Robert B. Zoellick PrĂ©sident Groupe de la Banque mondiale George Washington University 14 septembre 2011  I          Introduction : un point dâinflexion majeur  Dans un village des montagnes de la province chinoise de Guizhou â un village comme il en existe aussi en Afrique, en AmĂ©rique centrale ou en Inde â les habitants se rĂ©unissent pour parler de lâavenir. Ils ne veulent pas la charitĂ©, ils ne veulent pas quâon leur impose de nouvelles politiques, ils ne veulent certainement pas Ă©couter les discours de dignitaires de passage. Ils veulent une opportunitĂ©. Ils sont prĂȘts Ă tourner la page. Le somme-nous ?  Deux Ă©minents professeurs dâHarvard, spĂ©cialistes des affaires publiques et dâhistoire, Richard Neustadt et Ernest May, ont rĂ©uni leur savoir dans un ouvrage intitulĂ© « Thinking in Time ». Selon eux, les « leçons de lâhistoire » ont souvent Ă©tĂ© appliquĂ©es Ă mauvais escient, ce qui sâest traduit par lâadoption de dĂ©cisions malencontreuses. Il vaut mieux se fonder sur lâhistoire pour encourager une rĂ©flexion temporelle et replacer les questions dâactualitĂ© dans le contexte des expĂ©riences accumulĂ©es et des possibilitĂ©s Ă venir. Lâhistoire soulĂšve des questions plus quâelle ne fournit de rĂ©ponses.  Quelles sont donc les questions, quelles sont les possibilitĂ©s dâavenir quâil nous faudrait examiner durant cet automne 2011 si incertain ? Et quel est le rapport entre les problĂšmes actuels et les Ă©vĂ©nements passĂ©s ?  Les prochaines AssemblĂ©es annuelles du Groupe de la Banque mondiale sont un lointain Ă©cho de la rĂ©union tenue par les reprĂ©sentants de 44 Ătats Ă Bretton Woods, dans le New Hampshire, en 1944.  En 1944, le monde Ă©tait encore en proie Ă un conflit qui a coĂ»tĂ© la vie Ă 60 millions de personnes.  Le problĂšme Ă rĂ©soudre Ă©tait colossal : dĂ©terminer pourquoi les relations diplomatiques et les Ă©conomies de 1919 avaient connu des Ă©checs aussi catastrophiques dans les annĂ©es 20 et 30 ; concevoir un nouveau systĂšme Ă©conomique international multilatĂ©ral ; faire la paix et reconstruire pour lâavenir.  Cette confĂ©rence historique a prĂ©parĂ© le terrain Ă trois projets qui ont formĂ© la base de ce que nous qualifions encore aujourdâhui de systĂšme de Bretton Woods :  Un projet fondĂ© sur la crĂ©ation du Fonds monĂ©taire international pour financer les dĂ©sĂ©quilibres Ă court terme des paiements internationaux et gĂ©rer les ajustements des taux de change, et ainsi Ă©viter une concurrence monĂ©taire et des sorties de capitaux motivĂ©es par une politique du chacun pour soi pouvant fracturer les Ă©conomies et les sociĂ©tĂ©s ;  Un projet fondĂ© sur la crĂ©ation de la Banque internationale pour la reconstruction et le dĂ©veloppement, devenue la Banque mondiale, pour mettre des capitaux Ă long terme Ă la disposition dâĂtats ayant besoin dâinvestissements et dâaide, afin de promouvoir la croissance Ă©conomique et le commerce international et donner espoir Ă des sociĂ©tĂ©s Ă©puisĂ©es par la guerre.  Et un projet conçu pour rĂ©duire les obstacles au commerce international, promouvoir des marchĂ©s ouverts, et prĂ©venir lâamorce de spirales descendantes nourries par un protectionnisme de reprĂ©sailles et des conflits Ă©conomiques.  Les architectes de Bretton-Woods ont créé un systĂšme adaptĂ© Ă leur monde.  Quel Ă©tait donc ce monde ?  Dans ce monde, malgrĂ© les ravages laissĂ©s par la guerre, la part du PIB mondial venant des Ă©conomies dĂ©veloppĂ©es Ă©tait de lâordre de 80 %, dont 40 % pour les seuls Ătats-Unis.  Dans ce monde, plus des deux tiers du commerce Ă©taient imputables aux Ă©conomies dĂ©veloppĂ©es.  Dans ce monde, la majeure partie des territoires qui sont maintenant des pays en dĂ©veloppement Ă©taient encore des colonies.  Lâarchitecture multilatĂ©rale de 1944 perdure depuis maintenant prĂšs de 70 ans. Elle a pu grincer et gĂ©mir â notamment Ă la suite des chocs monĂ©taires et pĂ©troliers des annĂ©es 70, de la dĂ©bĂącle de lâendettement des pays en dĂ©veloppement dans les annĂ©es 80 et des phases dâexpansion et dâeffondrement des annĂ©es 90 â mais le systĂšme est restĂ© intact, pour lâessentiel.  MalgrĂ© tous ses points faibles, les critiques quâil a suscitĂ© et les rĂ©parations ponctuelles dont il a fait lâobjet, le systĂšme de Bretton Woods a fourni le cadre nĂ©cessaire Ă une Ăšre dâexpansion sans prĂ©cĂ©dent et Ă la transformation Ă©conomique la plus rĂ©ussie et la plus importante jamais accomplie en si peu de temps. Certains Ătats ont doublĂ© leur PIB par habitant en 10 ans alors quâil avait fallu aux pays maintenant industrialisĂ©s 25 ans, au XIXe siĂšcle, pour parvenir Ă ce rĂ©sultat.  Le systĂšme de Bretton Woods nâest toutefois ni inattaquable, ni inaltĂ©rable.  Ce que nous ont principalement appris les fondateurs de Bretton Woods câest quâil est nĂ©cessaire dâavoir la sagesse de reconnaĂźtre quâune mutation sâest produite, et lâintelligence et la volontĂ© de faire face et de sâadapter Ă une nouvelle donne â dâagir avec audace et de maniĂšre dĂ©cisive, mais dans un esprit de coopĂ©ration.  Les signaux dâavertissement dâune histoire en marche clignotent de nouveau : ils sont rouges ou oranges mais aussi verts dans quelques cas. RelĂšverons-nous les dĂ©fis de 2011 en Ă©voquant avec nostalgie les Ă©poques rĂ©volues ? Refuserons-nous de vraiment les reconnaĂźtre en pratiquant la politique de lâautruche ? Chercherons-nous Ă rejeter le blĂąme sur autrui, en laissant nos querelles masquer les possibilitĂ©s ?  Serons-nous pusillanimes ?  