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Objectifs pour le Millénaire : Combler le retard accumuler pendant la crise

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  • La crise économique mondiale a fait ralentir le rythme de la réduction de la pauvreté dans les pays en développement.
  • La crise aura des conséquences permanentes sur plusieurs ODM, notamment ceux qui ont trait à la faim et à la mortalité infantile.
  • Les pays en développement doivent continuer à assortir l’aide extérieure reçue de réformes intérieures.

Le 23 avril 2010—Un vieil homme se penche pour mettre de l’eau boueuse d’une flaque dans son sceau. « Ce que je veux le plus, c’est de l’eau potable », dit-il à un homme de la Banque mondiale qui l’interrogeait sur la rue à Livingston, en Zambie.

Delfin Go est l’expert qui a mené cette enquête sur le terrain réalisée par la Banque mondiale en 1995 à Livingston. Alors même que cet homme exprimait son souhait de voir l’un de ses besoins fondamentaux comblés, Monsieur Go pouvait entendre le bruit des chutes Victoria se trouvant à quelques kilomètres à peine. C’était le bruit de milliards de litres d’eau potable et Monsieur Go n’a jamais oublié ce bruit.

La proportion de personnes qui ont accès à de l’eau potable, à l’éducation, à de la nourriture, à des soins de santé et à d’autres services fondamentaux est mesurée par les objectifs de développement pour le Millénaire (ODM), un ensemble de cibles internationalement reconnues qui a été adopté en 2000.

Le plus récent Global Monitoring Report 2010: The MDGs After the Crisis (Rapport de suivi mondial 2010 : les ODM après la crise), dont Monsieur Go est l’auteur principal, émet des estimations quant à l’impact de la crise sur les ODM et se prononce à savoir si le monde est en bonne voie d’atteindre ces objectifs. Produit par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, une partie de l’analyse de ce rapport est basée sur les plus récents Perspectives économiques mondiales du FMI.

Le monde en développement est sur la bonne voie pour réduire de moitié l’extrême pauvreté, mais pas la faim

Grâce en grande partie aux progrès réalisés par certaines régions avant la crise financière, le rapport affirme que le monde en développement dans son ensemble est en bonne voie d’atteindre l’objectif qui est de réduire de moitié l’extrême pauvreté par rapport à son niveau de 42 % de 1990 d’ici 2015.

Néanmoins, en raison de la crise, 53 millions de personnes de plus que si la crise n’avait pas eu lieu demeureront dans l’extrême pauvreté d’ici 2015. Dans l’ensemble, le rapport prévoit que le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté devrait s’élever à 920 millions d’ici cinq ans, soit une baisse par rapport au total de 1,8 milliard de personnes vivant dans l’extrême pauvreté en 1990 (voir tableau ci-dessous).

Les progrès relatifs à la réduction de l’extrême pauvreté varient grandement d’une région à l’autre

ScénarioRégion ou pays1990200520152020 1990200520152020
           
Tendances d’après crise Pourcentage de la population vivant avec moins de 1,25 dollar/jour Nombre de gens vivant avec moins de 1,25 dollar/jour
           
 Asie de l’Est et région du Pacifique54,716,85,94,0 87331712083
 Chine60,215,95,14,0 6832087056
 Europe et Asie centrale2,03,71,71,2 91675
 Amérique latine et Caraïbes11,38,25,04,3 50453027
 Moyen-Orient et Afrique du Nord4,33,61,81,5 101166
 Asie du Sud51,740,322,819,4 579595388352
 Inde51,341,623,620,3 435456295268
 Afrique subsaharienne57,650,938,032,8 296387366352
 Total41,725,215,012,8 1 8171 371918826

Toutefois, il est très peu probable que l’ODM critique visant à réduire de moitié la proportion de personnes souffrant de la faim entre 1990 et 2015 soit atteint étant donné que plus de 1 milliard de personnes ont de la difficulté à subvenir à leurs besoins alimentaires de base, dit le rapport. La crise des prix des denrées alimentaires de 2008 et la crise financière qui a débuté la même année ont exacerbé la faim dans le monde en développement.

De plus, la malnutrition chez les enfants a un effet de multiplication et est responsable de plus d’un tiers des maladies dont souffrent les enfants de moins de cinq ans. Selon le rapport, pour la période de 2009 à la fin de 2015, environ 1,2 million de décès supplémentaires pourraient survenir parmi les enfants de moins de cinq ans en raison de causes attribuables à cette crise.

Toutefois, les répercussions de cette crise pourraient avoir été encore plus graves. Les réformes entreprises avant la crise par les pays en développement ainsi que de solides interventions de la part des pays et des institutions financières internationales ont permis d’éviter une crise encore plus grave. Les gouvernements ont maintenu les filets de sécurité sociale (au moins jusqu’en 2009) et les efforts massifs de la communauté internationale pour limiter la contraction économique et la contagion ont porté fruits.

Entraîné par la solide performance des économies émergentes et par la reprise des échanges commerciaux mondiaux, la croissance du produit intérieur brut (PIB) des pays en développement devrait progresser de 6,3 % en 2010, contre 2,4 % en 2009, selon les nouvelles projections du FMI contenues dans ce rapport.

Parallèlement, la production à l’échelle internationale devrait augmenter de 4,2 % cette année, contre une diminution de 0,6 % en 2009.

« La communauté internationale ne peut pas se permettre une baisse de vigilance étant donné que la reprise demeure fragile et que celle-ci a des implications à long terme sur bon nombre des objectifs, notamment ceux qui ont trait à la santé et l’éducation », met en garde Justin Yifu Lin, économiste principal de la Banque mondiale.

