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Sécurité alimentaire au Moyen-Orient et Afrique du Nord

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  • Il y a un grand risque Ă  concentrer les efforts sur l’agriculture au lieu de promouvoir un dĂ©veloppement rural plus intĂ©grĂ© qui puisse permettre aux populations d’obtenir des emplois productifs et de qualitĂ© dans le secteur agricole ainsi que dans d’autres secteurs.
  • La solution pour l’émergence d’un secteur agricole dynamique consistera en partie Ă  rĂ©aliser des investissements qui permettent aux populations de s’engager dans d’autres activitĂ©s que l’agriculture. C’est ainsi que la productivitĂ© de la main-d'oeuvre augmente dans le secteur agricole et que les conditions de vie dans le milieu rural s’amĂ©liorent.
  • En tant qu’institution de dĂ©veloppement, notre rĂŽle est d’aider les pays de la rĂ©gion MENA Ă  innover et Ă  offrir Ă  nos clients des stratĂ©gies d’investissement pratiques et efficaces pratiquĂ©es Ă  travers le monde. 

Avril 2009 - Dans cette interview, Julian Lampietti, SpĂ©cialiste principal du secteur du dĂ©veloppement rural, prĂ©sente plusieurs options stratĂ©giques pour tenter de rĂ©soudre la crise alimentaire qui prĂ©vaut actuellement dans la rĂ©gion Moyen Orient et Afrique du Nord (MENA). Il partage aussi ses idĂ©es sur les moyens de faire avancer le programme d’action pour le dĂ©veloppement rural dans la rĂ©gion.

Pourquoi le dĂ©bat sur la question de la sĂ©curitĂ© n’est-il toujours pas tranchĂ© dans la rĂ©gion MENA ?
Il y a deux positions dans le dĂ©bat ancien sur la sĂ©curitĂ© alimentaire dans la rĂ©gion MENA. D’un cĂŽtĂ©, des voix s’élĂšvent au sein des populations pour pousser les autoritĂ©s publiques Ă  adopter des objectifs d’autosuffisance. De l’autre cĂŽtĂ©, il y a les experts qui soutiennent que la raretĂ© des ressources naturelles et la demande croissante pour des ressources en terre et en eau en quantitĂ© rĂ©duite, face Ă  une croissance dĂ©mographique rapide, rendent prohibitifs les coĂ»ts associĂ©s aux objectifs d’autosuffisance. Il est important de rappeler que l’autosuffisance et la sĂ©curitĂ© alimentaire ne recouvrent pas la mĂȘme rĂ©alitĂ©. L’autosuffisance sous-entend que l’on produit entiĂšrement la nourriture que l’on consomme. La sĂ©curitĂ© suppose que l’on a accĂšs Ă  de la nourriture Ă  un coĂ»t abordable. Financer l’autosuffisance aujourd’hui se fera aux dĂ©pens des gĂ©nĂ©rations futures en ce sens que les investissements trĂšs importants qu’il faudra rĂ©aliser dans la gestion des terres et des eaux pour rĂ©aliser un tel objectif dĂ©tourneront des ressources de secteurs d’importance primordiale tels que l’éducation et la santĂ©.