Ou nous attaquerons-nous Ă ces dĂ©fis directement, de maniĂšre constructive, crĂ©ative ? Baserons-nous nos raisonnements sur lâexpĂ©rience tout en menant une rĂ©flexion adaptĂ©e au temps prĂ©sent ? Saurons-nous accepter des circonstances totalement diffĂ©rentes pour trouver le moyen de permettre Ă tous les hommes â et Ă toutes les femmes â de tous les pays de progresser de concert ?  II         Les plaques tectoniques bougent.  Comme Ă chaque grande mutation historique, il nous faut chercher Ă savoir qui se passe rĂ©ellement.  Les plaques tectoniques bougent.  Dans les annĂ©es 90, les pays en dĂ©veloppement contribuaient pour environ un cinquiĂšme Ă la croissance mondiale. Aujourdâhui, ils sont le moteur de lâĂ©conomie mondiale.  Dans les annĂ©es 90, les pays en dĂ©veloppement Ă©taient associĂ©s Ă un peu plus de 20 % des investissements mondiaux. Aujourdâhui, ils en attirent environ 45 %.  Au cours des 10 derniĂšres annĂ©es, les pays en dĂ©veloppement ont connu une croissance presque quatre fois plus rapide que celle des pays dĂ©veloppĂ©s, et ils devraient se maintenir sur cette trajectoire.  Selon certaines prĂ©visions, dâici 2025, six grandes Ă©conomies Ă©mergentes â le BrĂ©sil, la Chine, la FĂ©dĂ©ration de Russie, lâInde, lâIndonĂ©sie et la RĂ©publique de CorĂ©e â seront collectivement Ă lâorigine de plus de la moitiĂ© de la croissance mondiale.  Nous vivons dĂ©jĂ dans un monde dans lequel, si les 32 provinces de la Chine Ă©taient des pays â et ces provinces sont plus peuplĂ©es que la plupart des Ătats de la planĂšte â elles compteraient parmi les 33 pays affichant la croissance la plus rapide au monde depuis 30 ans.  à prĂ©sent, la Chine est responsable de plus de la moitiĂ© de la consommation mondiale de ciment ; de prĂšs de la moitiĂ© de la consommation mondiale de minerai de fer, dâacier et de fonte ; et dâun tiers de la consommation mondiale dâĆufs. Ă prĂ©sent, la Chine est le plus gros consommateur de minerais tels que le cuivre, aluminium et le nickel. Ă prĂ©sent, les entrĂ©es nettes dâIED en Chine sont de lâordre de 180 milliards de dollars, contre environ 40 milliards de dollars il y a seulement 10 ans.  Lorsque la Chine aura achevĂ© dâĂ©tablir les fondations de sa croissance, sa demande de matĂ©riels et de minĂ©raux se tassera quelque peu â mais lâInde prendra la relĂšve.  Nous ne vivons plus dans le monde qui existait en 1944.  Prenons garde toutefois Ă compter sur la poursuite dâune Ă©volution rĂ©guliĂšre. Comme le savent bien les dirigeants chinois, le modĂšle de croissance actuelle de ce pays ne peut pas durer. La Chine reconnaĂźt quâelle doit faire face aux dĂ©fis que posent la dĂ©gradation de lâenvironnement, les inĂ©galitĂ©s, lâutilisation des ressources, la situation dĂ©mographique, lâaugmentation de la productivitĂ© et sa trop grande dĂ©pendance envers les marchĂ©s Ă©trangers.  Si la Chine parvient Ă porter son revenu par habitant Ă 16 000 dollars Ă lâhorizon 2030 (contre 4 000 dollars actuellement) â ce qui est une hypothĂšse raisonnable â cette Ă©volution aura sur lâĂ©conomie mondiale un effet Ă©quivalent Ă lâaddition de 15 CorĂ©e du Sud. Il est difficile de voir comment cette situation pourrait perdurer dans un modĂšle de croissance entraĂźnĂ© par lâexportation et lâinvestissement.  Les prĂ©visions du dĂ©clin inĂ©vitable des Ă©conomies avancĂ©es me laissent aussi sceptique. Sous rĂ©serve que des mesures crĂ©dibles, qui sont absolument faisables â et non pas des solutions de court terme â soient prises dans le domaine de la dette et des dĂ©ficits pour rĂ©tablir la confiance, et mettent lâaccent sur des rĂ©formes structurelles et fiscales pour promouvoir la croissance du secteur privĂ©, stimuler la productivitĂ© et crĂ©er des emplois, les Ă©conomies avancĂ©es pourront changer de direction et aller de lâavant. Les prĂ©dictions dâune stagnation et dâun dĂ©clin inĂ©vitables â quâelles reflĂštent le pessimisme qui rĂ©gnait en Europe centrale, tel quâexprimĂ© par Oswald Spengler, ou lâhypothĂšse de la stagnation avancĂ©e par lâĂ©minent Ă©conomiste keynĂ©sien de Harvard, Alvin Hansen â se sont toutes rĂ©vĂ©lĂ©es erronĂ©es.  Le temps nâest pas non plus venu de dire que les Ă©conomies dĂ©veloppĂ©es ne peuvent plus se permettre de relever les dĂ©fis qui se posent au-delĂ de leurs frontiĂšres. En 1947, dans les Ătats-Unis dâHarry Truman, lâAmĂ©ricain moyen produisait moins dâun tiers de ce que produit chaque AmĂ©ricain aujourdâhui. Si la gĂ©nĂ©ration de 1947, qui avait moins dâun tiers de notre patrimoine individuel actuel, pouvait considĂ©rer rĂ©solument les enjeux mondiaux â ne devrions-nous pas pouvoir en faire de mĂȘme ?  Les AmĂ©ricains, les EuropĂ©ens, les Japonais et les citoyens dâautres pays du monde dĂ©veloppĂ© contribuent de maniĂšre cruciale Ă lâinnovation, Ă lâinvestissement, Ă la technologie, Ă la sĂ©curitĂ© et, certes, au dĂ©veloppement. Leur contribution continue dâassurer les bases du systĂšme international actuel. Il est dans lâintĂ©rĂȘt des grands Ătats dĂ©veloppĂ©s â et dans celui du monde entier â de se joindre Ă dâautres nations pour ĂȘtre les architectes de lâavenir.  Des mutations fondamentales ont lieu, mais cela veut dire que nous devons moderniser, et non pas abandonner, le multilatĂ©ralisme.  Des mutations fondamentales ont lieu, mais cela veut dire que nous devons dĂ©mocratiser le dĂ©veloppement, et non pas nous rĂ©fugier derriĂšre nos frontiĂšres ou nous accrocher aux certitudes confĂ©rĂ©es Ă tort par dâanciennes vĂ©ritĂ©s.  Cela veut dire que nous devons modifier nos conceptions passĂ©es et cesser dâapposer des Ă©tiquettes restrictives, mais non renier notre engagement envers le multilatĂ©ralisme.  ConsidĂ©rons ces Ă©tiquettes.  « Le Premier monde » et « le Tiers-monde » le « Nord » et le « Sud », « dĂ©veloppĂ© » et «sous-dĂ©veloppĂ© », « avancĂ© » et « Ă©mergent », « donateur » et « bĂ©nĂ©ficiaire », « prestataire » et « quĂ©mandeur », « riche » et « pauvre », « les autres » et « nous autres ».  Le langage de dĂ©veloppement est le langage de lâancienne hiĂ©rarchie. Le vieux monde, lâordre ancien. Et il ne laisse pas dâĂȘtre quelque peu hypocrite.  Lorsque des pays qui gĂ©nĂšrent 50 % de leur Ă©lectricitĂ© Ă partir du charbon disent aux pays plus pauvres qui nâont pas dâautres sources dâĂ©nergie de ne pas utiliser le charbon â ils leurs disent vraiment « Faites ce que je dis et non ce que je fais. »  Lorsque des pays qui affichent un important dĂ©ficit budgĂ©taire prĂȘchent la discipline financiĂšre aux pays pauvres â ils leur disent vraiment « Faites ce que je dis et non ce que je fais. »  Lorsque des pays rendent hommage au libre-Ă©change mais opposent des barriĂšres aux pays en dĂ©veloppement â ils leurs disent vraiment « Faites ce que je dis et non ce que je fais. »  Lorsque des pays prĂŽnent le maintien de niveaux dâendettement tolĂ©rables par les pays les plus pauvres alors quâils affichent, quant Ă eux, des niveaux dâendettement sans prĂ©cĂ©dent â ils leur disent vraiment « Faites ce que je dis et non ce que je fais. »  Une Ă©conomie mondiale fondĂ©e sur le principe du « Faites ce que je dis et non ce que je fais » ne peut que se fracturer, au dĂ©triment de tous.  Les attitudes Ă©tablies peuvent, et doivent, changer.   III        Les anciens modĂšles ne sont plus adaptĂ©s  Nous voyons dĂ©jĂ des signes de changement.  Dans le monde entier, ce ne sont plus les modĂšles europĂ©ens, japonais ou amĂ©ricains que les pays en dĂ©veloppement sâefforcent dâimiter.  Les systĂšmes de transferts monĂ©taires conditionnels mexicains et brĂ©siliens reçoivent beaucoup dâattention pour la maniĂšre novatrice dont ils permettent de garder les enfants Ă lâĂ©cole, dâamĂ©liorer les taux de mortalitĂ© infantile et maternelle et de surmonter la pauvretĂ© sans grever les budgets.  Le programme de rĂ©formes suivi par la Turquie au cours des 10 derniĂšres annĂ©es est source dâinspiration pour les rĂ©formes en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.  Singapour, avec son Ă©conomie ouverte, ses pĂŽles de services, sa lutte contre la corruption et son adaptation incessante Ă lâĂ©volution des conditions, est admirĂ©e dans des contrĂ©es aussi lointaines que lâAfrique, les Ătats du Golfe et la Russie.  Le modĂšle indien des services de technologies de lâinformation est reproduit au Ghana, au Kenya, Ă Madagascar, au Mozambique, au NigĂ©ria, au Rwanda, au SĂ©nĂ©gal et en Tanzanie.  Les systĂšmes de transports en commun colombiens sont lâaboutissement de pratiques jugĂ©es les meilleures au plan international et ont Ă©tĂ© adoptĂ©s par des villes de toute la rĂ©gion, de Mexico jusquâĂ Santiago et Lima.  Les relations entre les pays en dĂ©veloppement transforment le monde en dĂ©veloppement tel que nous le connaissions.  Dans les annĂ©es 90, les pays en dĂ©veloppement importaient 15 % de leurs marchandises dâautres pays en dĂ©veloppement. Ce pourcentage est maintenant trois fois plus Ă©levĂ©.  En 2008, les IED Sud-Sud reprĂ©sentaient un tiers total des investissements Ă©trangers directs dans les pays en dĂ©veloppement ; cette proportion sâaccroĂźt et est maintenant probablement plus proche de 40 %.  Selon les estimations des Nations Unies, entre 1996 et 2006, la part des investissements Ă©trangers effectuĂ©s par des Ă©conomies en dĂ©veloppement dans le seul secteur de lâinfrastructure a dĂ©passĂ© plus de 39 % en Afrique et atteint presque 43 % en Asie et presque 16 % en AmĂ©rique latine.  Les pays en dĂ©veloppement ne sont par ailleurs plus uniquement des bĂ©nĂ©ficiaires de lâaide â ils en sont Ă©galement la source. En 2008, les nouveaux bailleurs Ă©mergents ont contribuĂ© entre 12 et 15 milliards de dollars Ă lâaide au dĂ©veloppement â soit entre 10 et 15 % du montant provenant des pays dĂ©veloppĂ©s donateurs traditionnels â et ce chiffre est probablement une estimation prudente.  Il est vrai que les pays en dĂ©veloppement sont, eux aussi, en proie Ă de multiples problĂšmes. Environ 75 % des ĂȘtre humains ayant moins de deux dollars par jour pour vivre se trouvent dans des pays à « revenu intermĂ©diaire ». On peut comprendre que les pays en dĂ©veloppement soient prĂ©occupĂ©s par les nouvelles responsabilitĂ©s qui leur sont imposĂ©es.  Que cela signifie-t-il pour lâavenir ?  IV       La nouvelle normalitĂ© est lâabsence de situation normale  La nouvelle « normalité » sera « lâabsence de situation normale ».            La nouvelle normalitĂ© sera dynamique et non pas statique â et un nombre croissant de pays influeront sur le systĂšme multilatĂ©ral. Certains Ătats peuvent Ă©galement ĂȘtre en perte de vitesse. Les Ă©conomies montantes deviendront membres de nouveaux rĂ©seaux â de pays, dâinstitutions internationales, de la sociĂ©tĂ© civile et du secteur privĂ© â dans des combinaisons diverses et sous des formes diffĂ©rentes. Ces nouveaux rĂ©seaux prendront la place des anciennes hiĂ©rarchies.  Dans cette nouvelle normalitĂ©, les pays devront continuellement assurer leur place dans les affaires Ă©conomiques mondiales et non plus compter la prĂ©server du fait de leurs antĂ©cĂ©dents ou de prĂ©rogatives officielles.  Dans cette nouvelle normalitĂ©, la situation sera fluide et parfois volatile : les chocs et les crises seront plus nombreux mais les pays auront aussi de plus amples opportunitĂ©s de tirer profit de lâĂ©conomie mondiale.  