Des progrès inégaux selon les régions et les objectifs

Avant la crise, les progrès relatifs aux ODM individuels étaient déjà mitigés. La proportion d’enfants de moins de cinq ans dont le poids est insuffisant a diminué dans les pays en développement, passant de 33 % en 1990 à 26 % en 2006. Ce rythme de diminution est toutefois bien inférieur à celui qui est nécessaire pour la faire diminuer de moitié d’ici 2015. Les améliorations relatives à cet objectif ont été plus lentes en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud où jusqu’à 35 % des enfants de moins de cinq ans souffrent d’arrêt de croissance. (Lire : La crise économique a des répercussions sur les enfants)

Les progrès pour réduire la mortalité maternelle progressent quant à eux plus rapidement que prévu. Le RSM 2010 comporte de nouvelles conclusions récemment publiées par The Lancet selon lesquelles la mortalité maternelle à l’échelle mondiale a fait 526 300 victimes en 1980, contre 342 900 en 2008, ce qui est bien inférieur aux estimations de l’ONU qui les situaient à 500 000 pour cette même année. Les signes d’amélioration sont encourageants. Les progrès demeurent toutefois fragiles et l’objectif global visant à réduire de 75 % le ratio des mortalités maternelles qui prévalaient en 1990 d’ici 2015 est encore distant. Le rapport réclame également le renouvellement des efforts pour atteindre l’accès universel à des soins de santé reproductive étant donné que les progrès dans ce domaine stagnent tout au mieux.

La plupart des régions ont réalisé de bons progrès en ce qui a trait à la fourniture d’un accès à de l’eau potable. Toutefois, en raison de la crise, 100 millions de personnes supplémentaires pourraient demeurer sans un accès à de l’eau potable en 2015.

Une reprise fondée sur la liberté des échanges commerciaux, le financement des transactions commerciales et l’apport d’une aide au commerce

« La crise touche tout le monde. Cependant, pour les pays pauvres, les répercussions de la crise perdureront longtemps après que l’économie mondiale se soit redressée », dit Monsieur Go. « De plus, si la reprise n’est pas durable, la faiblesse continue des conditions extérieures pourrait donner lieu à une défaillance à grande échelle des politiques intérieures. L’histoire nous montre que les conséquences seraient alors désastreuses sur le développement humain », avertit-il.

Jusqu’à présent, les réponses apportées à la crise par les institutions financières internationales telles que la Banque mondiale et le FMI ont été robustes et rapides :

  • Le FMI a fourni des ressources et des conseils sur les politiques pour aider à prévenir une amplification de la crise. À la fin de février 2010, le FMI avait engagé environ 170 milliards de dollars pour du soutien relatif à la crise.
  • Le Groupe de la Banque mondiale et d’autres banques de développement ont tenté de protéger les programmes de développement essentiels et de renforcer le secteur privé. Plus de 150 milliards de dollars ont été engagés par les banques multilatérales de développement depuis le commencement de la crise (dont les deux tiers en provenance du Groupe de la Banque mondiale).

Même si l’aide fournie par le Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE a augmenté de 0,7 % en termes réels en 2009 pour s’élever à 119,6 milliards de dollars, cette somme est bien inférieure aux engagements ultérieurs, surtout en ce qui a trait à l’Afrique subsaharienne. En excluant l’allégement de la dette, l’aide publique au développement (APD) a augmenté de 6,8 % en termes réels en 2009. L’aide en provenance de donateurs non membres du CAD et de sources privées sont également en forte hausse.

Le rapport encourage fortement les pays en développement et la communauté internationale à mettre en œuvre rapidement des politiques pour faire face au contexte économique d’après la crise. Il émet les recommandations suivantes :

  • Il faut veiller à ce qu’un système commercial ouvert demeure un important objectif mondial.
  • Achever le cycle de Doha améliorerait sensiblement l’accès au marché pour les pays en développement et augmenterait leur compétitivité par un accord sur la facilitation des échanges commerciaux.
  • Au delà de Doha, il faut avancer dans la voie d’une négociation de nouvelles règles et disciplines concernant l’incidence du changement climatique sur les échanges commerciaux et la sécurisation des ressources alimentaires et énergétiques.
  • Pour veiller à ce que leurs institutions soient capables de tirer parti des possibilités commerciales, les pays en développement doivent continuer à poursuivre leurs réformes intérieures pour faciliter le commerce et les affaires.
  • Les flux d’aide doivent être revus à la hausse et l’efficacité et l’allocation des ressources doivent être renforcées.
  • Les institutions financières internationales doivent donner suite aux réformes des fondamentaux afin de mieux répondre aux défis d’après la crise auxquels feront face les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire.

« Les pays en développement doivent prendre en main leurs réformes intérieures pour faire en sorte que les prestations de services et les dépenses deviennent plus efficientes », déclare Monsieur Go. « La communauté internationale doit toutefois aider ces pays à rebondir et agir de manière proactive pour reconstruire des communautés prospères. Étant donné les ressources et le savoir collectifs du monde, personne ne devrait avoir à boire l’eau des flaques dans les rues. »

Pour lire l'Aperçu du RSM2010 (Rapport de suivi mondial 2010), cliquez ici [pdf - 9 pages].
Pour accéder à davantage de données statistiques contenues dans le RSM, visitez le nouveau site interactif et plurilingue de la Banque mondiale : http://donnees.banquemondiale.org/.


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