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Les normes de genre ont-elles Ă©voluĂ© ? L’avis de 4 000 hommes et femmes de 20 pays

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26 février 2013

Des groupes de discussion constituĂ©s dans prĂšs de 100 communautĂ©s de par le monde dĂ©crivent l’influence, au quotidien, des normes rĂ©gissant les rapports entre les sexes et font Ă©tat de leur assouplissement relatif, propice Ă  un dĂ©veloppement plus Ă©quilibrĂ©.


Lorsqu’elle Ă©tait enfant, dans un village reculĂ© du Bhoutan, Sisum et les autres femmes de la maisonnĂ©e devaient attendre pour manger que les hommes aient fini leur repas. Mais chez son oncle, Ă  la ville, oĂč elle Ă©tait allĂ©e vivre pour poursuivre sa scolaritĂ©, toute la famille se retrouvait Ă  la mĂȘme table. « Ils ne tolĂ©raient pas ce genre de pratiques, raconte-t-elle. Ce sont des gens instruits et ils trouvaient ça choquant ».

Un jour, de retour chez elle, Sisum a interrogĂ© ses parents sur la tradition en vigueur au village. Sa mĂšre lui a expliquĂ© que cela remontait Ă  leurs ancĂȘtres. Mais son pĂšre s’est mis en colĂšre, hurlant Ă  sa femme qu’avant leur mariage, elle n’était rien et que sans lui, elle n’aurait pas eu de quoi se nourrir ni de toit sur la tĂȘte. Ce sont les hommes qui dĂ©cident si les femmes mangent ou pas. Son pĂšre aurait sans doute frappĂ© sa mĂšre si son frĂšre ne s’était pas interposĂ©.



Qu'est-ce que signifie pour vous le mot égalité ?

« L'Ă©galitĂ©, pour moi ça veut dire qu'on devrait tous pouvoir travailler et profiter des fruits de son travail. Je ne devrais pas travailler seule pendant que les hommes restent assis lĂ  Ă  ne rien faire.»
– Citadine, Tanzanie.

« L'Ă©galitĂ© entre hommes et femmes signifie qu'ils entretiennent de bonnes relations et sont Ă  l'aise pour discuter de leurs problĂšmes. Â» – Citadin, Îles Fidji

« [L'Ă©galitĂ© pour ma fille, c'est ce qui lui permet] d'avoir le pouvoir, d'avoir accĂšs Ă  l'Ă©ducation et 
 Ă  d'autres opportunitĂ©s Â» – Habitante d'une rĂ©gion rurale, PĂ©rou

Dans le tĂ©moignage de cette jeune femme, on retrouve un certain nombre des conclusions issues d’une nouvelle Ă©tude (a) menĂ©e auprĂšs de plus de 4 000 hommes et femmes de tous Ăąges, toutes catĂ©gories Ă©conomiques et tous milieux de rĂ©sidence (urbain/rural) dans 20 pays.

L’enquĂȘte, entreprise au sein de 97 communautĂ©s, a consistĂ© en des groupes de discussion non mixtes dans le cadre desquels les participant(e)s Ă©taient invitĂ©(e)s Ă  dĂ©crire la façon dont les normes rĂ©gissant les rapports entre les sexes pesaient sur leur vie quotidienne et sur leurs dĂ©cisions. Elle a permis aux chercheurs d’examiner de prĂšs les normes de genre qui dĂ©terminent la prise de dĂ©cision par un individu, au sein d’un mĂ©nage, sur les marchĂ©s et dans les institutions officielles.

Vers un assouplissement des normes de genre

Principal constat ressortant des discussions : dans la totalitĂ© des 20 pays Ă©tudiĂ©s, les communautĂ©s continuent de se conformer aux normes traditionnelles qui rĂ©gissent la rĂ©partition des rĂŽles entre les sexes — Ă  savoir, les hommes gagnent le pain du mĂ©nage tandis que les femmes sont confinĂ©es aux tĂąches domestiques.

