- La pénurie de crédit commercial a accentué le ralentissement de l’économie mondiale
- Le G-20 annonce que 250 milliards de dollars seront consacrés au financement des échanges commerciaux au cours des deux prochaines années
- Le nouveau Programme de liquidité pour le commerce mondial (Global Trade Liquidity Program, GTLP) contribuera à ces efforts à hauteur de 50 milliards de dollars.
2 avril 2009— Telle une locomotive qui peine à gravir une pente, le moteur du commerce mondial a du mal à tourner. Les exportations sont en chute, les entreprises licencient, voire ferment pour certaines... Les rouages sont grippés. Des Philippines au Pérou, les entreprises qui souhaitent exporter du textile, du fer ou encore des asperges ont des difficultés à obtenir des crédits auprès des banques pour pouvoir continuer à mener à bien leurs activités et expédier leurs marchandises. Apporter des solutions à ce problème constituait l’un des enjeux majeurs du sommet du G-20, qui se tenait à Londres cette semaine. Aujourd’hui, les dirigeants ont annoncé qu’au moins 250 milliards de dollars seront débloqués au cours des deux prochaines années en faveur du financement des échanges commerciaux, sous forme de crédits à l’exportation ainsi que par le biais des agences d’investissement et des banques multilatérales de développement. Le Groupe de la Banque mondiale et plusieurs de ses partenaires vont unir leurs efforts dans le cadre du nouveau Programme de liquidité pour le commerce mondial (GTLP), qui pourrait financer les échanges commerciaux à hauteur de 50 milliards de dollars. « Nous saluons le haut niveau de coopération entre les institutions du secteur public et privé, qui nous permet de lancer le Programme de liquidité pour le commerce mondial en faveur des pays en développement », a déclaré Robert B. Zoellick, président de la Banque mondiale. Le commerce risque d’enregistrer son recul le plus significatif depuis 80 ans Les nouvelles prévisions de la Banque mondiale brossent un tableau sombre pour 2009 et anticipent un faible redressement en 2010. D’après les Perspectives économiques mondiales 2009, la croissance du PIB des pays en développement ralentira de 5,8 % par rapport à 2008, pour s’établir à 2,1 % cette année. Dans son ensemble, la croissance mondiale devrait se contracter à 1,7 % – le premier déclin de la production mondiale enregistré depuis la Deuxième Guerre mondiale. La Banque mondiale prévoit désormais pour 2009 un tassement de 6,1 % du volume des échanges de biens et de services au niveau mondial. En raison de la chute des prix des matières premières, la valeur des échanges internationaux va accuser une baisse encore plus marquée. « Les statistiques du commerce extérieur sont en chute libre, en particulier pour les pays et les entreprises spécialisés dans les produits manufacturés, l’électronique et le textile », affirme Bernard Hoekman, directeur du Département du commerce international de la Banque mondiale. Plus de six mois après le début de la crise, la baisse de la demande mondiale de biens et de services a entraîné une réduction des flux commerciaux de plus de 1,5 billions de dollars. Ce chiffre est en partie imputable à l’augmentation des coûts et à la moindre disponibilité des crédits commerciaux. « Il est clair que la pénurie de financement est un véritable handicap pour les exportateurs dans un certains nombre de pays qui, aujourd’hui, ne bénéficient plus du même accès aux ressources financières ». Il est facile de « fermer les vannes » du financement commercial Le commerce international a commencé à s’essouffler en septembre dernier, quand certains acteurs majeurs du financement (Lehman Brothers, Wachovia) ont disparu dans le sillage de la crise. Ceux qui ont survécu devaient reconstituer leur capital. « Il est facile de fermer les vannes du financement commercial, qui a tendance à se faire sur le court terme – 180 jours en moyenne. Ainsi, si vous essayez de préserver votre capital et que vous avez besoin de reconstituer vos fonds propres, cet argent peut rentrer assez facilement », explique M. Hoekman. James Bond, de l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA), filiale de la Banque mondiale qui assure les investissements contre les risques politiques dans les pays en développement, a vu la confiance des investisseurs et des institutions s’effriter fin septembre. « Le financement des échanges commerciaux a tout pour rebuter : des marges faibles, une rétractation facile. L’exportateur rembourse la banque lors de l’expédition des marchandises. La banque ne renouvelle pas son crédit. Il s’agit d’un mécanisme très simple », affirme M. Bond. « La pénurie de crédit a un impact considérable » Dans l’économie réelle, les producteurs, les exportateurs et les expéditeurs ont subi les effets de ce soudain ralentissement économique. Un index mesurant les coûts de transport à l’échelle internationale a affiché une baisse supérieure à 90 % au cours du deuxième semestre 2008. D’après les entretiens réalisés et les données recueillies par les Départements du commerce international de la Banque mondiale et de la Société financière internationale (IFC), les exportateurs ont des difficultés à couvrir leurs frais d’expéditions, en particulier à l’heure où les clients cherchent à acheter moins cher et mettent plus de temps à régler leurs factures. Dans le même temps, les banques internationales se replient vers leurs sièges dans des villes comme New York, Londres et Madrid. Elles coupent les lignes de crédit qui assuraient les fonds de roulement et contraignent même certaines grosses entreprises à laisser leurs clients le bec dans l’eau. « La pénurie de crédit a un impact considérable », déclare German Vegarra, responsable des marchés financiers internationaux à l’IFC. « Par exemple, la réduction des lignes de crédit