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L’autonomisation des femmes achoppe sur l’absence de donnĂ©es

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  • L’absence de statistiques ventilĂ©es par sexe freine les initiatives de soutien aux femmes dans les pays en dĂ©veloppement.
  • Un nouveau portail de la Banque mondiale rassemble plusieurs sources de donnĂ©es, outils et documents de rĂ©fĂ©rence sexospĂ©cifiques.
  • Global Findex — la premiĂšre base de donnĂ©es sur l’accĂšs des femmes aux services financiers — est accessible depuis ce portail.

18 juillet 2012 – Combien de femmes en Afrique utilisent des engrais pour cultiver leurs cultures ? Cette question est loin d’ĂȘtre anodine dans un continent oĂč l’agriculture domine l’activitĂ© Ă©conomique et occupe de nombreuses femmes. Elle est mĂȘme vitale quand on pense que les fruits d’une rĂ©colte pourront dĂ©pendre du fait de pouvoir cibler les maigres ressources du dĂ©veloppement sur des intrants comme les engrais.

Or l’on manque cruellement de donnĂ©es pour pouvoir bien cibler les interventions et guider la prise de dĂ©cision ; dans ces circonstances, les agricultrices, qui ne disposent gĂ©nĂ©ralement pas d’autant de moyens de se faire entendre que leurs homologues masculins, sont probablement davantage pĂ©nalisĂ©es.

Bon nombre d’acteurs du dĂ©veloppement confirment que ces lacunes statistiques, frĂ©quentes, entravent les initiatives de soutien aux femmes dans les pays en dĂ©veloppement. En mettant en ligne un nouveau portail dĂ©diĂ© aux statistiques ventilĂ©es par sexe — sa derniĂšre pierre Ă  l’édifice des travaux sur l’égalitĂ© des genres —, la Banque mondiale souhaite faciliter l’accĂšs aux indicateurs sexospĂ©cifiques, toujours plus nombreux, dont elle dispose.

Le prĂ©sident de la Banque mondiale, M. Jim Yong Kim, doit prĂ©senter ce nouveau portail le 19 juillet prochain, lors d’une confĂ©rence avec la secrĂ©taire d’État amĂ©ricaine, Mme Hillary Clinton, consacrĂ©e prĂ©cisĂ©ment Ă  cette problĂ©matique — la confĂ©rence s’intitule Evidence and Impact: Closing the Gender Data Gap (« DonnĂ©es et impact : pallier l’absence de statistiques sexospĂ©cifiques »). Au cƓur des discussions, les sources de donnĂ©es, actuelles et nouvelles, et les failles Ă  combler mais aussi des mesures concrĂštes susceptibles de garantir la collecte et l’utilisation de statistiques plus sensibles aux questions de genre. L’institut Gallup, qui co-organise la confĂ©rence (avec le dĂ©partement d’État), diffusera les dĂ©bats en ligne entre 10h30 et 12h45 environ (heure de Washington).

Le nouveau portail de la Banque mondiale regroupe plusieurs sources de statistiques, outils et documents de rĂ©fĂ©rence rendant compte de la situation des filles et des femmes sous diffĂ©rents aspects : emploi, accĂšs aux activitĂ©s productives, Ă©ducation, santĂ©, vie publique et pouvoir de dĂ©cision, droits de l’homme et dĂ©mographie. Il propose des informations ventilĂ©es par sexe se rapportant Ă  47 indicateurs tirĂ©s de la base de donnĂ©es sur l’accĂšs aux services financiers dans le monde (Global Findex), lancĂ©e en avril dernier, ainsi qu’au Rapport sur le dĂ©veloppement dans le monde 2012 consacrĂ© Ă  l’égalitĂ© des genres et Ă  l’initiative Les femmes, l’entreprise et le droit, lancĂ©e en 2010, dont les indicateurs sont fondĂ©s sur les lois et rĂ©glementations qui entravent les perspectives professionnelles des femmes, qu’elles soient chefs d’entreprise ou salariĂ©es.

« De profondes lacunes demeurent »

Selon Caroline Anstey, directrice gĂ©nĂ©rale de la Banque mondiale, ce nouveau portail « montre qu’au-delĂ  d’une nette amĂ©lioration de la disponibilitĂ© de donnĂ©es ventilĂ©es par sexe, de profondes lacunes demeurent ».Elle poursuit : « nous savons que les femmes ont nettement plus de mal que les hommes Ă  accĂ©der aux opportunitĂ©s Ă©conomiques et que cela s’explique par le fonctionnement des marchĂ©s et des institutions ainsi que par les normes sociales relatives Ă  leur place dans le foyer : Ă©ducation des enfants, tĂąches mĂ©nagĂšres
 ».

« Ce sont des aspects difficiles Ă  mesurer mais que les dĂ©cideurs et les praticiens du dĂ©veloppement doivent pouvoir apprĂ©hender. La Banque mondiale de mĂȘme que ses partenaires doivent poursuivre et dĂ©ployer encore davantage les efforts destinĂ©s Ă  renforcer, dans les pays en dĂ©veloppement, les capacitĂ©s locales de collecte de donnĂ©es de qualitĂ© sur le genre. »

En Afrique, des statistiques rĂ©centes et fiables sur la part des femmes dans la main-d’Ɠuvre salariĂ©e non agricole, par exemple, ne sont disponibles que pour neuf pays sur 47.

Rappelons aussi que la proportion de la population ayant des documents d’état civil complets atteint seulement 1 % en Asie du Sud et 2 % en Afrique subsaharienne.

