- Ces dix derniÚres années ont été marquées par des
« progrÚs remarquables » dans le domaine de la vaccination et du développement des vaccins. - Des mécanismes de financement innovants, comme les
« obligations vaccination », aident Ă lutter contre les maladies infectieuses. - Lâaugmentation du coĂ»t des nouveaux vaccins et la difficultĂ© dâatteindre certains enfants sont un motif dâinquiĂ©tude pour les annĂ©es Ă venir.
4 janvier 2010â Le nombre dâenfants immunisĂ©s contre les maladies infectieuses nâa jamais Ă©tĂ© aussi Ă©levĂ©, grĂące aux efforts massifs accomplis ces dix derniĂšres annĂ©es pour fabriquer, distribuer et financer les vaccins et la vaccination dans les pays en dĂ©veloppement. Telles sont les conclusions du rapport sur les vaccins et lâimmunisation dans le monde (Vaccins et vaccination: la situation dans le monde) (pdf), publiĂ© en octobre par la Banque mondiale, lâUNICEF et lâOrganisation mondiale de la SantĂ©. GrĂące Ă lâintensification des campagnes de vaccination mises en Ćuvre durant la derniĂšre dĂ©cennie, des « progrĂšs remarquables » ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©s dans la lutte contre des maladies comme la rougeole et la polio. La vaccination, ainsi quâun meilleur accĂšs Ă lâeau potable et aux services dâassainissement, ont permis de rĂ©duire fortement le nombre de dĂ©cĂšs annuels dâenfants de moins de 5 ans (il est passĂ© de 17 millions en 1970 Ă 10,5 millions en 2000 et Ă 9,2 millions en 2007). Selon ce rapport, dans 72 des pays en dĂ©veloppement les plus pauvres, ces progrĂšs seraient dus essentiellement au travail de GAVI Alliance (a), un partenariat de financement public-privĂ© Ćuvrant en faveur de la vaccination et dont les membres incluent lâUNICEF, lâOMS, la Banque mondiale et la Fondation Bill & Melinda Gates (a), ainsi que des bailleurs de fonds et des gouvernements des pays en dĂ©veloppement, des entreprises privĂ©es et des organisations de la sociĂ©tĂ© civile. Les efforts de GAVI Alliance, associĂ©s Ă des mĂ©canismes de financement innovants, ont permis de vacciner 200 millions dâenfants et dâĂ©viter environ 3,4 millions de morts prĂ©maturĂ©es depuis 2000. « Cela reprĂ©sente un immense succĂšs en matiĂšre de santĂ© publique », affirme Amie Batson, adjointe du Directeur gĂ©nĂ©ral de la Banque mondiale Graeme Wheeler et premiĂšre reprĂ©sentante de la Banque mondiale au sein de la GAVI. Ces rĂ©sultats nâĂ©taient guĂšre prĂ©visibles dans les annĂ©es 90 Rien ne garantissait un tel succĂšs lorsque la GAVI a Ă©tĂ© créée en 2000 pour promouvoir la vaccination, une arme essentielle de la lutte contre les maladies et la mortalitĂ© infantiles. Ă la fin des annĂ©es 1990, les programmes de vaccination mis en Ćuvre dans les pays Ă faible revenu se trouvaient face Ă un avenir incertain. Comme lâindique le rapport sur la vaccination, la fourniture de vaccins peu coĂ»teux contre des maladies comme la diphtĂ©rie, la rougeole et la polio sâamenuisaient parce que les producteurs se tournaient vers des vaccins combinĂ©s, plus chers, destinĂ©s aux pays industrialisĂ©s. Les nouveaux vaccins disponibles dans les pays riches ne profitaient pas aux pays plus pauvres. La recherche et le dĂ©veloppement dans le domaine de la vaccination Ă©taient en crise. « Ă cette Ă©poque, on savait bien que la vaccination reprĂ©sentait lâun des atouts majeurs de la santĂ© publique, et pourtant, elle semblait en perte de vitesse », explique Mme Batson. Câest pour rĂ©agir Ă cette situation que les diffĂ©rents partenaires ont créé la GAVI, afin de corriger ces inĂ©galitĂ©s en finançant lâaccĂšs aux nouveaux vaccins, trop peu utilisĂ©s dans les pays en dĂ©veloppement. Nâayant pas la capacitĂ© de superviser les contributions apportĂ©es au processus de vaccination proprement dit, la GAVI a prĂ©fĂ©rĂ© se concentrer sur les rĂ©sultats, en remboursant aux pays une certaine somme pour chaque enfant vaccinĂ©, tandis que lâOMS suivait les progrĂšs rĂ©alisĂ©s. « CâĂ©tait un systĂšme novateur qui a portĂ© ses fruits », ajoute Mme Batson. Les idĂ©es de financement se concrĂ©tisent ParallĂšlement, des groupes de travail créés spĂ©cialement au sein de la GAVI et de la Banque mondiale ont Ă©tudiĂ© diverses possibilitĂ©s pour financer le programme de vaccination et ont