| Le 1er octobre 2007 — Devant les Gondwe s’étendait, en 1996, une immense parcelle de terre dans la zone 43 de Lilongwe, la capitale du Malawi. Ce terrain leur appartenait, mais il ne consistait qu’en une broussaille. Dans leur tĂŞte, ils nourrissaient une ambition, Ă savoir celle de construire des logements Ă louer Ă des gens d’affaires de passage et Ă leur famille. Entre ses mains, l’épouse tenait un plan de logements soigneusement alignĂ©s autour d’un cul-de-sac, comme l’on en voit dans les banlieues aux États-Unis. L’époux s’était quant Ă lui muni d’une houe. Lorsque Victor Gondwe s’était mis Ă dĂ©broussailler le terrain, nombre de personnes autour de lui pensaient que cet analyste en informatique fraĂ®chement revenu de Seattle avait perdu la tĂŞte, mais quand il leur avait promis quelques boĂ®tes de sardine amĂ©ricaine en Ă©change d’un travail Ă©reintant, elles avaient acceptĂ© son offre. Trois ans plus tard, Ufulu Gardens ouvrait ses portes. « Tout est parti simplement de l’idĂ©e de rentrer certes au Malawi, mais avec le dĂ©sir d’y rĂ©aliser un projet », a indiquĂ© Ivy Gondwe. « Un jour, pendant le diner, nous avons parlĂ© d’acquĂ©rir un terrain et d’y construire. Un ami a dessinĂ© un croquis, celui d’un quartier type de banlieue aux États-Unis. Aujourd’hui, je gère l’entreprise nĂ©e de cette idĂ©e ». Â
 |  Ivy Gondwe gère Ufulu Gardens. © Banque mondiale | Des difficultés de démarrage À cette époque, en 1996, les Gondwe avaient éprouvé des difficultés à lancer leur entreprise. Ils s’aventuraient dans l’industrie touristique, armés de leur seule volonté de réaliser un rêve qu’ils avaient caressé pendant leur séjour à l’étranger. « Personne ne comprenait ce que nous tentions de faire », a déclaré Ivy Gondwe. « Ni mon mari ni moi-même ne possédions la moindre expérience de l’industrie hôtelière. Nous n’avions pas assez de relations. C’était difficile ». Selon Gondwe, le couple s’est adressé à de nombreux responsables gouvernementaux, mais en vain. Il ne disposait ni d’éléments d’orientation ni de renseignements sur la réglementation gouvernementale régissant le démarrage d’une telle entreprise. Le coût estimatif du projet s’établissait à 350 000 dollars, et les Gondwe n’avaient pas de ressources en dehors de leurs épargnes. Il était extrêmement difficile d’obtenir du crédit. Aucune banque locale n’était disposée à financer ce projet. Puis, un jour, le couple a eu un coup de fortune qui a changé son destin. « Nous nous trouvions dans un hôtel et mon mari a remarqué un monsieur qui buvait tout seul au bar. Il s’est assis en lui disant : « je prendrai volontiers une bière avec vous ». Les deux hommes ont engagé une conversation. Le lendemain, en se rendant à l’aéroport, ce monsieur s’est arrêté au chantier où il a été impressionné. Il était cadre à la Société financière internationale (IFC), laquelle nous a apporté un concours extraordinaire pendant les premières années et nous a permis d’achever le projet. Nous avons démarré nos activités en 1999 », a précisé Ivy Gondwe.  | L'intérieur d'une des maisons. © Banque mondiale | Les Gondwe ont depuis remboursé le prêt contracté auprès de l'IFC. En dépit de ces bons antécédents avec l’IFC, ils n’en continuent pas moins d’avoir de la difficulté à obtenir du crédit. Ils procèdent actuellement à l’extension de leur complexe de 17 logements semi-détachés d’une à trois chambres aménagés autour de culs-de-sac, en y ajoutant un hôtel de 25 chambres avec restaurant, bar et salle de conférence. Le coût estimatif de l'extension se chiffre à 1,6 million de dollars. Les travaux de construction ont débuté il y a plusieurs années, mais le financement fait traîner les choses : les taux d’intérêt des banques malawiennes restent élevés à 23% en moyenne, même s'ils sont effectivement faibles par rapport au niveau de 60% affiché en 1996, année où les Gondwe ont lancé leur entreprise. Dans l’édition 2008 du rapport Doing Business, le Malawi se classe 84e sur 178 pays pour ce qui est de la facilité d'obtenir des prêts, alors qu'en 2007 il occupait le 65e rang sur 175 pays. Les banques étrangères pratiquent de meilleurs taux, mais elles ont été réticentes à investir une si grosse somme dans le projet d’Ufulu Gardens, compte tenu tout particulièrement du fait qu’il s'agit d'une entreprise familiale. Une banque nordique a accepté de financer les Gondwe, à condition qu'ils recrutent un gérant d’hôtel professionnel.  