- La Banque mondiale inaugure une série de dialogues sur les « Villes innovantes »  destinés aux maires et aux autres acteurs concernés dans le but de partager des approches innovantes et d’améliorer la vie urbaine à l’échelle du globe.
- Plus de la moitié de la population mondiale vit aujourd’hui dans les villes, et ce chiffre devrait croître de 2 milliards environ dans les vingt prochaines années.
- Maires et acteurs de la ville reconnaissent que le bon fonctionnement et l'habitabilité des villes reposent en grande partie sur la bonne gouvernance et le leadership.
Le 7 juillet 2010 — Jusqu'au début des années 1990, la municipalité de Marikina, aux Philippines, était une commune pauvre de l’aire métropolitaine de Manille, gangrenée par le chômage et la criminalité. Elle est aujourd’hui un modèle de réussite pour le pays, reposant sur une culture de la discipline et de l’ordre, et une gouvernance sans faille. L’actuel maire de Marikina peint un tableau désolant du passé : « le fleuve et ses abords, soit quelque 220 hectares, étaient envahis par les squatteurs et servaient de poubelle géante à ciel ouvert », se souvient Maria Lourdes Carlos Fernando. Puis ses responsables ont entrepris de transformer la ville – qui ne possédait alors qu’une seule route pavée – en une « petite Singapour » : le fleuve Pasig a été nettoyé, les graffitis éliminés, le réseau routier développé, et les familles se retrouvent à présent en sécurité dans les parcs aménagés sur les berges. Afin de réaliser l’objectif des « deux emplois par famille », le gouvernement local a créé des centres de formation et de productivité pour améliorer les compétences des citoyens. La ville, connue pour son industrie de la chaussure, a récemment progressé dans la chaîne de valeur mondiale en investissant dans des programmes de formation continue en technologie et dans la création de centres d'appels. Plus de 15 000 nouvelles entreprises ont vu le jour. La ville de Marikina pourrait servir de modèle pour tous les maires et autres acteurs de la ville qui doivent eux aussi gérer les questions de congestion urbaine, d'exode rural et de développement durable. C’est pour répondre à ce besoin de plateforme d’apprentissage que l'Institut de la Banque mondiale (WBI) et le service Développement urbain et gouvernements locaux de la Banque mondiale ont lancé au mois de juin dernier une série de dialogues internationaux sur les « Villes innovantes » (Innovative Cities Global Dialogues). Cette initiative, qui vise à fournir un forum pour le partage des expériences et des approches innovantes en matière de gouvernance urbaine, s’inscrit dans un contexte où les villes sont de plus en plus considérées comme des moteurs de la croissance. Comme l’explique Sanjay Pradhan, vice-président du WBI, « notre but est à la fois de développer les compétences de gouvernance des maires et de renforcer les compétences techniques pour améliorer les capacités de ceux qui occupent des postes clés dans la gestion de la ville ». Rendre les villes plus compétitives Lors du lancement de cette nouvelle série de conférences, les responsables municipaux présents  – dont ceux d’Ahmedabad en Inde, de Dar es Salam en Tanzanie, et de Seattle aux États-Unis – ont expliqué comment ils étaient parvenus à rendre leurs villes plus compétitives et attrayantes pour les entreprises, et comment cela avait permis d'attirer par la suite une main-d'œuvre plus qualifiée. Pour beaucoup d'entre eux, il est important de souligner que l'urbanisation n'est plus synonyme de fléau : les villes peuvent favoriser la création d'emplois, réduire la pauvreté et améliorer la qualité de vie. Pour la première fois dans l'histoire, plus de la moitié de la population mondiale est urbaine, et ce chiffre devrait croître de 2 milliards environ dans les vingt prochaines années. Entre 70 et 75 % de la population urbaine en Afrique et en Asie du Sud est pauvre ; en Amérique latine, plus de la moitié des pauvres vivent dans les zones urbaines. Cependant, c’est dans les villes que sont créées la plupart des richesses dans le monde, puisqu’elles contribuent à environ 70 % du PIB mondial. Et, dans tous les pays avancés, le développement est allé de pair avec l’urbanisation. Pour le secrétaire américain au Logement et au Développement urbain Shaun Donovan, qui participait à la conférence de lancement, les États-Unis investissent dans le développement urbain « en repensant leurs villes d'une façon plus durable et plus intelligente ». Les zones métropolitaines doivent être considérées selon lui comme « des foyers d'innovation et des laboratoires de changement ». Investir dans les zones urbaines pauvres Pour l’ensemble des participants, il apparaît évident qu'une ville « habitable », offrant une bonne qualité de vie et des services de premier rang tels que des transports efficaces, un système éducatif satisfaisant et des emplois, va attirer les entreprises et une main-d'œuvre qualifiée. Une entreprise s'installe dans les zones urbaines où les coûts de fonctionnement sont faibles et où elle peut être facilement reliée à ses fournisseurs et aux marchés internationaux. Mais les villes doivent également attirer les consommateurs, y compris les pauvres. Inger Andersen, vice-présidente du groupe Développement durable de la Banque mondiale présente les populations urbaines pauvres comme une source potentielle d'innovation et de créativité, car investir dans les services de base pour les pauvres et dans les logements pour les personnes à faible revenu peut être très rentable : il existe un énorme potentiel pour stimuler l’esprit d'entreprise et l’énergie au sein des populations défavorisées. Certes, si un « leadership visionnaire » est essentiel pour la réussite de la gestion d’une ville, plusieurs maires ont mis l’accent sur la nécessité que celui-ci se traduise par une « gestion professionnelle » si l’on veut assurer la continuité et la fiabilité des prestations de services et des infrastructures. Comme le résume le maire de Marikina, « les leçons et les idées sont importantes, mais il faut un véritable leadership pour adapter une idée à la spécificité d’un lieu ». « Le leadership est au cœur des réformes économiques et sociales », confirme Bruno Laporte, directeur du service Connaissances et apprentissage thématiques au WBI. « Je ne parle pas d'un leadership incarné par une seule personne, mais d’un leadership partagé, avec des acteurs à même d'intervenir dans les différents secteurs, que ce soit au sein du gouvernement, du secteur privé ou de la société civile. Si l’on ne tient pas compte de cet aspect, les réformes n’iront nulle part. » |