La fin du tiers-monde ?  Moderniser le multilatéralisme pour un monde multipolaire
Robert B. Zoellick PrĂ©sident du Groupe de la Banque mondiale Woodrow Wilson Center for International Scholars 14 avril 2010  Introduction : La fin du tiers-monde ? Depuis des dĂ©cennies, les spĂ©cialistes des questions de sĂ©curitĂ© et de politique internationale dĂ©battent de lâĂ©mergence dâun systĂšme multipolaire. Il est temps de reconnaĂźtre la dimension Ă©conomique de ce concept. AprĂšs avoir assistĂ© Ă la disparition du « deuxiĂšme monde » en1989, lors de la chute du communisme, nous avons observĂ© en 2009 la fin de ce que lâon appelait le « tiers monde » : nous vivons maintenant dans une nouvelle Ă©conomie mondiale multipolaire qui Ă©volue rapidement et dans laquelle certains pays en dĂ©veloppement se muent en puissances Ă©conomiques ; dâautres pays sont en passe de devenir des pĂŽles de croissance ; dâautres encore peinent Ă tirer pleinement parti de leur potentiel au sein du nouveau systĂšme â oĂč le Nord et le Sud, lâEst et lâOuest ont cessĂ© dâĂȘtre lâexpression dâun destin Ă©conomique pour ne plus ĂȘtre que des points cardinaux sur une boussole. La pauvretĂ© continue de sĂ©vir et doit ĂȘtre combattue. Les Ătats dĂ©faillants existent toujours et doivent ĂȘtre pris en compte. Les dĂ©fis mondiaux sâintensifient et doivent ĂȘtre relevĂ©s. Toutefois, nous devons aborder ces questions dans une optique diffĂ©rente. Les notions dĂ©suĂštes de pays dĂ©veloppĂ©s et de tiers monde, de donateurs et de demandeurs, de leaders et de suiveurs ne correspondent plus Ă la rĂ©alitĂ©. Cette situation est lourde de rĂ©percussions â pour le multilatĂ©ralisme, pour la coopĂ©ration mondiale, pour les rapports de force, pour le dĂ©veloppement et pour les institutions internationales. Le multilatĂ©ralisme est important La crise Ă©conomique mondiale a dĂ©montrĂ© lâimportance du multilatĂ©ralisme. Au bord du gouffre, les pays se sont unis pour sauver lâĂ©conomie mondiale. Un G-20 rĂ©novĂ© est nĂ© de la crise et a montrĂ© ce dont il Ă©tait capable en agissant rapidement pour rĂ©tablir la confiance. La question est maintenant de savoir sâil sâagissait dâune aberration, dâune anomalie passagĂšre ? Les historiens considĂ©reront-ils lâannĂ©e 2009 comme un Ă©pisode de coopĂ©ration internationale isolĂ© ou comme le dĂ©but dâune Ăšre nouvelle ? Aujourdâhui, certains considĂšrent les efforts dĂ©ployĂ©s par Woodrow Wilson aprĂšs la PremiĂšre Guerre mondiale pour crĂ©er un nouveau systĂšme international comme une occasion manquĂ©e, qui laissa le monde Ă la dĂ©rive face aux Ă©cueils de lâhistoire. Est-on en train de revivre une expĂ©rience similaire ? Aujourdâhui, le danger est que la volontĂ© de coopĂ©rer sâestompe en mĂȘme temps que sâattĂ©nuent les craintes suscitĂ©es par la crise. Nous constatons dĂ©jĂ que des forces poussent les Ătats-nations Ă privilĂ©gier Ă nouveau la dĂ©fense de leurs intĂ©rĂȘts particuliers. Ce serait une erreur. Les plaques tectoniques de la sphĂšre Ă©conomique et politique se dĂ©placent. Nous pouvons bouger avec elles ou continuer de percevoir le monde nouveau Ă travers le prisme de lâancien. Nous devons accepter les nouvelles rĂ©alitĂ©s. Et agir en consĂ©quence. Quâest-ce qui a changĂ© ? De nouvelles sources de demande Quâest-ce qui a changĂ© ? Les pays en dĂ©veloppement ne sont pas responsables de la crise, mais ils pourraient contribuer de façon importante Ă la rĂ©soudre. Notre monde aura une physionomie trĂšs diffĂ©rente dans dix ans, lorsque la demande proviendra non seulement des Ătats-Unis, mais de lâensemble de la planĂšte. LâĂ©volution est dĂ©jĂ perceptible. La part de lâAsie dans lâĂ©conomie mondiale exprimĂ©e en paritĂ© de pouvoir dâachat nâa cessĂ© dâaugmenter pour passer de 7 % en 1980 Ă 21 % en 2008. Les marchĂ©s boursiers dâAsie reprĂ©sentent maintenant 32 % de la capitalisation boursiĂšre mondiale, ce qui les place devant les Ătats-Unis (30 %) et lâEurope (25 %). Lâan dernier, la Chine a devancĂ© lâAllemagne pour devenir le plus grand exportateur au monde. Elle a aussi dĂ©passĂ© les Ătats-Unis en devenant le plus grand marchĂ© automobile de la planĂšte. Les chiffres des importations sont rĂ©vĂ©lateurs : le monde en dĂ©veloppement devient un des moteurs de lâĂ©conomie mondiale. Une grande partie de la reprise des Ă©changes mondiaux est due Ă la forte demande dâimportations des pays en dĂ©veloppement. Les importations de ces pays sont dĂ©jĂ supĂ©rieures de 2 % au niveau sans prĂ©cĂ©dent atteint en avril 2008, avant la crise. En revanche, celles des pays Ă revenu Ă©levĂ© sont encore infĂ©rieures