La Banque débloque 2 milliards de dollars pour son fond d’aide spécial crise alimentaire, afin d’apporter une aide immédiate aux pays durement affectés par la hausse des prix des aliments.
Depuis mai dernier, le fond d’aide a approuvé un ensemble de projets dans 31 pays, portant sur 916 millions de dollars. La moitié des fonds ou presque sont destinés à aider des projets en Afrique.
Il y aurait désormais dans le monde 1 milliard de personnes mal nourries.
21 avril 2009 — Quand, un peu plus tôt dans l’année, le bruit a couru qu’il était possible de gagner un peu d’argent en ramassant des déchets, en binant les champs ou en débroussaillant près de Banga, dans le comté de Bong, au Libéria, tous les désespérés ont accouru.
« Les gens ont accouru vers nous mais nous ne pouvions pas tous les recruter, explique Rene Gibson, responsable d’un programme mis en place par une organisation non gouvernementale locale, appelée RICE.
« Beaucoup d’entre eux étaient vulnérables, mais nous ne pouvions dépasser un maximum de 500 personnes. Nous avons eu beaucoup de mal à laisser des gens de côté ».
Cette réponse massive au programme Travail contre rémunération dans le Nord-est du Libéria n’est que l’un des signes montrant que la crise alimentaire n’est pas finie.
Alors qu‘ environ un milliard de personnes dans le monde seraient mal nourries, le groupe de la Banque mondiale a annoncé le 16 avril dernier qu’il augmenterait la dotation de son fond spécial pour la crise alimentaire. Le montant initial de 1,2 milliard de dollars sera porté à 2 milliards afin d’aider encore plus les pays à surmonter la volatilité actuelle des prix alimentaires.
« Avec un environnement économique aussi hasardeux et une volatilité persistante des prix alimentaires, déclare Ngozi Okonjo-Iweala, Directrice générale du groupe de la Banque mondiale, il est clair que la crise continue pour de nombreuses personnes pauvres ».
Cette aide supplémentaire arrive moins d’un an après la mise en place par la Banque mondiale du fond de financement rapide dans le cadre du Programme d’intervention en réponse à la crise alimentaire mondiale (GFRP). L’objectif de ce fond est de soutenir les efforts mondiaux entrepris pour surmonter la crise.
Depuis sa création en mai dernier, le fond d’aide a approuvé un ensemble de projets dans 31 pays, portant sur 916 millions de dollars. Près de la moitié des fonds sont destinés à aider des projets en Afrique. Le reste des 1,2 milliard doit servir à financer des projets dans 11 pays.
Avant la crise alimentaire, 923 millions de personnes dans le monde étaient mal nourries. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estimait récemment que ce chiffre avait atteint 963 millions de personnes, du fait des prix alimentaires élevés dans la première moitié de 2008.
En 2009, il y aurait dans le monde plus d’1 milliard de personnes mal nourries.
Bien qu’ils n’atteignent plus les sommets de 2008, les prix des principales céréales alimentaires sont toujours trop élevés et la grande volatilité des prix alimentaires, associée aux conséquences de la crise financière, menacent d’augmenter encore l’insécurité alimentaire. Par ailleurs, cette situation exacerbe les difficultés des plus pauvres, qui dépensent déjà plus de la moitié de leur revenu en nourriture.
Le fond d’aide a assuré un soulagement immédiat
Le fond de financement rapide de la crise alimentaire a immédiatement soulagé les pays durement affectés par la hausse des prix.
Les projets mis en œuvre par la Banque mondiale et ses partenaires dans le cadre du système des Nations Unies ont soutenu des programmes de protection sociale, tels que des plans pour l’emploi, la fourniture de rations supplémentaires et de micronutriments pour les mères et leurs enfants, ainsi que des programmes nutritionnels dans les écoles pour les plus vulnérables.
Au Sierra Leone, par exemple, 119 projets Travail contre rémunération ont été approuvés, permettant ainsi à plus de 5 300 personnes de bénéficier de 42 000 journées de travail.
Le GFRP, qui a déjà déboursé à ce jour 735 millions de dollars, apporte également son aide aux petits producteurs du secteur alimentaire. Il fournit les fermiers en semences et en fertilisants, améliore l’irrigation et soutient les activités liées à l'élevage. Environ 5,5 millions de personnes sont concernées. Par ailleurs, le GFRP apporte une aide financière aux politiques gouvernementales, par exemple en compensant les réductions de tarifs accordées pour la nourriture ainsi que d’autres coûts imprévus.
Les interventions à moyen et long terme envisagées
Outre les opérations d’urgence, la Banque mondiale travaille également sur des interventions de moyen et long terme. En 2008, lors de la parution de son Rapport sur le développement dans le monde (WDR), l’agriculture au service du développement, la Banque a réaffirmé l’importance cruciale de l’agriculture.
« Alors que dans le monde, 75% des pauvres sont situés en zone rurale et que la plupart d’entre eux tirent leur subsistance de l’agriculture, explique Juergen Voegele, le Directeur de l’agriculture et du développement rural à la Banque mondiale, nous devons mettre en avant la position unique de l'agriculture. Il s'agit d'un secteur porteur en termes de réduction de la pauvreté, de croissance économique et de durabilité du point de vue de l’environnement. »
A ce jour, la Banque mondiale a mobilisé près de 200 millions de dollars de fonds externes, en provenance de l’Australie, de la Commission européenne et de la Russie, afin d’élargir les activités menées dans le cadre du GFRP. D’ici 2010, le Groupe de la Banque mondiale s’est engagé à accroître de 4 à 6 milliards de dollars par an ses prêts annuels à l’agriculture et à l’alimentation.
Le Conseil d‘administration de la Banque mondiale a approuvé le nouveau plafond de 2 milliards de dollars pour l’utilisation des fonds ou la date butoir du 30 juin 2010, quelque soit la limite qui arrive en premier.
Pour cette année fiscale, la Banque mondiale devrait approuver plus de 3 milliards de dollars de fonds (y compris ceux du GFRP) pour de nouvelles opérations de l’IDA et de la BIRD destinées à l’agriculture. Par ailleurs, environ 1 milliard de dollars devraient financer de nouveaux projets de protection sociale axés sur la sécurité alimentaire. Enfin, des prêts d’un montant de 1,5 milliard de dollars seront accordés au secteur agroalimentaire privé par le biais de la Société financière internationale, ce qui portera l’ensemble des prêts à un total annuel de 5,6 milliards de dollars.
Le développement des financements du GFRP ainsi que la hausse des prêts de la Banque mondiale à l’agriculture et au développement rural vont faire progresser les cinq domaines d’intervention du prochain Plan d’action pour l’agriculture de la Banque mondiale : réduire les risques et la vulnérabilité, augmenter la productivité agricole, rapprocher les fermiers du marché et renforcer la valeur ajoutée, faciliter l’apparition d’une génération de revenus ruraux non dépendants de l’agriculture et la sortie du secteur agricole, enfin mettre en avant les services liés à l’environnement et à la durabilité.