Conférence de presse : Robert B. Zoellick, président du Groupe de la Banque mondiale, et SÞren Pind, ministre danois du Développement

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Le 23 mars 2010.

 

SØREN PIND : Si vous le voulez bien


 

ROBERT ZOELLICK : [hors micro]

 

M. PIND : Tout d’abord, permettez-moi, M. Zoellick, de vous souhaiter la bienvenue, en tant que PrĂ©sident de la Banque mondiale ; c’est un plaisir de vous avoir parmi nous.

 

Nous allons avoir, cet aprĂšs-midi, des entretiens au niveau du Groupe des pays nordiques et baltes sur divers aspects de l’action menĂ©e, entre autres, par M. Zoellick. Je viens d’avoir l’occasion de m’entretenir avec lui de diffĂ©rents aspects d’ordre formel quant Ă  la marche Ă  suivre pour la rĂ©forme de la Banque mondiale. Et je tiens Ă  dire que le processus de rĂ©forme de la Banque mondiale, compte tenu de la façon dont a Ă©voluĂ© ces derniĂšres annĂ©es l’économie mondiale, est quelque chose de trĂšs important, tout particuliĂšrement pour nous. Bien sĂ»r, tout cela est Ă  concevoir d’une certaine façon sous l’angle des intĂ©rĂȘts stratĂ©giques de notre rĂ©gion et de la contribution que nous apportons. Mais je tiens Ă  dire que nous soutenons les rĂ©formes de la Banque mondiale et le renforcement du rĂŽle des pays en dĂ©veloppement Ă  cet Ă©gard.

 

J’ai Ă©galement eu l’occasion d’évoquer la nouvelle stratĂ©gie que je viens de lancer vendredi dernier, et de discuter un peu des modalitĂ©s de la contribution que nous allons faire, sous diffĂ©rents aspects, en matiĂšre d’aide extĂ©rieure. Nous avons par ailleurs discutĂ© de l’Accord de Copenhague, et de ce que nous allons faire pour essayer d’assurer l’apport de montants suffisants pour ce processus — et en particulier, je dois dire, pour rĂ©pondre aux dĂ©fis du financement Ă  mise en Ɠuvre rapide.

 

Comme doivent le savoir ceux d’entre vous qui suivent le dossier au niveau danois, notre contribution se chiffre, en couronnes danoises, Ă  1,2 milliard — en dollars, 225 millions —, et nous espĂ©rons que d’autres pays feront aussi bien. Je pense que cela devrait aussi faire partie de nos discussions de cet aprĂšs-midi.

 

Mais avant toute chose, M. Zoellick, vous aimeriez peut-ĂȘtre faire quelques remarques prĂ©liminaires ?

 

M. ZOELLICK : Eh bien, permettez-moi de commencer par remercier M. Pind d’avoir organisĂ© cette rĂ©union du Groupe des pays nordiques et baltes. J’avais eu l’occasion de le fĂ©liciter pour sa nomination et, comme il l’a mentionnĂ©, nous avons dĂ©jĂ  discutĂ© quelque peu de certains des nouveaux programmes de dĂ©veloppement qui sont envisagĂ©s sous sa direction. Je me rĂ©jouis Ă  la perspective de travailler Ă  ses cĂŽtĂ©s.

 

Comme vous le savez peut-ĂȘtre, la Banque mondiale a 186 pays actionnaires et nous avons 24 siĂšges au Conseil, de sorte que la plupart de ces siĂšges reprĂ©sentent de multiples pays rĂ©unis au sein d’un mĂȘme groupe. L’un d’entre eux est le Groupe des pays nordiques et baltes, qui reprĂ©sente huit pays et a Ă©tĂ©, pour nous Ă  la Banque, un groupe et un siĂšge trĂšs important, car ces pays ont jouĂ© un grand rĂŽle de par les perspectives qu’ils ont sur le dĂ©veloppement, la façon dont ils s’impliquent dans la formulation des politiques, les efforts qu’ils mĂšnent en matiĂšre d’exĂ©cution sur le terrain, la grande gĂ©nĂ©rositĂ© dont ils font preuve en termes de contributions financiĂšres et, autre aspect important, comme le Ministre l’a mentionnĂ©, pour ce qui est de donner suite Ă  leurs engagements.

 

Le Groupe de la Banque mondiale mais, ce qui est plus important, les habitants des pays pauvres du monde entier apprécient le généreux appui fourni par le Groupe des pays nordiques pour essayer de lutter contre la pauvreté et de promouvoir un développement durable.