Dans cette nouvelle normalitĂ©, il sâagira dâaccĂ©lĂ©rer la croissance et non pas simplement de la dĂ©placer â de crĂ©er de nouveaux emplois lorsque les anciens perdront de leur valeur ; dâexploiter le potentiel dâune croissance durable et verte ; dâencourager le secteur privĂ© Ă innover, Ă crĂ©er de nouvelles technologies et Ă rĂ©pondre Ă des besoins qui Ă©voluent.  Dans cette nouvelle normalitĂ©, il sâagira de reconnaĂźtre que lâemploi est bien plus quâun produit dĂ©rivĂ© de la croissance, et de comprendre comment il peut contribuer Ă la fois Ă relever les conditions de vie, accroĂźtre la productivitĂ©, promouvoir des transformations sociales positives et renforcer la cohĂ©sion sociale.  Dans cette nouvelle normalitĂ©, la puissance Ă©conomique sera intelligente : ceux qui rĂ©ussiront seront ceux qui sâemploieront Ă tirer parti des idĂ©es et de lâexpĂ©rience de tous les pays, quelle que soit lâĂ©tiquette qui leur avait Ă©tĂ© autrefois attribuĂ©e.  Dans cette nouvelle normalitĂ©, lâimportant sera de pouvoir se faire entendre â pour les femmes dans leurs communautĂ©s, pour les citoyens dans leur pays, pour les Ătats dans le systĂšme international. Comme nous lâavons vu au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, dans cette nouvelle normalitĂ©, il sâagira de la responsabilitĂ© sociale, de la transparence des actions des pouvoirs publics, de la sociĂ©tĂ© civile. Il sâagira du pouvoir des citoyens qui transforment notre monde alors mĂȘme que nous nous efforçons de rattraper le mouvement. Nous devons leur fournir notre appui.   V       Des parties prenantes responsables Sâadapter Ă ce nouveau monde ne signifie pas procĂ©der Ă de modestes amĂ©nagements du pouvoir de vote dans les instances de gouvernance du FMI et du Groupe de la Banque mondiale.  Il ne sâagit pas non plus pour les pays en dĂ©veloppement de recevoir des instructions des pays dĂ©veloppĂ©s  Il ne sâagit pas des relations Nord-Sud, ou de politiques Ă somme nulle faites de plaintes et de blĂąmes.  Sâadapter Ă ce nouveau monde signifie reconnaĂźtre que nous devons tous, maintenant, ĂȘtre des parties prenantes responsables.  Dans une Ă©conomie mondiale interdĂ©pendante, oui, il faut que la Chine soit une partie prenante responsable.  La Chine doit un partenaire commercial responsable ; se diriger vers un systĂšme de taux de change responsable ; assurer une protection responsable de la propriĂ©tĂ© intellectuelle ; procĂ©der Ă des investissements responsables ; et poursuive des politiques environnementales responsables. Mais il ne sâagit pas simplement de la Chine.  LâEurope, le Japon et les Ătats-Unis doivent aussi ĂȘtre des parties prenantes responsables. Ces nations ont atermoyĂ© bien trop longtemps pour Ă©viter de prendre des dĂ©cisions difficiles, et maintenant les options qui leur restent sont limitĂ©es et douloureuses.  LâĂ©conomie mondiale est entrĂ©e dans une nouvelle zone de danger sans guĂšre avoir de marge de manĆuvre, car les pays europĂ©ens ne veulent pas accepter la rĂ©alitĂ© difficile des responsabilitĂ©s partagĂ©es quâimpose une monnaie commune.  Le Japon rĂ©siste aux rĂ©formes structurelles Ă©conomiques et sociales qui pourraient redynamiser son modĂšle Ă©conomique en perte de vitesse.  Les Ătats-Unis sont confrontĂ©s Ă des dĂ©ficits dâune ampleur sans prĂ©cĂ©dent en temps de paix, et semblent loin de pouvoir sâentendre sur une dĂ©marche concertĂ©e qui permettrait de sâattaquer aux facteurs de lâendettement.  La crise de 2008 et celles qui lâon prĂ©cĂ©dĂ© lâon clairement montré : plus on tarde, plus les mesures Ă prendre sont lourdes, et plus elles sont douloureuses.  La zone Euro nâassume pas ses responsabilitĂ©s lorsquâelle prĂȘte serment de fidĂ©litĂ© Ă une union monĂ©taire sans vouloir procĂ©der Ă une intĂ©gration fiscale qui permettrait Ă lâunion monĂ©taire de fonctionner correctement ou accepter les consĂ©quences dâĂtats membres non compĂ©titifs en proie Ă une crise de la dette. Les Ătats-Unis nâassument pas leurs responsabilitĂ©s lorsquâils ne sâattaquent pas aux questions fondamentales que soulĂšvent la croissance intolĂ©rable des dĂ©penses au titre des droits acquis, la nĂ©cessitĂ© dâun rĂ©gime fiscal propice Ă la croissance et une politique commerciale au point mort.  à moins que lâEurope, le Japon et les Ătats-Unis ne puissent Ă©galement faire face Ă leurs responsabilitĂ©s, ce ne sont pas uniquement leurs Ă©conomies qui souffriront, mais lâĂ©conomie mondiale toute entiĂšre.  Il ne sâagira plus alors de dĂ©placements des plaques tectoniques qui font des marchĂ©s Ă©mergents les nouveaux moteurs de lâĂ©conomie mondiale. Il sâagira de dĂ©placements des plaques tectoniques qui forcent les pays dĂ©veloppĂ©s Ă donner de rudes coups de frein.  Les marchĂ©s Ă©mergents ne resteront pas sur la touche ; ils nâaccepteront plus le monde hiĂ©rarchique de 1944 des dirigeants et des subalternes, et ses sphĂšres dâinfluence, dans lequel ils Ă©taient dĂ©nuĂ©s de toute influence, de tout pouvoir.  Ce que nous a appris 1944 câest la nĂ©cessitĂ© de faire preuve dâesprit de dĂ©cision, de dĂ©terminer comment aller de lâavant dans un systĂšme multilatĂ©ral changĂ©.  Il nâest plus possible de naviguer Ă vue  Si nous ne devançons pas les Ă©vĂ©nements, si ne nous adaptons pas Ă lâĂ©volution de la situation, si nous nous refusons Ă abandonner des tactiques politiques axĂ©es sur le court terme ou Ă admettre que le pouvoir est source de responsabilitĂ©s, nous nous laisserons emportĂ©s par des courants dangereux. Câest ce que nous a appris lâhistoire, et cela vaut pour nous tous, Ă©conomies dĂ©veloppĂ©es et Ă©conomies Ă©mergentes.  