En Afghanistan et en Inde, des technologies simples et peu coûteuses facilitent les opérations de suivi

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  • Dans les zones isolĂ©es d’Afghanistan, des appareils-photos avec GPS suivent la progression des travaux sur les infrastructures d'irrigation.
  • En Inde, un projet pilote prĂ©voit de contrĂŽler par tĂ©lĂ©phone portable le suivi et la qualitĂ© des consultations maternelles et infantiles.
  • Les mĂ©thodes « low-tech » – utilisant des technologiques simples – offrent un moyen rapide et peu onĂ©reux de suivre et contrĂŽler les projets couvrant plusieurs sites.

Le 1er juin 2010 — Dans un contexte marquĂ© par des annĂ©es de guerre, la rĂ©habilitation de l’infrastructure d'irrigation en Afghanistan est cruciale pour assurer la productivitĂ© agricole et la sĂ©curitĂ© alimentaire. Un vaste projet d'irrigation Ă  l’échelle nationale a Ă©tĂ© mis en place mais l'enclavement et l'insĂ©curitĂ© croissante dans certaines zones rendent les efforts de suivi et de supervision difficiles et incertains.

Une solution a peut-ĂȘtre Ă©tĂ© trouvĂ©e : des appareils photo intĂ©grant le systĂšme de positionnement global par satellite (GPS) permettent de photographier les structures d'irrigation en cours de rĂ©paration ou de construction et d’enregistrer la date, l'heure, la longitude, la latitude et, dans une certaine mesure, l'altitude des sites. Une technique qui prĂ©sente l’avantage d’ĂȘtre peu coĂ»teuse et relativement « low-tech » dans la mesure oĂč elle ne nĂ©cessite pas de technologies trĂšs sophistiquĂ©es.

Depuis l’installation de cette technique, au mois de fĂ©vrier dernier, le personnel du projet sur le terrain a produit les photographies de 650 sites. Ces photographies serviront de base pour mesurer les progrĂšs accomplis, comme l'explique Usman Qamar, responsable pour la Banque mondiale du Projet de rĂ©habilitation d'urgence de l'irrigation. Ce projet, dotĂ© d'un budget de 127 millions de dollars, est financĂ© via l'Association internationale de dĂ©veloppement (IDA), l'institution de la Banque mondiale chargĂ©e d’accorder des dons et des prĂȘts sans intĂ©rĂȘt.

L'irrigation en Afghanistan :

  • Seuls 12 % des terres d'Afghanistan sont arables.
  • 85 % des terres arables du pays nĂ©cessitent une irrigation.
  • 60 Ă  70 % des systĂšmes de captage des eaux souterraines ne sont pas utilisĂ©s et les rĂ©seaux de canaux sont endommagĂ©s.
  • En 2008, le retard dans l'arrivĂ©e des pluies et le faible niveau des prĂ©cipitations a entraĂźnĂ© une chute des rĂ©coltes de blĂ© pluvial, provoquant un dĂ©ficit national de plus de 2 millions de tonnes de blĂ©.

Les photographies GPS sont « un outil trĂšs puissant, qui nous donne la confirmation directe que tel Ă©lĂ©ment a Ă©tĂ© construit et qu’il existe bel et bien Ă  un emplacement donnĂ© », prĂ©cise Usman Qamar.

Des projets pilotes Ă  la recherche de solutions simples

Ce dernier travaille en collaboration avec une Ă©quipe de la Banque mondiale en charge des questions d'innovation et avec le ministĂšre de l'Énergie et de l'Eau afghan pour mettre au point un systĂšme permettant de collecter les informations sur les jalons du projet, de les cartographier et de les mettre en relation avec d'autres donnĂ©es de dĂ©veloppement.

Selon les experts de la Banque mondiale en technologies de l'information et de la communication (TIC), ce nouveau type de supervision « Ă  distance » devrait permettre d’obtenir de meilleurs rĂ©sultats sur les projets. Il devrait Ă©galement aboutir Ă  l’amĂ©lioration des services fournis aux populations pauvres dans les pays en dĂ©veloppement.

L'objectif de l’équipe TIC pour la rĂ©gion Asie du Sud (Deepak Bhatia, Naseer Rana, Pratheep Ponraj et Kimmoye Byron), lorsqu’elle a proposĂ© d'utiliser des appareils photos avec GPS en Afghanistan, Ă©tait principalement de simplifier la supervision d'un aussi vaste projet, rĂ©parti sur des centaines de sites, en permettant au personnel chargĂ© des missions de suivi sur le terrain de mieux cibler ses visites.

Il s’agit, comme le souligne Pratheep Ponraj, « de renforcer les capacitĂ©s des agences gouvernementales et des ministĂšres pour qu’ils puissent contrĂŽler les projets de maniĂšre durable et amĂ©liorer leurs rĂ©sultats en termes de dĂ©veloppement ».

« Avec des outils de ce type, une équipe de projet peut obtenir rapidement des informations fiables en provenance de zones géographiques trÚs dispersées. Si une donnée sur un site particulier éveille son attention, alors elle peut décider d'y programmer une visite », poursuit-il.

La difficulté était de trouver une méthode de supervision à distance qui ne nécessite pas une expertise technique chez le personnel de terrain, comme le précise Deepak Bhatia.

La technologie utilisĂ©e sur le terrain, par exemple, ne devait pas ĂȘtre sophisti-quĂ©e au point de nĂ©cessiter la prĂ©sence d’un gĂ©nie de l'informatique pour vous expliquer comment l'utiliser.


—Deepak Bhatia, Ă©quipe TIC pour la rĂ©gion Asie du Sud de la Banque mondiale.