de 19 % Ă leur dernier plus haut. Les importations des pays en dĂ©veloppement Ă©quivalent Ă la moitiĂ© environ des importations des pays Ă revenu Ă©levĂ©, mais elles progressent beaucoup plus rapidement que celles-ci. Aussi sont-elles Ă lâorigine de plus de la moitiĂ© de lâaccroissement de la demande mondiale dâimportations enregistrĂ© depuis 2000. Nouveaux pĂŽles de croissance LâĂ©conomie mondiale se trouve dans une phase de rééquilibrage. La situation est en partie nouvelle, mais elle reprĂ©sente aussi un retour dans le temps. Selon Angus Maddison, lâAsie Ă©tait Ă lâorigine de plus de la moitiĂ© de la production mondiale durant 18 des 20 derniers siĂšcles. Nous assistons Ă une Ă©volution vers une multiplicitĂ© de pĂŽles de croissance sous lâeffet de plusieurs facteurs : les classes moyennes prennent de lâampleur dans les pays en dĂ©veloppement ; des milliards dâĂȘtres humains font leur entrĂ©e dans lâĂ©conomie mondiale ; et de nouveaux modes dâintĂ©gration conjuguent lâintensification des Ă©changes rĂ©gionaux et lâouverture mondiale. Cette Ă©volution ne concerne pas uniquement la Chine et lâInde. En termes de paritĂ© de pouvoir dâachat, la part du monde en dĂ©veloppement dans le PIB mondial est passĂ©e de 33,7 % en 1980 Ă 43,4 % en 2010. Il est probable que les pays en dĂ©veloppement connaĂźtront une croissance soutenue au cours des cinq prochaines annĂ©es et au-delĂ . Le taux de croissance annuel de lâAfrique subsaharienne pourrait dĂ©passer 6 % en moyenne jusquâen 2015, tandis que, durant la mĂȘme pĂ©riode, la croissance pourrait atteindre 7 % par an en Asie du Sud, oĂč vit la moitiĂ© des pauvres de la planĂšte. LâAsie du Sud-Est est devenue une rĂ©gion Ă revenu intermĂ©diaire comptant prĂšs de 600 millions dâhabitants. Elle dĂ©veloppe ses liens avec lâInde et la Chine, renforce ses relations avec le Japon, la CorĂ©e et lâAustralie, et continue de tirer parti de la mondialisation des sources dâapprovisionnement de lâAmĂ©rique du Nord et de lâEurope. La rĂ©gion du Moyen-Orient est une importante source de capitaux pour le reste du monde et, de plus en plus, une plate-forme de services commerciaux entre lâAsie â de lâEst et du Sud â et les pays dâEurope et dâAfrique. Les rĂ©serves officielles brutes des pays membres du Conseil de coopĂ©ration du Golfe se montaient Ă plus de 500 milliards de dollars Ă la fin de 2008, et les actifs des fonds souverains Ă©taient estimĂ©s Ă 1 000 milliards de dollars. Si le Maghreb parvient Ă surmonter ses lignes de fracture historiques, il pourra participer au processus dâintĂ©gration Euro-Med liĂ© Ă la fois au Moyen-Orient et Ă lâAfrique. Dans la rĂ©gion AmĂ©rique latine et CaraĂŻbes, 60 millions de personnes ont Ă©chappĂ© Ă la pauvretĂ© durant la pĂ©riode 2002-2008, et une classe moyenne en pleine croissance a stimulĂ© le volume des importations Ă un rythme annuel de 15 %. LâAfrique, pĂŽle de croissance potentiel Le dĂ©placement tectonique pourrait sâamplifier. LâAfrique a manquĂ© le coche de la rĂ©volution manufacturiĂšre qui a permis aux pays dâAsie de lâEst de sâextirper de la pauvretĂ© et de connaĂźtre la prospĂ©ritĂ©. Mais lâAfrique nâa plus aucune raison de rester Ă la traĂźne. Aujourdâhui, de nombreux pays africains importent des outils et biens de consommation de base â jusquâaux articles les plus petits et les moins coĂ»teux tels que savons ou pantoufles. Si les Africains Ă©liminaient les obstacles Ă la fabrication de ces produits sur leur sol, ainsi que les entraves Ă lâentreprenariat local, tout en incitant les investisseurs extĂ©rieurs Ă transfĂ©rer leur production en Afrique, le continent pourrait commencer Ă se dĂ©velopper de façon trĂšs diffĂ©rente. Contrairement aux efforts dĂ©ployĂ©s en vain dans le passĂ© pour promouvoir les activitĂ©s de substitution des importations grĂące Ă des mesures protectionnistes, cette dĂ©marche permet de tirer parti de lâintĂ©gration rĂ©gionale dans le cadre des marchĂ©s mondiaux. Quelles sont les conditions nĂ©cessaires ? Tout dâabord, il faut que les 80 %, dâAfricains qui gagnent au plus deux dollars par jour disposent dâun revenu suffisant pour acheter des biens de consommation de base. Lâagriculture est la principale source dâemplois et un domaine oĂč il est possible dâaccroĂźtre rapidement la productivitĂ© et les revenus. Pour y parvenir, il convient de procĂ©der Ă des investissements tout au long de la chaĂźne de valeur agricole : droits de propriĂ©tĂ©, semences, irrigation, engrais, financements, techniques de base, stockage et transport des produits vers les marchĂ©s. Comme les deux tiers