Mais si nous trouvons la bonne voie, lâavenir offre des perspectives considĂ©rables.  VI       Que pourrait signifier ce Nouveau Monde pour le dĂ©veloppement ?  Au cours des 25 derniĂšres annĂ©es, la proportion de la population pauvre vivant dans les pays en dĂ©veloppement a Ă©tĂ© rĂ©duite de moitiĂ©.  En seulement quatre ans, les taux de mortalitĂ© juvĂ©nile ont chutĂ© de 25 % dans 18 pays africains.  Au cours des 10 annĂ©es qui ont prĂ©cĂ©dĂ© la crise financiĂšre, les Ă©conomies dâAfrique subsaharienne affichaient des taux de croissance de lâordre de 5 Ă 6 % en moyenne, et la majeure partie des pays africains ont dĂ©jĂ amorcĂ© une reprise et amĂ©liorĂ© leur situation par rapport Ă ce quâelle Ă©tait avant la crise. Sâil Ă©tait possible de maintenir ces taux de croissance, le PIB africain doublerait en quelque 12 ans, et augmenterait dâenviron 50 % par habitant, ce qui permettrait aux pays de dĂ©gager des recettes publiques pouvant financer des investissements dâun niveau sans prĂ©cĂ©dent dans leurs populations, leur productivitĂ© et leurs infrastructures â et, bien sĂ»r, de rĂ©duire la pauvretĂ©.  Les perspectives dâavenir reposent aussi sur le secteur privĂ©.  Le secteur privĂ© a montrĂ© ce quâil pouvait accomplir avec lâinvestissement de 77 milliards de dollars consacrĂ© aux rĂ©seaux de tĂ©lĂ©communications dâAfrique subsaharienne au cours des 10 derniĂšres annĂ©es, qui a permis de porter le nombre dâabonnĂ©s Ă des services de tĂ©lĂ©phonie mobile de moins de 10 millions Ă prĂšs de 400 millions.  Les possibilitĂ©s offertes par une croissance entraĂźnĂ©e par le secteur privĂ© ressortent clairement de lâexplosion des investissements des pays en dĂ©veloppement dans les industries manufacturiĂšres et dans lâinfrastructure.  Elles ressortent clairement de la rapide progression des fonds de participation et dâautres investisseurs qui cherchent des opportunitĂ©s de faire travailler des capitaux privĂ©s dans les pays en dĂ©veloppement.  Ce que je veux dire est trĂšs simple : le monde se caractĂ©rise aujourdâhui par une interdĂ©pendance Ă©conomique, commerciale et financiĂšre que nul nâaurait pu imaginer en 1944 ;  Nous sommes aujourdâhui tĂ©moins dâinnovations et de dĂ©couvertes scientifiques et nous communiquons par des moyens que nul nâaurait pu imaginer en 1944 ;  Nos chaĂźnes dâapprovisionnement et nos systĂšmes logistiques traversent continents et ocĂ©ans.  Nous observons de multiples pĂŽles de croissance et de nouvelles puissances Ă©conomiques ainsi quâun schĂ©ma de dĂ©veloppement Sud-Sud.  Aucune de ces Ă©volutions nâĂ©tait envisagĂ©e en 1944.  Pouvons-nous intĂ©grer ces changements dans un multilatĂ©ralisme modernisĂ© et redynamisĂ© pour crĂ©er une nouvelle Ă©conomie mondiale ? Sans relations de dĂ©pendance ? Sans division simpliste entre donateur et bĂ©nĂ©ficiaire ?  Un monde au-delĂ de lâaide ?   VII            Un nouvel Ă©tat dâesprit : au-delĂ de lâaide  Avant la mise en place du systĂšme de Bretton Woods, lâaide extĂ©rieure visait essentiellement Ă faire face Ă des crises humanitaires engendrĂ©es par des famines, des inondations, des tremblements de terre, ou des populations fuyant des conflits.  AprĂšs les ravages causĂ©s par la DeuxiĂšme guerre mondiale, puis la dĂ©colonisation, il a semblé utile de fournir une aide pour donnĂ© un Ă©lan aux investissements privĂ©s qui pouvaient ĂȘtre entravĂ©s par lâinsuffisance de lâĂ©pargne intĂ©rieure, les contrĂŽles de capitaux ou la prĂ©caritĂ© des conditions Ă©conomiques. Lâaide est Ă©galement devenue un moyen de se faire des appuis dans le monde de la concurrence bipolaire de la Guerre froide.  Le monde tel quâil existait en 1944 a changĂ© â radicalement. Le moment est venu de repenser lâaide.  Les transformations observĂ©es ne signifient pas que lâaide nâa plus de rĂŽle Ă jouer â ni que les pays dĂ©veloppĂ©s nâont pas Ă honorer les engagements quâils ont pris Ă ce titre ou encore quâil nous faut faire abstraction des accomplissements quâelle a permis.  Au cours des 10 derniĂšres annĂ©es, le Groupe de la Banque mondiale a travaillĂ© avec les 79 pays les plus pauvres du monde par lâintermĂ©diaire de lâAssociation internationale de dĂ©veloppement, de son Fonds pour les plus pauvres, pour assurer un accĂšs Ă des services de santĂ© de base, de nutrition ou de population Ă plus de 47 millions de personnes ; pour amĂ©liorer la nutrition de 98 millions dâenfants ; pour donner accĂšs Ă des sources dâeau amĂ©liorĂ©es Ă plus de 113 milliards dâĂȘtres humains et pour vacciner 310 millions dâenfants.  Pour des millions dâĂȘtre humains du monde entier, cette aide reste une question de vie ou de mort. Elle reste un moyen prĂ©cieux de permettre aux pays de grimper lâĂ©chelle de la croissance.  Câest le cas dans la Corne de lâAfrique, oĂč il est urgent de fournir une aide pour aider les plus de 12 millions de victimes non seulement de la sĂ©cheresse la plus dĂ©vastatrice survenue en 60 ans mais aussi de la brutalitĂ© des hommes qui se battent au mĂ©pris des consĂ©quences.  Câest le cas en Afghanistan, oĂč des programmes dâaide bien ciblĂ©s ont rĂ©ellement contribuĂ© Ă fournir un accĂšs Ă des services dâĂ©ducation et des soins de santĂ© de base, permis dâamĂ©liorer les moyens de subsistance dans les zones rurales, soutenu la croissance du secteur privĂ©, favorisĂ© lâhabilitation des communautĂ©s et leur participation au dĂ©veloppement.  