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Les experts l'affirment : le libre accès aux données bénéficiera à la connaissance globale

Hans Rosling et Beth Noveck saluent l'accessibilité sans restriction aux données de la Banque mondiale
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  • Hans Rosling et Beth Noveck, partisans de l’accès libre aux données, se félicitent de l’initiative de la Banque mondiale en faveur de la diffusion publique de ses données.
  • L’émulation va stimuler la création d’outils innovants pour la visualisation de l’information et va modifier notre vision du monde.
  • Le véritable objectif est de pouvoir passer des données brutes à la connaissance, et de la connaissance à une meilleure compréhension des problèmes mondiaux.

24 mai 2010 — La décision de la Banque mondiale de permettre un accès libre et gratuit à ses données va ouvrir de nouvelles perspectives sur le monde et de nouvelles opportunités pour la résolution des grands problèmes mondiaux. C’est ce qu’ont expliqué deux éminents partisans de cette initiative, au siège de la Banque mondiale à Washington la semaine dernière.

Pour le Suédois Hans Rosling, fondateur de la fondation Gapminder et professeur de santé publique, et Beth Noveck, directrice scientifique adjointe chargée de l'initiative Open Government (« gouvernement ouvert ») à la Maison-Blanche, la mise à la disposition du public des données de la Banque mondiale est de nature à encourager une plus grande transparence au sein des gouvernements et des institutions, et à accélérer la production de données en quantité comme en qualité, y compris au niveau infranational.

M. Rosling et Mme Noveck escomptent que l'initiative de la Banque mondiale suscitera une véritable émulation, voire qu’elle donnera peut-être lieu à un processus collaboratif de type « wiki » : les erreurs seront corrigées par la communauté des experts, et les données comparées entre elles et rendues accessibles à un public plus large.

Ce que doit à présent faire la Banque mondiale, ont-il expliqué, c’est « laisser le champ libre » aux acteurs innovants pour qu’ils puissent intégrer le processus.

« Je suis pour la compétition », a déclaré M. Rosling, dont le logiciel de visualisation des données Trendalizer a été conçu sur l'idée qu'au-delà d'une certaine limite la plupart des personnes ne peuvent plus « digérer » les chiffres qui leurs sont donnés.

« Je pense à un grand nombre d'applications logicielles qui pourraient être développées en relation avec les données de la Banque mondiale. Il y a tant de possibilités d’innovation… C'est ce que j'apprécie dans cette nouvelle politique. Il est primordial de laisser ces innovations se concrétiser. »

Un meilleur accès aux données contribuera aussi à dissiper les idées préconçues que nous entretenons sur les pays étrangers, a-t-il ajouté.

« L'image que nous nous faisons du monde est le fruit d'un récit, qui nous vient de nos parents, de nos enseignants, de notre milieu professionnel, de notre culture. Et il faut bien plus que des chiffres pour changer et nourrir ce récit de données justes et de statistiques exactes. »

« Mais encore faut-il disposer des bons chiffres. C'est précisément ce à quoi nous parvenons à présent. Nous pouvons proposer une représentation du monde radicalement différente. »

20 000 liens pointent vers le nouveau site de données

En avril dernier, le Groupe de la Banque mondiale a annoncé qu’il ouvrait l'accès à plus de 2 000 indicateurs – en économie, finance, commerce, santé, développement humain, etc. – jusqu'alors disponibles uniquement sur abonnement.

Cette décision, qui s'inscrit dans le cadre d'une nouvelle politique d'accès à l’information mise en œuvre au sein de la Banque mondiale, permet à tous – chercheurs, journalistes, organisations non gouvernementales (ONG), entrepreneurs, élèves… – d'accéder aux bases de données de la Banque mondiale via un nouveau site internet, donnees.banquemondiale.org

Depuis cette annonce, plus d'1,6 million de pages ont été consultées et 80 000 téléchargements de données ont été effectués. On compte plus de 20 000 liens pointant vers le site donnees.banquemondiale.org à partir de sites extérieurs à la Banque mondiale.

Suivant cette dynamique actuelle en faveur de l’accès libre aux données, les gouvernements américain, britannique et néerlandais ont également rendu leurs données accessibles au public.

Le site du gouvernement américain, data.gov, qui proposait, lors de sa création il y a un an, l'accès à 47 ensembles de données, permet aujourd'hui à ses visiteurs d'en consulter plus de 250 000. 97 millions de personnes ont déjà visité ce site, a indiqué Mme Noveck.

Grâce à cette initiative, le gouvernement américain peut trouver des solutions à un certain nombre de problèmes en tirant parti d’une expertise diffuse aux États-Unis et dans le monde entier, a mis en avant l’auteur de l’ouvrage Wiki Government. Par exemple, le département d'État à l'Agriculture soutient un concours de création de nouvelles « applications pour des enfants en meilleure santé » afin de faire émerger de nouvelles solutions pour lutter contre l'obésité enfantine.

Mme Noveck a en outre ajouté que l’initiative américaine suscitait un grand intérêt à l’étranger et que son bureau avait été contacté par plusieurs gouvernements.

J'espère qu'au cours des deux prochaines années nous serons capables d'orienter ce mouvement dans la bonne direction pour inciter chaque pays, chaque échelon administratif, à rendre ses données disponibles pour informer et améliorer la prise de décision dans un environnement globalisé.

-Beth Noveck

« J'espère qu'au cours des deux prochaines années nous serons capables d'orienter ce mouvement dans la bonne direction pour inciter chaque pays, chaque échelon administratif, à rendre ses données disponibles pour informer et améliorer la prise de décision dans un environnement globalisé. »

Investir dans la collecte des données et renforcer les capacités statistiques

Mme Noveck a appelé la Banque mondiale à continuer d’investir dans la collecte de données, notamment en faveur de la connaissance et de l’expertise de ceux qui, sur le terrain, contribuent à leur élaboration.

« Des données brutes il faut passer à la connaissance, et de la connaissance à une meilleure compréhension des problèmes mondiaux et de leurs solutions. C’est là le véritable objectif », a-t-elle souligné.

« Cela nécessite de se concentrer sur la collecte des données, de laisser d’autres acteurs y prendre part, et également d'investir dans des stratégies favorisant la participation de la société civile pour que chacun puisse s’emparer de ces données et les exploiter efficacement ».

Pour M. Rosling, il serait notamment utile de collecter des données sur la santé et le revenu au niveau infranational, en particulier pour de grands pays comme la Chine et l'Inde, ou encore des informations concernant la dette des pays à haut revenu.

Un logiciel comme Trendalizer fonctionne sur un principe de « génération d'hypothèses » et constitue une manière de communiquer les résultats de la recherche, mais il « ne remplace en aucun cas la recherche », a-t-il prévenu.

« C'est le moment d'investir dans les statistiques. Nous devons entretenir notre expérience dans ce domaine. J'aimerais rendre hommage au service de la Banque mondiale en charge des indicateurs de développement dans le monde (WDI) pour le travail visionnaire qu’il a accompli il y a de nombreuses années en compilant des données selon un format uniforme dans tous les secteurs. C'est l’une des grandes qualités des WDI. »




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