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L’Institut de la Banque mondiale utilise la radio et les tĂ©lĂ©phones cellulaires pour impliquer les jeunes dans la phase post-conflit au Burundi

Disponible en: Español, English
  • L’enquĂȘte sur la gouvernance de l’Institut de la Banque mondiale indique que la corruption est un obstacle Ă  l’édification de l’État au Burundi
  • Un nouveau programme encourage les jeunes Ă  dĂ©battre des problĂšmes de corruption par tĂ©lĂ©phone cellulaire Ă  l’occasion d’émissions radiophoniques d’appel des auditeurs
  • Les technologies s’associent au service de la rĂ©conciliation en situation d’aprĂšs-conflit

WASHINGTON, 18 fĂ©vrier 2009 – Un jeune homme se prĂ©sentant sous le nom de Jean Bosco de Ruyigi appelle une chaĂźne de radio pour exprimer sa frustration face Ă  la corruption. « Pour nous les jeunes, ce n’est pas facile de trouver du travail », dit-il. « Pour un emploi recherchĂ©, il faut payer un Ă  deux mois de salaire avant de signer un contrat. Sinon, on vous dit que vous n’avez pas d’expĂ©rience. La corruption a atteint un degrĂ© tel qu’on ne sait plus s’il s’agit d’actes individuels ou d’une politique du gouvernement ».

Ce mouvement d’humeur de Jean Bosco s’exprime dans le cadre d’un programme soutenu par l’Institut de la Banque mondiale (WBI) qui s’appuie sur les deux technologies les plus rĂ©pandues en Afrique — la radio et le tĂ©lĂ©phone cellulaire — pour engager un dialogue avec la jeunesse duBurundi sur les problĂšmes cruciaux auxquels fait face le pays.Organiser un dĂ©bat national au Burundi n’est pas chose aisĂ©e. Le pays est sorti rĂ©cemment de 12 ans de guerre civile, des zones importantes restent en proie Ă  l’insĂ©curitĂ© et beaucoup de gens redoutent que le dĂ©bat public puisse raviver des blessures anciennes. Toutefois, sans une participation des populations, il sera difficile de faire Ă©merger un consensus sur les prioritĂ©s futures — en particulier au sein du groupe crucial que reprĂ©sente la jeunesse au Burundi.

Une Ă©quipe de la Banque mondiale Ɠuvrant avec le gouvernement burundais et la sociĂ©tĂ© civile au renforcement de la gouvernance et Ă  la lutte contre la corruption a dĂ©cidĂ© de coopĂ©rer avec les radios locales afin de diffuser les rĂ©sultats d’une enquĂȘte sur la gouvernance et une Ă©tude sur la situation des jeunes. Dans un format convenu, une station de radio locale dont les programmes sont ciblĂ©s vers les jeunes a prĂ©sentĂ© les conclusions, proposĂ© un dĂ©bat sur les enjeux fondamentaux et invitĂ© les auditeurs de l’ensemble du pays Ă  intervenir Ă  l’antenne. Une chanson de rap composĂ©e pour l’émission crĂ©ait un cadre unificateur.

Soutenu par WBI Global Programs (WBIGP) et International Alert, la radio privée Radio Publique Africaine a diffusé quinze émissions pour un public de plus en plus important.

« Elle nous a permis de toucher les zones difficiles d’accĂšs dans ce contexte d’aprĂšs-conflit », indique Susana Carrillo, qui est chargĂ©e du projet Ă  WBIGP. Encore mieux, dit-elle, « le programme offre un espace permettant aux jeunes d’exprimer sans crainte leurs frustrations et leurs inquiĂ©tudes, et d’avoir le sentiment qu’ils sont Ă©coutĂ©s ».