Il reste beaucoup Ă faire pour atteindre les objectifs du MillĂ©naire pour le dĂ©veloppement. Il reste beaucoup Ă faire pour atteindre le milliard dâhabitants les plus pauvres â presque 1,5 milliard aujourdâhui â qui vivent dans des pays en proie Ă la fragilitĂ©, Ă des conflits et Ă la violence. Aucun de ces pays nâa encore atteint un seul objectif du MillĂ©naire pour le dĂ©veloppement.  Mais lâaide nâest pas Ă©ternelle.  Elle ne doit pas non plus ĂȘtre ce que les pays dĂ©veloppĂ©s donnent une main tandis que de lâautre, ils empĂȘchent les pays en dĂ©veloppement de pĂ©nĂ©trer sur les marchĂ©s agricoles et ceux dâautres produits, ou limitent leur accĂšs Ă des sources dâĂ©nergie durables.  Dans un monde au-delĂ de lâaide, lâassistance sera intĂ©grĂ©e â et liĂ©e â Ă des stratĂ©gies de croissance mondiale, essentiellement pilotĂ©es par lâinvestissement privĂ© et lâentreprenariat. Lâobjectif recherchĂ© sera non pas la charitĂ© mais la poursuite dâintĂ©rĂȘts mutuels par le biais de lâĂ©dification dâun plus grand nombre de pĂŽles de croissance.  Dans un monde au-delĂ de lâaide, la poursuite de politiques Ă©conomiques rationnelles par les pays du G-7 revĂȘtira autant dâimportance que le pourcentage du PIB reprĂ©sentĂ© par lâaide.  Dans un monde au-delĂ de lâaide, les accords du G-20 sur les dĂ©sĂ©quilibres, sur les rĂ©formes structurelles, sur le subventionnement des combustibles fossiles et sur la sĂ©curitĂ© alimentaire revĂȘtiront autant dâimportance que le pourcentage du PIB reprĂ©sentĂ© par lâaide.  Dans un monde au-delĂ de lâaide, les marchĂ©s Ă©mergents avancĂ©s aideront ceux qui le sont moins en les faisant bĂ©nĂ©ficier de leur expĂ©rience, de marchĂ©s ouverts, dâinvestissements et de nouveaux types dâassistance.  Dans un monde au-delĂ de lâaide, les nouveaux instruments de placement comme Asset management Corporation, mis en place par lâIFC, crĂ©eront de nouveaux circuits dâintermĂ©diation du capital par le biais dâinvestissements privĂ©s.  Dans un monde au-delĂ de lâaide, les nouveaux instruments financiers assureront les petits agriculteurs contre les risques de sĂ©cheresse, ou les pays contre les risques dâouragan, crĂ©eront des marchĂ©s obligataires en monnaie nationale et mobiliseront de nouveaux capitaux, et permettront le dĂ©veloppement de nouvelles bourses de marchandises ou dâinstruments de couverture pour les pays en dĂ©veloppement.  Dans un monde au-delĂ de lâaide, le soutien de lâinnovation et les dĂ©couvertes scientifiques permettront de dĂ©velopper des cultures rĂ©sistant Ă la sĂ©cheresse, plus nutritives et ayant de meilleurs rendements ; de crĂ©er des sources dâĂ©nergie rationnelles non Ă©mettrices de carbone ; et de trouver de nouveaux vaccins permettant de sauver des vies.  Les pays dĂ©veloppĂ©s doivent comprendre quâil est dans leur intĂ©rĂȘt dâaider les pays en dĂ©veloppement Ă se placer sur une trajectoire de croissance durable. Il leur faut honorer leurs engagements. Mais il faut aussi admettre que le climat de lâaide sâassombrira par suite des problĂšmes dâendettement auxquels sont confrontĂ©s les bailleurs de fonds.  Les contribuables ont le droit de savoir que la Banque mondiale et les autres institutions de dĂ©veloppement sont, elles aussi, des intervenants responsables.  Nous devons faire mieux pour prouver lâefficacitĂ© de lâaide, montrer que lâargent dĂ©pensĂ© lâest Ă bon escient et montrer les rĂ©sultats obtenus. Nous devons mobiliser lâaide de maniĂšre plus efficace en faisant appel Ă de nouveaux instruments, et nous devons accroĂźtre la gamme des sources de financements en assurant la participation de plus nombreuses parties prenantes grĂące Ă lâadoption dâapproches plus novatrices.   VIII      Que veut dire, concrĂštement, un monde au-delĂ de lâaide ?  Que veut dire, concrĂštement, un monde au-delĂ de lâaide?  Au niveau national, dĂ©passer le stade de lâaide signifie mobiliser et exploiter lâĂ©pargne et les recettes intĂ©rieures de maniĂšre transparente ; promouvoir lâinclusion financiĂšre en assurant Ă tous, mais en particulier aux femmes, un accĂšs Ă des services financiers, en particulier de crĂ©dit et dâĂ©pargne ; et rĂ©aliser des financements en monnaie nationale par lâintermĂ©diaire des marchĂ©s financiers locaux.  Cela signifie une politique de bonne gouvernance, dâouverture et de transparence, qui facilite une participation citoyenne influente.  Cela signifie investir dans la population, notamment en mettant en place des filets de sĂ©curitĂ© efficaces, en assurant des services de base et une Ă©ducation de qualitĂ© dĂ©bouchant sur des formations et des emplois âen exigeant des institutions et des agents de lâĂtat quâils remplissent leur mission au lieu de simplement reprĂ©senter des intĂ©rĂȘts Ă©tablis.  Cela signifie encourager les entrepreneurs, les petites entreprises, lâinvestissement privĂ© et lâinnovation.  Cela signifie investir dans lâinfrastructure pour construire les fondations de la productivitĂ© future â notamment en forgeant des partenariats public-privĂ© novateurs.  Cela signifie investir dans la connectivitĂ© tout en recueillant des donnĂ©es et en partageant des informations. Dans cette nouvelle Ă©conomie mondiale, la disponibilitĂ© de donnĂ©es et dâinformations de qualitĂ© sera au moins aussi importante que lâaide financiĂšre. Lâinitiative de la Banque mondiale pour « Ouvrir lâaccĂšs aux donnĂ©es, aux connaissances et aux solutions » tĂ©moigne dĂ©jĂ du pouvoir de lâinformation. De lâĂ©galitĂ© des genres Ă la politique commerciale, la Banque mondiale peut offrir un bien public en gĂ©nĂ©rant des donnĂ©es, en les diffusant et en parrainant dâautres entitĂ©s qui nous aideront Ă dĂ©mocratiser le dĂ©veloppement.  