Que peuvent faire les gouvernements pour répondre aux préoccupations exprimées par les différentes parties prenantes ?
Il y a beaucoup de mesures que les gouvernements de la rĂ©gion MENA peuvent prendre pour renforcer la sĂ©curitĂ© alimentaire au bĂ©nĂ©fice de leurs populations. Primordialement,  ils doivent amĂ©liorer l’accĂšs Ă  moindre coĂ»t des populations Ă  la nourriture sans pour autant bloquer les ressources dont elles ont besoin pour vivre de maniĂšre productive et en bonne santĂ©. Si les populations sont productives et en bonne santĂ©, elles apporteront aussi une plus grande contribution Ă  la vie de la sociĂ©tĂ©. Ceci est particuliĂšrement vrai dans les zones rurales oĂč vit la majoritĂ© des populations dĂ©munies dans la rĂ©gion MENA. Il y a un grand risque Ă  concentrer les efforts sur l’agriculture au lieu de promouvoir un dĂ©veloppement rural plus intĂ©grĂ© qui puisse permettre aux populations d’obtenir des emplois productifs et de qualitĂ© dans le secteur agricole ainsi que dans d’autres secteurs. Paradoxalement, la solution pour l’émergence d’un secteur agricole dynamique consistera en partie Ă  rĂ©aliser des investissements qui permettent aux populations de s’engager dans d’autres activitĂ©s que l’agriculture. C’est ainsi que la productivitĂ© de la main-d’Ɠuvre augmente dans le secteur agricole et que les conditions de vie dans le milieu rural s’amĂ©liorent. L’autre problĂšme fondamental auquel il faudrait faire face est le degrĂ© d’exposition Ă  l’instabilitĂ© des prix des denrĂ©es alimentaires sur les marchĂ©s internationaux. Il n’est nullement possible de contourner la rĂ©alitĂ©, qui est que les pays de la rĂ©gion MENA devront acheter une part considĂ©rable – et croissante – de leur nourriture sur les marchĂ©s internationaux. La solution consiste Ă  gĂ©rer ce facteur de vulnĂ©rabilitĂ© de maniĂšre diffĂ©rente et novatrice afin de prĂ©venir les perturbations des prix des denrĂ©es alimentaires tout en Ă©vitant la faillite.

Comment les institutions dans l’ensemble de la rĂ©gion MENA peuvent-elles renforcer leurs capacitĂ©s Ă  soutenir le programme pour la sĂ©curitĂ© alimentaire ?
L’un des principaux obstacles institutionnels dans les pays de la rĂ©gion MENA tient au fait que les ministĂšres en charge de l’agriculture et les ministĂšres en charge de l’hydraulique et de l’irrigation ont des missions diffĂ©rentes. Dans bon nombre de pays, il existe des institutions distinctes qui prennent des dĂ©cisions indĂ©pendantes quand bien mĂȘme l’agriculture ne peut ĂȘtre dissociĂ©e dans bien des endroits de l’irrigation et que sans agriculture, il n’est point besoin d’irrigation. L’établissement d’une collaboration plus Ă©troite entre ces deux institutions offre d’énormes possibilitĂ©s d’accroĂźtre le niveau de production pour chaque goutte d’eau consommĂ©e et pour rĂ©soudre les problĂšmes pressants du changement climatique. Ceci permettra d’accroĂźtre les revenus en milieu rural et de renforcer la sĂ©curitĂ© alimentaire. L’eau est la ressource qui s’épuise le plus rapidement dans la rĂ©gion et il est indispensable de la gĂ©rer de maniĂšre plus efficace Ă  l’avenir.

Existe-il une solution adaptée pour tous les pays de la région MENA?
Non, il n’y a pas de solution unique pour tous les pays. Ce qui est Ă©vident, c’est que le moyen le plus rapide et le plus facile d’aider les mĂ©nages en cas de hausse des prix des denrĂ©es alimentaires est de mettre en place un dispositif permettant de distribuer de l’argent aux populations plus rapidement et de maniĂšre plus rationnelle. Ceci suppose bien entendu que les populations pourront ensuite acheter la nourriture qui est disponible. Il est important de reconnaĂźtre que l’accĂšs Ă  la nourriture est une prĂ©occupation pour nombre de gouvernements de la rĂ©gion MENA. Toutefois, l’autosuffisance n’est pas la solution Ă  ce problĂšme car elle est Ă  la fois peu pratique et trop onĂ©reuse. La solution dĂ©pend des ressources naturelles et des moyens financiers disponibles, mais aussi de la disponibilitĂ© des responsables politiques Ă  prendre des risques. Certains pays qui importent presque tout le blĂ© qu’ils consomment comme la Jordanie doivent s’efforcer davantage Ă  assurer le stockage Ă  moindre coĂ»t. D’autres pays comme la Syrie peuvent souhaiter investir davantage dans les systĂšmes de culture pluviale. En tant qu’institution de dĂ©veloppement, notre rĂŽle est d’aider les pays de la rĂ©gion MENA Ă  innover et Ă  offrir Ă  nos clients des stratĂ©gies d’investissement pratiques et efficaces pratiquĂ©es  Ă  travers le monde. A cet Ă©gard, nous avons engagĂ© un dialogue actif avec les fonds arabes et les institutions de dĂ©veloppement rĂ©gional en vue d’assurer la coordination et la complĂ©mentaritĂ© des appuis que nous pouvons fournir.