des agriculteurs africains sont des femmes, nous devons les aider Ă obtenir des droits juridiques et des droits de propriĂ©tĂ© et Ă avoir accĂšs aux services. Si les revenus et les niveaux de vie augmentent, mĂȘme lĂ©gĂšrement, les fabricants locaux pourront cibler ou adapter leur production pour lâĂ©couler sur le marchĂ© local et, par la suite, lâexporter. Pour accĂ©lĂ©rer leur croissance Ă©conomique, les Africains ont besoin de ce dont lâEurope et le Japon avaient besoin aprĂšs la DeuxiĂšme Guerre mondiale : dâinfrastructures, dâĂ©nergie, de marchĂ©s intĂ©grĂ©s liĂ©s Ă lâĂ©conomie mondiale et de conditions propices au dĂ©veloppement dâun secteur privĂ© dynamique. Les effets positifs de ces biens publics se feront sentir bien au-delĂ de lâindustrie manufacturiĂšre locale. LâĂ©volution actuelle crĂ©e de nouvelles opportunitĂ©s. Lorsque la crise mondiale a Ă©clatĂ©, certains Chinois ont rĂ©alisĂ© quâil Ă©tait temps de produire autre chose que des jouets et des chaussures ; la Chine pourrait ainsi progresser le long de la chaĂźne de valeur, relever les salaires, accroĂźtre la consommation et dĂ©velopper sa « sociĂ©tĂ© harmonieuse ». Les entreprises chinoises pourraient alors dĂ©localiser la fabrication de produits manufacturĂ©s Ă faible valeur ajoutĂ©e, notamment en Afrique, sur les pas des entreprises chinoises de mise en valeur des ressources et de construction. Les entreprises chinoises peuvent ĂȘtre encouragĂ©es Ă transfĂ©rer ailleurs leur production manufacturiĂšre destinĂ©e aussi bien au marchĂ© intĂ©rieur quâĂ lâexportation. Ces producteurs apportent un savoir-faire, du matĂ©riel et un accĂšs aux rĂ©seaux de commercialisation et de distribution. La Banque mondiale Ćuvre avec les Africains et les Chinois Ă la crĂ©ation de zones industrielles. Certains investisseurs perçoivent les possibilitĂ©s offertes par lâAfrique et ne sont pas dĂ©couragĂ©s par les risques : aprĂšs la faillite de Lehman Brothers et la crise grecque, ils savent que les marchĂ©s dĂ©veloppĂ©s prĂ©sentent aussi des risques. La modification des politiques publiques peut favoriser la croissance du secteur privĂ©, qui crĂ©e elle-mĂȘme des services pour les entrepreneurs. Durant la dĂ©cennie qui sâest achevĂ©e en 2008, le secteur privĂ© a investi plus de 60 milliards de dollars dans les technologies de lâinformation et de la communication en Afrique ; 65 % des Africains se trouvent maintenant Ă proximitĂ© de services tĂ©lĂ©phoniques mobiles, et 400 millions de tĂ©lĂ©phones portables sont utilisĂ©s en Afrique. LâIFC, lâinstitution du Groupe de la Banque mondiale spĂ©cialisĂ©e dans lâaide au secteur privĂ©, joue un rĂŽle catalyseur dans cette rĂ©volution commerciale. Un nouveau fonds de participation de lâIFC a levĂ© 800 millions de dollars auprĂšs de fonds souverains et de fonds de pension pour financer des investissements dans des entreprises dâAfrique, dâAmĂ©rique latine et des CaraĂŻbes. Les mutations Ă©conomiques peuvent faire Ă©voluer les rapports de forces Lâaugmentation des revenus et lâaccĂ©lĂ©ration de la croissance dans les pays en dĂ©veloppement ont accru lâinfluence de ces pays. LâĂ©poque des causeries au coin du feu entre dirigeants du G-7 est rĂ©volue. Aujourdâhui, les nĂ©gociations doivent se dĂ©rouler autour dâune table suffisamment large pour accueillir les principaux acteurs de la scĂšne mondiale ; les pays en dĂ©veloppement doivent pouvoir sây asseoir. Ce changement a Ă©tĂ© reconnu par les participants du sommet du G-20 qui sâest dĂ©roulĂ© lâan dernier Ă Pittsburgh. Toutefois, il ne suffit pas de coucher quelques mots sur le papier. Les nobles idĂ©aux contenus dans les dĂ©clarations de Woodrow Wilson nâont pas Ă©tĂ© concrĂ©tisĂ©s. Il ne sera certes pas facile de redistribuer les responsabilitĂ©s entre les parties prenantes du systĂšme international, mais il faut le faire. LâĂ©chec de 1919 a conduit Ă un manque de coopĂ©ration internationale en 1929 et Ă une nouvelle guerre en Europe en 1939. Aujourdâhui, nous discernons dĂ©jĂ des tensions. Le cycle de Doha organisĂ© sous lâĂ©gide de lâOrganisation mondiale du commerce et les nĂ©gociations de Copenhague sur le changement climatique ont montrĂ© combien il sera difficile aux pays dĂ©veloppĂ©s et en dĂ©veloppement de partager leurs responsabilitĂ©s et avantages mutuels. Ces Ă©changes, en outre, ont rĂ©vĂ©lĂ© la diversitĂ© des dĂ©fis auxquels sont confrontĂ©s les pays en dĂ©veloppement. Sâil nâest plus possible de rĂ©soudre les grands problĂšmes internationaux sans la participation des pays en dĂ©veloppement et en transition, il est tout aussi impossible de