 

Pour sa part, le Danemark a jouĂ© un rĂŽle de chef de file pour le dĂ©veloppement, en concentrant son attention sur des dossiers tels que l’Afrique, le changement climatique ou le secteur privĂ©. M. Pind et moi avons parlĂ© des enjeux particuliers que prĂ©sentent les États fragiles et ceux sortant d’un conflit. Cela cadre trĂšs bien avec un certain nombre des prioritĂ©s que nous avons fixĂ©es Ă  la Banque mondiale, et nous serons heureux d’avoir l’occasion d’en discuter cet aprĂšs-midi.

 

Comme institution multilatĂ©rale, nous sommes Ă  mĂȘme de dĂ©multiplier les contributions de nos diffĂ©rents pays. Ainsi, par exemple, les parts que dĂ©tient le Danemark au sein de la Banque mondiale reprĂ©sentent un peu moins de 1 % du total environ ; par consĂ©quent, pour chaque couronne qui est investie, on peut tabler sur 99 autres provenant des autres actionnaires. Ensuite, comme nous disposons d’un effet de levier de l’ordre de 5 pour 1 pour nos emprunts, cela vous donne, si vous multipliez encore par 5, pour ainsi dire 500 couronnes destinĂ©es au dĂ©veloppement pour chaque couronne qui est investie, ce qui constitue un rendement important.

 

Les questions de paritĂ© hommes-femmes sont un autre dossier dans lequel le Danemark a jouĂ© un rĂŽle de chef de file important, et je me fĂ©licite de l’occasion que j’aurai, demain, d’intervenir lors d’une confĂ©rence que le Ministre a contribuĂ© Ă  organiser sur ce dossier paritĂ© hommes-femmes et dĂ©veloppement.

 

Un mot sur la crise financiĂšre qui, je le sais, sera Ă©galement un sujet de discussion. À l’échelon du Groupe de la Banque mondiale, nous avons rĂ©ussi Ă  aller de l’avant depuis le dĂ©clenchement de la crise. Nous avons ainsi Ă©tĂ© en mesure de prendre des engagements de l’ordre de
 en fait de plus de 90 milliards de dollars — et, au moment de nos RĂ©unions de printemps, en avril, nous aurons probablement passĂ© la barre des 100 milliards — pour les pays les plus pauvres de tous, par l’entremise de l’IDA ainsi qu’au moyen des prĂȘts de la BIRD, mais aussi par le biais de l’IFC, notre entitĂ© spĂ©cialisĂ©e dans le secteur privĂ©.

 

Et nous avons aussi jouĂ© un rĂŽle trĂšs significatif dans la rĂ©gion Europe centrale et orientale, y compris dans les pays baltes : pour la seule annĂ©e derniĂšre, la Banque mondiale a fourni un appui de 12,5 milliards de dollars pour l’Europe centrale et orientale, et nous aurons probablement un chiffre tout aussi important cette annĂ©e.

 

Un autre des sujets importants Ă  l’ordre du jour de nos discussions concerne la capacitĂ© de rĂ©ponse aux situations de crise. L’une des choses que nous avons ainsi faites avec l’appui du Groupe des pays nordiques et baltes, lorsque les prix alimentaires ont augmentĂ© et avant mĂȘme la crise Ă©nergĂ©tique et la crise financiĂšre, a consistĂ© Ă  Ă©tablir un mĂ©canisme d’intervention en cas de crise pour essayer de fournir des fonds Ă  ceux confrontĂ©s aux problĂšmes de renchĂ©rissement des prix alimentaires, et nous avons fait quelque chose de similaire pour certains des pays emprunteurs de l’IDA.

 

Au sujet du changement climatique, le Ministre et moi-mĂȘme avons discutĂ© d’une sĂ©rie de fonds d’investissement climatiques que le Groupe de la Banque mondiale a lancĂ©e. Nous avons reçu des contributions initiales de l’ordre de 5 à 6 milliards de dollars pour ces fonds et, chose importante, nous avons pu dĂ©multiplier ces fonds d’environ 10 pour 1. Nous avons ainsi pu tabler sur des fonds provenant d’autres parties de la Banque mondiale, d’autres sources de financement, du secteur privĂ© pour environ 30 %, de maniĂšre Ă  pouvoir aider les pays en dĂ©veloppement Ă  s’attaquer Ă  des problĂšmes tels que le dĂ©boisement, la maĂźtrise de l’énergie, les sources d’énergie de substitution ou l’adaptation — mais de le faire d’une maniĂšre qui tire parti de l’effet de levier.