Un autre défi consistait à trouver un personnel hôtelier bien formé. Au fil des ans, les Gondwe ont investi dans la formation du personnel et ils ont aujourd’hui des employés qualifiés, qui ont contribué à faire en sorte qu’Ufulu Gardens affiche un taux d'occupation de 100%. Ivy Gondwe a ajouté : « nous avons bâti notre clientèle très lentement, surtout par le bouche-à -oreille, et dans une certaine mesure grâce à la publicité. Aujourd’hui, certaines personnes nous disent que s’il n’y a de logement disponible, elles remettront à plus tard leur voyage ! » La situation s'améliore Dans l'ensemble, le Gouvernement malawien prend des mesures pour améliorer le climat des affaires. À la fin des années 90, les Gondwe avaient frappé à de nombreuses portes pour solliciter une exemption des droits, c’est-à -dire une exonération leur permettant d’importer en franchise certains produits destinés à l’entreprise, et qu’on semblait accorder facilement aux autres importateurs. À en croire Ivy Gondwe, elle est maintes fois revenue bredouille. Intervention de la Banque mondiale | | L’évaluation du climat de l'investissementde la Banque (2006) et les rapports annuels Doing Business ont identifié un nombre d'obstacles qui entravent la croissance du secteur privé et de l'investissement au Malawi. Pour surmonter quelques-uns de ces obstacles, le Conseil des Administrateurs de la Banque mondiale a approuvé en mai 2007 le Projet d’assistance technique au renforcement du climat des affaires de 18,7 millions de dollars, cofinancé par l’Union européenne. Ce projet vise à renforcer les institutions chargées de l’administration des droits de propriété et à faciliter les affaires, à consolider les institutions et les services d’appui au développement du secteur privé, et à promouvoir l'accès aux finances et l'amélioration de la productivité. La Banque a par ailleurs appuyé la création de la division des tribunaux de commerce de la Cour supérieure. Un nombre de réformes recommandées dans le rapport Doing Business et visant à réduire le coût de l'activité économique au Malawi sont en préparation. | L’obtention d'une exemption relevait parfois du pouvoir discrétionnaire du ministre. Mais au cours des deux dernières années, les secteurs pouvant bénéficier d'une exemption ont été clairement définis, et l'industrie touristique figure parmi eux. Même une partie du matériel importé en vue de l'extension d’Ufulu Gardens sera admissible au régime d’exemption, en vertu de la nouvelle réglementation.  En outre, au niveau stratégique national, la Stratégie de croissance et de développement du Malawi (2006-2011) met l'accent sur la croissance impulsée par le secteur privé. En ce qui concerne le cadre réglementaire, une loi visant à faciliter la pratique des affaires est en cours d'examen. À titre illustratif, l’instauration d'une licence commerciale unique réduirait considérablement les coûts et encouragerait les entreprises à intégrer le secteur structuré. En matière de facilité d'obtenir une licence, le Malawi s’est classé 127e sur 178 pays dans la plus récente édition du rapport Doing Business (2008), tandis qu’en 2007, il occupait le 110e rang sur 175 pays. En mai 2007, les tribunaux de commerce du Malawi ont commencé à fonctionner. Ces tribunaux sont importants pour faire appliquer les contrats et régler les différends commerciaux. « Il est désormais plus facile de faire des affaires au Malawi, même si nous ne pouvons toujours pas trouver d'investisseurs », a conclu Ivy Gondwe. « La vision est mieux comprise. Je sais que nous trouverons les fonds. Je sais que nous achèverons les travaux d'extension, mais il faut du temps ».
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