Faire de l’enseignement supĂ©rieur un atout pour la compĂ©titivitĂ© de l’Afrique

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WASHINGTON, 23 avril 2010 – L’enseignement supĂ©rieur devrait jouer un rĂŽle crucial de catalyseur dans la croissance de l’économie africaine, selon les responsables politiques africains et les experts des secteurs public et privĂ©, rĂ©unis lors d’un sĂ©minaire tenu sous l’égide des RĂ©unions de printemps de la Banque mondiale et du FMI.

« Nous avons fait beaucoup de progrĂšs en matiĂšre d’enseignement primaire, mais nous ne pouvons pas nous arrĂȘter lĂ  », selon Obiageli Ezekwesili, vice-prĂ©sidente de la Banque mondiale pour l’Afrique. « La population africaine connaĂźt ‘une explosion’ de sa jeunesse, aussi ne pouvons-nous pas nous passer de l’enseignement supĂ©rieur, il doit constituer le pilier du dĂ©veloppement africain », a-t-elle ajoutĂ©.

Madame Ezekwesili, elle-mĂȘme ancienne ministre de l’Éducation au Nigeria, a soulignĂ© les dĂ©fis liĂ©s au dĂ©veloppement de l’enseignement supĂ©rieur en Afrique. Ceux-ci comprennent la nĂ©cessitĂ© de trouver un Ă©quilibre entre la dĂ©mocratisation de l’accĂšs Ă  l’enseignement supĂ©rieur et la qualitĂ© de l’éducation proposĂ©e ; il faut Ă©galement s’assurer que l’enseignement du troisiĂšme degrĂ© permette aux diplĂŽmĂ©s d’avoir des compĂ©tences utiles pour le marchĂ© du travail.

« Nous ne pouvons pas continuer comme avant, l’éducation doit rĂ©pondre aux besoins de l’économie », a-t-elle dit.

L’Afrique a un besoin urgent de mĂ©decins, infirmiers, agriculteurs, ingĂ©nieurs, administrateurs, avocats et chefs d’entreprise, selon Christopher Thomas, qui dirige les projets et les analyses sur l’enseignement en Afrique pour la Banque mondiale. Cependant, a-t-il ajoutĂ©, l’enseignement supĂ©rieur fait face Ă  des contraintes financiĂšres et les diplĂŽmĂ©s restent souvent sans emploi.

« Il n’existe aucune rĂ©ponse simple Ă  la question de savoir comment les institutions africaines de l’enseignement supĂ©rieur peuvent se dĂ©velopper et prospĂ©rer, a affirmĂ© Thomas, cependant, a-t-il ajoutĂ©, nous savons que de bonnes politiques, une forte volontĂ© politique, des ressources adĂ©quates, un leadership et des partenariats public-privĂ© sont nĂ©cessaires. »

Les ministres de l’Éducation du Burkina Faso, de la Gambie, du SĂ©nĂ©gal, du Mali et de la Mauritanie, qui participaient au sĂ©minaire Ă  distance depuis leurs pays respectifs, se sont tous accordĂ©s pour dire que le problĂšme fondamental Ă©tait que tous les pays ont besoin d’une base de ressources humaines, mĂȘme si leurs besoins varient d’un État Ă  l’autre.

« En Gambie, nous sommes restĂ©s 30 ans aprĂšs l’indĂ©pendance sans universitĂ© », a dĂ©clarĂ© Mamadou Tangara, ministre de l’Éducation de la Gambie. « Nous sommes confrontĂ©s Ă  un Ă©norme manque de ressources et nous ne pouvons pas insister suffisamment sur le rĂŽle que joue l’enseignement supĂ©rieur dans le dĂ©veloppement. Les politiques de l’enseignement supĂ©rieur d’aujourd’hui dĂ©termineront notre sociĂ©tĂ© de demain. »

Pour Madame Ezekwesili, le secteur privĂ© joue un rĂŽle majeur dans le dĂ©veloppement de l’accĂšs Ă  l’enseignement supĂ©rieur en Afrique. Au Ghana par exemple, les universitĂ©s publiques Ă©taient tellement dĂ©bordĂ©es Ă  une Ă©poque qu’elles devaient accueillir jusqu’à 1 500 Ă©tudiants dans une classe sans assistants d’enseignement. Cependant, avec l’essor du secteur privĂ©, environ 50 000 Ă©tudiants supplĂ©mentaires se sont inscrits dans les universitĂ©s ghanĂ©ennes en 2007.

