Contacts : À Paris: Valérie Chevalier +33.1.40.69.30.48 Portable +33.6.30.07.13.79 vchevalier@worldbank.org À Washington: Phil Hay +1.202.473.1796 Portable +1.202.409.2909 phay@worldbank.org Washington, le 6 juillet 2009 — Selon un nouveau rapport de la Banque mondiale présenté aujourd’hui à Paris lors d’un sommet de l’UNESCO sur l’éducation supérieure, les pays qui aspirent à bâtir des « universités de niveau international » dans le but d'encourager le développement économique et de figurer dans les classements mondiaux des meilleures universités internationales seraient en train de « poursuivre un mythe » qui pourrait mettre des années à se matérialiser, coûter des centaines de millions de dollars en construction et en fonctionnement, sans pourtant apporter les avantages sociaux et économiques généralement associés à ces institutions d’« élite ». Chaque année, le Times Higher Education (THES) et l’Université Jiao Tong de Shanghai (SJTU) publient deux tableaux très prisés de classement (league tables) des 200 et 500 meilleures universités, respectivement. La plupart des universités reconnues comme étant de niveau international sont originaires d’un très petit nombre de pays, pour la plupart occidentaux. En fait, l’Université de Tokyo est la seule université non américaine et non britannique à se placer parmi les 20 meilleures du classement SJTU. Pour les pays en développement qui aspirent à posséder des universités de réputation internationale, ce classement ne fait que leur rappeler les défis auxquels ils font face pour atteindre un tel objectif. Selon le nouveau rapport de la Banque mondiale ― The Challenge of Establishing World-Class Universities (Le défi d’établir des universités de niveau international) ― les pays pressés de construire des universités internationales d’élite devraient considérer leur décision dans le contexte de leurs plans de développement économiques pour l’avenir et déterminer s’ils peuvent se permettre de dépenser les sommes élevées qu'impliquent la construction et la gestion de telles institutions sans nuire au reste du système éducatif du pays. « Même dans une économie mondiale du savoir où tous les pays industriels et en développement se disputent une plus grosse part du gâteau, le battage médiatique entourant les institutions de niveau international dépasse largement les besoins éducatifs et le potentiel de recherche de bon nombre de ces mêmes pays, surtout en cette période de crise économique mondiale, » a déclaré Jamil Salmi, auteur du nouveau rapport et coordinateur pour l’enseignement supérieur de la Banque mondiale. « Il n’existe pas de recette universelle ni de formule magique pour “fabriquer” une université de réputation internationale. Néanmoins, la règle fondamentale semble être que l’argent seul ne suffira pas à acheter une place convoitée sur la liste annuelle des institutions d’élite du monde. » M. Salmi constate que même si le Brésil représente la 10ème plus grande économie et le 6ème plus gros constructeur de voitures au monde, et compte des entreprises de niveau international telles que Embraer et Aracruz Celulose, aucune université brésilienne ne figure parmi les 100 premières universités du classement mondial. De la même façon, la France et l’Allemagne, deux des économies mondiales les plus fortes et les plus sophistiquées, qui possèdent des hautes écoles historiquement excellentes, n’apparaissent pas en tête des récents classements. En 2003, lors de la publication du premier classement SJTU, la meilleure université française (l’Université de Paris VI) était classée 66ème, et la première université allemande (l’Université de Munich) était classée 49ème. En 2008, les meilleures universités françaises et allemandes se trouvaient respectivement à la 42ème et 55ème place. Qu’est ce qui définit le niveau international ? Selon le nouveau rapport de la Banque, trois facteurs distinguent les universités internationales d’élite de leurs concurrentes, à savoir : une concentration élevée de professeurs et d’élèves talentueux ; des budgets importants ; une vision et une gestion stratégiques. Des professeurs et des élèves talentueux ― dans la plupart des cas, les étudiants et le corps professoral des universités de niveau international ne sont pas exclusivement originaires du pays où se trouve l’université. Les universités peuvent attirer des personnes plus chevronnées, de différentes nationalités, et s’ouvrir ainsi à de nouvelles idées et approches. L’Université de Harvard, par exemple, compte une population étudiante qui est à 19 % internationale ; il en est de même pour l’Université de Stanford avec 21 % et pour l’Université de Columbia avec 23 %. À l’Université de Cambridge, 18 % des étudiants ne sont pas originaires du Royaume Uni mais d’autres pays de l’Union européenne (UE). Les universités américaines, classées en tête des sondages mondiaux, affichent également des proportions assez importantes de personnel universitaire étranger. La proportion de professeurs étrangers à l’Université d’Harvard, y compris le personnel universitaire médical, est d’environ 30 %. De la même façon, la proportion d’universitaires étrangers dans les Universités d’Oxford et de Cambridge se porte respectivement à 36 et 33 %. En revanche, seulement 7 % de tous les chercheurs en France sont des universitaires étrangers. Incontestablement, les meilleures universités du monde, toujours en quête d’excellence, sélectionnent et emploient un nombre important d’étudiants et de professeurs étrangers. À cet égard, le fait que les universités de réputation internationale parviennent à mobiliser un personnel universitaire national et international largement diversifié pourrait