur travail », a-t-elle ajouté.
Le secteur de la microfinance résiste encore bien
Par le passé, les institutions de microfinancement ont montré une meilleure résistance que d’autres institutions financières en temps de crise. Elles constituent le seul accès au financement pour des millions de personnes à faible revenu. Les clients ont donc plutôt tendance à prendre leurs prêts au sérieux et veillent à les rembourser consciencieusement.
Selon l’IFC, l’industrie de la microfinance continue à bien fonctionner et les institutions de microfinancement conservent des portefeuilles sains. L’un des investisseurs majeurs dans la microfinance, l’IFC, a engagé plus d’un milliard de dollars dans ce secteur et compte engager 1,2 milliard de dollars pour l’exercice 2009, un chiffre prévu initialement pour l’année suivante.
Toutefois, l’ampleur, la gravité et la portée de la crise actuelle représentent un risque réel, notamment pour les institutions qui dépendent du financement des banques locales et internationales. Les institutions d’Europe de l’Est, d’Asie centrale, d’Amérique latine et des Caraïbes sont particulièrement touchées par le resserrement du crédit.
Le portefeuille à risque (le pourcentage d’emprunteurs ayant des arriérés de plus de 30 jours) pour les 150 institutions les plus importantes est passé de 1,2% avant la crise à 2-3 % aujourd’hui.
L’étude réalisée par le CGAP (Groupe consultatif d’aide aux populations les plus pauvres) révèle l’impact des crises sur la microfinance
Par ailleurs, les personnes pauvres, touchées par la montée des prix des aliments et du carburant, ont également retiré leurs économies et ont beaucoup de mal à rembourser leurs prêts, ainsi que l’explique Elizabeth Littlefield, Présidente-directrice générale du CGAP (a), un partenariat multi-donateurs de soutien à la microfinance travaillant à la Banque mondiale. Elle cite pour preuve une étude du CGAP portant sur les institutions de microfinancement, menée en août 2008.
« Bien que le secteur de la microfinance ait encore des bases solides, la crise va avoir des répercussions, aussi bien pour les institutions que pour leurs clients. À long et moyen terme, une récession mondiale risque d’avoir des effets désastreux pour les populations pauvres », a déclaré Mme Littlefield en novembre sur le blog du CGAP (a).
Le mécanisme fait partie d’un ensemble de mesures
Le mécanisme de soutien au secteur de la microfinance s’inscrit dans un ensemble d’initiatives visant à protéger les pays en développement des pires effets de la récession. Ces initiatives incluent la recherche de fonds pour recapitaliser les banques, faciliter le commerce et développer les infrastructures.
Le Président de la Banque mondiale, Robert B. Zoellick, a également demandé que 0,7% des plans de relance des pays développés soient affectés à un Fonds vulnérabilité.
Ce fonds de fonds permettrait d’accélérer le financement des programmes de protection sociale de la Banque mondiale, des Nations-Unies et des banques régionales de développement. Il poserait en outre les bases d’un développement futur. Â
Le nouveau mécanisme de soutien au secteur de la microfinance apportera des fonds essentiels pour s’assurer que ce dernier « continue à stimuler la croissance, à créer des emplois et à faire reculer la pauvreté dans les marchés émergents. »
« Il est important de veiller à ce que le resserrement du crédit n’étouffe pas les petites entreprises ni les institutions de microfinancement », insiste M. Zoellick. « Nous devons au contraire faire notre possible pour développer le crédit dans ces secteurs ». |