prĂ©tendre que les plus grands dâentre eux â le BrĂ©sil, la Russie, lâInde et la Chine (BRIC) â les reprĂ©sentent tous. Cela vaut pour un grand nombre de dĂ©fis qui se profilent Ă lâhorizon : lâeau, les maladies, les migrations, la dĂ©mographie, les Ătats fragiles et les pays sortant dâun conflit. Au moment oĂč nous considĂ©rons le G-20 comme un nouveau forum, nous devons prendre garde de ne pas imposer une nouvelle hiĂ©rarchie rigide au monde. Il faudrait plutĂŽt que le G-20 fonctionne comme un « groupe de coordination » dâun rĂ©seau de pays et dâinstitutions internationales. Il devrait prendre en compte lâinterdĂ©pendance des problĂšmes et promouvoir les questions dâintĂ©rĂȘt commun. Ce systĂšme ne saurait ĂȘtre ni hiĂ©rarchique, ni bureaucratique. Enfin, il devrait prouver son efficacitĂ© en obtenant des rĂ©sultats concrets. Le danger du statu quo gĂ©opolitique Le danger, si les forces politiques poussent les pays Ă se prĂ©occuper Ă nouveau de leurs intĂ©rĂȘts particuliers, est que nous traitions les mutations mondiales Ă travers le prisme de lâancien G-7 ; les pays dĂ©veloppĂ©s, aussi bien intentionnĂ©s soient-ils, ne peuvent pas reprĂ©senter le point de vue des pays Ă©mergents. Le statu quo gĂ©opolitique nâest pas une option viable. Nous ne pouvons pas non plus nous rĂ©fugier dans un « multilatĂ©ralisme Ă lâancienne » â une philosophie qui remonte Ă Metternich et au congrĂšs de Vienne, câest-Ă -dire au XIXe siĂšcle â qui sâopposerait au changement. La « nouvelle gĂ©opolitique de lâĂ©conomie multipolaire » doit rĂ©partir les responsabilitĂ©s tout en tenant compte de la diversitĂ© des perspectives et des circonstances, afin de promouvoir davantage nos intĂ©rĂȘts communs. RĂ©forme financiĂšre Prenons lâexemple de la rĂ©forme financiĂšre : le monde a payĂ© trĂšs cher, sous forme de destructions dâemplois et de vies brisĂ©es, lâeffondrement du systĂšme financier mondial. Bien entendu, il est nĂ©cessaire dâamĂ©liorer la rĂ©glementation financiĂšre grĂące Ă lâadoption de normes plus rigoureuses en matiĂšre de fonds propres, de liquiditĂ©s et de contrĂŽles. Le nouveau cadre de supervision devra prendre en compte les risques systĂ©miques, abroger les rĂ©glementations qui accentuent les fluctuations des cycles, regrouper les activitĂ©s de contrĂŽle pour Ă©liminer les lacunes, et prendre en compte lâinflation des prix des actifs en plus de celle des biens et des services. Mais mĂ©fions-nous des consĂ©quences indĂ©sirables ! Il faut se garder dâaggraver la situation en encourageant le protectionnisme financier ou en restreignant injustement lâaccĂšs des pauvres aux services financiers. Une rĂ©glementation Ă©laborĂ©e Ă Bruxelles, Londres, Paris ou Washington peut donner de bons rĂ©sultats dans le cas des grandes banques du monde dĂ©veloppĂ©, mais quâen est-il des banques plus petites, quâelles se trouvent dans les pays dĂ©veloppĂ©s ou en dĂ©veloppement ? Cette rĂ©glementation risque dâĂ©touffer le secteur financier, lâinnovation et la gestion du risque dans les pays en dĂ©veloppement. Elle peut rendre plus difficiles les investissements internationaux. Lâobligation dâ« emprunter localement » pourrait avoir les mĂȘmes effets que lâobligation dâ« acheter localement ». La rĂšgle de la « prĂ©sence physique locale » risque dâentraver la prestation de services comme elle peut asphyxier les Ă©changes commerciaux. Le prĂ©cepte de la « liquiditĂ© locale » pourrait fragmenter la gestion des liquiditĂ©s au plan mondial et alourdir fortement les coĂ»ts sans amĂ©liorer la sĂ©curitĂ©. Les produits dĂ©rivĂ©s ont maintenant mauvaise rĂ©putation, ce qui est comprĂ©hensible si lâon se souvient de lâaffaire AIG. Pour autant, il est vrai aussi que les agriculteurs du Midwest utilisent les produits dĂ©rivĂ©s pour se protĂ©ger de la volatilitĂ© des cours cĂ©rĂ©aliers. Le Mexique a eu recours aux options sur produits Ă©nergĂ©tiques pour verrouiller le prix du pĂ©trole qui finance une grande partie de son budget. La Banque mondiale a jouĂ© un rĂŽle de pionnier dans le domaine des swaps de devises, et elle utilise ces instruments pour se protĂ©ger contre les risques de change et de taux dâintĂ©rĂȘt. Nos prĂȘts incluent des mĂ©canismes de couverture visant Ă prĂ©munir les emprunteurs contre ces risques, mais aussi contre dâautres dangers tels que la sĂ©cheresse et les catastrophes. En promouvant les emprunts en monnaies nationales, liĂ©s aux marchĂ©s mondiaux, nous avons contribuĂ© Ă protĂ©ger les pays en dĂ©veloppement contre les raz-de-marĂ©e financiers de la crise rĂ©cente. Lâinnovation financiĂšre, lorsquâelle