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Un tournant vert pour la vallĂ©e du grand rift en Éthiopie


Alors que les dirigeants mondiaux s’efforcent de parvenir Ă  un accord international de rĂ©duction des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre, une petite ville blottie contre les pentes rocheuses de la vallĂ©e du grand rift en Éthiopie est en train de gagner sa propre bataille contre les changements climatiques. Les communautĂ©s locales ont tirĂ© profit du reverdissement de terres dĂ©nudĂ©es, y compris par la vente de crĂ©dits de carbone de forĂȘts qui sont maintenant protĂ©gĂ©es. Le projet de rĂ©gĂ©nĂ©ration naturelle assistĂ©e de Humbo (a), dĂ©veloppĂ© par Vision du monde et la Banque mondiale, est le premier projet de foresterie Ă  grande Ă©chelle d’Afrique Ă  ĂȘtre enregistrĂ© auprĂšs de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

Humbo est un village situĂ© Ă  environ 420 kilomĂštres au sud-est d’Addis-Abeba, la capitale Ă©thiopienne. Gelcha Gelana y a vĂ©cu toute sa vie et a vu la terre changer considĂ©rablement pendant ses 67 annĂ©es d’existence.

« Il y a trois dĂ©cennies, les montagnes Ă©taient couvertes d’une jungle dense et abritaient beaucoup d’espĂšces d’animaux sauvages, lions, lĂ©opards, hyĂšnes, pythons et cerfs », raconte-t-il. « Les herbes et les feuilles de la montagne servaient de nourriture pour notre bĂ©tail et les branches sĂšches tombĂ©es de bois Ă  brĂ»ler ».

Femmes de Likimsie, Éthiopie.
Les femmes de Likimsie trouvent leurs enfants en meilleure santĂ© grĂące Ă  l’eau propre. CrĂ©dit photo : Vision du monde.
Mais depuis les annĂ©es 1960, la pauvretĂ©, la faim, la sĂ©cheresse et une demande croissante de terres agricoles ont forcĂ© les communautĂ©s Ă  exploiter Ă  outrance leurs ressources naturelles. De nombreux arbres ont Ă©tĂ© coupĂ© pour la construction, le bois de chauffage, le charbon et les meubles, sans ou avec peu de rĂšgles. « La forĂȘt s’est rĂ©duite graduellement et s’est transformĂ©e en petits buissons. Les animaux sauvages ont disparu et les montagnes se sont dĂ©nudĂ©es », se souvient Gelcha.

La surexploitation des ressources forestiĂšres en Éthiopie n’a laissĂ© que moins de 3% des forĂȘts natives du pays intactes. Le dĂ©boisement autour de Humbo menace les rĂ©serves d’eau souterraine, source d’eau potable 65.000 personnes, et entraine une Ă©rosion sĂ©vĂšre. Les fortes pluies inondent les zones basses. Lors d’Ă©vĂ©nements climatiques extrĂȘmes, les glissements de terrain tuent des personnes et du bĂ©tail et endommagent les cultures, les routes, les ponds et autres infrastructures.

Les changements climatiques devraient aggraver la vulnĂ©rabilitĂ© de Humbo aux catastrophes naturelles et Ă  la pauvretĂ©. La population est fortement tributaire de l’agriculture pour ses moyens de subsistance et une intensification des inondations et des sĂ©cheresses prendrait de nombreux mĂ©nages dans le piĂšge de la pauvretĂ©, contrecarrant leurs efforts de constitution d’un capital et d’investissement pour un meilleur avenir.

RĂ©gĂ©nĂ©ration de la montagne de Humbo Ă  l’aide des crĂ©dits de carbone

Isabel Hagbrink« Le projet de Humbo devrait sĂ©questrer plus de 880 000 tonnes mĂ©triques de CO2e sur 30 ans... Â»Â Â |  Lire l’article complet du blog d’Isabel Hagbrink, chargĂ©e de la Communication pour l'UnitĂ© Finance Carbone de la Banque mondiale 

Dans le cadre du MĂ©canisme de dĂ©veloppement propre (MDP) du protocole de Kyoto, les pays peuvent gagner des crĂ©dits de carbone pour les projets de reboisement et de boisement. Le projet de rĂ©gĂ©nĂ©ration de Humbo permettra la vente future de crĂ©dits de carbone Ă©quivalents Ă  plus de 338 000 tonnes de CO2 Ă©quivalent (CO2e) d’ici 2017.

Le Fonds Biocarbone de la Banque mondiale achĂštera environ 50 % de ce volume, fournissant une nouvelle source de revenus aux communautĂ©s locales qui possĂšdent la terre, et par consĂ©quent les crĂ©dits de carbone. D’autres revenus seront disponibles aux communautĂ©s par la vente des crĂ©dits de carbone restants, de produits ligneux des parcelles dĂ©signĂ©es dans la zone du projet, ainsi que de produits agricoles comme le miel et le fourrage. C’est un succĂšs qui insuffle un espoir Ă  d’autres nations africaines, illustrant comment les crĂ©dits de carbone peuvent rĂ©ussir en Afrique malgrĂ© la complexitĂ© du MDP.

