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Renforcer la sécurité alimentaire face au changement climatique

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  • La production agricole devra augmenter de 70 % d'ici 2050 pour pouvoir nourrir une population mondiale de 9 milliards d'individus.
  • Dans les 40 prochaines années, l'urbanisation, la désertification, l'élévation du niveau de la mer et la salinisation croissante de l'eau vont réduire les superficies agricoles.
  • Le Bangladesh et le Kenya font œuvre de pionniers, qui développent des pratiques agricoles intelligentes face à l'adversité des aléas climatiques.

Le 15 mars 2011 –En novembre 2007, le puissant cyclone Sidr faisait des milliers de victimes au Bangladesh, réduisant à néant une partie de la récolte de riz du pays. Un an après, le Bangladesh devenait le premier pays à mettre au point une stratégie de lutte contre le changement climatique de plusieurs milliards de dollars. L'objectif : doper la production agricole et améliorer la sécurité alimentaire afin d'anticiper une dégradation des conditions météorologiques.

« S'il est un pays sensibilisé et mobilisé, c'est bien le Bangladesh », affirme Maria Sarraf, économiste senior pour les questions d'environnement à la Région Asie de la Banque mondiale. « Alors que d'autres pays se projettent dans une situation de changement climatique, le Bangladesh en subit déjà les conséquences ».

À l'instar du Bangladesh, l'économie de la majorité des pays en développement repose sur l'agriculture. Soixante-quinze pour cent des pauvres dans le monde sont des ruraux et la plupart dépendent de l'agriculture pour vivre. Dans ces conditions, la croissance économique sera deux à quatre fois plus efficace pour lutter contre la pauvreté si elle est basée sur l'agriculture. Or, alors que depuis plusieurs décennies les investissements dans l'agriculture et le développement rural sont insuffisants, la satisfaction des besoins futurs en exige encore beaucoup plus.

Selon les experts, la production agricole devra augmenter de 70 % d'ici 2050 si l'on veut nourrir une population mondiale de 9 milliards d'individus. Quant aux modèles climatiques, ils prédisent une situation nettement plus incertaine dans les décennies à venir. Une nouvelle étude du projet Foresight consacrée à l'avenir de l'alimentation et de l'agriculture (L'avenir de l'alimentation et de l'agriculture - pdf (a)) met en garde contre les risques de disparition des terres agricoles, à l'horizon de 40 ans, sous l'effet de l'urbanisation, de la désertification, de l'élévation du niveau de la mer et de la salinisation croissante de l'eau – un phénomène auquel peu de cultures peuvent s'adapter. Selon ce rapport, les événements climatiques extrêmes risquent également de s'aggraver et de se multiplier, renforçant la volatilité de la production et des prix alimentaires.

Quand les intempéries provoquent une flambée des prix alimentaires

Ce sont des conditions climatiques défavorables qui ont contribué à la crise alimentaire de 2008 tandis que les sécheresses, les précipitations excessives et les inondations ont affecté les récoltes des grands producteurs céréaliers et alimenté une augmentation des prix tout au long de l'année 2010. L'indice des prix alimentaires de la Banque mondiale a augmenté de pratiquement 30 % l'année dernière et, selon le Food Price Watch, cette flambée des prix aurait plongé près de 44 millions de personnes dans l'extrême pauvreté.

« Près d'un milliard de gens se couchent avec la faim au ventre », rappelle la directrice générale de la Banque mondiale, Mme Ngozi Okonjo-Iweala. « Nous devons agir ensemble pour relancer la production et la productivité agricoles mais aussi pour améliorer les réseaux de distribution, afin d'assurer la sécurité alimentaire et permettre aux populations de se procurer la nourriture nécessaire ».

S'ils n'en sont pas forcément le signe, les derniers chocs météorologiques ressemblent bien aux effets attendus du changement climatique. Aux yeux de l'envoyé spécial de la Banque mondiale pour le changement climatique, Andrew Steer, cette évolution a d'importantes implications pour la sécurité alimentaire future.

Selon le rapport Foresight, le changement climatique devrait avoir des répercussions sur la croissance des cultures, le bétail, l'eau, la pêche, les rendements de l'aquaculture et les « services écosystemiques », comme la régulation hydrologique, la rétention des sols et la pollinisation. Près de 24 % des 11,5 milliards d'hectares de terres végétalisées, indique le rapport, subissent déjà une dégradation provoquée par l'homme, notamment à travers l'érosion.

Parallèlement, l'agriculture et la déforestation qu'elle entraîne pourraient être responsables de 20 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Andrew Steer estime pourtant que le recours généralisé à des techniques agricoles « intelligentes face au climat » (comme le labour minimum) pourrait permettre aux sols d'absorber 13 % des GES par an. Ces techniques contribueraient aussi à augmenter la productivité et les revenus des agriculteurs et rendraient l'agriculture plus résistante face au changement climatique – entraînant un triple dividende, pour l'agriculture, pour l'environnement et pour la sécurité alimentaire. « L'idée est de transformer l'agriculture pour qu'elle fasse partie de la solution », souligne l'envoyé spécial.

