Pour le prĂ©sident de la Banque mondiale, Robert B. Zoellick, les plus gros problĂšmes auxquels ait Ă faire face le monde en 2011 ne sont pas ceux qui paraissent le plus Ă©vidents.  Interview parue le dimanche 23 janvier 2011 dans Newsweek   LâannĂ©e 2010 a vu des marchĂ©s Ă©mergents tels que la Chine, lâInde et le BrĂ©sil continuer Ă jouer un rĂŽle moteur dans la croissance de lâĂ©conomie mondiale, tandis que les pays dĂ©veloppĂ©s, notamment les Ătats-Unis et une partie des pays europĂ©ens, restaient engluĂ©s dans les problĂšmes de dette et de chĂŽmage. Ă la veille du Forum Ă©conomique mondial de Davos, R. M. Schneiderman a interviewĂ© pour Newsweek le prĂ©sident de la Banque mondiale, Robert B. Zoellick, au sujet des perspectives de lâĂ©conomie mondiale.  Quel est le plus gros problĂšme auquel aient Ă faire face les pays en dĂ©veloppement en 2011 ? Le plus gros dĂ©fi, pour la majoritĂ© des pays en dĂ©veloppement, est le risque de forte poussĂ©e des prix alimentaires. Lâalimentation reprĂ©sente une part importante et de plus en plus fluctuante du budget des familles pauvres qui vivent en milieu urbain dans ces pays. Lorsque les prix des denrĂ©es de base sâenvolent, ce sont les pays Ă faible revenu et les pauvres qui en pĂątissent le plus. Le prĂ©sident français Sarkozy, qui prĂ©side cette annĂ©e le G-8 et le G-20, a qualifiĂ© Ă juste titre ce problĂšme de dossier prioritaire.  Comment le monde peut-il assurer la sĂ©curitĂ© alimentaire face Ă la montĂ©e des prix ? On fait face Ă deux problĂšmes qui sont liĂ©s entre eux. Tout dâabord, il convient dâaccroĂźtre les niveaux de productivitĂ© et de production alimentaire dans les pays en dĂ©veloppement, surtout en Afrique subsaharienne et au niveau des petits exploitants. Pour cela, il faut rĂ©gler les problĂšmes qui se posent Ă tous les niveaux de la chaĂźne de valeur : droits de propriĂ©tĂ©, effort de recherche-dĂ©veloppement en matiĂšre de semences et dâintrants, irrigation, engrais, vulgarisation agricole, crĂ©dit, infrastructures rurales, stockage, accĂšs aux marchĂ©s. Le Groupe de la Banque mondiale administre un Programme mondial pour lâagriculture et la sĂ©curitĂ© alimentaire, auquel contribuent actuellement six pays ainsi que la Fondation Bill et Melinda Gates, pour aider Ă promouvoir les investissements au niveau des petits exploitants. JâespĂšre que nous pourrons obtenir dâautres contributions en 2011. Par ailleurs, le Groupe de la Banque a entrepris de porter Ă 6 ou 8 milliards de dollars par an son effort en faveur de lâagriculture sous forme dâactivitĂ©s de prĂȘt et de projets dâinvestissement.  Le second problĂšme a trait Ă la volatilitĂ© des prix alimentaires, qui tient souvent Ă des facteurs sur lesquels les pays pauvres nâont pas de prise. Toute une conjugaison de mesures coordonnĂ©es pourrait contribuer Ă faire en sorte que les pays et populations les plus vulnĂ©rables aient accĂšs aux ressources nutritionnelles dont ils ont besoin. Il y a moyen, par exemple, dâaccroĂźtre lâinformation publique sur le niveau de qualitĂ© et de quantitĂ© des stocks de cĂ©rĂ©ales, afin de rassurer les marchĂ©s et de tempĂ©rer les flambĂ©es des prix rĂ©sultant de mouvements de panique. On peut amĂ©liorer le travail de surveillance et de prĂ©vision mĂ©tĂ©orologique Ă longue Ă©chĂ©ance, surtout en Afrique, pour mieux parer aux dangers. Et comme les mesures de restriction sur les exportations ne font quâaccroĂźtre lâeffet de panique sur les prix, il nous faut un code de conduite qui permette au moins aux achats de produits alimentaires effectuĂ©s Ă des fins humanitaires dâĂ©chapper Ă ces mesures.  