Feature Story Template - Quelque 60 000 personnes ont participĂ© Ă une Ă©tude sur la pauvretĂ© menĂ©e dans 15 pays dâAfrique, dâAsie et dâAmĂ©rique latine
- MĂȘme les populations les plus dĂ©munies ont su mettre en place des initiatives pour survivre et aller de lâavant
- La présence de marchés, la proximité des réseaux routiers et la réactivité des gouvernements locaux sont des facteurs qui, entre autres, favorisent la sortie de la pauvreté
11 mars 2009 âDans une rĂ©gion rurale de la ThaĂŻlande, Oy a mis 13 ans pour rĂ©ussir Ă quitter son bidonville, emmĂ©nager dans sa propre maison et cultiver son propre champ. Pendant des annĂ©es, Oy sâest levĂ©e Ă deux heures du matin pour se rendre au marchĂ© local et vendre des lĂ©gumes et des fruits cultivĂ©s par dâautres agriculteurs. En Ă©conomisant petit Ă petit, Oy et son mari ont achetĂ© des terres, une camionnette, une voiture et une maison convenable qui abrite dĂ©sormais leur famille. « Nous sommes partis de rien, mais Ă force de persĂ©vĂ©rance et dâefforts physiques, nous avons rĂ©ussi Ă obtenir tout ce que nous dĂ©sirions », affirme Oy.  Oy fait partie des 60 000 personnes qui ont Ă©tĂ© interrogĂ©es dans le cadre dâune nouvelle Ă©tude de la Banque mondiale, menĂ©e Ă travers 15 pays. Cette Ă©tude analyse comment et pourquoi certaines personnes parviennent Ă sortir de la pauvretĂ©.  Faisant suite Ă Voices of the Poor (a), premiĂšre Ă©tude du genre publiĂ©e en 2000, « Moving Out of Poverty: Success from the Bottom Up » (Sortir de la pauvreté : une rĂ©ussite en partant de la base) prĂ©sente un tableau complet des contraintes auxquelles sont confrontĂ©es les populations dĂ©munies dans le combat quâelles mĂšnent pour sâextirper de la misĂšre.  DâaprĂšs cette Ă©tude, mĂȘme dans des rĂ©gions particuliĂšrement dĂ©munies ou touchĂ©es par un conflit, des initiatives pour survivre et aller de lâavant ont pu voir le jour. Toutefois, une analyse portant sur 500 communautĂ©s dâAsie, dâAfrique et dâAmĂ©rique latine, rĂ©vĂšle que les populations dĂ©favorisĂ©es doivent Ă©galement bĂ©nĂ©ficier dâopportunitĂ©s, telles que lâaccĂšs Ă lâemploi et aux marchĂ©s, pour pouvoir Ă©chapper Ă la pauvretĂ©.  La crise plonge 53 millions de personnes dans la pauvretĂ©  De nombreuses personnes tombent dans la pauvretĂ© car elles perdent tout ou partie de leurs biens et de leurs Ă©conomies en raison dâun problĂšme de santĂ©, dâun dĂ©cĂšs dans la famille ou dâun dĂ©clin de la prospĂ©ritĂ© Ă©conomique au niveau local ou national.  DâaprĂšs les estimations de la Banque mondiale, plus de 100 millions de personnes sont tombĂ©es dans la pauvretĂ© lorsque les prix des produits alimentaires et des carburants sont montĂ©s en flĂšche lâannĂ©e derniĂšre. Ainsi, quelque 53 millions de personnes supplĂ©mentaires sont acculĂ©es Ă la pauvretĂ©, alors que la crise financiĂšre sâĂ©tend au monde entier.  « Alors que le monde traverse la pire crise financiĂšre depuis la Grande DĂ©pression, il est nĂ©cessaire de mieux comprendre les dynamiques de la pauvretĂ© en Ă©coutant ce que les pauvres eux-mĂȘmes ont Ă dire », affime Danny Leipziger, Vice-prĂ©sident et Responsable du rĂ©seau de Lutte contre la pauvretĂ© et gestion Ă©conomique de la Banque mondiale. « Leurs rĂ©cits nous montrent quâil est possible de sortir de la pauvretĂ©, particuliĂšrement lorsque des opportunitĂ©s existent au niveau local. Mais ils nous apprennent Ă©galement combien il est facile de devenir pauvre ».  Il nâest pas rare de retomber dans la pauvretĂ©  Autre conclusion majeure de lâĂ©tude : « les pauvres ne constituent pas un groupe immuable » et beaucoup de personnes qui rĂ©ussissent Ă sortir de la pauvretĂ© y retombent par la suite.  Parmi les diffĂ©rentes communautĂ©s analysĂ©es Ă travers le monde, prĂšs de la moitiĂ© de la population monte ou descend lâĂ©chelle socioĂ©conomique. Souvent, les mĂȘmes personnes progressent puis rĂ©gressent Ă nouveau au fil de leurs vies. De façon gĂ©nĂ©rale, les personnes ayant ainsi connu des fluctuations sont trois fois plus nombreuses que celles ayant rĂ©ussi Ă sortir de la pauvretĂ©.  Les conditions locales : un facteur dĂ©cisif  DâaprĂšs lâĂ©tude, mĂȘme au sein de pays affichant des taux de croissance Ă©levĂ©s et des taux de pauvretĂ© en baisse, certaines communautĂ©s ne rĂ©ussissent pas Ă sortir de la pauvretĂ©, tandis que dâautres y parviennent.  Certains facteurs Ă©conomiques, sociaux et politiques favorisent la sortie de la pauvretĂ©, notamment :  - une prospĂ©ritĂ© Ă©conomique globale (opportunitĂ©s dâemploi) ;
- la présence de marchés dans les villages ;
- la proximité de villes et du réseau routier ;
- la réactivité du gouvernement.