Au plan rĂ©gional, dĂ©passer le stade de lâaide implique un processus dâintĂ©gration pour Ă©largir les marchĂ©s, faciliter la logistique afin de stimuler le commerce, rationaliser les systĂšmes douaniers, fournir de lâĂ©nergie et investir dans les infrastructures rĂ©gionales.  Au plan international, cela implique des innovations multilatĂ©rales pour rĂ©aliser des progrĂšs dans lâouverture du commerce et des investissements, de lâaccĂšs Ă lâĂ©nergie, de la sĂ©curitĂ© alimentaire, de la concurrence au niveau des services et du changement climatique â sans nĂ©cessairement attendre que tous se joignent Ă ces efforts mais en allant de lâavant lorsquâil est possible de forger des coalitions Ă lâappui de progrĂšs.  Cela implique dâavoir recours au systĂšme multilatĂ©ral â y compris au G-20 â pour examiner les nouvelles possibilitĂ©s dâaction et de financement -- en donnant Ă tous un rĂŽle.  Pour le Groupe de la Banque mondiale, aller au-delĂ de lâaide signifie poursuivre les transformations entreprises pour devenir un partenaire du savoir ouvert â en exploitant, recherchant, adaptant et partageant les informations, les expĂ©riences et les solutions Ă©manant du monde entier. Le Groupe de la Banque pourra jouer le rĂŽle dâinvestisseur et aussi dâintermĂ©diaire pour les investissements axĂ©s sur lâĂ©dification de marchĂ©s et dâinstitutions et sur le renforcement des capacitĂ©s, que ce soit aux diffĂ©rents Ă©chelons des administrations publiques, ou au niveau des entreprises ou de la sociĂ©tĂ© civile. Elle pourra catalyser lâaction dans un modĂšle de dĂ©veloppement dĂ©mocratisĂ©. Elle pourra promouvoir des solutions multilatĂ©rales aux problĂšmes Ă©conomiques et de dĂ©veloppement et Ă ceux que posent la pauvretĂ© et le risque. Enfin le Groupe de la Banque pourra ĂȘtre le champion dâune croissance solidaire et durable.  Il y a trois ans jâai proposĂ© une innovation : une solution Ă 1 % dans le cadre de laquelle les fonds souverains, nouvelle source dâĂ©pargne mondiale, investiraient 1 % de leurs actifs pour promouvoir la croissance de lâAfrique. Asset Management Company (IFC) a mis cette idĂ©e en Ćuvre et investit actuellement dans les marchĂ©s insuffisamment visĂ©s â lâAfrique, ainsi que lâAmĂ©rique latine et les CaraĂŻbes. Le montant total des engagements dans les fonds dâAMC dĂ©passe maintenant 4 milliards de dollars â dont presque 3 milliards proviennent dâinvestisseurs extĂ©rieurs tels que des fonds souverains et des fonds de pension qui ne sâĂ©taient jusque-lĂ guĂšre intĂ©ressĂ©s aux marchĂ©s Ă©mergents.   IX       La solution Ă 50 %  Je souhaite aujourdâhui proposer une autre idĂ©e, qui pourrait nous rapprocher dâun monde au-delĂ de lâaide : une solution Ă 50 %.  Les femmes constituent 50 % de la population mondiale et 40 % de la population active Ă lâĂ©chelle de la planĂšte. En Afrique, elles sont les piliers de leur communautĂ©. Elles reprĂ©sentent la majoritĂ© des agriculteurs et produisent 80 % de la nourriture du continent.  Et pourtant, les femmes ne possĂšdent quâun pour cent du patrimoine mondial.  Les femmes et les filles des pays en dĂ©veloppement sont moins susceptibles que les hommes de vivre au-delĂ de la premiĂšre ou de la petite enfance, ou de survivre jusquâĂ la fin de leurs annĂ©es reproductives.  Les femmes sont moins susceptibles dâĂȘtre rĂ©munĂ©rĂ©es pour leur travail, de produire des cultures rentables ou dâĂȘtre propriĂ©taires dâactifs tels que des terrains.  Les femmes sont moins susceptibles dâinfluencer les dĂ©cisions de la famille, ou de contrĂŽler les ressources au sein du mĂ©nage.  Et pourtant, les preuves du potentiel humain, social et Ă©conomique des femmes sont Ă©crasantes.  Nous savons que lâĂ©galitĂ© des genres est un atout pour lâĂ©conomie.  Nous savons que les pays oĂč rĂšgne une plus grande Ă©galitĂ© entre les hommes et les femmes ont, en gĂ©nĂ©ral, des taux de pauvretĂ© moins Ă©levĂ©s ; que les chances de survie dâun enfant sont bien plus grandes lorsque les mĂšres peuvent dĂ©cider de lâutilisation des revenus ; et quâaccroĂźtre le contrĂŽle exercĂ© par les femmes sur les facteurs de production agricole pourrait augmenter la productivitĂ© agricole de jusquâĂ 20 % dans certains pays.  Mais il ne sâagit seulement dâune question de potentiel Ă©conomique. Jâestime que lâĂ©galitĂ© des genres est un droit, et non pas seulement une ressource.  LâĂ©galitĂ© des genres nâest pas non plus une question concernant uniquement les pays en dĂ©veloppement. Ă lâĂ©chelle de la planĂšte, une femme sur dix sera victime dâabus sexuels ou physiques perpĂ©trĂ©s par un partenaire ou une personne quâelle connaĂźt.  Nous pouvons parler de relĂ©guer les vieilles Ă©tiquettes telles que « Nord et Sud », « dĂ©veloppĂ© et sous-dĂ©veloppĂ© » « Premier monde et Tiers monde » dans les combles de lâhistoire, mais notre monde est toujours partagĂ© entre « elles et nous autres ».  Certains se demanderont quel peut-ĂȘtre le rapport avec un monde au-delĂ de lâaide ?  Il sâagit tout simplement de changer nos politiques et dâhabiliter tous les ĂȘtres humains, hommes ou femmes, et non plus simplement de fournir des programmes dâaide.  Nous pouvons accorder une aide au fournir un meilleur soutien aux femmes et aux filles ; construire des centres de santĂ© et des Ă©coles ; promouvoir la vaccination et offrir un accĂšs Ă des services de santĂ© gĂ©nĂ©sique. Et nous devons le faire. Mais lâaide ne suffira pas Ă elle seule.  Nous ne pourrons pas permettre Ă la moitiĂ© de la population de la planĂšte de rĂ©aliser pleinement son potentiel tant que nous ne serons pas tous attaquĂ©s Ă la question de lâĂ©galitĂ© ; tant que les pays, les communautĂ©s, les mĂ©nages du monde entier nâauront pas tous reconnu les droits des femmes et changĂ© les rĂšgles source dâinĂ©galitĂ©s.  