On peut contribuer Ă faire une plus grande place pour les petits exploitants agricoles, dans les mesures prises pour apporter une solution au problĂšme de la sĂ©curitĂ© alimentaire, par le biais des appels dâoffres lancĂ©s par les organismes humanitaires qui achĂštent des produits agricoles, tels que le Programme alimentaire mondial. Nous avons besoin dâoutils financiers et autres pour aider les agriculteurs et les dirigeants de leurs pays Ă gĂ©rer les risques dĂ©coulant notamment des intempĂ©ries ou des prix des facteurs de production tels que lâĂ©nergie. Il nous faut peut-ĂȘtre aussi Ă©tablir de petites rĂ©serves rĂ©gionales de produits alimentaires dâordre humanitaire dans les zones faiblement dotĂ©es en infrastructures et sujettes aux catastrophes. Nous devons Ă©galement veiller Ă ce que des filets de protection sociale effectifs et ciblĂ©s soient en place, de maniĂšre Ă protĂ©ger les groupes de population les plus vulnĂ©rables, tels que les femmes enceintes ou allaitantes et les enfants de moins de 2 ans. Conclusion : il incombe aux membres du G-20 de sâentendre pour faire de lâalimentation la prioritĂ© numĂ©ro un.  Quâen est-il de lâĂ©conomie mondiale ? Pour lâĂ©conomie mondiale prise globalement, le problĂšme dâensemble consiste Ă gĂ©rer et bonifier une reprise Ă plusieurs vitesses et de niveau modeste tout en Ă©vitant toute une sĂ©rie dâĂ©cueils, ce qui veut dire : pour les grands marchĂ©s Ă©mergents, empĂȘcher une surchauffe ou des bulles dans certains secteurs ; pour lâUnion europĂ©enne, naviguer entre les icebergs constituĂ©s par les problĂšmes de dette souveraine, qui risquent dâouvrir dâĂ©normes brĂšches dans le systĂšme financier ; pour les Ătats-Unis, crĂ©er aujourdâhui des emplois tout en brisant la vague de dĂ©penses structurelles et dâaccumulation de dette ; et pour lâensemble des pays, sâengager sur la voie de rĂ©formes structurelles adaptĂ©es au besoin de chacun dans lâoptique dâune croissance renforcĂ©e et dâun rééquilibrage de lâĂ©conomie mondiale.  Quelle sera, selon vous, la plus grosse pierre dâachoppement au plan Ă©conomique cette annĂ©e, et pourquoi ? Ce sur quoi on achoppe aujourdâhui, câest sur lâextrĂȘme difficultĂ© quâil y a Ă rĂ©soudre les problĂšmes sans lĂ©ser autrui. Lâargent Ă©tant lâinstrument qui lie entre elles les Ă©conomies, les divergences se traduiront par des plaintes Ă lâencontre du systĂšme monĂ©taire international, des taux de change entre devises, des mouvements de capitaux de grande ampleur et de nature peut-ĂȘtre instable, et des politiques monĂ©taires intĂ©rieures qui risquent dâavoir des incidences au plan international.  Tout cela pourrait avoir des contrecoups dans dâautres domaines dâinteraction, par exemple sous forme de protectionnisme en matiĂšre dâĂ©changes, de favoritisme anticoncurrentiel envers les entreprises et la main-dâĆuvre locales, ou de restrictions sur les exportations de produits agricoles. Inversement, une croissance durable, assortie dâun rééquilibrage de la demande entre la production intĂ©rieure et les Ă©changes ainsi quâau niveau de pays situĂ©s Ă divers stades de redressement et de dĂ©veloppement, pourrait offrir des possibilitĂ©s de gagner sur les deux tableaux et attĂ©nuer ainsi les tensions.  