Comment les gouvernements de la région MENA peuvent-ils créer des débouchés pour le secteur privé dans le cadre du programme pour la sécurité alimentaire ?
D’abord, entendons-nous bien : la vision exposĂ©e ici est celle d’un programme de sĂ©curitĂ© alimentaire qui concilie les besoins de l’heure avec les consĂ©quences Ă  long terme sur les gĂ©nĂ©rations futures dans l’ensemble de la rĂ©gion MENA. Dans ce contexte, la question prend tout son sens au regard de l’évolution de la dynamique des rapports entre les pouvoirs publics et le secteur privĂ© Ă  travers le monde du fait de la crise financiĂšre mondiale qui sĂ©vit ces derniers mois. Nous assistons Ă  des Ă©vĂ©nements que nous n’aurions jamais connus il y a dix ans – comme le fait pour le gouvernement amĂ©ricain d’imposer la dĂ©mission de la direction de Chrysler comme condition pour bĂ©nĂ©ficier des fonds publics destinĂ©s Ă  renflouer l’entreprise. Tous ces faits tĂ©moignent de la nĂ©cessitĂ© pour les pays de faire preuve d’une grande prudence en conciliant les rĂŽles du secteur privĂ© et du secteur public. Le secteur privĂ© doit jouer un rĂŽle plus actif dans les pays oĂč les marchĂ©s fonctionnent bien et l’Etat doit s’en tenir Ă  une fonction de rĂ©glementation. LĂ  oĂč les marchĂ©s ne fonctionnent pas de maniĂšre efficace ou manquent de densitĂ©, l’intervention des pouvoirs publics pourrait se trouver tout Ă  fait justifiĂ©e. L’activitĂ© de stockage de cĂ©rĂ©ales en est un bon exemple. De bonnes raisons militent en faveur du contrĂŽle de cette activitĂ© par le secteur public ou le secteur privĂ©. Mais, ce qui importe, c’est d’aborder la question dans sa globalitĂ©. Si la concurrence est suffisamment garantie au sein du secteur privĂ©, alors il est probablement justifiĂ© de la confier au secteur privĂ©. Si l’activitĂ© est contrĂŽlĂ©e par le secteur public, il faut alors veiller surtout Ă  l’efficacitĂ© des opĂ©rations et Ă  la gouvernance.

Comment peut-on réduire la pauvreté dans les zones rurales ?
La rĂ©duction de la pauvretĂ© en milieu rural est une condition indispensable Ă  l’amĂ©lioration de la sĂ©curitĂ© alimentaire dans la rĂ©gion MENA car elle fournira aux populations dĂ©munies les ressources dont elles ont besoin pour acheter de la nourriture. Le dĂ©fi pour les gouvernements consiste Ă  trouver de nouveaux moyens d’acheminer les ressources financiĂšres vers le secteur rural sans pour autant fausser les rĂšgles de fonctionnement des marchĂ©s ou piĂ©ger les populations dans des mĂ©tiers Ă  faible revenu. Un exemple intĂ©ressant Ă  examiner consiste Ă  lier l’appui au secteur agricole Ă  l’utilisation des services de santĂ© et d’éducation. L’on peut envisager un systĂšme oĂč les agriculteurs reçoivent des paiements en numĂ©raire pour gĂ©rer leur terre et sont tenus, en contrepartie, de garder leurs enfants Ă  l’école ou de leur fournir des soins de santĂ©. Ceci permettrait de briser le cycle de la pauvretĂ© en milieu rural. L’expĂ©rience accumulĂ©e Ă  l’échelle mondiale confirme que les transferts conditionnels de fonds sont une approche qui mĂ©rite d’ĂȘtre Ă©tudiĂ©e comme solution alternative pour amĂ©liorer les conditions d’existence des agriculteurs et des enfants dans les zones rurales. Il n’est guĂšre difficile de mener ce plaidoyer dans la rĂ©gion, Ă  la lumiĂšre du vibrant appel lancĂ© par les dirigeants arabes en faveur de l’éducation lors du Sommet arabe pour le dĂ©veloppement Ă©conomique et social qui s’est tenu au KoweĂŻt au dĂ©but de l’annĂ©e 2009.

 




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