optimiser la capacité de mise en réseau du savoir de ces institutions. Des budgets importants ― le rapport constate que la construction et la gestion d’universités de niveau international peut coûter des millions de dollars. Par exemple, fin 2007, l’Arabie Saoudite a annoncé la création d’une nouvelle université de recherche dont le coût s’élève à 3 milliards de dollars ; le Pakistan prévoit de dépenser 750 millions de dollars pour chacune de ses nouvelles Universités d’Ingénierie, de Science et de Technologie dont la construction devrait avoir lieu prochainement; et l’École de Médicine établie par l’Université Cornell au Qatar en 2002 a coûté 750 millions de dollars. Les universités de réputation internationale disposent de quatre sources principales de financement : un financement budgétaire public pour les dépenses de fonctionnement et la recherche, la recherche sous contrat provenant des organisations publiques et des entreprises privées, les rentabilités financières générées par les dotations et les dons, et les droits de scolarité. En Europe occidentale, le financement public est de loin la principale source de financement pour l’enseignement et la recherche. En Asie, l’Université Nationale de Singapour, privatisée en 2006, est l’institution qui a reçu le plus de dotations, avec un portefeuille actuel de 774 millions de dollars réalisé grâce à une campagne de financement efficace. Les États-Unis et, dans une moindre mesure, le Japon possèdent des universités de recherche privées florissantes. La solide base financière des meilleures universités américaines est le résultat de deux facteurs : 1) d’importantes dotations, qui procurent une sécurité budgétaire, un confort, et la capacité de se concentrer sur des priorités institutionnelles à moyen et long termes ; et 2) la réussite de leur corps professoral à se disputer un financement public pour la recherche. En moyenne, par étudiant, les plus riches universités privées américaines reçoivent plus de 40 000 dollars de dotations chaque année, comparé à 1 000 dollars seulement pour les universités canadiennes. Contrairement à de nombreuses universités en Europe, ces universités américaines ne sont pas à la merci à court terme du financement public. De plus, au moins deux tiers du financement accordé pour la recherche aux meilleures universités américaines de recherche provient de sources publiques. Les premières universités canadiennes dans les classements internationaux sont également les mieux placées en ce qui concerne les revenus de la recherche. La disponibilité de ressources abondantes crée un cercle vertueux qui permet aux institutions concernées d’attirer encore plus de professeurs et de chercheurs chevronnés, comme c’est souvent le cas dans les universités d’élite aux États-Unis. Vision et gestion stratégiques selon le rapport de la Banque mondiale, les universités de niveau international réussissent dans un environnement qui encourage la compétitivité, la liberté de l’investigation scientifique, l’esprit critique, l’innovation, et la créativité. De plus, les institutions qui ont une complète autonomie ont également plus de libertés car elles ne sont pas gênées par des bureaucraties pesantes et des normes imposées de l’extérieur, malgré des mécanismes légitimes contraignants d’obligation de rendre des comptes. Par conséquent, elles peuvent gérer leurs ressources efficacement et répondre sans tarder aux demandes d’un marché mondial en rapide mutation. Il est cependant important de noter que, sans une gestion et une gouvernance stratégiques fondamentales, ce niveau d’autonomie ne suffit pas pour établir un statut de niveau international. « Pour y arriver, il faut également des dirigeants visionnaires et persévérants, une grande vision stratégique de la destination de l’institution, une philosophie de la réussite et de l’excellence, et une culture de la réflexion constante, de l’apprentissage organisationnel et du changement,” a déclaré Jamil Salmi de la Banque mondiale. « En plus de cela, il ne faut pas non plus être pressé. La vérité, c'est que toutes les nations n'ont pas besoin d'universités de réputation internationale, du moins pas tant que l’enseignement supérieur aura encore des besoins fondamentaux à satisfaire. » M. Salmi soutient que de nombreux pays feraient mieux de se concentrer d’abord sur le développement des meilleures universités nationales possibles, en prenant peut-être comme modèle certains établissements d’enseignement supérieur américains (créés grâce à une donation foncière du gouvernement fédéral) ou des universités polytechniques d’Allemagne et du Canada. Selon lui, ces institutions mettraient l'accent sur les divers besoins d'apprentissage et de formation de la population étudiante et de l'économie domestique. En concentrant leurs efforts sur la communauté et l’économie locales, M. Salmi explique que ces institutions pourraient amener un développement plus efficace et plus durable que ne le feraient les aspirations de réputation internationale. De son côté, la Banque mondiale indique qu’elle a doublé, cette année, son financement en faveur de l’éducation dans les pays à revenu faible et moyen, soit 4,09 milliards de dollars, pour aider les pays pauvres à combattre les menaces que subissent leurs services d’enseignement depuis le début de la crise économique mondiale. Pour en savoir plus sur le nouveau rapport (y compris accès vers la version française) ― The Challenge of Establishing World-Class Universities (Le défi d’établir des universités de niveau international) ― veuillez consulter la page http://go.worldbank.org/T84N8OC3F0 Page sur l’éducation supérieure www.worldbank.org/education/tertiary |