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La Mauritanie adopte une approche globale pour sortir les bidonvilles de la précarité

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  • Les sécheresses survenues dans les années 70 ont forcé des milliers de Mauritaniens à l’exode rural, faute de moyens de survie
  • Cet exode a conduit au foisonnement des quartiers précaires à la périphérie des grandes villes et causé une détérioration des conditions de vie des populations
  • La Banque mondiale a permis de mettre en œuvre un programme de réhabilitation qui met l’accent sur des infrastructures saines et des activités génératrices de revenus

NOUAKCHOTT, 5 mai 2010—La Mauritanie a connu une urbanisation rapide, avec un accroissement de la population urbaine estimé à environ 400% au cours des 47 dernières années. Plus de 46% de la population urbaine habite dans la capitale, Nouakchott, ce qui a conduit à une expansion des quartiers précaires à la périphérie des grandes villes. Plus de 40% de la population urbaine vit dans ces quartiers pauvres et inadéquats caractérisés par un très faible accès aux services de base en milieu urbain (moins de 27% de la population urbaine est raccordée à l'électricité, 48% à l'eau, et moins de 3% aux réseaux sanitaires).

Initié en 2002, le Programme de développement urbain (PDU) est l'un des principaux projets du portefeuille de la Banque mondiale dans le pays, avec environ 70 millions de dollars pour la première phase qui s’achèvera, après l’extension rétroactive accordée en décembre dernier, le 30 juin 2010. Mis en œuvre sur une période de 10 ans, le PDU comprend trois objectifs principaux : restructurer les quartiers précaires dans les principales villes, en particulier Nouakchott et Nouadhibou ; équiper les grandes agglomérations du pays en infrastructures de base ; et renforcer les capacités des acteurs de l’urbain, qu’il s’agisse des administrations, des entités décentralisées ou de la société civile.

« Quand on parle de l’urbain, on ne peut échapper à une batterie de questions qui touchent à la fois l’habitat, l’assainissement, la voirie, le foncier, les services de base comme la santé, l'activité économique et le crédit. En cela, le PDU est un programme complexe, mais la complexité est surmontable quand il y a intégration », confie Brahim Ould Adelwedoud, Spécialiste principal des secteurs urbains et chef du PDU à la Banque mondiale.

Tout le monde le constate aujourd’hui: l’absence d’une vision concertée et à long terme a conduit à rendre plus complexe la gestion des bidonvilles, qui constituent un épineux problème que les pouvoirs publics mauritaniens tentent de résoudre depuis le début des années 1990 avec différentes approches. Aux incohérences des politiques publiques est venue s’ajouter une distribution à ciel ouvert, incontrôlée et très souvent litigieuse, de terrains dans les villes de Nouakchott et Nouadhibou qui abritent les plus gros bidonvilles du pays depuis les grandes sécheresses des années 70.

À l'époque, la sécheresse persistante et de la désertification ont annihilé les moyens de subsistance des milliers de familles, les forçant à un exode vers la périphérie des centres urbains. Au fil du temps, la propagation des habitats improvisés a surpassé la capacité du gouvernement à fournir services et infrastructures dans les zones concernées. Conséquences : des centaines de milliers de terrains se trouvant pour la plupart dans des zones excentrées ont été abandonnés par leurs bénéficiaires, fautes de services de base à proximité et des moyens de survie.

Entre 1991 et 2000, la Mauritanie aura expérimenté deux projets urbains avec l’aide de la Banque mondiale. Il s’agit d’abord du Projet de développement des industries de la construction ; ensuite du Projet de développement des infrastructures urbaines qui ont tous deux permis de tester des outils de gestion et d’engager les communes en milieu urbain dans une dynamique globale. En 2002, le Programme de développement urbain (PDU) voit le jour, avec un financement global d’environ 100 millions de dollars repartis entre la Banque mondiale (70 millions), le gouvernement mauritanien et la KFW allemande (30 millions). A la différence des deux projets qui l’on précédé, le PDU est le produit des réflexions qui ont coïncidé avec la préparation du premier Cadre Stratégique de Lutte contre la Pauvreté (CSLP). Son financement a été obtenu en deux phases dont la première, démarrée en juin 2002, sera bouclée à la fin de l’année 2010.

Restructuration, désenclavement, assainissement

L’une des actions phares du Programme de Développement Urbain a été la restructuration du quartier précaire d’El Mina à partir de 2003 sous une approche globale qui tenait compte du développement des infrastructures, des logements abordables, et l'octroi de microcrédits pour garantir les moyens de subsistance des populations et assurer la viabilité du programme. Cette opération a permis le déplacement volontaire de plus de 2300 familles sur un site adjacent pour libérer les emprises publiques sur lesquelles ont pu être construites les infrastructures de base qui font aujourd’hui du quartier un des plus lotis de la commune. Le succès de ce projet pilote en a fait le modèle sur lequel on s’est inspiré pour des activités similaires entreprises par le gouvernement avec ses propres ressources à El Mina, Arafat, et Hay Saken.