Quelle a Ă©tĂ© la plus belle rĂ©ussite de lâannĂ©e 2010 sur le plan Ă©conomique, et qui semble sâorienter dans ce sens en 2011 ?  La croissance affichĂ©e par les pays en dĂ©veloppement a Ă©tĂ© un motif de satisfaction particulier. De fait, une diffĂ©rence essentielle entre cette rĂ©cession et les prĂ©cĂ©dentes est que les pays en dĂ©veloppement ont comblĂ© le vide grĂące Ă leur performance. Ils reprĂ©sentent aujourdâhui la moitiĂ© environ de la croissance mondiale. Notre monde actuel est trĂšs diffĂ©rent de celui dâil y a ne serait-ce que dix ans. On est certainement aux antipodes des crises Ă©conomiques mondiales des annĂ©es 70, 80 et 90, qui rĂ©sultaient de problĂšmes au niveau des pays en dĂ©veloppement. Aujourdâhui, ces Ă©conomies constituent un important vecteur de demande pour les exportations des pays dĂ©veloppĂ©s. Et les pays en dĂ©veloppement prĂ©sentent des opportunitĂ©s dans le contexte dâune Ă©conomie mondiale en mutation, sous forme de pĂŽles de croissance nouveaux et multiples, de possibilitĂ©s dâinvestissements et de profits, de mains-dâĆuvre mieux instruites et Ă mĂȘme dâapporter un plus en termes dâinnovation et de productivitĂ©, de talents supplĂ©mentaires pour apporter des solutions aux problĂšmes, et de moyens de rĂ©partir les responsabilitĂ©s. Cela Ă©tant, le processus dâajustement Ă un multilatĂ©ralisme moderne reprĂ©sentera un dĂ©fi continu et de tous les instants.  Faut-il sâattendre Ă des bulles dans lâun ou lâautre des grands marchĂ©s Ă©mergents ?  Le monde en dĂ©veloppement a, dans lâensemble, Ă©tĂ© un facteur de soliditĂ©, mais les principaux marchĂ©s Ă©mergents â la Chine, lâInde, le BrĂ©sil, lâAsie du Sud-Est â commencent Ă lever le pied pour Ă©viter une surchauffe ou des bulles dans certains secteurs. Dans certains pays, cet ajustement ne sera pas sans poser problĂšme, en raison des incidences de lâĂ©conomie mondiale ou de goulets dâĂ©tranglement au niveau de lâoffre intĂ©rieure. Au chapitre des Ă©lĂ©ments positifs, presque tous sont sensibilisĂ©s Ă ces dangers et ils semblent, pour la plupart, Ă mĂȘme dây faire face.  Pour lâavenir, nous devons reconnaĂźtre quâil nây a plus de « tiers monde ». Les pays en dĂ©veloppement varient Ă©normĂ©ment, et pourtant ils peuvent apprendre au contact les uns des autres, entreprendre mutuellement des investissements et des Ă©changes commerciaux et, surtout au sein de rĂ©gions donnĂ©es, renforcer leur propre intĂ©gration. La notion de « tiers monde » supposait un transfert du Nord vers le Sud ; dans notre nouveau monde multipolaire, nous sommes destinĂ©s Ă voir des transferts de biens, de capitaux et dâidĂ©es dans un axe Sud-Sud et mĂȘme Sud-Nord, en plus des Ă©changes Nord-Sud et Nord-Nord.  Cette Ă©volution multiplie les possibilitĂ©s, mais elle mettra les responsables des pays dĂ©veloppĂ©s comme ceux des pays en dĂ©veloppement au dĂ©fi de sâadapter et de façonner de nouveaux dispositifs de coopĂ©ration. Câest ce que fait dĂ©jĂ le secteur privĂ©. Et les organisations multilatĂ©rales qui, comme le Groupe de la Banque, se sont modernisĂ©es ont, elles aussi, besoin de sâadapter.  Comment peut-on rĂ©duire les tensions monĂ©taires entre les Ătats-Unis et la Chine ?  