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Tribune libre : Pour le G-20, il faut aujourd’hui regarder au-delà de Bretton Woods

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8 novembre 2010

Au moment où l’on parle de conflits monétaires et de désaccords sur la politique d’assouplissement quantitatif de la Réserve fédérale américaine, le sommet que le Groupe des 20 principales économies mondiales va tenir cette semaine à Séoul s’annonce comme la dernière épreuve en date pour le processus de coopération internationale. Face à cela, une question s’impose à nous : coopération, dans quel but ?

Lorsque, dans les années 80, le G-7 a mis à l’essai un processus de coordination économique, c’est sur les taux de change que les accords du Plaza et du Louvre ont porté l’attention, mais les considérations de politique sous-jacentes allaient plus profond. Pour l’administration Reagan, sous la houlette de son secrétaire au Trésor, James Baker, il s’agissait d’endiguer une poussée de protectionnisme venant du Congrès, comparable à ce que nous observons aujourd’hui. C’est ce qui l’a poussée à mener de front un processus de coordination monétaire avec le lancement de l’Uruguay Round, lequel a donné naissance à l’Organisation mondiale du commerce et engendré un courant de libre-échangisme qui a débouché sur des accords avec le Canada et le Mexique. Un effort d’initiative au niveau international s’est conjugué avec l’application de politiques au plan intérieur pour stimuler la compétitivité de l’économie.

Dans le cadre de cette méthode dite « globale », les pays du G-7 étaient censés traiter des aspects fondamentaux de la croissance — l’équivalent de nos processus actuels de réforme structurelle. C’est ainsi qu’en 1986, le Tax Reform Act américain a entrepris d’élargir la base de recettes tout en réduisant le taux marginal d’imposition sur le revenu. De concert avec ses collègues du G-7 et les gouverneurs des banques centrales, M. Baker s’est ainsi employé à faire jouer le processus de coopération internationale dans le sens d’un renforcement de la confiance au niveau du secteur privé.

L’histoire a suivi son cours après les énormes changements intervenus en 1989, et l’expérience de cette période des années 80 fait encore l’objet de débats, mais cette approche globale a été significative en ce sens qu’elle a conjugué des réformes tendant à stimuler la croissance avec des mesures d’ouverture des marchés et de coordination des taux de change.

Quelle forme ce type d’approche pourrait-il prendre aujourd’hui ? En premier lieu, pour mettre l’accent sur les fondamentaux, il s’agirait pour un ensemble clé de pays du G-20 de se mettre d’accord sur des programmes parallèles de réformes structurelles destinés non seulement à rééquilibrer la demande mais à stimuler la croissance. À titre d’exemple, le plan quinquennal à venir de la Chine est censé porter son attention non plus tant sur les industries exportatrices mais sur les nouveaux secteurs d’activité locaux ainsi que celui des services, assurer un surcroît de services sociaux, et déplacer l’effort de financement jusqu’ici consacré aux entreprises d’État à caractère oligopolistique vers des types d’activités de nature à doper la productivité et la demande intérieure.

Pour les États-Unis, suite aux changements intervenus au niveau du Congrès, il va s’agir de traiter le dossier des dépenses structurelles et d’une dette exorbitante de nature à peser sur les perspectives de croissance. Le Président Barack Obama a déjà fait état d’initiatives pour renforcer la compétitivité de l’économie et relancer les accords de libre-échange.

Les États-Unis et la Chine pourraient convenir de mesures spécifiques et synergiques pour stimuler la croissance. Sur cette base, ils pourraient éventuellement se mettre aussi d’accord sur un processus allant dans le sens d’une appréciation du renminbi, ou l’adoption d’un système de larges bandes pour les taux de change. Le Gouvernement américain pourrait, à partir de là, s’engager à résister à l’escalade des représailles en matière commerciale ou, mieux, à promouvoir des accords pour assurer l’ouverture des marchés.

