Devenu pays à revenu intermédiaire, le Ghana ajuste son économie pour aller de l’avant

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  • Le Ghana, qui s’apprête à entrer dans le rang des pays à revenu intermédiaire, fait face à de nombreux défis, dont un développement inégal entre nord et sud
  • Les autorités ont entamé des consultations afin de s’assurer que la manne pétrolière profite durablement à tous les Ghanéens   
  • La Banque mondiale appuie l’action gouvernementale dans divers domaines : gestion pétrolière et gazière, décentralisation, agro-industrie

WASHINGTON, le 18 juillet 2011 — Le lancement de la production pétrolière au Ghana a conduit les analystes à réviser à la hausse les prévisions de croissance, laissant présager des progrès plus rapides dans la lutte contre la pauvreté. Le 1er juillet 2011, le Ghana a rejoint le rang des pays à revenu intermédiaire.

Selon les Perspectives économiques mondiales de la Banque mondiale, le produit intérieur brut (PIB) du Ghana devrait augmenter de 13,4 % en 2011, soit l’expansion la plus forte en Afrique subsaharienne.

Mais la manne pétrolière profitera-t-elle durablement à tous les Ghanéens ? Les dirigeants du pays redoutent en effet d’être victimes du « syndrome hollandais ». Il s’agit de l’anomalie selon laquelle un pays pourtant riche en ressources naturelles affiche une croissance trop tributaire de ces ressources, aux dépens d’autres secteurs productifs.

Afin d’éviter cet écueil et optimiser son plan de développement, le Ghana s’est lancé dans une série de consultations auprès d’experts locaux et étrangers. C’est dans cette optique que le vice-président John Dramani Mahama, accompagné de plusieurs hauts dignitaires ghanéens,  a rencontré mi-juin à Washington  la vice-présidente de la Banque mondiale pour la Région Afrique, Mme Obiageli Ezekwesili. À ses côtés étaient aussi présents les responsables des départements compétents de la Banque. Cette réunion a mis en évidence les domaines à fort potentiel et alerté sur les problèmes les plus urgents auxquels le Ghana doit faire face.

La course en avant des dépenses

Il faut d’abord maîtriser les dépenses publiques. Les rivalités politiques ont traditionnellement favorisé des déficits budgétaires substantiels, même si le gouvernement actuel tente de rembourser les arriérés intérieurs accumulés au fil des ans. Dans la perspective de la présidentielle de 2012, dont l’enjeu est essentiel, la situation risque d’empirer : anticipant les recettes pétrolières, les différentes bases électorales pourraient réclamer un relèvement des dépenses publiques.

« Notre priorité est la stabilité budgétaire et macroéconomique du Ghana », a indiqué Mme Ezekwesili. Le Ghana devenant un pays à revenu intermédiaire, Mme Ezekwesili recommande à ses dirigeants de réorienter les institutions en charge des services publics en tenant compte de la hausse du revenu des ménages et de la diminution de l’aide étrangère. Le pays devra ainsi soulager ses finances publiques en se fixant des priorités, en privilégiant les partenariats public-privé pour le financement de grands projets (transport, énergie et eau) et en améliorant son administration fiscale.

Parmi les diverses propositions suggérées, dont M. Dramani Mahama a pris acte, figure notamment l’adoption éventuelle d’une loi sur l’équilibre budgétaire. Si elle était adoptée, une telle loi servirait de cadre directeur pour les dépenses publiques. Elle renforcerait les réformes envisagées par la création de la Ghana Revenue Authority, agence qui a pour rôle de rendre plus efficace la collecte des recettes publiques.

Des progrès inégaux d’une région à l’autre

Il est également urgent de résorber les écarts de croissance et de développement qui se creusent entre les différentes régions du pays. Grâce à sa croissance vigoureuse sur les deux dernières décennies, le Ghana est l’un des rares pays d’Afrique ayant une bonne chance d’atteindre l’objectif de développement pour le Millénaire n° 1, qui consiste à réduire de moitié la pauvreté d’ici 2015. Mais, à ce jour, les progrès se concentrent principalement dans la moitié sud du pays, où est située la capitale, Accra.

Selon une étude rendue publique par la Banque mondiale en mars dernier, entre 1992 et 2006, 2,5 millions de Ghanéens sont sortis de la pauvreté dans le sud du pays, pendant que, dans le nord, le nombre de pauvres augmentait de près d’un million.

Conscientes de ce problème, plusieurs administrations favorisent l’inclusion économique sur plusieurs fronts, avec un succès variable : cantines scolaires, subventions à la consommation et à l’agriculture ou programme de transferts sociaux en espèces versés au quintile le plus pauvre de la population (Livelihood Empowerment Against Poverty, ou LEAP). Cependant, malgré des avancées, ces mesures pâtissent du manque de ciblage géographique. En 2009 le gouvernement ghanéen a mis sur pied un mécanisme multisectoriel de ciblage dont le but est d’améliorer la coordination et de rationnaliser les dépenses. Il y a donc lieu d’espérer que les investissements en matière de protection sociale auront un impact maximal, vu que ce mécanisme rassemble les ressources de cinq ministères.

Entretenir la dynamique agricole

Comme dans d’autres pays africains, le démarrage de la production de pétrole risque aussi de dégrader la compétitivité de l’agriculture, même si c’est ce secteur qui continue de faire vivre la plupart des Ghanéens, surtout les plus pauvres.

S’y ajoute la menace du changement climatique, qui se manifeste déjà par de graves sécheresses et inondations, particulièrement dans le nord du pays. De gros investissements dans l’expansion de l’agriculture (commercialisation et adoption de technologies modernes) pourraient offrir des opportunités d’emplois aux pauvres et lutter contre un environnement naturel de plus en plus hostile.

Une destination privilégiée pour l’investissement

Fort heureusement, les Ghanéens eux-mêmes agissent déjà pour placer leur pays sur la bonne voie, avec tout d’abord un cadre favorisant l’investissement et la croissance économique. Depuis plusieurs années, le Ghana ne cesse de réformer, comme l’illustre le classement Doing Business. L’an dernier, il a gagné dix places, se hissant au cinquième rang des pays réformateurs en Afrique subsaharienne et au premier rang en Afrique de l’Ouest. Signe de la confiance des investisseurs, ses récentes émissions obligataires ont toutes été sursouscrites.

Le Ghana est aussi l’un des rares pays d’Afrique déclarés « conformes » à l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives, ce qui signifie concrètement que sa population a désormais accès aux informations relatives aux recettes minières. En outre, le pays envisage de se doter d’une loi sur la liberté de l’information, qui pourrait porter à un niveau sans précédent la transparence et la responsabilité des pouvoirs publics à l’égard des citoyens.

Alors qu’il se prépare à ces mutations, le Ghana peut compter sur le soutien renouvelé de la Banque mondiale, a affirmé Mme Ezekwesili. « Nous souhaitons que le Ghana puisse mettre pleinement à profit l’ensemble des options que nous offrons, c’est-à-dire non seulement les financements, mais aussi, et en premier lieu, les partenariats, les connaissances et l’expertise. Pour une économie à revenu intermédiaire, la matière grise importe autant que l’infrastructure physique, sinon plus », a-t-elle souligné.

Le portefeuille actuel des activités de la Banque mondiale au Ghana, qui s’aligne sur la vision définie par le pays lui-même, comporte une vingtaine de projets dans divers secteurs : appui technique à la gestion pétrolière et gazière, renforcement du modèle de décentralisation afin d’aider les municipalités à améliorer les services publics, formation technique et professionnelle, et commercialisation des produits agricoles.