 

Et l’un des autres aspects de cette discussion que j’attends avec intĂ©rĂȘt sera les Ă©changes de vues sur les perspectives Ă©conomiques en gĂ©nĂ©ral, car nous avons beau ĂȘtre dans une phase de redressement, il est Ă©vident que des incertitudes subsistent. Je sais donc pouvoir tirer parti, et j’espĂšre qu’il en sera de mĂȘme pour mes collĂšgues, de l’échange de divers points de vue Ă  ce sujet. C’est pourquoi je sais grĂ© au Ministre de son invitation, et je me rĂ©jouis Ă  l’avance de cette session.

 

M. PIND : Merci.

 

Je pense que comme
 euh, non, je ne vais pas dire que vous ĂȘtes la personne la plus intĂ©ressante ici prĂ©sente, parce que mon petit orgueil en serait quelque peu froissĂ© [rires]. Mais quand mĂȘme, comme vous ĂȘtes mon invitĂ©, j’aimerais vous demander de rĂ©pondre Ă  quelques questions, peut-ĂȘtre, des journalistes.

 

M. ZOELLICK : Je suis sûr que nous pouvons tous les deux répondre à des questions.

 

M. PIND : Bien, d’accord.

 

Je ne sais pas s’il y a des questions.

 

QUESTION : J’ai une question.

 

M. PIND : Bien, bien.

 

QUESTION : J’ai une question au sujet du programme Ă©ducatif de la Banque mondiale appelĂ© Initiative Fast Track, parce que le Ministre danois a dit qu’il veut en faire un programme prioritaire dotĂ© de ressources supplĂ©mentaires, et peut-ĂȘtre dĂ©penser moins pour les programmes bilatĂ©raux. Mais je crois savoir aussi que ce programme a Ă©tĂ© trĂšs fortement critiquĂ© ces derniers temps dans des rapports, comme le rapport de suivi de l’UNESCO.

 

Pouvez-vous me dire l’un et l’autre pourquoi ce
 pourquoi c’est une bonne idĂ©e de dĂ©penser de l’argent pour cette Initiative Fast Track ?

 

M. ZOELLICK : Vous voulez que je commence ?

 

M. PIND : Oui.

 

M. ZOELLICK : D’accord.

 

En ce qui me concerne, l’éducation est l’élĂ©ment clĂ© en termes d’opportunitĂ©s. Mais une des choses les plus tristes Ă  voir, dans les pays en dĂ©veloppement, ce sont les cas oĂč l’on ne donne pas aux enfants les chances voulues dĂšs le dĂ©part, ce qui soulĂšve en rĂ©alitĂ© deux problĂšmes clĂ©s : d’un cĂŽtĂ©, la nutrition ; de l’autre, l’éducation.

 

Et ce qu’on a constatĂ© Ă  travers le monde, c’est que les pays dĂ©veloppĂ©s peuvent en particulier se rallier autour de l’idĂ©e selon laquelle, que ce soit en Afrique ou ailleurs, les enfants ne doivent pas ĂȘtre dĂ©savantagĂ©s. Et les filles, en particulier, ont souvent Ă©tĂ© exclues du systĂšme.

 

C’est pour cela que le Premier ministre britannique Gordon Brown et nous, ainsi que d’autres, avons lancĂ© cette Initiative Fast Track il y a quelques annĂ©es : parce qu’on a beau avoir travaillĂ© sur ce dossier de l’éducation, on essaie de trouver le moyen de le faire avancer.

 

Je dois dire malheureusement que je n’ai pas souvenir des Ă©lĂ©ments dĂ©taillĂ©s de la critique formulĂ©e par l’UNESCO, mais je me bornerai Ă  mentionner Ă  ce sujet que nous nous efforçons, Ă  la Banque, de fonctionner de maniĂšre trĂšs ouverte (nous somme trĂšs nordiques).

 

C’est ainsi que nous venons de mettre en place une nouvelle politique d’accĂšs Ă  l’information qui nous situera Ă  l’avant-garde parmi les institutions multilatĂ©rales. Car il ne fait pas de doute que, dans tous ces projets, les tĂąches Ă  accomplir sont difficiles, et les gens en tireront des leçons ; ils feront parfois des erreurs, mais la question est de ne pas chercher Ă  Ă©luder ou Ă©viter le problĂšme mais, lorsqu’il y a problĂšme, de s’y attaquer et de chercher Ă  y remĂ©dier.