finalement optĂ© pour une nouvelle facilitĂ© de financement internationale. Celle-ci a Ă©tĂ© lancĂ©e par Gordon Brown, alors chancelier de lâĂchiquier, et devait servir Ă financer les objectifs de dĂ©veloppement pour le MillĂ©naire (ODM). La FacilitĂ© de financement internationale pour la vaccination (a) (IFFIm) a Ă©tĂ© créée en 2006 en vue dâaccĂ©lĂ©rer et fiabiliser la mise Ă disposition des fonds destinĂ©s aux programmes de vaccination dans 70 des pays les plus pauvres bĂ©nĂ©ficiant du soutien de la GAVI. LâIFFIm a Ă©tĂ© conçue comme une institution supranationale et ses obligations sont cotĂ©es AAA. La Banque mondiale remplit les fonctions de conseiller et dâadministrateur de la trĂ©sorerie de lâIFFIm. « Câest une maniĂšre de gĂ©nĂ©rer des financements prĂ©visibles pour les pays et de mobiliser les engagements des bailleurs de fonds. Ceux-ci sâengagent sur le long terme (les dons peuvent sâĂ©tendre sur 20 ans), mais lâargent est fourni sur une pĂ©riode de huit ans, de sorte que les pays le reçoivent plus tĂŽt », explique Logan Brenzel, spĂ©cialiste sĂ©nior des questions de santĂ© au sein du RĂ©seau DĂ©veloppement humain (a) de la Banque mondiale et lâun des auteurs du chapitre du Vaccins et vaccination: la situation dans le monde concernant les investissements en faveur de la vaccination. Le Royaume-Uni, la France, lâItalie, lâEspagne, la SuĂšde, la NorvĂšge et lâAfrique du Sud ont engagĂ© un total de 5,3 milliards de dollars sur une pĂ©riode de 20 ans, dâune valeur de 3,2 milliards de dollars en valeur actuelle nette. LâIFFIm utilise ces engagements pour Ă©mettre des obligations sur les marchĂ©s de capitaux internationaux. Les revenus des obligations servent Ă financer les programmes de la GAVI. Fin 2009, les obligations de vaccination Ă©mises par lâIFFIm sâĂ©levaient au total Ă 2,3 milliards de dollars et lâinstitution avait dĂ©caissĂ© 1,5 milliard de dollars devant ĂȘtre versĂ©s aux pays pauvres par lâintermĂ©diaire de la GAVI. « Les Pays-Bas se sont Ă©galement engagĂ©s Ă apporter une contribution de 80 millions de dollars Ă lâIFFIm, et en septembre le Royaume-Uni, la NorvĂšge et lâAustralie ont annoncĂ© le versement dâune aide supplĂ©mentaire dâ1 milliard de dollars afin de renforcer les systĂšmes de santĂ© », souligne M. Brenzel. La Garantie de marchĂ© pour les vaccins favorise le dĂ©veloppement des vaccins En 2005, le Center for Global Development a conçu un nouveau mĂ©canisme, la Garantie de marchĂ© pour les vaccins (a) (AMC), afin de stimuler le dĂ©veloppement et la fabrication de vaccins spĂ©cifiquement adaptĂ©s aux pays en dĂ©veloppement. Ce projet a reçu lâappui des bailleurs de fonds intĂ©ressĂ©s, de la Fondation Bill et Melinda Gates, de la GAVI et de la Banque mondiale. Le chiffre dâaffaires de lâindustrie du vaccin a presque triplĂ© depuis 2000 : mi-2009, il atteignait Ă lâĂ©chelle mondiale plus de 17 milliards de dollars. Toutefois, selon le rapport sur la vaccination, lâexpansion est attribuable essentiellement aux ventes de vaccins, plus rĂ©cents et plus coĂ»teux, rĂ©alisĂ©es dans les pays industrialisĂ©s. LâAMC aidera Ă corriger ce dĂ©sĂ©quilibre du marchĂ© en subventionnant lâachat dâun certain nombre de doses dâun nouveau vaccin dont lâintroduction est nĂ©cessaire dans les pays pauvres. En contrepartie, les fabricants devront sâengager Ă fournir le vaccin Ă un prix peu Ă©levĂ© sur une longue pĂ©riode, ajoute M. Brenzel. Les gouvernements de lâItalie, du Royaume-Uni, du Canada, de la FĂ©dĂ©ration de Russie et de la NorvĂšge, ainsi que la Fondation Gates, ont engagĂ© 1,5 milliard de dollars pour soutenir une AMC pilote visant la mise au point dâun vaccin antipneumococcique. Celui-ci, Ă condition dâĂȘtre largement disponible dans les pays en dĂ©veloppement, pourrait, selon le rapport, sauver plus de 7 millions de vies dâici 2030. Les vaccins antipneumococciques ont Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©s pour ce premier essai sur la recommandation dâun comitĂ© dâexperts indĂ©pendant. La pneumonie est la maladie infectieuse qui fait le plus de victimes chez les enfants. Cette AMC pilote contre les pneumococcies a Ă©tĂ© lancĂ©e officiellement en juin dernier. La Banque mondiale gĂšre la trĂ©sorerie de lâAMC et a pris la dĂ©cision inhabituelle