Il y aura des tensions, dans la mesure oĂč les relations monĂ©taires (y compris en termes de devises) sont un facteur principal dâintermĂ©diation dans le contexte des dĂ©formations tectoniques quâimplique le passage Ă une nouvelle Ă©conomie multipolaire, et dans le mĂȘme temps oĂč nous faisons face au grand bouleversement actuel. Mais ces problĂšmes dâordre monĂ©taire ne doivent pas dĂ©tourner lâattention des enjeux fondamentaux sous-jacents que sont le rééquilibrage de la demande mondiale et la crĂ©ation de nouvelles opportunitĂ©s pour la croissance.  Les Ătats-Unis et la Chine sont les deux plus grosses Ă©conomies mondiales ; lâune est dĂ©veloppĂ©e, lâautre en dĂ©veloppement. Bien que les Chinois doivent, Ă mon avis, revaloriser leur monnaie au fil du temps, ce changement ne sera pas une solution miracle. Ce quâil faut Ă la Chine, ce sont des changements dâordre structurel destinĂ©s Ă accroĂźtre la demande intĂ©rieure par un surcroĂźt de consommation et une baisse de lâĂ©pargne, Ă commencer par les bĂ©nĂ©fices non distribuĂ©s dâentreprises favorisĂ©es qui bĂ©nĂ©ficient de financements Ă faible coĂ»t et dâune concurrence limitĂ©e. La Chine sâorientera dans cette direction dans le cadre de son prochain Plan quinquennal (le douziĂšme), mais ce ne sera pas une mutation aisĂ©e.  Pour les Ătats-Unis, câest lâĂ©volution inverse qui se profile : ils ont besoin dâun peu plus dâĂ©pargne et dâun peu moins de consommation. Pour eux, il va donc falloir des rĂ©formes structurelles destinĂ©es Ă rĂ©duire les taux dâaugmentation des dĂ©penses et de lâendettement publics, tout en encourageant les mesures dâincitation pour la croissance et les gains de productivitĂ©, ainsi que lâinnovation et les opportunitĂ©s.  De la mĂȘme façon, dâautres pays et rĂ©gions doivent traiter les problĂšmes structurels et de renforcement de la croissance qui revĂȘtent le plus dâimportance dans leur propre contexte. Cela ne sera pas une chose aisĂ©e, surtout pour les Ă©conomies oĂč sĂ©vit le chĂŽmage, du fait des pressions qui sâexerceront sur leurs systĂšmes politiques. Cela dit, si les pays finissent par glisser dans des situations conflictuelles, au lieu de coopĂ©rer pour trouver des solutions communes mais diffĂ©renciĂ©es, les dangers risqueraient de sâaggraver.  Un retour Ă lâĂ©talon-or serait-il bĂ©nĂ©fique ?  Je pense que lâor est dĂ©jĂ considĂ©rĂ© comme un avoir monĂ©taire de rechange, en raison des perspectives alĂ©atoires que les dĂ©tenteurs dâavoirs monĂ©taires perçoivent au niveau de lâensemble des pays et des monnaies, abstraction faite de la Chine, et du fait que le renminbi ne se prĂȘte pas aux opĂ©rations de change et dâinvestissement. Pour les grandes Ă©conomies, lâantidote Ă cela consiste Ă mener des politiques durables de promotion de la croissance fondĂ©es sur des rĂ©formes structurelles, un systĂšme commercial ouvert et une gestion avisĂ©e de leur monnaie. Ce nâest pas la mĂȘme chose quâun Ă©talon-or, et je ne recommanderais pas non plus un retour Ă cet Ă©talon ou Ă lâancien systĂšme de Bretton Woods. Nous devons aller dans le sens de taux de change souples et de politiques monĂ©taires autonomes pour les principales Ă©conomies, dans le contexte dâune nouvelle Ă©conomie multipolaire. Il faut sâattendre Ă ce que cette Ă©conomie mondiale Ă©volue elle-mĂȘme dans le sens dâune multiplicitĂ© de monnaies de rĂ©serve, le dollar des Ătats-Unis continuant dâoccuper une place dominante mais pas exclusive. Ce systĂšme aura besoin de rĂšgles de conduite sur le plan monĂ©taire et, plus largement, Ă©conomique, avec le FMI pour « arbitre » ; quant Ă lâor, il pourrait ĂȘtre un outil non pas opĂ©rationnel mais informationnel permettant de jauger le degrĂ© de confiance des marchĂ©s Ă lâĂ©gard des politiques monĂ©taires et de croissance sous-jacentes.  