- Chaque milliard de dollars investi dans des projets d'infrastructure permet la création de 40 000 nouveaux emplois
- Entre 200 000 et 500 000 emplois sont créés pour chaque milliard investi dans la maintenance des réseaux routiers
3 août 2009 – Fernando Villa, camionneur chevronné, contemple ses mains calleuses qui, comme il le raconte, lui ont sauvé la vie à plusieurs reprises sur les routes sinueuses de la campagne péruvienne. « Ces routes sont comme les lignes que vous voyez ici, » ajoute-t-il tout en montrant les sillons et les égratignures de sa main droite réduite à l’inactivité ces derniers temps, du fait qu’il n’y a plus de chargement à livrer. Bien que M. Villa connaisse parfaitement les routes péruviennes, il est ravi de constater que le gouvernement investit des millions de dollars pour réfectionner les routes de l’intérieur du pays. Ces investissements sont effectués dans le cadre d’un plan de relance qui permettra la création de milliers d’emplois. Selon les estimations de la Banque mondiale, ces efforts, conjugués à ceux d’autres initiatives régionales, pourraient même permettre la création de millions d'opportunités d'emploi. Ces projections sont extraites d’une étude menée par des experts de la Banque mondiale. Ces derniers évaluent le potentiel, en termes de création d’emplois, des divers plans de relance fiscale mis en œuvre au sein de certaines des plus grandes économies de la région, dont notamment le Pérou, l’Argentine, le Mexique et le Brésil. Selon cette étude, intitulée « Investissements dans les infrastructures et potentiel de création d'emplois » (a), ces outils fiscaux sont en mesure de créer au moins deux millions d'emplois par an dans le secteur des travaux publics, lequel constitue l'une des premières cibles d'investissement des plans de relance. Dans ce contexte et en raison de la relative facilité de leur mise en œuvre, les projets de maintenance des routes rurales et d'assainissement représentent les principales sources potentielles de création d’emplois. Selon Jordan Schwartz, expert auprès de la Banque mondiale et auteur de l’étude, les projets axés sur le réseau routier principal des campagnes peuvent, à eux seuls, permettre de créer entre 200 000 et 500 000 emplois par milliard de dollars investi. M. Schwartz estime que la valeur totale des plans de relance économique consacrée aux travaux publics atteint 25 milliards de dollars au niveau régional. En fonction de l’échelle des salaires locale et d’autres facteurs, ces plans de relance peuvent potentiellement permettre de créer entre cinq et douze millions d’emplois par an. Les engagements régionaux en matière d'investissement dans les travaux publics s'élèvent au total à 125 milliards de dollars pour l'année 2009. Injection de ressources Selon M. Schwartz, la maintenance des réseaux routiers ruraux permet d’injecter des ressources directement au cœur des économies locales. En effet, 90 % des investissements servent au paiement des salaires des travailleurs qui, à leur tour, dépensent immédiatement leurs revenus pour satisfaire des besoins fondamentaux (achat de médicaments, de denrées alimentaires et de vêtements). « Tout ceci alimente rapidement l’économie et crée un effet de relance en chaîne, » ajoute-t-il. Ce sont des perspectives encourageantes dans un contexte plutôt sombre de récession économique, résultant de la crise financière mondiale. Les chiffres du chômage atteignent actuellement des niveaux sans précédent dans la région. Au cours du premier trimestre 2009, l’Amérique latine a enregistré un taux de chômage de 8,5 %, soit une augmentation de plus d'un demi-point de pourcentage par rapport au premier trimestre 2008 (7,9 %). Selon la Banque mondiale, pris séparément, les pays de la région font état d’un taux de chômage plus élevé et d'une chute de la création nette d'emplois. Le Chili, qui est largement parvenu à éviter les effets de la crise, enregistrait le mois dernier une augmentation de son taux de chômage de 2,1 % par rapport à la même période de l’année dernière. La Colombie et le Mexique ont connu une hausse de quasiment un point de pourcentage alors que le Brésil est parvenu à la limiter à 0,4 %. Depuis mi-2008, ces augmentations se sont accompagnées de baisses importantes en termes de création nette d’emplois. Face à un marché du travail qui se détériore rapidement, le rôle que jouent, en termes de création d’emplois, les investissements dans les infrastructures ne peut être sous-estimé, affirme M. Schwartz. La Banque mondiale, par le biais de son unité spécialisée dans le développement durable, participe à plusieurs projets de travaux publics, notamment au Pérou, en Argentine, au Guatemala, au Paraguay, au Mexique et en Jamaïque. Le projet péruvien en est au stade des dernières discussions. Il prévoit notamment le financement, à hauteur de 450 millions de dollars, de projets de réfection des routes rurales qui, comme le souligne M. Villa, constituent les artères du réseau routier péruvien.
Des initiatives similaires, tant en termes d’action que d'apport financier, sont actuellement mises en œuvre dans divers pays : en Argentine, avec un portefeuille de 400 millions de dollars consacré aux routes urbaines et rurales ; en Colombie, avec l’octroi de 600 millions de dollars destinés au programme national 2009-2010 pour le transport urbain; et au Mexique, avec des prêts et des investissements s’élevant à 700 millions de dollars pour financer le programme de transport urbain. D'autres projets de moindre envergure prévoient notamment la réhabilitation et la maintenance du réseau routier paraguayen à l’aide d’un portefeuille de presque 70 millions de dollars ainsi que des travaux publics en Jamaïque à hauteur de 15 millions de dollars. Cliquez ici pour en savoir plus sur ces projets. Des barrages routiers en perspective Mais tout n’est pas si rose. Il est difficile pour les gouvernements latino américains de faire en sorte que les plans de relance donnent bien les résultats escomptés. Premièrement, ils doivent trouver le moment opportun. Pour qu’une injection de capitaux soit efficace, il est essentiel de tenir compte du facteur psychologique. Cette stratégie consiste notamment à faire prendre en compte aux consommateurs que l’économie reprend en vue de les encourager à consommer. « Si la mise en œuvre des projets prend trop de temps, l’occasion est manquée et les effets du plan de relance s’en trouvent limités, » affirme M. Schwartz. D’un autre côté, il existe également le risque d’effectuer des dépenses de manière précipitée et chaotique, d’où la nécessité selon lui de trouver un juste milieu. Les meilleurs projets, souligne-t-il, s’appuient sur les résultats d’études techniques et de faisabilité. D'autres facteurs peuvent potentiellement compromettre la réussite de ces plans de relance. Il s’agit notamment de trouver un équilibre entre des forces contradictoires. Quel est le juste milieu entre la gestion des besoins immédiats en termes de création d'emplois et les objectifs à long terme ou entre la construction de nouvelles routes et la réduction des émissions de CO2? Les mesures des pouvoirs publics sont élégamment confrontées aux problèmes de corruption et à l'incapacité de certains gouvernements, variable en fonction de leur marge de manœuvre budgétaire, de financer les projets proposés. «Nous souhaitons sensibiliser les gouvernements à l’énorme potentiel de création d'emplois que représentent les plans de relance. Toutefois, ils doivent être conscients que les résultats dépendront de ce qu’ils feront de cet argent, et comment ils le feront», souligne M. Schwartz. Ce pari, s’il est judicieusement mené, pourrait bénéficier directement ou indirectement à Fernando Villa et à des millions d’autres travailleurs et permettre à des mains expérimentées de se rendre à nouveau utiles. |