est utilisĂ©e et supervisĂ©e avec prudence, engendre des gains dâefficacitĂ© et protĂšge contre les risques. La Banque mondiale a fait Ćuvre de pionnier en crĂ©ant des instruments tels que lâassurance du bĂ©tail pour les Ă©leveurs mongols, le dĂ©rivĂ© climatique visant Ă protĂ©ger le Malawi contre les sĂ©cheresses et le mĂ©canisme dâassurance contre les risques de catastrophe dans les CaraĂŻbes. Ce mĂ©canisme a permis de verser 8 millions de dollars Ă HaĂŻti en janvier dernier, immĂ©diatement aprĂšs le tremblement de terre, avec une rapiditĂ© inĂ©galĂ©e. Comme lâa fait remarquer lâex-prĂ©sident du Mexique M. Zedillo, le problĂšme des populations pauvres nâest pas que les marchĂ©s soient en surnombre, câest quâils soient trop peu nombreux : nous avons besoin de marchĂ©s pour promouvoir le microcrĂ©dit et appuyer les petites et moyennes entreprises, notamment celles qui sont dirigĂ©es par des femmes ; nous en avons besoin pour financer le transport, le stockage et la vente de marchandises ; enfin, nous en avons besoin pour Ă©pargner, assurer et investir. Wall Street a mis en Ă©vidence les dangers de lâinnovation financiĂšre. Nous devons en tirer les enseignements et prendre des mesures Ă©nergiques. Dâun autre cĂŽtĂ©, le dĂ©veloppement a fait la preuve de ses avantages. Agir en fonction de prĂ©occupations populistes dans le cadre du G-7 risquerait de priver dâopportunitĂ©s des milliards dâĂȘtres humains. Changement climatique Prenons lâexemple du changement climatique : le danger est que lâon applique les rĂšgles des pays dĂ©veloppĂ©s pour imposer une solution toute faite aux pays en dĂ©veloppement. Ils la refuseront. Les mesures de lutte contre les changements climatiques peuvent aller de pair avec la croissance et inciter les pays en dĂ©veloppement Ă se rallier Ă un modĂšle sobre en carbone â mais Ă condition quâelles ne leur lient pas les mains. Le problĂšme nâest pas le manque de dĂ©termination Ă crĂ©er un avenir plus « vert ». Les habitants des pays en dĂ©veloppement souhaitent eux aussi vivre dans un environnement propre. Les pays en dĂ©veloppement ont besoin dâaide et de moyens financiers pour investir dans une croissance plus propre. Pas moins de 1,6 milliard de personnes sont privĂ©es dâaccĂšs Ă lâĂ©lectricitĂ©. Le dĂ©fi Ă relever est de faciliter lâĂ©volution vers des sources dâĂ©nergie moins polluantes sans compromettre lâaccĂšs, la productivitĂ© et la croissance nĂ©cessaires pour arracher des centaines de millions de personnes Ă la pauvretĂ©. Si lâon veut Ă©viter les discours gĂ©opolitiques dâusage, il faut envisager les choses diffĂ©remment, en sortant du dilemme Ă©nergie-environnement. Nous devons poursuivre des politiques qui tiennent compte du prix du carbone ; qui amĂ©liorent la maĂźtrise de lâĂ©nergie ; qui dĂ©veloppent les technologies Ă©nergĂ©tiques propres adaptĂ©es aux pays pauvres, comme lâĂ©nergie solaire hors rĂ©seau ; qui ouvrent la voie au gĂ©othermique ; et qui encouragent des modes dâutilisation des forĂȘts et des terres avantageux pour tous. Câest ainsi que nous pourrons crĂ©er des emplois et amĂ©liorer la sĂ©curitĂ© Ă©nergĂ©tique. Les barrages hydroĂ©lectriques ont alimentĂ© la croissance dans les pays dĂ©veloppĂ©s. Certains ne pensent pas que les pays en dĂ©veloppement devraient avoir accĂšs aux sources dâĂ©nergie au mĂȘme titre que les pays dĂ©veloppĂ©s. Cette pensĂ©e leur est aussi naturelle que le geste dâappuyer sur un interrupteur et de laisser une piĂšce vide allumĂ©e. Sâil nous faut certes protĂ©ger lâenvironnement, nous ne pouvons condamner les enfants africains Ă faire leurs devoirs Ă la lueur dâune chandelle ou priver les travailleurs africains de possibilitĂ©s dâemploi dans le secteur manufacturier. Lâapproche du problĂšme Ă travers le prisme des pays dĂ©veloppĂ©s est la meilleure façon de sâaliĂ©ner lâappui des pays en dĂ©veloppement en faveur des objectifs globaux pour lâenvironnement. GĂ©rer la rĂ©ponse Ă la crise Prenons la rĂ©ponse Ă la crise : dans un monde en mutation, le danger est que les pays dĂ©veloppĂ©s privilĂ©gient les rĂ©unions au sommet consacrĂ©es aux systĂšmes financiers ou quâils se focalisent sur les problĂšmes de gestion de pays dĂ©veloppĂ©s comme la GrĂšce. Les pays en dĂ©veloppement ont besoin de sommets consacrĂ©s aux pauvres. Lâune des leçons de la crise est que des filets de sĂ©curitĂ© efficaces ont permis dâĂ©viter la perte dâune gĂ©nĂ©ration entiĂšre â ce qui nâavait pas Ă©tĂ© le cas lors de la crise asiatique des annĂ©es 90. PrĂȘter lâoreille aux problĂšmes des pays en dĂ©veloppement nâest plus une simple question de