Mais, au-delĂ  de ce tableau gĂ©nĂ©ral, on observe aussi un net assouplissement des normes dans bon nombre de foyers et de communautĂ©s, surtout en milieu urbain, selon une tendance qui voit de plus en plus d’hommes et de femmes prendre en charge de nouvelles responsabilitĂ©s.

Les filles sont autorisĂ©es Ă  suivre une scolaritĂ© plus longue et aspirent Ă  devenir scientifiques ou chefs d’entreprise. Les adolescentes couvertes par l’enquĂȘte sont d’ailleurs plus nombreuses que leurs camarades masculins (60/40 %) Ă  exprimer le dĂ©sir d’avoir un diplĂŽme du supĂ©rieur. Comme le dĂ©clare un jeune homme originaire d’une ville du Soudan, « aujourd’hui, les femmes peuvent aller travailler au dehors et occuper des postes Ă©levĂ©s, mĂȘme dans l’armĂ©e et dans la police. C’est un profond changement par rapport Ă  la gĂ©nĂ©ration de nos parents ».

Les femmes Ă©voquent leur souhait d’avoir des filles plus audacieuses et de pouvoir, quant Ă  elles, Ă©largir leurs perspectives de gains et se sentir davantage maĂźtresses de leur destin. À l’exception des hommes de la campagne, la plupart des participants souscrivent officiellement Ă  l’idĂ©al de l’égalitĂ© des sexes. Comme l’indique cette habitante d’une ville tanzanienne, « la situation Ă©volue Ă  partir du moment oĂč l’on rĂ©alise que l’on peut se dĂ©brouiller toute seule et que l’on n’a pas Ă  dĂ©pendre d’un homme ».

Gender report cover

Participez à notre débat en ligne
sur l'autonomisation des femmes

Rejoignez la discussion et posez vos questions à Rachel Kyte, vice-présidente de la Banque mondiale pour le développement durable, ainsi qu'à Jeni Klugman, directrice du secteur Genre et développement, et aux auteurs de l'étude lors du débat en ligne (a)qui aura lieu en direct le 6 mars 2013, sur Banque mondiale Live.

Lire le rapport : On Norms and Agency: Conversations about Gender Equality with Women and Men in 20 Countries (a).

Il ne faut cependant pas en déduire que ces évolutions bouleversent nécessairement les traditions.

Dans un village de Tanzanie, par exemple, les femmes peuvent aujourd’hui vendre les pots en terre cuite qu’elles fabriquent et les lĂ©gumes qu’elles font pousser. Ce travail leur rapporte de l’argent mais, pour la communautĂ©, il reste considĂ©rĂ© comme une extension des tĂąches domestiques de la femme et non comme un gagne-pain.
Dans pratiquement tous les groupes de discussion, les hommes sont toujours dĂ©crits comme les principales sources de revenu et les premiers dĂ©cideurs, avec une rĂ©partition inĂ©gale du temps libre, des responsabilitĂ©s et du pouvoir. Environ un tiers des groupes considĂšrent par ailleurs que les violences conjugales sont courantes et qu’elles viennent durcir les normes de genre.

« Les choses Ă©voluent, certes, mais lentement et pas Ă  pas. Ce rythme n’est pas toujours calĂ© sur les opportunitĂ©s Ă©conomiques ou le dĂ©veloppement. RĂ©sultat, les femmes — et les hommes — passent Ă  cĂŽtĂ© d’occupations jugĂ©es inappropriĂ©es pour leur sexe. Les programmes de dĂ©veloppement peuvent contribuer Ă  lever ces obstacles dans la mesure oĂč, pour ĂȘtre efficaces, les changements doivent concerner tous les niveaux : celui des individus, des mĂ©nages et des communautĂ©s », prĂ©cise Carrie Turk, l’un des auteurs du rapport qui est spĂ©cialiste des questions de genre Ă  la Banque mondiale.

Enseignements pour le développement

« La communautĂ© du dĂ©veloppement doit repenser la façon dont elle finance des projets prenant en compte la dimension du genre », analyse Maria Beatriz Orlando, autre auteur du rapport et experte du dĂ©veloppement social Ă  la Banque mondiale, en rappelant que, « dans les annĂ©es 1990, une grande partie des interventions censĂ©es assurer le dĂ©veloppement des femmes Ă©taient axĂ©es sur leurs rĂŽles traditionnels, privilĂ©giant l’artisanat et l’alimentation ».