« Nous les Ă©coliers manquons de tout », dĂ©plore Alain, qui tĂ©lĂ©phonait de Buja lors d’une rĂ©cente Ă©mission. « Nous allons Ă  l’école sans manger ; nous n’avons pas de cahiers, ni de matĂ©riels, pas mĂȘme de l’eau Ă  l’école quand nous y arrivons aprĂšs avoir parcouru plusieurs kilomĂštres Ă  pied. Est-ce cela la paix ? »

Ensuite, le dĂ©bat a portĂ© sur la migration, notamment sur les difficultĂ©s qui attendent les citoyens rentrant des camps de rĂ©fugiĂ©s qui les ont accueillis pendant les annĂ©es de guerre. Un auditeur de Muyinga se plaint en ces termes : « personne ne s’occupe de nous, mais nous ne sommes pas des mendiants. Nous avons assez de force, de courage et d’intelligence pour nous prendre en charge ». Ce qui le déçoit, c’est que la plupart des organes de presse s’intĂ©ressent surtout au dernier Ă©pisode des querelles entre les factions politiques, mais fournissent trop peu d’informations sur les questions essentielles comme le VIH/SIDA.

La gouvernance et la corruption entravent l’édification de l’État

La rĂ©cente enquĂȘte sur la gouvernance et la corruption fait une large place au dĂ©fi de l’édification d’un État compĂ©tent, considĂ©rĂ© par la population comme fiable et lĂ©gitime. Selon l’enquĂȘte,
50 % des entrepreneurs interrogĂ©s ont dĂ©clarĂ© verser de l’argent aux fonctionnaires en Ă©change des services publics. Parmi les organisations non gouvernementales, 94 % considĂšrent la police nationale comme Ă©tant corrompue tandis que 85 % pointent du doigt la branche judiciaire. L’accĂšs aux services est faible, 48 % des mĂ©nages devant consommer une eau qui n’est ni saine ni salubre. PrĂšs de trois quarts des personnes interrogĂ©es tiraient leurs moyens de subsistance de l’agriculture, mais 91 % d’entre elles ont dĂ©clarĂ© que le soutien du gouvernement au secteur n’était pas satisfaisant.

«  Le Burundi est un pays pauvre enclavĂ© qui, en plus de ses propres conflits historiques, est en proie aux instabilitĂ©s rĂ©gionales et Ă  la corruption », indique Carrillo. « Mais nous voulions, ensemble avec la population, faire pression pour plus de responsabilitĂ© et pour l’amĂ©lioration de la qualitĂ© des services de base ».

« Leur donner la parole dans la dĂ©finition des prioritĂ©s est en soi un facteur de stabilisation », poursuit Carillo. « La radio est un mĂ©dia puissant, elle doit ĂȘtre interactive si elle entend donner Ă  la population la possibilitĂ© de faire entendre sa voix, en donnant aux auditeurs l’occasion d’intervenir grĂące Ă  leur tĂ©lĂ©phone cellulaire ».

Dans une certaine mesure, la radio interactive aide Ă  briser une loi du silence informelle dont sont victimes bon nombre de personnes traumatisĂ©es par les annĂ©es de conflit qui ont opposĂ© les groupes ethniques Hutu et Tutsi et qui ont vu des citoyens ordinaires participer Ă  des actes de violence meurtriĂšre. Selon un rescapĂ© vivant dans un camp de dĂ©placĂ©s internes, « nous ne devons pas parler de la crise car nous savons que c’est aujourd’hui du passĂ© et, aussi, de peur qu’elle reprenne ».

Mais il est salutaire que les gens parlent de leurs problĂšmes quotidiens et identifient les problĂšmes pour lesquels ils espĂšrent bĂ©nĂ©ficier de l’aide des autoritĂ©s locales ou nationales. Les Burundais veulent croire qu’ils ont dĂ©passĂ© les clivages ethniques, selon les enquĂȘtes d’opinion. Le fait d’ouvrir des espaces pour des discussions pratiques sur la gouvernance et la prestation des services renforce chez eux le sentiment qu’ils sont en train de dĂ©passer les annĂ©es de crise et sont prĂȘts Ă  s’attaquer aux dĂ©fis de la pauvretĂ© et de l’exclusion.


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