Pour Jeni Klugman, directrice des questions de genre et de dĂ©veloppement Ă  la Banque mondiale, l’absence de donnĂ©es sexospĂ©cifiques est particuliĂšrement problĂ©matique concernant la capacitĂ© dont jouissent les femmes pour s’exprimer, agir en leur nom et participer Ă  la sociĂ©tĂ© : « le Rapport sur le dĂ©veloppement dans le monde de l’an dernier a montrĂ© que les retards en matiĂšre d’égalitĂ© hommes-femmes sont particuliĂšrement criants au niveau de la capacitĂ© d’expression et d’action », prĂ©cise-t-elle. « MĂȘme si l’on dispose dĂ©sormais d’une sĂ©rie d’indicateurs reconnus au niveau international qui couvrent ces aspects, les donnĂ©es restent extrĂȘmement parcellaires ».

De nouvelles initiatives qui mettent en évidence les inégalités

Pour tenter de remĂ©dier Ă  l’insuffisance des donnĂ©es sexospĂ©cifiques, la Banque mondiale a lancĂ© en mars dernier un partenariat avec ONU Femmes, la division de Statistiques des Nations Unies et l’OCDE. BaptisĂ©e « Evidence and Data on Gender Equity » (ou EDGE), cette initiative vise Ă  amĂ©liorer la situation, grĂące Ă  des mĂ©thodes novatrices et une collaboration entre bureaux statistiques des pays en dĂ©veloppement. Comme le rappelle Shaida Badiee, directrice du groupe de gestion des donnĂ©es sur le dĂ©veloppement Ă  la Banque mondiale, il faut aider ces pays Ă  intĂ©grer les questions de genre au moment de la collecte et du traitement des donnĂ©es.

« Il est important d’amĂ©liorer les informations disponibles pour pouvoir effectivement montrer les disparitĂ©s d’accĂšs aux opportunitĂ©s qui existent entre hommes et femmes. Un fait quantifiĂ© retient plus facilement l’attention ».

Le portail Global Findex, qui compile pour la premiÚre fois des données sur la participation des femmes à la vie économique, est à cet égard une excellente nouvelle.

Global Findex comprend 47 indicateurs dont les donnĂ©es sont issues d’un sondage rĂ©alisĂ© en 2011 par l’institut Gallup — avec le soutien de la fondation Bill & Melinda Gates — auprĂšs de 150 000 personnes de 148 pays et destinĂ© Ă  Ă©valuer l’accĂšs aux services financiers dans le monde. Et fait important : tous les indicateurs sont ventilĂ©s par sexe mais aussi par Ăąge, niveau d’études et de revenu et rĂ©sidence (ville/campagne), comme le rappelle dans son blog Leora Klapper, Ă©conomiste principale du groupe de recherche sur le dĂ©veloppement Ă  la Banque mondiale (Two Persistent Divides in Financial Inclusion: Gender and Rural).

Le sondage montre que, partout dans le monde, les femmes sont moins susceptibles de recourir aux services financiers formels que les hommes : « mĂȘme dans le quintile supĂ©rieur de revenu dans les pays en dĂ©veloppement, un Ă©cart de 9 points de pourcentage persiste entre les hommes et les femmes pour la possession d’un compte en banque officiel », poursuit Mme Klapper.

Chez les adultes vivant avec moins de 2 dollars par jour, les femmes ont 28 % de moins de chances que les hommes d’avoir un vrai compte. Mme Klapper indique aussi qu’elles sont plus nombreuses Ă  justifier cette situation par le fait qu’un « de [leurs] proches en possĂšde dĂ©jĂ  un ».

Dans un certain nombre de pays, surtout en Afrique, les responsabilitĂ©s du chef de mĂ©nage sont fixĂ©es par la loi. C’est le cas par exemple du paiement des impĂŽts, qui incombe Ă  l’homme, indique Rita Ramalho, l’une des responsables de l’initiative de la Banque mondiale consacrĂ©e Ă  la situation des femmes au niveau de l’entreprise et du droit (« Women, Business and the Law »). Les donnĂ©es mises Ă  disposition sur le site web de l’initiative examinent les diffĂ©rences de traitement liĂ©es au genre dans 142 pays pour les six aspects suivants : accĂšs aux institutions, gestion d’un bien, obtention d’un emploi, mesures encourageant le travail, accĂšs au crĂ©dit et accĂšs Ă  la justice.

En plus des restrictions sur les heures de travail, il existe des limites quant aux secteurs d’activitĂ© ouverts aux femmes. Dans certains pays, celles-ci sont tenues, par la loi ou la coutume, de partir Ă  la retraite plus tĂŽt que les hommes, ce qui freine souvent leur ascension professionnelle et entraĂźne des Ă©carts de salaire. La discrimination ou la diffĂ©renciation entre hommes et femmes sont monnaie courante dans les lĂ©gislations sur la citoyennetĂ©, avec des diffĂ©rences selon que la transmission se fait par le pĂšre ou la mĂšre ou par l’époux ou l’épouse.

Comme l’indique Mme Ramalho, un organisme comme la Millennium Challenge Corporation prend par exemple en compte ces informations dans ses dĂ©cisions de dons aux pays, ce qui a contribuĂ© Ă  Ă©veiller l’intĂ©rĂȘt de ces derniers, et surtout en Afrique, Ă  l’égard de ce type d’indicateurs : « certains veulent savoir ce que nous mesurons prĂ©cisĂ©ment, quelles sont les Ă©volutions, comment ils s’en sortent et comment progresser. On sent un rĂ©el intĂ©rĂȘt. GrĂące Ă  la mise Ă  disposition de ces informations, gouvernements et citoyens sont davantage sensibilisĂ©s et Ă©prouvent le besoin de changer les choses ».




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