 

Maintenant, le Ministre peut bien sĂ»r parler de l’aide bilatĂ©rale ou multilatĂ©rale. Bien entendu, cela prĂ©sente toujours un dĂ©fi car, quand on se tourne vers les parlements, il est souvent plus facile de lever les fonds s’il s’agit d’un programme bilatĂ©ral ; mais parfois il n’est pas possible de mobiliser les ressources de la mĂȘme façon qu’on le peut si l’on procĂšde de maniĂšre multilatĂ©rale, comme je le mentionnais dans mon exemple sur les investissements dans notre capital.

 

Et l’autre problĂšme, pour les pays les plus pauvres de tous, c’est que cela peut entraĂźner une trop lourde charge pour eux. Il y a tendance, chez les donneurs d’aide, Ă  vouloir arborer leur fanion sur le projet ; mais quand on a affaire Ă  un pays relativement pauvre et dotĂ© de capacitĂ©s limitĂ©es, et qu’il y a 30 bailleurs de fonds diffĂ©rents, franchement, le pays finit par ĂȘtre submergĂ©. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles une bonne partie des organismes d’aide ont ensemble adoptĂ© des dĂ©clarations, Ă  Paris ainsi qu’à Accra, au Ghana, pour tenter de mettre sur pied des programmes intĂ©grĂ©s.

 

Par consĂ©quent, comme le Ministre vient de prendre ses fonctions, je me fĂ©licite bien Ă©videmment de ce qu’il soit prĂȘt Ă  examiner de prĂšs ces questions et Ă  dire, eh bien, peut-ĂȘtre aura-t-on plus d’efficacitĂ© si l’on agit de maniĂšre multilatĂ©rale. Mais, dans le mĂȘme esprit, on peut souvent tirer d’utiles enseignements de bons programmes bilatĂ©raux.

 

M. PIND : Merci.

 

Oui, c’est exact : nous avons aussi discutĂ© de cela, et je dois dire que je n’ai pas pris de dĂ©cision dans ce domaine, mais c’est un processus que... un aspect que nous examinons actuellement, et j’ai en fait entendu Ă©normĂ©ment de bonnes choses au sujet du programme.

 

Je sais qu’il y a eu certains problĂšmes au sujet de la somme d’argent dĂ©pensĂ©e — c’est du moins ce que j’ai compris comme Ă©tant une partie du problĂšme. Mais je peux dire qu’à la base, s’agissant de la stratĂ©gie que nous avons prĂ©sentĂ©e vendredi, ce que nous essayons de faire, c’est chercher Ă  concentrer notre propre aide dans les domaines oĂč nous pouvons vraiment faire une diffĂ©rence, et nous tourner vers les organisations internationales dans un cadre international pour faire une diffĂ©rence
 À mon sens, c’est toujours le
 ce dont il est question lorsqu’on parle de l’aide bilatĂ©rale et multilatĂ©rale.

 

Et donc, nous allons Ă  prĂ©sent avoir deux mois de dĂ©bat public oĂč il s’agira pour nous de discuter de cela, aprĂšs quoi nous allons entreprendre de mettre en Ɠuvre la stratĂ©gie. Et avant que cette application de la stratĂ©gie soit achevĂ©e au niveau de chacun des cinq points envisagĂ©s, il y aura
 nous aurons une vue trĂšs, trĂšs prĂ©cise de ce qu’il faut faire.

 

Par consĂ©quent, nous y verrons plus clair au fil du temps. Mais, Ă  la base, je dirais que c’est une bonne idĂ©e d’essayer de laisser ceux qui sont le mieux placĂ©s pour cela faire le meilleur travail. Mais, bien entendu, nous devrons avoir un processus d’éclaircissement sur cette question, et je peux vous assurer que c’est ce que nous allons faire.

 

QUESTION : Une question pour M. Pind.

 

Est-ce que vous soutenez la demande faite par la Banque pour une augmentation de capital et un apport de ressources pour l’IDA, bien que cela puisse vouloir dire que vous perdrez une certaine influence au sein de la Banque au profit, disons, de pays en dĂ©veloppement qui recevront davantage de pouvoir ?

 

M. PIND : Bien sĂ»r, pour un homme politique, cela sera toujours un point Ă  dĂ©battre. Mais je peux vous dire que nous soutenons le processus de rĂ©forme, nous soutenons le dossier de l’élargissement des activitĂ©s de la Banque, et d’un point de vue financier Ă©galement. Cela est important. Il importe pour nous de faire en sorte que la Banque mondiale reste le principal intervenant dans ce domaine d’activitĂ©.