charitĂ© ou de solidaritĂ© : il y va de notre propre intĂ©rĂȘt. Ces pays sont aujourdâhui des moteurs de croissance et des importateurs de biens dâĂ©quipement et de services produits par les pays dĂ©veloppĂ©s. Les pays en dĂ©veloppement ne veulent pas dĂ©battre uniquement du niveau Ă©levĂ© de la dette dans les pays dĂ©veloppĂ©s ; ils veulent que la rĂ©flexion porte sur les investissements productifs dans lâinfrastructure et le dĂ©veloppement du jeune enfant. Ils veulent avoir libre accĂšs aux marchĂ©s pour crĂ©er des emplois, amĂ©liorer la productivitĂ© et accĂ©lĂ©rer la croissance. Nombre dâentre eux recherchent des moyens dâexploiter les innovations et lâefficacitĂ© des marchĂ©s privĂ©s pour crĂ©er des infrastructures et des services publics durables. Un rĂŽle nouveau pour les puissances Ă©mergentes Mais pour moderniser le multilatĂ©ralisme, il ne suffit pas que les pays dĂ©veloppĂ©s apprennent Ă sâadapter aux besoins des puissances Ă©mergentes. Le pouvoir confĂšre des responsabilitĂ©s. Les pays en dĂ©veloppement doivent reconnaĂźtre quâils font aujourdâhui partie de lâarchitecture mondiale. Ils ont tout Ă gagner de systĂšmes internationaux vigoureux, dynamiques et souples dans tous les domaines â financement, commerce, circulation des idĂ©es et des personnes, environnement â et de solides institutions multilatĂ©rales. Il nous faut rechercher les points de convergence qui permettront de trouver des solutions mutuellement avantageuses, mais nous devons aussi tenir compte des obstacles politiques et des prĂ©occupations locales. Les dirigeants doivent parvenir Ă des accords qui permettent de rallier un soutien national. Que signifie cette nouvelle donne mondiale pour le dĂ©veloppement ? La dynamique du dĂ©veloppement nâopĂšre plus sur le seul axe Nord-Sud. Elle se propage Ă©galement dans le sens Sud-Sud et mĂȘme Sud-Nord, et tous ceux qui gardent un esprit ouvert peuvent en tirer des leçons. Elle est Ă lâĆuvre dans les programmes de transfert monĂ©taire conditionnel au Mexique, qui font Ă©cole dans le monde entier. Elle est relayĂ©e par les Indiens dâAfrique qui expliquent comment la « rĂ©volution blanche » a dopĂ© la production laitiĂšre. Elle engendre un monde nouveau dans lequel les pays en dĂ©veloppement sont Ă la fois bĂ©nĂ©ficiaires et prestataires de lâaide financiĂšre et technique. Il ne sâagit pas de proposer des panacĂ©es idĂ©ologiques, des modĂšles passe-partout ni des solutions toutes faites. Dans une Ă©conomie multipolaire, le dĂ©veloppement doit ĂȘtre pragmatique, privilĂ©gier lâapprentissage par lâaction, suivre lâĂ©volution des marchĂ©s et des possibilitĂ©s commerciales et se nourrir de lâĂ©change dâidĂ©es et du partage de savoir via la crĂ©ation de nouveaux rĂ©seaux Ă lâimage de ceux qui relient les marchĂ©s entre eux. Lâavenir du dĂ©veloppement, câest une nouvelle vision de lâaide : les fonds souverains et les fonds de pension qui investissent aux cĂŽtĂ©s du Groupe de la Banque mondiale en Afrique reprĂ©sentent une nouvelle forme dâintermĂ©diation financiĂšre. Ce nâest pas de la charitĂ©. Câest la recherche dâinvestissements rentables. LâIFC aide Ă surmonter les obstacles Ă lâinformation et Ă rĂ©duire les coĂ»ts de transaction. Notre objectif est purement et simplement de rĂ©volutionner lâaide financiĂšre aux pays en dĂ©veloppement. Moderniser les institutions multilatĂ©rales Comment gĂ©rer la « nouvelle donne gĂ©opolitique dans une Ă©conomie multipolaire » oĂč chacun est Ă©quitablement reprĂ©sentĂ© dans des associations ouvertes Ă tous, et non des clubs dont les membres sont triĂ©s sur le volet ? Si les plaques tectoniques se dĂ©placent, les institutions multilatĂ©rales doivent aussi Ă©voluer. La crise a mis en lumiĂšre les possibilitĂ©s offertes par la coopĂ©ration internationale, mais elle a Ă©galement soulignĂ© la nĂ©cessitĂ© de moderniser et de renforcer les institutions multilatĂ©rales pour tenir compte de la nouvelle physionomie du monde. Face Ă cette nouvelle rĂ©alitĂ©, il faut recenser les intĂ©rĂȘts mutuels, sâentendre sur lâaction commune Ă mener et gĂ©rer les diffĂ©rences entre des pays confrontĂ©s Ă des situations qui nâont jamais Ă©tĂ© aussi diverses. Il faut des institutions dynamiques, souples, responsables et capables de mobiliser les ressources nĂ©cessaires pour donner la parole Ă ceux qui ne peuvent faire entendre leur voix. Il faut des institutions qui approchent leurs partenaires avec humilitĂ© et respect, qui soient prĂȘtes Ă apprendre des autres et qui puissent servir de trait dâunion dans un nouveau monde dâĂ©changes de savoir Sud-Sud et