- Une enquĂȘte rĂ©vĂšle que la plupart des petits agriculteurs au SĂ©nĂ©gal ne connaissent pas la surface rĂ©elle de leur domaine
- Cette erreur dâapprĂ©ciation conduit au surendettement, Ă la surfertilisation, et Ă des difficultĂ©s dans lâobtention du crĂ©dit
- Une entreprise locale ambitionne de donner une bouffĂ©e dâair frais aux producteurs en faisant recours Ă la technologie GPS
DAKAR, 1er mars 2009â A la question « Quelle est la superficie de votre champ? », la majoritĂ© des agriculteurs dans la zone maraichĂšre des Niayes, sur la cĂŽte Atlantique nord du SĂ©nĂ©gal, donne une rĂ©ponse fausse. Câest ce que rĂ©vĂšle une Ă©tude de Manobi (opĂ©rateur sĂ©nĂ©galais de services NTIC Ă valeur ajoutĂ©e) qui dĂ©montre que les agriculteurs nâont pas une connaissance suffisamment prĂ©cise de la superficie agricole de leur exploitation et quâils ont une tendance forte Ă surestimer. En effet, note le rapport, lâerreur moyenne avoisine 40% de la superficie rĂ©elle de la parcelle et concerne principalement les petites exploitations agricoles. Pour arriver Ă cette conclusion, les auteurs ont demandĂ© Ă lâagriculteur la surface de son exploitation, soit 310 personnes pour 373 parcelles dans 6 communautĂ©s rurales. Ensuite, ils ont calculĂ© la surface rĂ©elle mesurĂ©e dâaprĂšs des relevĂ©s GPS, avec une prĂ©cision Ă 0,01 ha. Sur lâensemble de ces parcelles, la surface mesurĂ©e par GPS (474,5 ha) est inferieure de 4,1 % par rapport Ă la surface indiquĂ©e par les exploitants. En fait, la moyenne des erreurs est 0,55 ha par parcelle, car 82% des exploitants dĂ©clarent une superficie erronĂ©e de plus de 10 %, soit 1.000 mĂštres carres pour 1 ha, en plus (62%) ou en moins (32%). Analysant, cette situation, les auteurs de lâĂ©tude jugent que la non maitrise du premier facteur de production quâest la terre entraĂźne une cascade dâerreurs. Ainsi, estime Daniel Annerose, Directeur gĂ©nĂ©ral de Manobi, lâagriculture sĂ©nĂ©galais voit ses coĂ»ts de productions surĂ©valuĂ©es et ses rendements sous-Ă©valuĂ©s. « En prenant du crĂ©dit auprĂšs des banques commerciales, sur des bases erronĂ©es quant la superficie exploitĂ©e, lâagriculture sâendettent plus que de raison par rapport ses revenus rĂ©els enfin de campagne », a-t-il soulignĂ©. Prenant exemple sur la Caisse nationale de crĂ©dit agricole du SĂ©nĂ©gal(Cncas), il a estimĂ© que les 12 milliards francs CFA quâil alloue chaque annĂ©e aux agriculteurs entrainent ainsi un surendettement de prĂšs de 4,75 milliards Ă cause dâune mauvaise Ă©valuation des superficies, ce qui fait une « mal allocation » de 23,5 milliards tous les cinq ans. Rapportant le mĂȘme calcul sur Grande offensive agricole pour la nourriture et lâabondance (Goana), programme du gouvernement du SĂ©nĂ©gal lancĂ© en avril 2008, M. Annerose considĂšre quâil Ă©tait possible dâĂ©conomiser 82 milliards sur les 210 milliards de FCFA dĂ©pensĂ©es en engrais et les produits phytosanitaires. En effet, intrants â notamment les semences et les produits phytosanitaires â qui demandent une utilisation optimale sont en gĂ©nĂ©rale en quantitĂ©s bien supĂ©rieures ce qui influe nĂ©gativement sur les rendements mais aussi sur lâenvironnement avec un surcroit de pesticide dĂ©versĂ©e sur les terres arables. Un exploitant agricole dira dâailleurs quâil de se