Selon Peter Okebukola, chargĂ© de la rĂ©glementation au NigĂ©ria, trois mesures additionelles pourraient encourager les inscriptions. « Nous devrions aussi penser Ă  Ă©tablir des universitĂ©s ouvertes et Ă  distance, augmenter les programmes prĂ©parant aux diplĂŽmes supĂ©rieurs dans des Ă©coles polytechniques et d’autres institutions qui aujourd’hui ne dĂ©cernent pas de diplĂŽme, et encourager les universitĂ©s multi- campus », a t-il indiquĂ©.

Parlant de la qualitĂ© et de l’utilitĂ©, le professeur Teuw Niane, recteur de l’universitĂ© Gaston Berger au SĂ©nĂ©gal, a soulignĂ© qu’il est important que les professeurs soient adĂ©quatement qualifiĂ©s pour enseigner et qu’ils entretiennent un lien rĂ©gulier avec les entreprises privĂ©es pour assurer que les jeunes diplĂŽmĂ©s aient davantage accĂšs Ă  l’emploi.

De nombreux participants ont reconnu qu’il faudrait demander aux Ă©tudiants qui en ont les moyens de payer pour leurs Ă©tudes supĂ©rieures. « Les parents et les jeunes doivent accepter de faire des sacrifices », a dit Joseph Duffey, de Laureate, une entreprise privĂ©e qui vise Ă  rendre l’enseignement supĂ©rieur abordable et accessible Ă  travers un rĂ©seau mondial de partenariats.

« Il est clair que le partage des coĂ»ts est fondamental », a prĂ©cisĂ© Madame Ezekwesili. « Ceux qui peuvent payer devraient le faire, mais il devrait y avoir un mĂ©canisme pour aider les Ă©tudiants prometteurs qui n’ont pas les moyens de payer. »

Le revers de la mĂ©daille, selon de nombreux participants, est que les institutions publiques et privĂ©es doivent ĂȘtre plus responsables et transparentes et fournir des rĂ©sultats mesurables aux parents et aux Ă©tudiants. Par exemple, ils devraient mettre Ă  la disposition du public les donnĂ©es sur le nombre d’étudiants qui trouvent un emploi dans l’annĂ©e suivant l’obtention d’un diplĂŽme.

Les participants ont Ă©galement abordĂ© la nĂ©cessitĂ© d’une assurance qualitĂ© et d’un cadre rĂ©glementaire adĂ©quat. « L’accrĂ©ditation devrait mesurer les donnĂ©es de sortie et aussi rĂ©compenser l’innovation ; or, elle peut facilement Ă©touffer l’innovation », a fait remarquer Patrick Awuah, prĂ©sident de l’universitĂ© Ashehi au Ghana. « Par exemple, les universitĂ©s ne devraient pas ĂȘtre Ă©valuĂ©es uniquement sur la base des bibliothĂšques sur support papier, mais aussi de leurs bibliothĂšques Ă©lectroniques », a-t-il prĂ©cisĂ©.

Pour Boukary Savadogo, chef du dĂ©partement de l’enseignement des Sciences et de la Technologie Ă  la Banque africaine de dĂ©veloppement, il faut mettre l’accent sur le fait que l’enseignement doit ĂȘtre abordĂ© d’une maniĂšre globale, en reconnaissant les liens entre tous les niveaux du primaire au supĂ©rieur.

« Nous reconnaissons tous l’importance de la rĂ©surgence de l’enseignement supĂ©rieur, qui reste une condition sine qua non pour le dĂ©veloppement du continent », a conclu Madame Ezekwesili.




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