« À ce jour, l’Afrique ne compte que 2 % de tous les projets enregistrĂ©s au MDP. La promotion des projets d’utilisation de terre et de foresterie dans la rĂ©gion est indispensable pour sortir du statu quo. Si ce n’est pas le cas, le rĂ©gime climatique post-Kyoto aura du mal Ă  recueillir le soutien des pays africains », affirme Inger Andersen, directeur pour le dĂ©veloppement durable (rĂ©gion Afrique) Ă  la Banque mondiale.

« Dans cette optique, l’enregistrement de ce projet a une signification spĂ©ciale. Nous pensons que ce projet encouragera les responsables de projets Ă  reproduire Ă  grande Ă©chelle les initiatives d’utilisation des terres et de foresterie dans la rĂ©gion, permettant ainsi aux pays africains de tirer parti des opportunitĂ©s de l’expansion des marchĂ©s du carbone tout en fournissant aux communautĂ©s locales d’autres bĂ©nĂ©fices sociaux, Ă©conomiques et environnementaux ».

Second Forum africain du carbone

Le dĂ©fi de l’augmentation du nombre de projets du MDP en Afrique Ă©tait au centre des dĂ©bats lors du second Forum africain du carbone qui s’est tenu Ă  Nairobi au Kenya du 3 au 5 mars 2010. L’Ă©vĂ©nement Ă©tait organisĂ© par la Banque mondiale en coopĂ©ration avec les Nations Unies et l’Association internationale du nĂ©goce d’Ă©missions (IETA).

Africa Carbon ForumPlus de 1 000 participants ont assistĂ© Ă  la confĂ©rence pour discuter des obstacles rencontrĂ©s par le dĂ©veloppement de projets de rĂ©duction des gaz Ă  effet de serre, comme le manque de financement, les lacunes en termes d’expĂ©riences et de capacitĂ©s techniques, les problĂšmes liĂ©s Ă  l’attribution des titres de propriĂ©tĂ© des terres et au suivi et la complexitĂ© des rĂšgles du MDP.

« Une des raisons du faible nombre de projets MDP en Afrique est le manque de capacitĂ© ou de comprĂ©hension du MDP et de ce que nous devons faire en Afrique. C’est pour cette raison que nous sommes ici. Nous ne devrions pas nous attendre Ă  ce que l’Afrique vienne Ă  nous », a dĂ©clarĂ© Henry Derwent, prĂ©sident et directeur gĂ©nĂ©ral de l’IETA.

L’Afrique fait face Ă  plusieurs dĂ©fis provenant du fait que le faible niveau relatif d’Ă©missions de gaz Ă  effet de serre du continent l’a empĂȘchĂ© de dĂ©velopper un grand nombre de projets du MDP. Les promoteurs de projets se sont concentrĂ©s sur d’autres rĂ©gions aux gains rapides (low hanging fruit) avant de venir en Afrique. Ce dĂ©marrage tardif a entrainĂ© un manque gĂ©nĂ©ral d’exposition aux discussions sur les rĂ©ductions d’Ă©missions de gaz Ă  effet de serre et aux expĂ©riences de projet. Ce manque d’implication du secteur privĂ©, associĂ© Ă  une absence de prise d’initiatives fortes de la part de la plupart des gouvernements africains, ainsi qu’Ă  une rĂ©ticence gĂ©nĂ©rale des banques locales Ă  apporter des financements, parce qu’elles ne savent pas Ă©valuer les risques des projets de carbone, a entravĂ© le dĂ©veloppement de projets MDP.

L’histoire d’un succĂšs

Pour illustrer les rĂ©sultats qui peuvent ĂȘtre atteints Ă  force de dĂ©termination, Vision du monde en Éthiopie (a) et la Banque mondiale ont racontĂ© l’histoire du projet de foresterie de Humbo lors d’une confĂ©rence de presse pendant le Forum africain du carbone. Sur la montagne de Humbo, sept coopĂ©ratives forestiĂšres ont Ă©tĂ© créées rassemblant des habitants locaux, hommes et femmes, et des reprĂ©sentants de Vision du monde et du DĂ©partement Ă©thiopien de la foresterie, afin de gĂ©rer durablement et de reboiser les terres aux alentours.