« La technique que nous allions proposer devait ĂȘtre simple en termes opĂ©rationnels et devait pouvoir continuer Ă  ĂȘtre utilisĂ©e mĂȘme aprĂšs la fin de l’engagement de la Banque. C’est ce principe qui nous a guidĂ©s. La technologie utilisĂ©e sur le terrain, par exemple, ne devait pas ĂȘtre sophistiquĂ©e au point de nĂ©cessiter la prĂ©sence d’un gĂ©nie de l'informatique pour vous expliquer comment l'utiliser. Dans le mĂȘme temps, notre objectif au sein de la CITPO [la division de la Banque en charge des politiques de communication, d'information et de technologies] est de tirer profit de la capacitĂ© de transformation qu’offrent les TIC dans le domaine du dĂ©veloppement. »

Des solutions reposant sur des pratiques existantes

L'utilisation de la technologie GPS s'est appuyĂ©e sur une pratique dĂ©jĂ  mise en place dans le cadre du projet d’irrigation en Afghanistan et consistant Ă  « gĂ©o-rĂ©fĂ©rencer » manuellement les zones de rĂ©habilitation en les photographiant : le personnel de terrain photographiait les sites et accompagnait les photographies de points de repĂšre gĂ©ographiques. Mais les services du ministĂšre Ă  Kaboul peinaient Ă  s’y retrouver entre les diffĂ©rentes structures et les diffĂ©rents lieux.

À prĂ©sent, les photographies intĂ©grant les donnĂ©es GPS sont tĂ©lĂ©chargĂ©es dans les bureaux rĂ©gionaux et envoyĂ©es par courriel – ou bien les cartes mĂ©moires sont remises en mains propres – au siĂšge du ministĂšre Ă  Kaboul. LĂ , un personnel spĂ©cialement formĂ© les visionnent dans un navigateur Internet ou sur Google Earth et les ajoutent Ă  la base de donnĂ©es du projet.

Tandis que Google Earth ne permet pas Ă  l’heure actuelle d'afficher des images en haute rĂ©solution ou rĂ©centes de l'Afghanistan, ces photos gĂ©o-rĂ©fĂ©rencĂ©es et rĂ©guliĂšrement mises Ă  jour peuvent ĂȘtre intĂ©grĂ©es dans les cartes de systĂšmes d'informations gĂ©ographiques (SIG). Ces cartes permettent d’afficher d'autres indicateurs liĂ©s aux questions de dĂ©veloppement, tels que les frontiĂšres administratives, les classifications de sols, la productivitĂ© agricole ou encore les donnĂ©es liĂ©es aux rĂ©coltes.

Un projet pilote en Inde exploitant les téléphones portables et les cartes à puce ?

L'Ă©quipe de la Banque en charge des questions d'innovation dĂ©veloppe des systĂšmes de suivi des bĂ©nĂ©ficiaires et de vĂ©rification des services dans d'autres rĂ©gions. C’est le cas notamment en Inde, dans l'État du Karnataka, oĂč un projet pilote prĂ©voit de mesurer l'efficacitĂ© des services de santĂ© fournis aux mĂšres et aux enfants en bas Ăąge.

Le systĂšme utilisera vraisemblablement des tĂ©lĂ©phones portables – de plus en plus abordables et rĂ©pandus – pour enregistrer en temps rĂ©el les rĂ©sultats des visites effectuĂ©es dans les zones les plus enclavĂ©es par les personnels de santĂ©, afin de dĂ©terminer si les programmes fonctionnent bien, explique Deepak Bathia. Les infirmiĂšres pourront envoyer sous forme de SMS des informations sur le nombre de patients vus en consultation, le nombre de vaccinations effectuĂ©es, ou encore le nombre d’analyses.

L'équipe prévoit également d'expérimenter différentes options pour vérifier que les patients ont bien reçu les soins et pour connaßtre leur degré de satisfaction. Les options envisagées comportent l'utilisation de téléphones portables et SMS ou de cartes à puce.

Ce projet pilote a été en partie financé par une subvention octroyée dans le cadre du Mécanisme de partenariat pour la gouvernance, soutenu par le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la NorvÚge. Ce dernier finance également le travail de l'équipe en charge des questions d'innovation.

Naseer Rana explique que son Ă©quipe s’efforce d’exploiter les tendances en cours en Asie du Sud en faveur de plus de transparence et de responsabilitĂ©, telles que les mesures rĂ©centes destinĂ©es Ă  amĂ©liorer l'accĂšs Ă  information, l'utilisation en progression rapide des tĂ©lĂ©phones portables, y compris dans les zones rurales, et l'intĂ©rĂȘt croissant pour les « audits sociaux » qui permettent de soumettre les projets et les programmes Ă  un examen public. Autant d’élĂ©ments qui sont de nature Ă  « faire considĂ©rablement progresser la responsabilitĂ© », estime Naseer Rana.

« Ces projets pilotes montrent la crĂ©ativitĂ© dont fait preuve le personnel de la Banque mondiale dans des circonstances difficiles. Ils sont trĂšs prometteurs en termes d’amĂ©lioration de nos rĂ©sultats, non seulement dans la RĂ©gion Asie du Sud, mais au niveau de l’ensemble de la Banque », se fĂ©licite la Vice-prĂ©sidente de la RĂ©gion Asie du Sud Isabel Guerrero.

Et Usman Qamar de conclure : « Dans des environnements non sĂ©curisĂ©s comme l'Afghanistan, tous les projets, et en particulier ceux qui sont mis en place dans des zones rurales, peuvent tirer bĂ©nĂ©fice de l'utilisation d’une technologie simple comme les appareils photos GPS, qui rassurent les gouvernements et les bailleurs de fonds sur la rĂ©alitĂ© des opĂ©rations sur le terrain. »




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