Deuxièmement, les autres grandes économies, à commencer par les membres du G-7, devraient convenir de renoncer aux interventions d’ordre monétaire, hormis dans de rares circonstances définies d’un commun accord. D’autres pays du G-7 souhaiteront peut-être entreprendre de renforcer la confiance en prenant également des engagements en faveur de programmes de croissance structurelle.

En troisième lieu, ces mesures aideraient elles-mêmes les économies émergentes à s’adapter aux disparités affectant les processus de redressement économique en s’en remettant à des taux de change flexibles et à des politiques monétaires indépendantes. Certains pays auront peut-être besoin d’outils spécifiques pour faire face aux flux de capitaux fébriles à court terme. Le G-20 pourrait élaborer des normes de référence pour la prise de mesures en ce sens.

Quatrièmement, le G-20 devrait soutenir la croissance en concentrant son attention sur les goulets d’étranglement existant au niveau de l’offre dans les pays en développement. Ceux-ci entrent déjà pour moitié dans la croissance de l’économie mondiale, et la demande d’importations y progresse deux fois plus vite que dans les pays développés. Le G-20 devrait fournir un appui particulier en matière d’infrastructure, dans le secteur de l’agriculture et pour l’établissement de mains-d’œuvre qualifiées et en bonne santé. Le Groupe de la Banque mondiale et les banques régionales de développement pourraient être les vecteurs de création de pôles multiples de croissance future sur la base du développement du secteur privé.

Cinquièmement, le G-20 devrait compléter ce programme de relance de la croissance par un projet tendant à établir un système monétaire de type coopératif reflétant l’évolution de la conjoncture économique. Ce nouveau système devra probablement mettre en jeu le dollar, l’euro, le yen, la livre et un renminbi tendant vers l’internationalisation et, à partir de là, un compte de capital ouvert.

Le système devrait également envisager d’employer l’or comme point de référence international des anticipations des marchés en ce qui concerne l’inflation, la déflation et les parités monétaires futures. Bien que l’or soit peut-être présenté dans les manuels comme l’ancienne forme de monnaie, les marchés s’en servent aujourd’hui comme forme alternative d’avoir monétaire.

Il faudra du temps pour établir un système monétaire appelé à succéder au dispositif dit de « Bretton Woods II », lancé en 1971, mais nous devons engager le processus. L’ampleur des changements observés depuis 1971 correspond certainement à ceux intervenus entre 1945 et 1971, qui ont motivé le passage de Bretton Woods I à II. Un sérieux effort devrait être notamment consacré à d’éventuelles modifications des règles du Fonds monétaire international pour assurer l’examen des politiques concernant les mouvements de capitaux aussi bien que les comptes des transactions courantes, et établir un lien entre les évaluations monétaires du FMI et les obligations de l’OMC contre le recours aux politiques monétaires pour supprimer des concessions commerciales.

Cette approche globale de la coopération économique déborde du cadre des récents échanges de vues menés au sein du G-20, mais les idées qu’elle recouvre sont à la fois pratiques et réalisables, et elles n’ont rien de radical. L’approche présente en outre des avantages évidents. Elle fournit un cadre d’action en matière de croissance et sur le plan monétaire qui fait pendant aux réformes du G-20 dans le secteur financier. Elle pourrait s’appuyer sur des actions rapides et progressives, conjuguées à des processus crédibles destinés à être mis en œuvre par étapes au fil du temps, permettant ainsi un débat politique au plan interne. Et elle pourrait contribuer à restaurer la confiance du public et des marchés, qui continuera d’être mise à rude épreuve en 2011. Mais ce qui est peut-être le plus important, c’est que cette approche globale pourrait permettre aux pays d’aller au devant des problèmes au lieu de réagir aux tempêtes qu’ils subissent sur le plan économique, politique et social.

Agir ou réagir ? La décision que prendra le G-20 à cet égard pourrait déterminer si le processus de coopération multilatérale parviendra ou non à assurer un solide redressement de l’économie mondiale.

L’auteur est président du Groupe de la Banque mondiale et a servi au Département du Trésor des États-Unis entre 1985 et 1988
Ce commentaire a été initialement publié dans le Financial Times.




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