Sud-Nord. Et il faut des institutions capables de produire des rĂ©sultats concrets et de rendre des comptes lorsquâelles ne rĂ©pondent pas aux attentes. Pour les aider Ă jouer ce rĂŽle, le Groupe de la Banque mondiale doit Ă©voluer Ă un rythme toujours plus rapide. Les institutions publiques ont tendance Ă Ă©voluer plus lentement que les organisations privĂ©es confrontĂ©es Ă la concurrence. Nous sommes conscients de ce risque. Câest pourquoi nous avons lancĂ© le programme de rĂ©forme le plus ambitieux de toute lâhistoire de notre institution. La rĂ©forme du Groupe de la Banque mondiale vise Ă accroĂźtre sa reprĂ©sentativitĂ© et sa lĂ©gitimitĂ© Un Groupe de la Banque mondiale modernisĂ© doit reflĂ©ter les rĂ©alitĂ©s Ă©conomiques internationales du XXIe siĂšcle, en reconnaissant le rĂŽle et les responsabilitĂ©s dâun nombre grandissant dâacteurs, mais aussi leur diversitĂ© et leurs besoins particuliers, et permettre Ă lâAfrique de mieux se faire entendre. Compte tenu de ces besoins, nous exhortons nos actionnaires Ă tenir dans quelques jours leur promesse de porter la part des voix collectivement par les pays en dĂ©veloppement Ă 47 % au moins du total des voix. Mais nous nâen resterons pas lĂ . Suivant une procĂ©dure inĂ©dite de la part dâune institution financiĂšre internationale, la Banque procĂšdera tous les cinq ans Ă un examen de la rĂ©partition du capital pour pouvoir la modifier en fonction de la croissance Ă©conomique et de lâĂ©volution de la situation de ses actionnaires, lâobjectif Ă©tant de parvenir Ă terme Ă une rĂ©partition Ă©quitable. Pour la premiĂšre fois, les parts seront calculĂ©es suivant une formule qui tienne compte des besoins et des missions du Groupe de la Banque mondiale : elles reflĂ©teront non seulement le poids Ă©conomique, mais aussi les contributions Ă notre fonds en faveur des pays les plus pauvres. LâĂ©quipe de direction de notre institution compte aujourdâhui un nombre record de ressortissants de pays en dĂ©veloppement et de femmes. Mais nous devons faire mieux encore. Nous devons considĂ©rer les pays en dĂ©veloppement comme nos clients et non comme de simples objets dâapplication de modĂšles de dĂ©veloppement thĂ©oriques. Nous devons les aider Ă rĂ©soudre des problĂšmes et non tester des hypothĂšses. Mais pour rĂ©soudre des problĂšmes, il faut des ressources. La rĂ©forme demande des ressources supplĂ©mentaires Depuis la mi-2008, point culminant de la crise, le Groupe de la Banque mondiale a engagĂ© plus de 100 milliards de dollars au titre de lâaide aux pays en dĂ©veloppement. Ce chiffre est sans prĂ©cĂ©dent, et je tiens Ă remercier tout particuliĂšrement les services du Groupe de la Banque qui ont su se montrer Ă la hauteur de la tĂąche. Nous avons rapidement mobilisĂ© les fonds nĂ©cessaires lĂ oĂč il le fallait. Bien que le Groupe de la Banque accorde normalement des prĂȘts pour des projets Ă long terme, nos dĂ©caissements au titre du dĂ©veloppement ont dĂ©passĂ© les versements du FMI aux pays en crise. Le Groupe de la Banque mondiale a su utiliser efficacement les ressources disponibles pour intensifier son action face au danger. Il lui faudra davantage de ressources pour soutenir la reprise de la croissance et faire du multilatĂ©ralisme moderne une rĂ©alitĂ© dans cette nouvelle Ă©conomie mondiale multipolaire. Si cette reprise sâessouffle, nous ne pourrons pas intervenir. Câest pourquoi la Banque mondiale, pour la premiĂšre fois en plus de 20 ans, cherche Ă augmenter son capital. Les actionnaires peuvent soit dĂ©cider de renforcer lâinstitution, soit accepter que son influence diminue et perdre ainsi une institution multilatĂ©rale efficace qui nâaurait pas les moyens de relever de futurs dĂ©fis. En plus de fournir les ressources financiĂšres indispensables, nous montrons comment un multilatĂ©ralisme moderne peut effectivement fonctionner et comment les 186 pays membres de notre institution coopĂšrent. Plus de la moitiĂ© des ressources qui seront levĂ©es pour accroĂźtre notre capital proviendront de pays en dĂ©veloppement par le biais de tarifs plus Ă©levĂ©s et dâapports de capitaux plus importants. Lâadoption dâun tel train de mesures reprĂ©senterait un bel exemple de multilatĂ©ralisme qui contrasterait avec les revers essuyĂ©s rĂ©cemment dans les domaines du changement climatique et du commerce. Une rĂ©forme axĂ©e sur lâefficacitĂ©, lâinnovation et la responsabilitĂ© Il ne suffit pas dâaccroĂźtre la participation et les ressources. Nous devons aussi faire mieux en termes dâefficacitĂ©, de capacitĂ© dâadaptation, dâinnovation, de souplesse et de