dâaligner son bilan sur les engagements des bailleurs de fonds pour soutenir cette initiative pilote prometteuse, note Susan McAdams, qui, en tant que Directrice Ă la Banque mondiale du dĂ©partement Financements conditionnels et Partenariats mondiaux, est responsable des engagements de la Banque en faveur de lâIFFIm et de lâAMC pilote. Des financements innovants qui prennent en compte les rĂ©alitĂ©s Ă©conomiques Selon Mme Batson, « il nâest pas rĂ©aliste de demander Ă des entreprises dâinvestir des centaines de millions pour dĂ©velopper un nouveau vaccin et, une fois que celui-ci est prĂȘt, de sâattendre Ă ce quâelles le distribuent gratuitement ». « Cela dit, il nâest pas non plus acceptable dâavoir un vaccin qui peut sauver des vies mais qui est tout simplement inabordable pour les populations les plus dĂ©favorisĂ©es, qui sont celles qui en ont le plus besoin. Ces mĂ©canismes de financement constituent donc un moyen de prendre en compte les rĂ©alitĂ©s Ă©conomiques : ils offrent une solution rĂ©aliste, basĂ©e sur le marchĂ© et permettant dâobtenir les rĂ©sultats voulus en termes de santĂ© publique. » « Ces initiatives de financement innovantes (lâAMC et lâIFFIm) fournissent un financement bien conçu qui aidera Ă rĂ©aliser plus rapidement les objectifs mondiaux en matiĂšre de vaccination », affirme Axel van Trotsenburg, Vice-prĂ©sident du dĂ©partement Financements conditionnels et Partenariats mondiaux de la Banque mondiale. Le Directeur gĂ©nĂ©ral de la Banque mondiale Graeme Wheeler ajoute : « Ces innovations sauvent des vies et montrent que lâon peut obtenir des rĂ©sultats spectaculaires lorsque les organisations associent pleinement leur crĂ©ativitĂ© et leur expertise. » Une augmentation prĂ©occupante des coĂ»ts Si la vaccination est lâune des interventions les plus rentables en matiĂšre de santĂ©, on assiste toutefois Ă une augmentation des coĂ»ts dans les pays en dĂ©veloppement, puisque ces derniers, situĂ©s entre 3,50 et 5 dollars par enfant dans les annĂ©es 1980, sont passĂ©s Ă 6 dollars en 2000. En 2010, on estime que la vaccination dâun enfant atteindra un coĂ»t moyen de 18 dollars. Lâaugmentation du nombre de vaccinations visant Ă protĂ©ger les enfants contre 14 maladies, qui constitue lâobjectif du projet : Global Immunization Vision and Strategy (a) (La vaccination dans le monde : vision et stratĂ©gie), coĂ»tera vraisemblablement plus de 30 dollars par enfant. Cette initiative devrait permettre de sauver 2 millions de vies supplĂ©mentaires par an, selon le rapport. Lâaugmentation des coĂ»ts est due aux efforts pour atteindre les enfants vivant dans des rĂ©gions plus Ă©loignĂ©es et pour vacciner contre davantage de maladies. Lâautre dĂ©fi consiste Ă atteindre les 24 millions de bĂ©bĂ©s qui ne sont pas vaccinĂ©s correctement, voire pas vaccinĂ©s du tout chaque annĂ©e. Selon le rapport, sâassurer que les vaccins nouveaux et existants bĂ©nĂ©ficient Ă tous les enfants vivant dans les 72 pays les plus pauvres coĂ»tera 1 milliard de dollars supplĂ©mentaires par an. De nouveaux vaccins sont en outre nĂ©cessaires, et ce de maniĂšre urgente, pour enrayer des maladies trĂšs meurtriĂšres, comme le paludisme, la tuberculose et le SIDA. Bien que les coĂ»ts semblent augmenter, le rapport souligne que la vaccination peut sâavĂ©rer beaucoup plus Ă©conomique que les traitements. Ăradiquer la variole, par exemple, a coĂ»tĂ© 100 millions de dollars sur une pĂ©riode de 10 ans (jusquâen 1977), mais selon une estimation, cet investissement a permis, depuis, une Ă©conomie mondiale dâ1,3 milliard de dollars en frais de traitement et de prĂ©vention. « Les coĂ»ts augmentent en effet, mais la vaccination demeure lâune des interventions les plus rentables en matiĂšre de santĂ© », souligne Julian Schweitzer, Vice-prĂ©sident et Directeur chargĂ© de la santĂ©, de la nutrition et de la population au sein du rĂ©seau de dĂ©veloppement humain de la Banque mondiale. « Les nouveaux vaccins, plus chers, protĂšgent contre un plus grand nombre de maladies. Il sera essentiel de renforcer les systĂšmes de santĂ© de façon Ă fournir ces vaccins de maniĂšre plus efficace et rentable et de trouver les bonnes stratĂ©gies permettant de vacciner Ă©galement les enfants les plus difficiles Ă atteindre. » |