 

Maintenant, pour ce qui est de la question de l’influence, il y a toujours toutes sortes d’influence. Ce que nous aimerions, c’est qu’il y ait certaines mesures objectives, compte tenu du poids politique des diffĂ©rents pays, mais j’ajouterai que nous devrons avoir des discussions Ă  ce sujet.

 

Nous reconnaissons la nĂ©cessitĂ© d’une rĂ©forme, et nous reconnaissons la nĂ©cessitĂ© pour les pays en dĂ©veloppement de faire partie intĂ©grante du travail accompli par la Banque, et nous avons Ă©tĂ© les chefs de file Ă  cet Ă©gard. Mais, d’un autre cĂŽtĂ©, je dirai que c’est aussi une question d’équitĂ© que le montant que nous versons pour ce travail et le montant de notre contribution soit reflĂ©tĂ© d’une maniĂšre Ă©quitable au sein de la Banque mondiale. Cela Ă©tant, je ne peux pas vous dire beaucoup plus que cela ; de mon point de vue, c’est un dĂ©bat qui va durer encore un certain temps.

 

M. ZOELLICK : Permettez-moi seulement


 

M. PIND : Et je pense que le Président a du pain sur la planche à cet égard.

 

M. ZOELLICK : Permettez-moi seulement d’ajouter une chose, parce qu’il est plus facile pour moi de dire cela que pour le Ministre.

 

Je ne vois absolument aucune indication que le Groupe des pays nordiques ou le Danemark soit sur le point de perdre de son influence. D’ailleurs, si vous considĂ©rez l’ordre du jour que le Ministre a tracĂ©, et que ses partenaires des pays nordiques ont tracĂ©, et si vous le comparez aux sujets dont j’ai parlé — en ce qui concerne la focalisation sur l’Afrique subsaharienne, le changement climatique, les États sortant d’un conflit, le secteur privĂ©, la paritĂ© hommes-femmes —, il y a un trĂšs net degrĂ© de chevauchement.

 

Et donc, ce qu’il
, il faut seulement que la population du Danemark et de l’ensemble de la rĂ©gion comprenne que le Groupe des pays nordiques a une voix et une influence trĂšs significative au sein de la Banque parce que, bien entendu, il apporte une contribution significative au plan financier, mais ce n’est pas seulement d’argent qu’il s’agit. C’est une question d’idĂ©es et d’expĂ©rience en matiĂšre de politiques, et de l’aptitude Ă  opĂ©rer Ă  l’échelon d’autres rĂ©seaux, qu’il s’agisse de communautĂ©s d’ONG, du cadre de l’Union europĂ©enne ou d’autres contextes.

 

Cela Ă©tant, l’aspect particulier qui a reçu une certaine attention concerne de lĂ©gers dĂ©placements de parts des voix pour en rĂ©attribuer une partie. Mais cela est trĂšs diffĂ©rent d’une rĂ©elle focalisation sur la question de l’influence, et je peux assurer tout le monde que le Danemark ou les pays nordiques ne vont pas perdre d’influence.

 

M. PIND : DerniÚre question.

 

QUESTION : Merci.

 

M. Zoellick, pourriez-vous nous donner votre point de vue sur la crise financiĂšre ? Je pense Ă  la GrĂšce, qui se trouve plongĂ©e dans une profonde crise de confiance : est-ce que cela pourrait se propager ? Est-ce que, par exemple, le Portugal pourrait Ă  son tour suivre l’exemple de la GrĂšce ? Est-ce que c’est quelque chose qui vous prĂ©occupe ?

 

M. ZOELLICK : À mon avis, la bonne nouvelle est que, comparĂ© Ă  il y a un an, nous sommes manifestement dans une phase de redressement mondial, mais il y a, sans aucun doute, des incertitudes, et le mouvement est plus lent que ne le voudraient, je crois, la plupart des gens.

 

Au stade actuel, nous sommes dans une pĂ©riode de redressement Ă  plusieurs vitesses : on constate ainsi que certaines parties du monde, par exemple la Chine et l’Inde, progressent assez bien ; d’autres — l’Europe, l’AmĂ©rique du Nord — affichent quelques signes de croissance mais d’un niveau encore trĂšs, trĂšs modĂ©rĂ©.

 

Dans ce contexte, par consĂ©quent, il me paraĂźt utile de considĂ©rer surtout une partie des risques qui se posent, et de voir ce que l’on peut faire pour y rĂ©pondre.