Avec d'autres, il plaide pour que l'agriculture – et la sécurité alimentaire – soient au cœur des discussions internationales sur le changement climatique. « Nous ne pouvons pas lutter contre le changement climatique sans nous intéresser aux émissions de l'agriculture. Trop longtemps, nous avons eu tendance à considérer séparément les défis du changement climatique, de la sécurité alimentaire et de la pauvreté », poursuit-il. « Dans l'état actuel des choses, c'est une erreur, et surtout une occasion manquée ».

Des agriculteurs kenyans ouvrent la voie

Dans l'ouest du Kenya, en Afrique, près de 60 000 fermiers cultivant 45 000 hectares de terres sont à la pointe du combat visant à démontrer les bienfaits de pratiques agricoles intelligentes pour se prémunir des aléas climatiques. Dans le cadre d'un projet pilote soutenu par le Fonds biocarbone, une initiative public/privé gérée par la Banque mondiale, ils appliquent des techniques de gestion durable des terres pour enrichir les sols dégradés. S'ils parviennent à fixer le CO2 comme prévu, tous seront rémunérés à travers un mécanisme de financement carbone. Sans oublier, comme le souligne M. Steer, les gains de productivité, non négligeables, face au changement climatique. « Ces fermiers voulaient produire davantage tout en consolidant leurs rendements. Ces ressources ont agi comme facteur déclenchant ».

Patrick Verkooijen, spécialiste des partenariats pour l'agriculture et le changement climatique à la Banque mondiale, indique que le projet pilote permet aussi d'apprendre à mieux surveiller, rendre compte et vérifier la fixation du carbone dans le sol tout en appliquant une approche d'autoévaluation peu coûteuse dans laquelle des tierces parties indépendantes contrôlent l'adéquation des pratiques agricoles améliorées. La prochaine étape consistera à « continuer de tirer les leçons de ces expériences, mais aussi à adapter et mettre en œuvre ces approches dans d'autres pays et à combiner différentes sources de financement ».

Bangladesh : un projet ambitieux

D'une manière générale, l'intensification durable de la production agricole, l'agroforesterie, l'optimisation des informations météorologiques et de la gestion de l'eau ainsi qu'un meilleur aménagement du territoire font partie des approches prometteuses en matière de sécurité alimentaire.

Le Bangladesh ne pouvait pas attendre que les pays du monde parviennent à signer un accord sur le changement climatique. Il a donc créé en 2009 un fonds fiduciaire pour financer les activités d'adaptation au climat. Cette initiative a pris un nouvel élan en 2010, avec la création par plusieurs bailleurs de fonds du Bangladesh Climate Change Resilience Fund en soutien à une stratégie nationale de lutte contre le changement climatique.

La même année, le Bangladesh faisait partie des trois premiers pays au monde à bénéficier d'un financement du programme pilote de protection contre les chocs climatiques (a), obtenant 50 millions de dollars de dons et 60 millions de dollars de prêts concessionnels. Ce programme est l'un des deux Fonds d'investissement climatiques (a) qui acheminent des ressources à travers les banques multilatérales de développement pour aider les pays en développement à prendre des mesures pilotes pour se protéger contre le changement climatique.

La Banque mondiale s'est engagée dans un ambitieux programme pour le changement climatique et l'environnement (plus d'un milliard de dollars de prêts concessionnels) dans le cadre de sa stratégie d'assistance au Bangladesh pour les quatre prochaines années. Une grande partie de ces fonds ira au développement d'une agriculture plus résiliente. Mais il faudra investir bien davantage, prévient Maria Sarraf.

Avant même le lancement du programme officiel, le Bangladesh était à la pointe des prévisions météorologiques et de l'anticipation des situations d'urgence. Aujourd'hui, il fait profiter d'autres pays en développement de ses connaissances.

Chaque inondation ou cyclone majeur emportant au bas mot un million de tonnes de riz, il est vital d'améliorer les pratiques agricoles et de promouvoir la recherche pour accroître les rendements, souligne le spécialiste principal des ressources en eau à la Banque mondiale, Winston Yu, également auteur d'un rapport sur le changement climatique et la sécurité alimentaire au Bangladesh (Risques du changement climatique et sécurité alimentaire au Bangladesh (a)).

On a une idée de ce que l'on peut faire. Les centres de recherche du gouvernement bangladeshi obtiennent un rendement de six à 7 tonnes de riz par hectare, contre une à deux tonnes dans une exploitation classique. « Le contraste entre les rendements théoriques possibles et les rendements réels sur le terrain est saisissant », souligne M. Yu. D'autant qu'une autre technique semble prometteuse : des potagers flottants qui peuvent donc s'adapter au niveau des crues et que l'on commence à tester dans certains endroits du pays.

« Nous savons que ces systèmes fonctionnent sous certaines conditions, nous en connaissons le prix. Il s'agit donc simplement de trouver les ressources pour les généraliser », conclut M. Yu.

(a) indique une page en anglais.

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