retrouver chaque annĂ©e avec une quantitĂ© apprĂ©ciable de semences non utilisĂ©e quâil essaie de vendre dans les marches locaux ! Selon M. Annerose, en faisant un calcul sur les surface arables au SĂ©nĂ©gal, « on peut Ă©valuer que pour les 2,5 millions dâha cultivĂ©s au SĂ©nĂ©gal (source FAO), Ă environ 300 milliards de Francs CFA lâĂ©conomie rĂ©alisable par une simple apprĂ©ciation correction des surfaces rĂ©elles mises en valeur au SĂ©nĂ©gal », autant dâargent pouvant ĂȘtre rĂ©injectĂ©s dans le secteur agricole pour en amĂ©liorer les performances. De lâavis de M. Cheikh Ngane, PrĂ©sident de lâOrganisation Nationale des Producteurs Exportateurs de Fruits et LĂ©gumes du SĂ©nĂ©gal (ONAPES), la mĂ©connaissance du foncier exploite induit de graves distorsions dans la chaine de compĂ©titivitĂ© des produits agricoles sĂ©nĂ©galais qui dot pourtant rĂ©pondre aux normes de lâUnion europĂ©enne son principale marchĂ©. Comme son homologue de lâUnion des maraĂźchers des Niayes, M. Mamadou Ndiaye, il estime que lâĂ©tude doit ĂȘtre Ă©tendue pur permettre une cartographie juste des terres mises en valeur car ont-il estime, « on doit arrĂȘter de fixer les couts de productions de la tomate et de lâoignon ainsi que les quantitĂ©s produites en prenant comme base de calcul des superficie qui ne reflĂštent pas le rĂ©alitĂ© et qui, en plus, sont gĂ©nĂ©ralement surĂ©valuĂ©es ». Cependant, en interrogeant M. Malick Ndiaye, Directeur du CrĂ©dit et du RĂ©seau Ă la CNCAS, il faut relativiser les consĂ©quences de cette mĂ©connaissance des superficies. En fait, assure-t-il, dans les zones irriguĂ©es (VallĂ©e du Fleuve SĂ©nĂ©gal et AnambĂ©) et dans les zones cotonniĂšres, les surfaces sont maitrisĂ©es du fait de la prĂ©sence de sociĂ©tĂ©s Ă©tatiques dâencadrement comme la SociĂ©tĂ© Nationale d'AmĂ©nagement et d'Exploitation des Terres du Delta du Fleuve SĂ©nĂ©gal (Saed) et la SociĂ©tĂ© de dĂ©veloppement des fibres textiles (Sodefitex). « Câest plutĂŽt dans les zones sĂšches, dans le bassin arachidier et dans les Niayes que le problĂšme de la mĂ©connaissance se poserait rĂ©ellement ». Evidemment, reconnait M. Ndiaye, cette mauvaise estimation de la surface a des incidences sur les demandes de crĂ©dits. « Il est vrai que dans la dĂ©cision dâoctroyer du crĂ©dit nous ne descendons pas sur le terrain pour faire des relevĂ©es topographiques prĂ©cises, mais nous nous basons sur notre expĂ©rience dâagroĂ©conomiste mais aussi sur les dĂ©clarations de lâexploitant qui connait, par expĂ©rience, ses besoins en intrants pour une production donnĂ©e». Il reconnait cependant que connaitre prĂ©cisĂ©ment les surfaces exploitĂ©es, facilite le calcul du risque liĂ© au crĂ©dit pour une institution de financement. De lâavis de Mme NdĂšye Coura Diop, spĂ©cialiste du Suivi-Ăvaluation dans le Projet de dĂ©veloppement des marchĂ©s agricoles au SĂ©nĂ©gal (PDMAS, financĂ© par la Banque mondiale), « la mise en place dâun systĂšme dâinformation fiable, utilisant les TIC sâavĂšre indispensable pour renforcer la compĂ©titivitĂ© de lâagriculture sĂ©nĂ©galaise ». Ce qui explique tout lâintĂ©rĂȘt dâune maitrise du capital foncier agricole sur lequel travail 70 % de la population sĂ©nĂ©galaises Mademba Ndiaye Sr. Communications officer Banque Mondiale - SĂ©nĂ©gal mademba@worldbank. org |