Comment les Ătats-Unis peuvent-ils concilier le retour Ă la croissance avec un chĂŽmage persistant ?  La demande de produits et de services amĂ©ricains, quâelle provienne de lâintĂ©rieur ou de lâĂ©tranger, nâa pas Ă©tĂ© assez forte pour crĂ©er suffisamment dâemplois nouveaux. Mais Ă ce stade du processus de redressement, si de fortes hausses de la demande devaient intervenir sous forme dâun net essor des dĂ©penses et de lâendettement publics, les entreprises privĂ©es et les particuliers pourraient se montrer plus prudents par crainte des Ă©normes coĂ»ts qui en rĂ©sulteraient pour lâavenir.  Pour les Ătats-Unis, il sâagit donc dâopĂ©rer soigneusement un « passage du tĂ©moin » dans le sens dâune demande tirĂ©e par le secteur privĂ©. Beaucoup de grandes entreprises amĂ©ricaines sont rentables et productives, et disposent de liquiditĂ©s. Moyennant lâapplication de politiques appropriĂ©es en matiĂšre de dĂ©penses publiques, de fiscalitĂ©, de rĂ©glementation, dâĂ©changes commerciaux et de croissance structurelle Ă long terme, on verra ces entreprises investir, crĂ©er plus dâemplois au sein du secteur privĂ© et renforcer la position compĂ©titive de lâAmĂ©rique. Ces mĂȘmes politiques viendraient en aide aux petites entreprises, qui ont moins de marge de manĆuvre et plus de mal Ă obtenir des crĂ©dits. Dans le mĂȘme temps oĂč ils sâorientent vers une reprise faisant une plus grande place Ă lâĂ©lĂ©ment « demande », les Ătats-Unis doivent promouvoir les incitations et les processus dâinnovation, dâĂ©ducation et dâinvestissement voulus pour renforcer leur profil de croissance Ă moyen et long terme.  En lâabsence de vĂ©ritable accord mondial sur le climat, quel rĂŽle la Banque mondiale peut-elle jouer pour la rĂ©duction des Ă©missions ?  Ce serait une grosse erreur dâattendre que 195 pays concluent un Ă©norme nouveau traitĂ© en matiĂšre de changement climatique. AprĂšs le Sommet de Copenhague, en 2009, le Groupe de la Banque mondiale a travaillĂ© aux cĂŽtĂ©s de pays comme le Mexique pour faire progresser les Ă©lĂ©ments clĂ©s dâune rĂ©ponse au changement climatique. Cela englobait des aspects tels que la rĂ©duction des Ă©missions rĂ©sultant du dĂ©boisement et de la dĂ©gradation des forĂȘts, lâutilisation rationnelle de lâĂ©nergie, les Ă©nergies de substitution, le dĂ©veloppement des technologies, le dĂ©veloppement du marchĂ© du carbone, les crĂ©dits dâĂ©mission, les mesures dâadaptation, ainsi que des instruments encore relativement inexploitĂ©s tels que le piĂ©geage du carbone dans le sol grĂące Ă de meilleures pratiques agricoles.  On peut faire des progrĂšs et tirer des enseignements sur le terrain dans le mĂȘme temps oĂč dâautres nĂ©gocient des textes. On peut amener plus de pays â en dĂ©veloppement et dĂ©veloppĂ©s â Ă soutenir un processus de rĂ©ponse aux gaz Ă effet de serre en mettant des concepts en pratique. Nous pouvons aussi fournir un appui aux Ătats de plus petite taille et ayant de moindres pouvoirs (comme par exemple les petits Ătats insulaires, les pays montagneux pauvres et ceux dâAfrique subsaharienne), qui se sentent autrement ignorĂ©s, ce qui peut tenter certains de faire obstacle Ă des nĂ©gociations qui, selon eux, ne prennent pas