Cordia Africana
Cordia Africana, une des espĂšces endĂ©miques choisies pour la rĂ©gĂ©nĂ©ration de la couverture forestiĂšre. Illustration d’Adolf Engler (1844-1930).Image du domaine public de fr.wikipedia.
Plus de 90 % de la zone du projet de Humbo a Ă©tĂ© reboisĂ© Ă  l’aide de la technique de la rĂ©gĂ©nĂ©ration naturelle assistĂ©e (RNA) qui encourage un nouvel essor de souches d’arbres qui ont Ă©tĂ© coupĂ©s, mais qui sont encore vivants. À l’aide de cette mĂ©thode, les coopĂ©ratives ont mis Ă  jour une « vaste forĂȘt souterraine ». Plusieurs espĂšces forestiĂšres natives importantes, dont certaines menacĂ©es, ont repris dans la rĂ©gion. Dans les zones sans souches vivantes, des plants ont servi Ă  rĂ©habiliter de la forĂȘt.

Depuis le lancement du projet de rĂ©gĂ©nĂ©ration de Humbo, plus de 2 700 hectares de terres dĂ©gradĂ©es –qui ont fait l’objet d’une exploitation continue pour le bois, le charbon ou le fourrage – ont Ă©tĂ© rĂ©habilitĂ©s et protĂ©gĂ©s.

La communautĂ© a Ă©tĂ© surprise et enthousiaste d’observer le volume et la vitesse Ă  laquelle la vĂ©gĂ©tation pousse sur les pentes rocheuses autrefois dĂ©nudĂ©es. Le projet de rĂ©gĂ©nĂ©ration a entrainĂ© une production accrue de bois et de produits non ligneux, comme le miel et les fruits, contribuant aux profits Ă©conomiques des mĂ©nages. La meilleure gestion des terres a stimulĂ© la croissance de l’herbe, source de fourrage de bĂ©tail qui peut ĂȘtre coupĂ©e et vendue pour des revenus supplĂ©mentaires. La rĂ©gĂ©nĂ©ration des forĂȘts natives devrait fournir un habitat important pour plusieurs espĂšces locales et rĂ©duire l’Ă©rosion de sols et les inondations.
Les aires protĂ©gĂ©es de la forĂȘt agissent maintenant comme un puits de carbone, absorbant et stockant les gaz Ă  effet de serre de l’atmosphĂšre et contribuant Ă  attĂ©nuer les effets des changements climatiques. Sur la pĂ©riode de prise en compte des crĂ©dits de 30 ans, le projet supprimera de l’atmosphĂšre un volume estimĂ© Ă  880 000 tonnes mĂ©triques de dioxyde de carbone.

Tim Costello, le PDG de Vision du monde considÚre le projet de régénération naturelle assistée de Humbo comme un exemple particuliÚrement réussi de reboisement qui réduit la pauvreté tout en apportant une réponse aux changements climatiques.
« Vision du monde travaille avec des communautĂ©s pauvres depuis plus de 20 ans pour mettre en œuvre des projets durables sur le plan environnemental, qui crĂ©ent des emplois et rĂ©duisent la pauvretĂ© », dit-il. « Si les revenus des crĂ©dits de carbone constituent un avantage apprĂ©ciable, les autres bĂ©nĂ©fices tangibles du projet proviennent du renforcement de la rĂ©silience contre les impacts des changements climatiques ».

« Les communautĂ©s vulnĂ©rables ont le pouvoir de passer du statut de victimes passives des changements climatiques Ă  celui d’agents actifs capables de rĂ©sister aux sĂ©cheresses, Ă  l’insĂ©curitĂ© alimentaire et Ă  la perte des moyens de subsistance. Ce projet montre clairement ce qui peut ĂȘtre rĂ©ussi lorsque nous travaillons avec les pays pauvres pour aider les communautĂ©s Ă  se dĂ©velopper de maniĂšre durable ».

Si la communautĂ© se rĂ©jouit de l’opportunitĂ© de tirer parti du systĂšme de nĂ©goce du carbone, des membres de la coopĂ©rative comme Gelcha sont juste tout aussi heureux d’observer la rĂ©gĂ©nĂ©ration de leur Ă©cosystĂšme.

« J’ai de la chance de voir la montagne reprendre vie et l’Ă©rosion des sols se rĂ©duire. Ces problĂšmes ont menacĂ© nos vies et nous ont exposĂ© Ă  l’insĂ©curitĂ© alimentaire pendant des annĂ©es. Le climat devient plus frais et certains animaux sauvages sont revenus dans la forĂȘt rĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e », se rĂ©jouit-il.


Liens utiles

Site web Carbon Finance (a)
Fiche-pays : Éthiopie
Fiche thématique : Marché du carbone
Liste rouge des espÚces menacées (IUCN) (a)

Cet article est une contribution d’Isabel Hagbrink, chargĂ©e de la Communication pour l'UnitĂ© Finance Carbone de la Banque mondiale. Pour toute information supplĂ©mentaire, veuillez la contacter par courrier Ă©lectronique).

(a) indique une page en anglais.




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