 

Un de ces risques est que, dans l’éventualitĂ© oĂč des pays connaissent un fort taux de chĂŽmage, cela engendre un surcroĂźt de crĂ©ances douteuses au niveau des prĂȘts au consommateur, des cartes de crĂ©dit, des prĂȘts hypothĂ©caires — pas du fait des instruments sous-jacents, mais parce que les gens ne peuvent pas rembourser leurs prĂȘts hypothĂ©caires s’ils sont sans travail.

 

Un autre motif de prĂ©occupation — et une chose que les pays nordiques ont, je le sais, toujours prise trĂšs Ă  cƓur — est que nous avons rĂ©ussi jusqu’à prĂ©sent Ă  tenir Ă  distance les dĂ©mons du protectionnisme. Mais si l’on fait face Ă  un chĂŽmage massif, cela constitue toujours un risque.

 

Un troisiÚme aspect est le passage du témoin du secteur public au secteur privé. Beaucoup de pays ont des programmes de relance, mais la question est de savoir si le secteur privé va prendre la relÚve.

 

Un quatriĂšme facteur est celui que vous avez mentionnĂ©, c’est-Ă -dire la réévaluation du risque de crĂ©dit souverain, et je considĂšre cela comme un problĂšme plus vaste qu’un problĂšme propre Ă  la GrĂšce ou propre Ă  l’Europe.

 

On a vu d’énormes injections de fonds dans le systĂšme international de la part des pays cherchant Ă  faire face aux situations d’urgence, et les gens vont, au fil du temps, Ă©valuer la dette d’un pays, sa capacitĂ© de paiement. Et je pense par consĂ©quent qu’on va assister Ă  une certaine réévaluation de ces aspects, et cela pourrait avoir une incidence non seulement sur des pays mais, dans le cas des États-Unis par exemple, sur certaines de ses municipalitĂ©s et certains de ses États.

 

Et puis il y a encore un autre problĂšme, compte tenu du phĂ©nomĂšne de redressement Ă  plusieurs vitesses : c’est le fait que, si vous combinez une grosse part de cette masse monĂ©taire avec une croissance rapide, vous courez le risque de voir se former des bulles de prix des actifs. Cela constitue plus un problĂšme dans le contexte de l’Asie de l’Est.

 

Tout cela pour dire que le processus de coopĂ©ration internationale sera probablement plus ardu en 2010 qu’il ne l’était en 2009, lorsque les gens se sont vus au bord du prĂ©cipice et ont rĂ©alisĂ© qu’ils avaient manifestement intĂ©rĂȘt Ă  collaborer entre eux. Ce qu’on commence Ă  voir, c’est ce que j’appellerai un mouvement gravitationnel de repli sur les intĂ©rĂȘts nationaux ou rĂ©gionaux, et il y a donc encore plus de raison de considĂ©rer comme important le type de coopĂ©ration auquel donnent lieu des rĂ©unions comme celle-ci.

 

Et je conclurai en disant ceci : pendant des annĂ©es, les pays d’Europe et d’AmĂ©rique du Nord ont regardĂ© les pays en dĂ©veloppement comme autant d’occasions de faire preuve de charité — ou, dans le contexte europĂ©en, on parlera peut-ĂȘtre de « solidarité ».

 

Ce qui est frappant dans le processus de redressement actuel, c’est qu’une trĂšs grande part de la demande provient du monde en dĂ©veloppement. Et donc une partie du changement au niveau du systĂšme international qu’on peut, Ă  mon sens, soutenir, et que la Banque mondiale peut soutenir, consiste Ă  Ă©tablir des pĂŽles de croissance multiples.

 

En fait, Ă  l’heure actuelle, il est difficile d’ouvrir un journal qui parle du redressement et de l’économie mondiale sans qu’il soit question de la Chine ou peut-ĂȘtre de l’Inde. Eh bien, dans dix ans, il s’agira aussi de l’AmĂ©rique latine, de l’Asie du Sud-Est, potentiellement de l’Afrique. C’est lĂ  une bonne chose, et c’est l’une des raisons pour lesquelles, lĂ  encore, le type de croissance que nous essayons de promouvoir via la Banque mondiale pour les pays dĂ©veloppĂ©s comme en dĂ©veloppement prĂ©sente un intĂ©rĂȘt mutuel : parce que cela peut devenir un facteur de croissance Ă  un moment oĂč l’on perçoit moins clairement d’oĂč provient la demande.

 

M. PIND : TrĂšs bien. Merci Ă  tous d’ĂȘtre venus.


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