leurs intĂ©rĂȘts en compte. Nous pouvons utiliser nos nouveaux Fonds dâinvestissement climatiques pour mobiliser dâautres sources de financement publiques et privĂ©es par effet de levier (nous levons en effet 8 dollars environ pour chaque dollar que nous investissons), afin dâaider les pays en dĂ©veloppement Ă Ă©voluer dans le sens dâun mode de croissance Ă faible intensitĂ© de carbone et dâune adaptation au changement climatique par le biais de projets concrets. On peut essayer ainsi de faire en sorte que le parfait ne soit pas lâennemi du bien.  Quelle importance ont les villes dans le dĂ©bat sur le changement climatique ?  Les villes sont des acteurs de poids pour tout ce qui touche au changement climatique, et dâimportants choix de politiques se posent Ă elles. Selon un rĂ©cent rapport de la Banque mondiale, jusquâĂ 80 % des Ă©missions de gaz Ă effet de serre dans le monde sont Ă mettre au compte des habitants des villes, mais ceux-ci doivent dans le mĂȘme temps faire face Ă des impacts significatifs du fait du changement climatique, par exemple en supportant la majoritĂ© des coĂ»ts, de lâordre de 80 à 100 milliards de dollars par an, associĂ©s au processus dâadaptation.  Beaucoup de grandes villes, telles que New York, Mexico, Amman ou Sao Paulo, nâattendent pas quâun vaste accord soit conclu au plan mondial sur le climat. Elles agissent dĂ©jĂ en matiĂšre de changement climatique par des mesures dâattĂ©nuation et dâadaptation dans le contexte de leurs prestations de services urbains de base et de leur effort de lutte contre la pauvretĂ© au moyen dâinitiatives locales.  Les villes sont dans une situation unique pour lutter contre le changement climatique en ce sens quâelles sont Ă lâĂ©chelle optimale pour agir : assez grandes pour mener des activitĂ©s pilotes significatives et lancer des programmes de « premiĂšre rĂ©ponse », et malgrĂ© tout suffisamment proches des communautĂ©s.  Il sâagit pour elles de tirer des idĂ©es au contact les unes des autres, dâobtenir lâappui du pouvoir central dans leur pays, et de tirer parti de partenaires Ă©trangers. Pour sa part, le Groupe de la Banque fournit une aide ciblĂ©e dans des zones mĂ©tropolitaines comme Mexico, le Caire et Bangkok, et il a par ailleurs commencĂ© Ă rĂ©aliser des Ă©tudes de vulnĂ©rabilitĂ© dĂ©taillĂ©es pour plusieurs villes cĂŽtiĂšres. En collaboration avec le Programme des Nations Unies pour lâenvironnement et ONU-Habitat, il a aussi conçu un programme de travail conjoint destinĂ© Ă apporter une aide plus rapide et plus coordonnĂ©e aux villes.  Quâattendez-vous de la rĂ©union de Davos ?  Je mâattends Ă ce que les participants discutent de la reprise mondiale et de ses risques, des prix alimentaires et de la sĂ©curitĂ© alimentaire, des problĂšmes monĂ©taires internationaux, des possibilitĂ©s dâouverture des marchĂ©s aux Ă©changes, du dossier paritĂ© hommes-femmes et dĂ©veloppement, de lâaide aux Ătats sortant dâun conflit ou victimes de catastrophes, et des Ă©tapes Ă venir de la lutte contre le changement climatique. JâespĂšre quâils porteront leur regard « au-delĂ de lâhorizon », afin dâessayer dâanticiper les autres dossiers dont les responsables politiques et Ă©conomiques devraient traiter.  