responsabilitĂ©. Notre plan de rĂ©forme vise Ă recentrer notre action sur les domaines oĂč notre valeur ajoutĂ©e est la plus forte, quâil sâagisse de cibler les pauvres et autres groupes vulnĂ©rables, notamment en Afrique subsaharienne, de crĂ©er des opportunitĂ©s de croissance, de promouvoir une action collective de portĂ©e mondiale dans des domaines tels que le changement climatique, lâagriculture, lâeau et la santĂ©, de renforcer la gouvernance et de se prĂ©parer Ă faire face Ă des crises. Notre plan de rĂ©forme vise Ă moderniser nos produits et nos services en privilĂ©giant lâinnovation et en concevant un nouveau modĂšle de dĂ©centralisation qui permette Ă nos spĂ©cialistes dâopĂ©rer plus prĂšs des clients, tout en centralisant et en adaptant connaissances et expĂ©riences pour les diffuser dans le monde entier. Notre action doit avoir à la fois une portĂ©e mondiale et une sensibilitĂ© locale. Notre plan de rĂ©forme est axĂ© sur les rĂ©sultats : nous renforçons notre action de promotion de la gouvernance et de lutte contre la corruption, notamment en mettant lâaccent sur la prĂ©vention, et nous montrons la voie aux autres institutions internationales en matiĂšre de transparence et de responsabilitĂ©. Notre nouvelle politique dâaccĂšs Ă lâinformation, qui sâinspire de la lĂ©gislation sur la libertĂ© de lâinformation en Inde et aux Ătats-Unis, est une autre innovation de la Banque dont on peut espĂ©rer quâelle sera reprise par dâautres institutions internationales. Nous avons dĂ©cidĂ© de donner librement accĂšs aux donnĂ©es de la Banque mondiale. La semaine derniĂšre, nous avons conclu un accord avec dâautres banques multilatĂ©rales de dĂ©veloppement pour inscrire sur une liste noire commune les personnes physiques ou morales coupables de corruption. Et nous mettons en place un tableau de bord qui nous obligera Ă rendre mieux compte de notre action. Nous savons que nous faisons parfois fausse route. Sâil Ă©tait facile dâĂ©liminer la pauvretĂ©, celle-ci aurait disparu depuis longtemps. En permettant aux autres de voir ce que nous faisons, comment nous procĂ©dons et les rĂ©sultats que nous obtenons, il sera plus facile de dĂ©tecter les erreurs et dây remĂ©dier plus rapidement. Cet ensemble de rĂ©formes donnera un nouveau visage Ă la Banque mondiale, qui ne sera plus celle des premiers jours, ni mĂȘme celle des derniĂšres annĂ©es. Conclusion Une rĂ©forme ne peut pas ĂȘtre un effort ponctuel. Ce doit ĂȘtre un processus continu dâapprentissage et dâajustement permanent aux nouvelles rĂ©alitĂ©s. Sâil nous est impossible de prĂ©dire lâavenir, nous pouvons discerner certaines Ă©volutions, et lâĂ©mergence dâune Ă©conomie mondiale multipolaire en est une. Il ne sâagit pas dâune aberration ni dâune anomalie passagĂšre. Nous vivons dans un monde dâĂtats-nations. Mais ceux qui pĂšsent sur notre avenir commun - pays dĂ©veloppĂ©s ou en dĂ©veloppement de toutes les rĂ©gions du monde - sont aujourdâhui plus nombreux. Cela pourrait bien augurer de lâavenir. Mais cette nouvelle Ă©conomie multipolaire se dessine encore. Sa configuration reste Ă dĂ©finir. Le systĂšme multilatĂ©ral moderne doit rĂ©pondre Ă cette Ă©volution. Le multilatĂ©ralisme moderne doit ĂȘtre pragmatique. Il doit reconnaĂźtre que lâexercice de lâautoritĂ© gouvernementale relĂšve encore pour lâessentiel des Ătats-nations, mais que de nombreux processus de dĂ©cision et sources dâinfluence existent en dehors de la sphĂšre gouvernementale. Le multilatĂ©ralisme moderne doit faire intervenir de nouveaux acteurs, promouvoir la coopĂ©ration entre « anciens » et « nouveaux », et mobiliser les institutions mondiales et rĂ©gionales pour faire face aux menaces et saisir les opportunitĂ©s qui dĂ©passent les capacitĂ©s dâun seul Ătat. Le multilatĂ©ralisme moderne ne sera pas un club fermĂ© qui fait beaucoup plus dâexclus quâil ne compte de membres. Il ressemblera davantage au maillage souple de lâInternet, qui relie de plus en plus de pays, dâentreprises, dâindividus et dâONG dans un rĂ©seau mondial. Des institutions multilatĂ©rales lĂ©gitimes et efficaces, dotĂ©es des ressources nĂ©cessaires et capables de produire des rĂ©sultats, peuvent former le tissu qui viendra Ă©toffer la structure de ce systĂšme multipolaire dynamique. Woodrow Wilson aspirait Ă une Ligue des Nations. Nous devons crĂ©er une Ligue de RĂ©seaux. Lâheure est venue dâabandonner les notions dĂ©suĂštes de pays dĂ©veloppĂ©s et de tiers monde, de leaders et de suiveurs et de donateurs et de demandeurs. Nous devons soutenir lâĂ©mergence de nouveaux pĂŽles de croissance qui profitent Ă tous. |