- L’enseignement et la formation techniques et professionnels se développent rapidement en Chine, mais des problèmes subsistent.
- Depuis deux décennies, la Banque mondiale aide la Chine à mieux adapter l’enseignement professionnel aux besoins des élèves et du marché du travail.
- La transition d’une activité économique peu qualifiée et à forte intensité de main-d’œuvre vers une économie davantage axée sur le capital et les compétences exige le développement d’un enseignement professionnel à même de produire des travailleurs qualifiés.
Jiang Dian, 24 ans, est satisfait de ce que l’enseignement professionnel lui a apporté. Ce diplômé de l’Institut de formation en technologie ferroviaire de Nanjing est aujourd’hui régulateur de trafic pour le métro de cette ville du sud de la Chine. « J’ai reçu une formation pratique en coordination et surveillance ferroviaires, explique-t-il. J’ai aussi appris la discipline. » Le fonctionnement de son école est quasiment militaire : les élèves font de l’exercice à partir de 5 heures du matin, se rendent en rangs dans les salles de classe et les dortoirs, etc. C’est une bonne préparation à leur futur emploi, qui consistera à assurer la sécurité de millions de voyageurs dans le métro ou les trains. « J’ai pu trouver du travail facilement, avant même d’être diplômé », indique Jiang. En Chine, chaque année, ils sont des millions comme Jiang à venir grossir les rangs des travailleurs issus d’un établissement d’enseignement et de formation techniques et professionnels (EFTP). L’EFTP est en plein essor en Chine. Le ministère de l’Éducation dénombre 1 184 établissements au niveau tertiaire et 14 767 au niveau secondaire, qui accueillent 11 millions d’élèves par an. La Banque mondiale œuvre depuis vingt ans avec la Chine au développement de l’enseignement professionnel dans ce pays. De 1990 à 2005, de nombreux Chinois ont ainsi bénéficié de trois projets financés par des prêts de la Banque qui totalisent 110 millions de dollars. Deux projets supplémentaires ont été lancés ces dernières années. Ils visent à améliorer la qualité de l’enseignement dispensé par 11 écoles de formation professionnelle et technique dans trois provinces : le Guangdong, le Liaoning et le Shandong. Un autre projet est également en préparation. Il soutiendra bientôt les réformes engagées dans neuf établissements d’enseignement professionnel, au niveau du secondaire et du tertiaire, dans le Yunnan. La Chine a besoin de travailleurs qualifiés Ces provinces participent à la croissance de la Chine : le Guangdong est le moteur de la croissance nationale qui repose sur les exportations, l’économie du Shandong est la deuxième du pays, juste derrière celle du Guangdong, tandis que le Liaoning est l’un des grands pôles industriels chinois et que le Yunnan, province frontalière stratégique, relie la Chine à l’Asie du Sud-Est. Depuis trente ans, l’abondante main-d’œuvre bon marché de la Chine contribue à l’essor économique du pays. Cependant, son niveau global de connaissances et de qualifications reste relativement faible. D’après le ministère des Ressources humaines et de la Sécurité sociale, la moitié seulement des 140 millions des salariés des entreprises urbaines peuvent être considérés comme des travailleurs qualifiés. Or, ceux-ci deviennent de plus en plus nécessaires à mesure que la Chine passe d’activités peu qualifiées et à forte intensité de main-d’œuvre à des activités requérant davantage de capital et de compétences. Les experts estiment qu’il faut investir dans l’enseignement et la formation techniques et professionnels pour combler ce déficit de qualifications. Néanmoins, les élèves et diplômés des établissements d’enseignement professionnel chinois pointent divers problèmes : les normes et programmes de formation sont généralement obsolètes ; les enseignants eux-mêmes manquent souvent de connaissances pratiques ; il est difficile de faire systématiquement participer des employeurs et de les mettre en relation avec le système d’enseignement pour proposer aux élèves une formation en entreprise ; certains établissements n’ont pas assez de moyens, surtout dans les zones rurales et les provinces pauvres ; ils sont rarement régis par des « normes minimales » claires, notamment en ce qui concerne le matériel ou les enseignants ; enfin, faute d’une planification suffisante, le système ne répond pas aux besoins du marché du travail. « Un contrôle strict des établissements d’enseignement professionnels est impératif, estime Fan Qirui, 21 ans, formé à la fabrication de pièces automobiles. Mon école était dirigée de manière plutôt laxiste. Personne ne vérifiait systématiquement la qualité et les résultats. » Réformes et innovation dans les établissements Pour remédier à ces problèmes, les projets financés par la Banque mondiale sont axés sur des réformes et des innovations dans les établissements : - Renforcement des liens avec le monde de l’entreprise ;
- Amélioration de la gestion des écoles ;
- Introduction d’un programme de formation modulaire, axé sur les compétences ;
- Amélioration de l’évaluation des élèves et de l’assurance qualité dans les établissements ;
- Formation continue pour les enseignants et développement de leurs connaissances pratiques ;
- Modernisation des installations et du matériel.
« C’est en premier lieu au niveau des établissements qu’il faut encourager les réformes et l’innovation, affirme Xiaoyan Liang, spécialiste de l’enseignement à la Banque mondiale et responsable des projets cités. Il est important de tirer des leçons de ces réformes et de ces innovations car, et c’est un volet crucial de nos projets, cela permettra d’orienter la politique publique à venir, pour l’ensemble du système. » Le projet mené dans le Guangdong depuis deux ans produit déjà des résultats : - Définition de lignes directrices et de contrats-types pour la collaboration entre les écoles et les entreprises ;
- Mise sur pied d’un comité consultatif école-entreprises dans chaque établissement ;
- Organisation d’un forum local (« 100 écoles, 1 000 entreprises ») par le Bureau des ressources humaines et de la sécurité sociale de la province. Ce forum, qui s’est tenu en mai 2010, a permis à plus de 200 établissements d’enseignement professionnel de signer des contrats avec plus de 1 000 entreprises. Il a en outre débouché sur quelque 3 000 projets de collaboration ;
- Élaboration de normes axées sur les compétences pour cinq filières : réparation/entretien automobile, modélisation CNC (commande numérique par ordinateur), tourisme et hôtellerie, aménagement intérieur, analyse industrielle et chimique ;
- Conception de 74 modules, avec des solutions d’enseignement/d’apprentissage complètes ;
- Introduction, à titre d’essai, de nouveaux supports et d’une nouvelle pédagogie dans 20 classes, pour 1 000 élèves ;
- Retour d’informations positif en provenance des enseignants et des élèves.
« Pour améliorer la compétitivité des industries modernes du Guandong, nous devons absolument mettre en place un système de formation technique lui aussi moderne et qui soit compétitif sur le plan international », affirme Wang Yang, secrétaire du Parti dans la province. |