« Tout en respectant les normes culturelles, nous pouvons aussi les bousculer pour le plus grand bénéfice des hommes et des femmes », ajoute Ana Maria Munoz, coauteur du rapport.

Le fait de crĂ©er des possibilitĂ©s d’apprentissage neutres du point de vue du genre pourrait aussi ouvrir d’autres perspectives pour les nouvelles gĂ©nĂ©rations, filles et garçons confondus, estiment les auteurs. L’éducation et la lĂ©gislation qui combattent les violences familiales peuvent aussi accroĂźtre l’autonomisation et les perspectives des femmes.

Gender study education goals chart

Quelle est, selon vous, la valeur de l'Ă©ducation ?

« L'Ă©ducation nous emmĂšne lĂ  oĂč nous devons aller ; c'est le chemin qui nous mĂšne Ă  l'emploi et nous permet de sortir de la pauvretĂ©. » – Jeune homme, Îles Fidji

« L'Ă©ducation nous permet de rejoindre le monde moderne et nous offre aujourd'hui de meilleurs emplois. Avant, ce n'Ă©tait pas important parce que les gens ici Ă©taient des fermiers et ne se prĂ©occupaient pas du futur ni mĂȘme de changer le prĂ©sent. » – Jeune homme, Soudan

Les lois et les rĂ©glementations prĂŽnant l’égalitĂ© des sexes peuvent inciter au changement, mais elles doivent faire l’objet d’une communication adĂ©quate et ĂȘtre appliquĂ©es et respectĂ©es.

L’étude a pu constater Ă  quel point la comprĂ©hension de ces textes et de leur portĂ©e Ă©tait inĂ©gale d’un groupe de discussion Ă  l’autre, en particulier dans les communautĂ©s rurales. « Personne, hommes et femmes confondus et quel que soit le pays de l’échantillon, n’était en fait vraiment bien informĂ© de ses droits ou de ses obligations par rapport aux lois fondamentales relatives Ă  l’égalitĂ© des sexes », poursuit le rapport.

À la suite de la parution du Rapport sur le dĂ©veloppement dans le monde 2012 consacrĂ© au thĂšme de l’égalitĂ© des genres et du dĂ©veloppement, cette nouvelle recherche vient enrichir le corpus de connaissances sur la question. AxĂ©e sur des groupes de discussion, elle montre que lorsque les communautĂ©s trouvent des solutions pour allĂ©ger les normes de genre, le sentiment individuel et collectif qu’ont les hommes et les femmes de maĂźtriser leur destin augmente, et rend tout le monde plus fort.

L’action de la Banque mondiale

Dans chacun des pays oĂč elle intervient, la Banque mondiale Ă©value le dĂ©veloppement dans plusieurs secteurs et de maniĂšre transversale, Ă  travers le prisme des rapports hommes-femmes. Elle s’appuie sur les plans d’action rĂ©gionaux pour l’égalitĂ© des sexes afin de prĂ©senter ses pistes d’orientation et de permettre une meilleure prise en compte de l’égalitĂ© hommes-femmes et du dĂ©veloppement inclusif dans la programmation nationale et rĂ©gionale.

L’égalitĂ© des sexes est aussi l’un des axes privilĂ©giĂ©s de l'Association internationale de dĂ©veloppement, le fonds de la Banque mondiale pour les pays les plus pauvres (49,3 milliards de dollars). Le plan d’action pour l’égalitĂ© des sexes (a), lancĂ© en 2007, a renouvelĂ© l’intĂ©rĂȘt pour des programmes novateurs visant Ă  promouvoir l’émancipation Ă©conomique des femmes. Enfin, la Banque mondiale s’est dotĂ©e d’une feuille de route (a) destinĂ©e Ă  orienter davantage l’assistance technique, les projets et les programmes de la Banque mondiale en faveur de l’élargissement des dĂ©bouchĂ©s Ă©conomiques pour les femmes.

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