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Conflits violents et insécurité : le Rapport sur le développement dans le monde 2011 analyse les risques et préconise des axes d’intervention

  • Environ 1,5 milliard d’êtres humains vivent dans des pays en proie à la violence et à l’insécurité.
  • Pour briser les cycles de violence, il faut renforcer la gouvernance et la légitimité des institutions nationales de manière à assurer la sécurité des citoyens, la justice et l’emploi.
  • Le Rapport propose des solutions adaptées aux pays touchés par un conflit.

Le 10 avril 2011 – Dans les semaines qui ont suivi l’immolation par le feu du jeune Mohamed Bouazizi sur un marché en Tunisie, une vague de protestation a déferlé sur le monde arabe, avec des retentissements bien au-delà. Cet acte aura marqué le signal de la révolte pour des millions de personnes exaspérées par le sentiment que leurs droits sont bafoués, leur dignité foulée aux pieds et leurs perspectives d’emploi désespérément bouchées.

Si ces événements régionaux continuent de faire la une de l’actualité, ils s’inscrivent dans un scénario plus large qui concerne le quotidien de plus de 1,5 milliard d’individus vivant dans des pays en proie à des violences politiques ou criminelles – des pays en développement d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie à certains pays à revenu élevé.

Le Rapport sur le développement dans le monde 2011 : Conflits, sécurité et développement souligne l’impact dévastateur des situations de conflit persistant sur les perspectives de développement d’un pays ou d’une région, notant que les habitants vivant dans des zones touchées par un conflit ont deux fois plus de risques que les autres de connaître la pauvreté. Aucun pays fragile à faible revenu n’a encore atteint un seul des objectifs de développement pour le Millénaire et, dans les pays en conflit, les taux de pauvreté sont supérieurs de plus de 20 points à ceux des autres pays.

« Les enfants vivant dans des États fragiles courent un risque deux fois plus élevé de souffrir de sous-alimentation et trois fois plus élevé de ne pas être scolarisés. Les violences qui sévissent dans une région peuvent en outre se propager ailleurs dans le monde, assombrissant les perspectives de développement d’autres populations et compromettant les perspectives économiques de régions tout entières », relève le président de la Banque mondiale Robert B. Zoellick.

Le siècle dernier a été marqué par les conflits interétatiques et les guerres civiles. Aujourd’hui, on assiste davantage à des flambées de violence associées à des conflits locaux, à la répression politique et au crime organisé. Ces formes de violence s’entremêlent et finissent par muter, exposant les sociétés à des cycles répétés de violence.

Des institutions légitimes, qui apportent sécurité, justice et emplois aux citoyens, agissent comme un système de défense immunitaire contre les risques de violence

Des tensions de diverse nature, au niveau intérieur et international, alimentent les violences organisées en ce début du XXIe ce siècle : chômage des jeunes, chocs économiques et pertes brutales de revenu, divisions interethniques, religieuses ou sociales, inégalités ou encore infiltration de réseaux criminels organisés et de trafiquants. Selon les enquêtes effectuées auprès des citoyens aux fins du rapport, le chômage est, de très loin, le premier facteur qui pousse les individus à rejoindre des bandes organisées ou des mouvements rebelles.

Mais ces tensions ne font pas basculer tous les pays dans la violence. S’appuyant sur des données originales, le WDR montre que les pays dépourvus d’institutions légitimes, notamment ceux où la corruption et les violations les droits de l’homme atteignent des niveaux élevés, sont moins à même de contenir ces pressions. Des institutions légitimes agissent comme un système immunitaire qui protège les sociétés contre les risques d’une violence généralisée.

« Pour rompre l’enchaînement des cycles de violence et réduire les stress qui les engendrent, les pays doivent mettre en place des institutions nationales plus légitimes, responsables et compétentes qui assurent la sécurité des citoyens, la justice et l’emploi », rappelle M. Zoellick.