Le quartier exhibe fièrement aux visiteurs ses larges rues bitumées, ses écoles primaires et secondaires, son centre de santé, son marché grouillant de monde. Rencontré près du château d’eau d’El Mina, Djibril, instituteur, exprime sa fierté. « La Kebba, dit-il, n’était vraiment pas équipée, par exemple, en terme d’écoles. Les enfants parcouraient des distances variant de 3 à 7 km pour rejoindre leurs classes. Aujourd’hui, grâce au Programme de développement urbain, nous sommes vraiment bien dotés. Avec la construction de nouvelles salles de classe, nous avons évolué de 60 élèves par classe à 32 aujourd’hui ».

Les habitants du quartier ont été encouragés à construire en dur leurs habitations dans le cadre d’un volet microcrédit à l’habitat à Nouakchott et à Nouadhibou, exécuté jusqu’en 2008 avec le concours de l’ONG française GRET (Groupe de recherches et d’études technologiques). Ce sont ainsi 5200 ménages qui ont pu disposer d’un toit en dur. Cette composante comprenait un volet microcrédit pour soutenir les activités génératrices de revenus qui a contribué à lutter contre la pauvreté dans les quartiers ciblés. Plus de 80 000 ménages ont profité de ces microcrédits, améliorant l’auto-emploi dans les villes concernées et les principales bénéficiaires sont des femmes chefs de familles qui représentent plus de 70% des habitants des quartiers pauvres à Nouakchott. Selon le profil de pauvreté établi en 2008, même si le chômage a diminué légèrement par rapport à la dernière enquête en 2004 (31,2% en 2008 au lieu de 32,5 en 2004), les femmes restent les plus affectées parmi la population (44% contre 24% pour les hommes).

Le PDU a également permis l’aménagement et la viabilisation de plus de 3000 parcelles afin d’améliorer l’offre en plateformes foncières prêtes à l’emploi. De même pour l’accès des populations aux services de base, avec l’augmentation de 20% des quantités d’eau livrées aux habitants de Nouakchott, la réalisation de projets d’adduction d’eau potable et l’extension de réseaux d’eau dans une ville comme Sélibaby (capitale de la wilaya du Guidimakha) qui s’approvisionnait en eau de manière aléatoire, ou encore l’extension des réseaux d’électricité et de la voirie urbaine dans plusieurs villes, et la réalisation de réseaux d’assainissement.

Décentralisation et intermédiation sociale comme outils de gestion de proximité

L’apport sans doute le plus notable du PDU réside dans le domaine du renforcement des capacités des structures administratives responsables de la décentralisation, de l’urbanisme, du foncier, des transports urbains et de l’environnement. En particulier, le projet a permis de former et de fournir une assistance technique aux cadres de l’administration, aux employés municipaux, à l'association des maires, ainsi qu’aux communautés, aux ONG et aux entrepreneurs.

A son actif, le PDU a pu aider à la mise en place d’un Code de l’urbanisme et un règlement général de l’urbanisme. De même qu’une nouvelle législation pour gérer de manière transparente le foncier en milieu urbain et sécuriser la propriété foncière, notamment pour les plus démunis. L’appui à la décentralisation s’est concrétisé à travers le Fonds Régional de Développement (FRD) qui est passé de 265 millions à 3,5 milliards d’ouguiyas qui sont venus renforcer les recettes des communes.

Pour ce qui est de l’intermédiation sociale, le PDU a facilité la décentralisation et la gestion intégrée en invitant l’ensemble de la communauté à participer aux prises de décisions et à la mise en œuvre du projet. « Ce sont les bénéficiaires qui décident de leurs besoins et nous ne sommes là que pour les accompagner », fait remarquer M. Mohamed Ould Babetta, Coordonnateur du PDU.

Les performances du programme lui ont permis de bénéficier de financements additionnels d’environ 25,5 millions de dollars et de préparer sereinement la seconde phase qui verra le jour dans moins d’un an.

État indépendant depuis 1960, la Mauritanie compte aujourd’hui une population de 3 millions d’habitants.

Contacts pour le projet : Brahim Abdelwedoud, Spécialiste principal des secteurs urbains et chef du PDU à la Banque mondiale (babdelwedoud@worldbank.org) et Mohamed Ould Babetta, Coordonnateur National du PDU (babetta@pdu.mr).


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