Donner aux femmes le droit de possĂ©der des terres ; donner aux femmes le droit dâĂȘtre propriĂ©taire, de gĂ©rer et dâexploiter une entreprise ; donner aux femmes le droit dâhĂ©riter ; donner aux femmes le moyen dâobtenir des revenus plus importants ; donner aux femmes un plus grand contrĂŽle sur les ressources au sein de leurs mĂ©nages â pourraient amĂ©liorer la santĂ© des enfants, relever le niveau dâinstruction des filles, promouvoir lâentreprenariat et accroĂźtre la productivitĂ© Ă©conomique, et pourrait nous rapprocher dâun monde au-delĂ de lâaide.  Cela permettrait rĂ©ellement de dĂ©mocratiser le dĂ©veloppement.  La semaine prochaine, la Banque mondiale publiera son Rapport sur le dĂ©veloppement dans le monde sur lâĂ©galitĂ© des genres et le dĂ©veloppement. En nous appuyant sur les travaux auxquels il a donnĂ© lieu :  Nous poursuivrons lâaction entreprise grĂące aux 65 milliards de dollars que nous avons fournis au cours des cinq derniĂšres annĂ©es pour promouvoir lâĂ©ducation des filles, la santĂ© des femmes et lâaccĂšs de ces derniĂšres au crĂ©dit, Ă la terre, aux services agricoles, Ă lâemploi et aux infrastructures. Ces efforts sont certes importants, mais ils ne sont pas Ă la hauteur des besoins et nâoccupent pas une place suffisamment centrale dans notre programme dâaction.  Nous intĂ©grerons systĂ©matiquement lâanalyse et le diagnostic des disparitĂ©s entre les genres dans toutes les stratĂ©gies formulĂ©es pour les pays ; nous Ă©tablirons de meilleurs indicateurs pour dĂ©terminer lâimpact des investissements sur les femmes ; et nous collaborerons avec les pays pour gĂ©nĂ©rer des donnĂ©es sexospĂ©cifiques plus nombreuses et de meilleure qualitĂ©, par exemple dans les domaines de la propriĂ©tĂ© des actifs et de lâaccĂšs au crĂ©dit et Ă la justice.  Si les pays ne veulent pas collaborer avec nous pour rĂ©duire les disparitĂ©s entre les hommes et les femmes, nous chercherons dâautres moyens de faire progresser notre programme dâaction, par le biais de dialogues, dans le cadre de partenariats et en tablant sur lâexemple dâautres pays en dĂ©veloppement.  Nous continuerons Ă©galement de faire de la paritĂ© hommes-femmes au niveau de la direction du Groupe de la Banque mondiale notre objectif. Des femmes occupent 51 % des postes Ă partir du niveau des Vice-prĂ©sidents.  X     Conclusion  Depuis que jâai assumĂ© la prĂ©sidence du Groupe de la Banque mondiale il y a quatre ans, je parle de lâimportance dâune modernisation du multilatĂ©ralisme permettant de mieux prendre en compte les mutations Ă©conomiques qui caractĂ©risent le monde actuel.  Je parle de la nĂ©cessitĂ© de dĂ©mocratiser le dĂ©veloppement pour que tous â Nord, Sud, Est, Ouest, riches et pauvres, hommes et femmes â puissent contribuer Ă la conception, Ă lâexĂ©cution et Ă lâamĂ©lioration systĂ©matique des solutions de dĂ©veloppement  Je parle de la nĂ©cessitĂ© de faire de lâouverture, de la transparence et de la responsabilisation des caractĂ©ristiques fondamentales â non seulement du Groupe de la Banque mondiale â mais des actions publiques dans le monde entier.  Je parle aussi de la nĂ©cessitĂ© de forger un nouveau contrat social â sachant que les investissements dans le pouvoir citoyen, la sociĂ©tĂ© civile et la responsabilitĂ© sociale sont aussi importants pour le dĂ©veloppement que les investissements dans lâinfrastructure, les entreprises, les usines ou les exploitations agricoles.  Jâai voulu aujourdâhui dĂ©crire rapidement la maniĂšre dont un systĂšme multilatĂ©ral reflĂ©tant mieux les rĂ©alitĂ©s Ă©conomiques actuelles, mieux fondĂ© sur le principe de la responsabilitĂ© des parties prenantes, mieux reliĂ© aux rĂ©seaux du secteur privĂ© et de la sociĂ©tĂ© civile, plus dĂ©terminĂ© Ă rechercher des solutions concrĂštes aux problĂšmes et Ă innover, pourrait donner jour Ă un monde au-delĂ de lâaide, un monde qui privilĂ©gie la prospĂ©ritĂ© et non les palliatifs, les possibilitĂ©s et non le patronage ; la dignitĂ© et non la dĂ©pendance.  Certains feront valoir que cette approche est trop radicale. Quâelle offre aux pays dĂ©veloppĂ©s une Ă©chappatoire et leur Ă©vite dâavoir Ă honorer leurs engagements dans le domaine de lâaide. Cela ne sera pas nĂ©cessairement le cas.  Certains feront valoir que cette approche est trop risquĂ©e, quâelle fait intervenir de nouveaux instruments financiers et marchĂ©s qui pourraient ĂȘtre sources de problĂšmes pour les pays en dĂ©veloppement. Cela ne sera pas nĂ©cessairement le cas.  Certains feront valoir que cette approche est prĂ©maturĂ©e, que les pays en dĂ©veloppement ne sont pas prĂȘts Ă ĂȘtre des parties prenantes responsables.  Le sont-ils vraiment moins que les pays dĂ©veloppĂ©s le paraissent ?  Aujourdâhui, dĂ©jĂ , les flux financiers du secteur privĂ© sont considĂ©rablement supĂ©rieurs Ă lâaide publique au dĂ©veloppement. Aujourdâhui, dĂ©jĂ , certaines contributions philanthropiques sont considĂ©rablement supĂ©rieures Ă lâaide bilatĂ©rale. Enfin, de nouveaux intervenants et de nouveaux donateurs ont dĂ©jĂ entrepris de transformer le monde de lâaide telle que nous leur connaissons.  Nous devons penser avec notre temps : tirer les leçons des intrĂ©pides partisans du multilatĂ©ralisme de Bretton Woods ; dĂ©terminer en quoi les circonstances actuelles sont diffĂ©rentes et agir dans le but de prĂ©parer lâavenir. Il est temps de rattraper le retard que nous avons pris ; temps dâassumer nos responsabilitĂ©s ; temps de crĂ©er lâavenir et non de regretter une Ă©poque rĂ©volue.  |