destinées aux activités de pré-exportation des exportateurs éligibles se traduit par une insuffisance des fonds de roulement, et donc par l’impossibilité pour l’entreprise de continuer à fonctionner. Elle ne peut pas payer ses employés, ses fournisseurs ou ses factures d’électricité. Nous sommes pris dans un cercle vicieux. Les banques ont été amenées à réduire les crédits accordés, ce qui a produit un effet boule de neige ». « Aujourd’hui, aucun pays n’est épargné. En Amérique latine, le Brésil a été le premier pays touché. L’Europe de l’Est est sévèrement affectée. À présent, le problème s’étend progressivement à d’autres régions, voire à certains pays que nous pensions pourtant solides. Les marchés estimaient que l’Afrique était isolée, mais on voit désormais que la crise s’y propage de façon spectaculaire », ajoute M. Vegarra. Mise en place du GTLP pour rétablir le financement et la confiance Le Programme de liquidité pour le commerce mondial (Global Trade Liquidity Program, GTLP) constitue un effort coordonné sans précédent de la part des institutions financières internationales et des gouvernements. Il permettra de mobiliser cinq milliards de dollars par le biais de huit ou dix banques internationales ou régionales, avec pour objectif de soutenir les échanges commerciaux à hauteur de 50 milliards de dollars sur trois ans. « Nous fixons à trois ans la durée de vie maximale du programme, l’expérience nous ayant démontré que les crédits commerciaux constituaient la première classe d’actifs à être affectée en cas de ralentissement des activités, mais également la première à connaître une amélioration lors du redressement de l’économie. Nous voulons nous assurer de pouvoir mettre en place des mesures rapidement, une fois que le soutien du GTLP ne sera plus nécessaire », explique M. Vegarra. Le GTLP et des banques internationales et régionales partageront les risques d’un pool de créances d’exploitation récemment générées. Le financement sera assuré à 40 % par le GTLP et à 60 % par les banques. Le Programme permettra aux banques d’octroyer des prêts plus importants en faveur des échanges commerciaux des marchés émergents. Chaque banque signera un accord de facilité de financement avec les partenaires du programme. L’IFC, en tant que représentant des partenaires du programme, suivra l’ensemble des transactions. « Nous demandons aux banques de prendre grand soin de notre argent. Nous disposons de critères et de filtres nous permettant de garantir que les fonds seront bien alloués aux activités commerciales des marchés émergents et qu’ils seront utilisés efficacement », soutient M. Vegarra. Les deux premières banques partenaires du programme seront la Standard Chartered Bank et la Standard Bank (Afrique du Sud). Par le biais du programme, elles bénéficieront de lignes de crédit qui leur permettront d’intensifier considérablement le flux des financements commerciaux en faveur des banques des marchés émergents. La Standard Chartered Bank recevra une ligne initiale d’un montant de 500 millions de dollars, et la Standard Bank de 400 millions. Par ailleurs, l’IFC a étendu en décembre son Plan de financement du commerce mondial (a) de un à trois milliards de dollars, afin d’accroître l’aide apportée aux petites banques privées et entreprises. La Banque mondiale mettra également en place un Mécanisme pour la facilitation du commerce. Ce fonds fiduciaire multidonateurs de 40 millions de dollars financera des mesures visant à améliorer l’infrastructure, la logistique du transport et les procédures douanières dans les pays en développement. « Les institutions financières de développement déploient des efforts de coordination sans précédent. Je pense que notre action commune permettra d’envoyer un signal fort », estime M. Vegarra. Les actions menées par le Groupe de la Banque mondiale en faveur du commerce - Contribution à hauteur d’un milliard de dollars en tant que partenaire du Programme de liquidité pour le commerce mondial (a). Cette initiative internationale coordonnée, à laquelle participent des gouvernements, des institutions financières de développement et des banques du secteur privé, devrait soutenir les échanges commerciaux sur les marchés en développement à hauteur de 50 milliards de dollars, pour une période de trois ans. L’IFC agira en tant que représentant des partenaires du programme et jouera un rôle essentiel dans la mobilisation des fonds destinés à financer le commerce.
- Soutien des activités commerciales sur les marchés émergents grâce au Plan de financement du commerce mondial (a), mis sur pied par l’IFC. Ce mécanisme, dont les ressources sont passées de un à trois milliards de dollars en décembre dernier, apporte une aide aux petites banques privées et entreprises.
- Soutien apporté aux pays en développement pour améliorer la compétitivité et réduire le coût des échanges, par le biais du Mécanisme pour la facilitation du commerce. Ce fonds fiduciaire multidonateurs de 40 millions de dollars financera des mesures visant à améliorer l’infrastructure, la logistique du transport et les procédures douanières dans les pays en développement
- Augmentation des prêts commerciaux consentis par la Banque mondiale, qui s’élèveront à 3,6 milliards de dollars pour l’exercice budgétaire 2009, contre 1,4 milliard de dollars pour l’exercice 2008 (entre juillet 2007 et juillet 2008). Ces crédits financeront l’infrastructure commerciale, l’intégration régionale, le développement des exportations et la facilitation de la compétitivité et des échanges commerciaux.
- Suivi des frais d’expéditions et autres coûts dans les pays en développement, grâce à l’indice de performance logistique (LPI) (a) de la Banque mondiale et aux recherches sur la facilitation du transit routier (a).
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