En revanche, la prĂ©sence de nombreuses personnes pauvres au sein dâun mĂȘme village, ainsi que lâexistence de divisions sociales marquĂ©es empĂȘchant un accĂšs Ă©quitable aux marchĂ©s, aux infrastructures et aux services, contribuent Ă crĂ©er des conditions qui ne facilitent pas lâamĂ©lioration du niveau de vie.  DâaprĂšs Deepa Narayan, auteur principale de lâĂ©tude, « si la volontĂ© de travailler dur et de croire en soi peut permettre aux individus dâaller loin, elle ne peut pas pallier le manque dâopportunitĂ©s Ă©conomiques, ni lever les barriĂšres qui entravent lâaccĂšs Ă ces opportunitĂ©s dans les communautĂ©s pauvres ».  Adolfo, ĂągĂ© de 29 ans, a dĂ» quitter sa petite communautĂ© de la rĂ©gion montagneuse de Oaxaca, au Mexique, pour trouver du travail. AprĂšs avoir affrontĂ© bien des difficultĂ©s pour traverser la frontiĂšre mexicaine et rejoindre les Ătats-Unis, Adolfo a Ă©conomisĂ© assez dâargent pour ouvrir sa propre boutique dans sa ville natale de Guadalamoros. Aujourdâhui, il espĂšre ne pas devoir retourner un jour aux Ătats-Unis. « Je prie Dieu pour ne pas devoir retourner lĂ -bas. Je ne crains pas le travail, mais jâai peur de quitter ma famille et de devoir courir des risques en traversant la frontiĂšre ».  La confiance en soi et la force intĂ©rieure : des facteurs clĂ©s  Mamba, un agriculteur malawien de 35 ans, nâaspire pas Ă quitter son village en dĂ©pit de la sĂ©cheresse et des pĂ©riodes de famine. MalgrĂ© les souffrances quâil a endurĂ©es, il est persuadĂ© que de meilleurs jours sont devant lui. « Jâai de lâĂ©nergie Ă revendre, et je pense quâavec des engrais, je pourrais faire bien mieux », affirme-t-il.  à travers les milliers de conversations menĂ©es avec des hommes et des femmes, la confiance en soi et la force intĂ©rieure sont apparues de façon rĂ©currente comme des facteurs dĂ©terminants pour sortir de la pauvretĂ©.  « La confiance en soi se renforce rapidement au fur et Ă mesure que les personnes pauvres voient leurs conditions sâamĂ©liorer. En rĂ©alitĂ©, elles gagnent trĂšs vite un aplomb et une assurance comparables Ă ceux des riches », dĂ©clare Mme Narayan. « Peu dâĂ©lĂ©ments indiquent que la pauvretĂ© soit due Ă la paresse ou Ă un dĂ©sintĂ©rĂȘt envers le travail et lâĂ©pargne ».  Au contraire, dans chaque pays concernĂ© par lâĂ©tude, les personnes interrogĂ©es ont soulignĂ© quâil Ă©tait « important de travailler dur et de maintenir un corps sain Ă cette fin ».  Dans lâensemble, environ 78 % des foyers interrogĂ©s estiment que leurs enfants vivront dans de meilleures conditions dans les annĂ©es Ă venir. Ce chiffre atteint 90 % au Bangladesh, au SĂ©nĂ©gal, en Afghanistan et dans la rĂ©gion de lâAndhra Pradesh, en Inde.  Conseil : transformer les marchĂ©s et se consacrer aux communautĂ©s locales  LâĂ©tude affirme que les interventions en faveur du dĂ©veloppement devraient ĂȘtre menĂ©es de façon à « respecter et renforcer la confiance que les personnes ont en elles-mĂȘmes et en leur famille, et non Ă la diminuer ».  Ainsi, les solutions apportĂ©es devraient se concentrer sur les communautĂ©s locales et chercher Ă transformer les marchĂ©s, « afin que les populations pauvres puissent y accĂ©der et y participer pleinement ».  Pour ce faire, les Ă©tapes clĂ©s devraient consister Ă Â : - dĂ©velopper les moyens de subsistances des populations pauvres et les relier aux marchĂ©s ;
- assurer les interconnexions des rĂ©seaux routier, tĂ©lĂ©phonique, Ă©lectrique et des systĂšmes dâirrigation ;
- faciliter lâaccĂšs au crĂ©dit Ă des fins de production ;
- fournir des informations, un savoir-faire professionnel et des compĂ©tences favorisant lâaccĂšs aux marchĂ©s principaux.
Par ailleurs, « les programmes de protection sociale devraient ĂȘtre assez gĂ©nĂ©reux pour permettre aux populations pauvres Ă la fois de surmonter les coups durs et de se constituer le patrimoine qui les aidera Ă sortir de la pauvreté » . |