Davos est un forum qui sert Ă gĂ©nĂ©rer des idĂ©es et Ă en discuter. Les actions elles-mĂȘmes devront venir du G-20, des organisations internationales, dâautres instances, ainsi que des organismes du secteur privĂ© et des particuliers qui peuvent aider Ă rĂ©soudre les problĂšmes. Les graines dâidĂ©es qui sont plantĂ©es Ă Davos peuvent, aprĂšs avoir fructifiĂ©, ĂȘtre rĂ©coltĂ©es ailleurs.  Quels sont les pays destinĂ©s, selon vous, Ă ĂȘtre les grandes Ă©conomies Ă©mergentes de demain ?  Je pense que toutes les rĂ©gions en dĂ©veloppement prĂ©sentent des possibilitĂ©s Ă cet Ă©gard. Ă lâappui de cet argument, jâajouterai que lâAfrique peut, Ă mon avis, ĂȘtre un pĂŽle de croissance mondial dans les annĂ©es qui viennent. Les pays dâAfrique subsaharienne ont dĂ©jĂ connu une croissance supĂ©rieure Ă la tendance mondiale en 2010, avec un PIB en progression de 4,7 %, contre 3,9 % pour le PIB mondial. Et pour lâannĂ©e qui vient, la croissance en Afrique subsaharienne doit ĂȘtre de lâordre de 5-6 %, selon les projections.  LâAfrique est un continent qui prĂ©sente une grande diversitĂ©, et il est donc difficile de gĂ©nĂ©raliser, mais nous avons en gros trois groupes qui sont Ă prĂ©sent en jeu. Tout dâabord, un tiers environ de la population connaĂźt une bonne croissance. Pour ces habitants, les enjeux du moment sont lâaccĂšs Ă lâĂ©nergie, davantage dâinvestissements en infrastructure et en agriculture, une plus grande intĂ©gration rĂ©gionale en rapport avec les marchĂ©s mondiaux, et un renforcement du secteur privĂ©. Un autre tiers de la population vit dans des pays riches en ressources Ă©nergĂ©tiques. Pour ces pays, il sâagit dâinstituer une meilleure gouvernance, des mesures de lutte contre la corruption et des politiques de croissance solidaires, tout en Ă©vitant de tomber dans le piĂšge des Ă©conomies enclavĂ©es. Enfin, un dernier tiers vit dans des pays paralysĂ©s par un conflit. Ce dont ces gens ont besoin, câest dâun surcroĂźt de sĂ©curitĂ©, dâune meilleure gouvernance, et dâun appui Ă plus long terme pour favoriser une situation de paix et contribuer Ă rĂ©tablir un processus de dĂ©veloppement stable.  Avant la crise, les Ă©conomies africaines ont connu durant une dizaine dâannĂ©es une croissance de 5 % par an, qui est passĂ©e Ă plus de 6 % les trois derniĂšres annĂ©es. La pauvretĂ© y Ă©tait en recul dâenviron un point de pourcentage par an, soit un rythme supĂ©rieur Ă celui de lâInde. Avant la crise, les taux de scolarisation primaire y progressaient plus vite que partout ailleurs. Et en quatre annĂ©es seulement, les taux de mortalitĂ© infantile ont diminuĂ© de 25 % dans environ 13 pays.  Bien entendu, il y a un revers Ă ce tableau : les 400 millions dâAfricains ou presque qui ont seulement 1,25 dollar par jour pour subsister, ou lâĂ©norme dĂ©ficit dâinfrastructure qui fait quâun habitant sur quatre seulement a accĂšs Ă lâĂ©lectricitĂ©, et encore moins pour ce qui est de lâeau potable et de lâassainissement. Et il y a dâautres problĂšmes dâordre politique et en matiĂšre de sĂ©curitĂ©, comme par exemple la crise qui a rĂ©cemment Ă©clatĂ© en CĂŽte dâIvoire.  Moyennant les politiques appropriĂ©es et une bonne gouvernance, un appui pour son infrastructure et le renforcement de ses compĂ©tences, lâAfrique peut attirer lâinvestissement, ce qui sera au bĂ©nĂ©fice de tous. GrĂące Ă un ensemble de politiques judicieuses, le secteur privĂ© a investi plus de 56 milliards de dollars dans les rĂ©seaux de tĂ©lĂ©phone mobile sur le continent africain, ce qui a portĂ© le nombre dâabonnĂ©s dans la rĂ©gion de 4 millions Ă plus de 400 millions.  |