Les enseignements des pays qui ont réussi à conjurer les risques de violence

Le WDR tire les enseignements de l’expérience de pays – dans l’ensemble des catégories de revenu, faible intermédiaire et élevé – qui ont su opérer des transitions réussies et sont parvenus à sortir de la violence. Dans des situations caractérisées par la fragilité, il est indispensable de déployer des efforts délibérés en vue de rétablir la confiance entre les citoyens et l’État. Cela nécessite la mise en place de coalitions politiques suffisamment « inclusives » pour susciter, à l’échelle nationale, un vaste appui en faveur du changement et signaler une volonté réelle de rompre avec le passé – grâce à des résultats et des mesures rapides et crédibles qui ancrent de manière convaincante l’engagement à faire changer les choses.

« L’équipe du WDR a examiné l’expérience des pays et des dirigeants nationaux qui ont réussi à sortir de situations caractérisées par des cycles de violence répétés : c’est là la contribution fondamentale du rapport », souligne Nigel Roberts, codirecteur du WDR.

Si des actions rapides pour restaurer la confiance sont indispensables, le WDR montre aussi que, pour évoluer, les institutions ont besoin de temps. Les pays qui ont été à la pointe des réformes au XXe siècle ont mis une génération à transformer des institutions nationales précaires ou illégitimes en structures capables de résister à la violence et à l’instabilité. Les sociétés qui ont réussi à sortir de la violence sont passées par une série de transitions et non par un moment décisif qui pouvait déboucher sur « tout ou rien ».

À l’intention des réformateurs nationaux, le WDR préconise le recours à un certain nombre d’instruments qui, dans les pays ayant mené à bien leur transition, ont permis de rétablir la confiance entre les citoyens et l’État. Ceux-ci comprennent des mesures en faveur de la transparence, des allocations budgétaires spéciales en faveur des groupes défavorisés, la nomination de nouveaux responsables et l’élimination de lois discriminatoires ainsi que la prise d’engagements crédibles sur la base de calendriers réalistes pour les réformes à plus long terme. Le rapport présente aussi des programmes concrets à mener au plan national pour associer le renforcement rapide de la confiance à des transformations institutionnelles à plus longue échéance – au niveau de la création d’emplois, de la sécurité et de la réforme de la justice, de l’autonomisation des communautés, de la participation des femmes et de la lutte contre la corruption.

Adapter l’aide internationale

Les auteurs du rapport appellent à un changement de perspective de la part de la communauté internationale qui privilégie, contre l’attention excessive accordée aujourd’hui aux actions de reconstruction post-conflit à court terme, les efforts durables de réduction des risques dans tout type de situations et de contextes. Les recommandations s’inspirent des contributions de nombreuses autres organisations.

« Ce rapport s’appuie sur les analyses de chercheurs et l’expérience de décideurs de la communauté du développement, du système des Nations Unies et d’institutions régionales du monde entier. Leurs contributions ont, ensemble, produit une somme d’informations extraordinaire sur les aspects politiques, sécuritaires et économiques de la réduction des conflits », indique Nigel Roberts.

Le rapport préconise d’intensifier l’aide internationale dans les domaines suivants :

  • fournir un appui plus important et plus intégré pour assurer la sécurité des citoyens, la justice et l’emploi ;

  • réformer les systèmes internes des organismes d’aide afin de permettre des interventions rapides en vue de rétablir la confiance et promouvoir le renforcement des institutions à long terme ;

  • intervenir au plan régional et mondial pour atténuer les facteurs de stress extérieurs tels que l’impact sur les États fragiles de la corruption internationale, des activités des trafiquants et de l’insécurité alimentaire ;

  • forger un nouveau consensus international sur les normes d’un leadership responsable et encourager le partage de connaissances fondées sur l’expérience des pays à revenu intermédiaire.

« Les dirigeants nationaux et mondiaux doivent avoir de meilleures solutions pour répondre aux revendications des populations en matière d’emploi et de justice, de l’Afrique du Nord à la Côte d’Ivoire en passant par Haïti. Le système international doit réorienter son assistance sur la sécurité des citoyens, la justice et l’emploi dans les contextes les plus fragiles. Il faudra pour cela réformer les procédures des organismes internationaux, assurer une réponse au niveau régional et renouveler les efforts de coopération entre les pays à faible revenu, à revenu intermédiaire et à revenu élevé », conclut Sarah Cliffe, représentante spéciale et codirectrice du WDR.


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